J’aime votre peur de Karine Giebel

Achat : https://amzn.to/4qcJnkq

La reine de la littérature noire vous présente ses plus belles nouvelles rassemblées dans un recueil à la fabrication ultra soignée.

J’aime votre peur s’impose comme une porte d’entrée idéale – et redoutablement efficace – dans l’univers de Karine Giebel, figure incontournable de la littérature noire contemporaine. Avec ce recueil de quatorze nouvelles, l’autrice propose une traversée dense et maîtrisée de son œuvre, condensant en peu de pages ce qui fait la singularité et la puissance de son écriture.

Thriller psychologique, récit d’angoisse, mystère, texte engagé ou échappée romanesque : la diversité des formes et des tons témoigne d’une remarquable liberté narrative. Karine Giebel joue avec les codes du genre pour mieux les détourner, surprendre et désarçonner le lecteur. Chaque nouvelle fonctionne comme un piège soigneusement refermé, où la tension s’installe dès les premières lignes et ne se relâche qu’au moment de la chute, souvent implacable.

Au cœur de ces récits, on retrouve les thèmes chers à l’autrice : la violence sous toutes ses formes, la cruauté ordinaire, l’injustice sociale, mais aussi la capacité de résistance face à l’effondrement. Les personnages, toujours finement dessinés, luttent contre la noirceur du monde et celle, plus intime, qui les habite. Victimes, bourreaux ou simples témoins, ils restent longtemps en mémoire, tant leurs trajectoires sont chargées d’émotions et de contradictions.

Ce qui frappe particulièrement dans J’aime votre peur, c’est l’équilibre entre ténèbres et humanité. Si Karine Giebel ne recule jamais devant la brutalité des situations qu’elle décrit, elle laisse toujours affleurer des lueurs de résilience, de courage ou d’amour. Ces éclats fragiles, souvent arrachés à la souffrance, donnent aux textes une profondeur émotionnelle rare et évitent tout sensationnalisme gratuit.

La fabrication soignée de l’ouvrage renforce encore l’impression de recueil-manifeste : une œuvre pensée comme un écrin, à la hauteur de textes qui condensent le meilleur du savoir-faire de l’autrice. J’aime votre peur est ainsi bien plus qu’une compilation : c’est une déclaration d’intention littéraire, un panorama cohérent et percutant de l’univers de Karine Giebel.

Un livre à la fois exigeant et accessible, qui séduira les lecteurs fidèles autant qu’il convaincra celles et ceux qui souhaitent découvrir une écriture noire, engagée et profondément humaine.

Éditeur ‏ : ‎ Pocket / Recamier Date de publication ‏ : ‎ 27 novembre 2025 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 444 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266361074 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266361071

Fauves de Mélissa Da Costa

Achat : https://amzn.to/3LF3dWD

Comment s’échapper de sa cage ? C’est l’obsession des fauves mais aussi celle de Tony, dix-sept ans, lorsqu’il rejoint un cirque itinérant après avoir fui la violence de son père. Faire face aux bêtes, affronter ses propres démons…

Fauves marque un tournant plus sombre et plus viscéral dans l’œuvre de Mélissa Da Costa, confirmant sa capacité à explorer, livre après livre, les zones de fracture de l’âme humaine. Avec ce roman, l’autrice quitte les refuges intimes et les reconstructions douces pour plonger dans un univers de tension brute, où le danger devient un langage et la peur un moteur de survie.

À travers Tony, dix-sept ans, adolescent cabossé par la violence paternelle, Mélissa Da Costa met en scène une fuite qui n’a rien d’une échappatoire confortable. Le cirque itinérant qu’il rejoint n’est pas un havre, mais une arène. Un lieu où l’on apprivoise le risque, où l’on vit au contact de fauves qui incarnent autant la menace que la liberté. Face aux bêtes sauvages, Tony apprend à se confronter à ce qui l’habite : la rage, la honte, le désir de disparaître et celui, plus puissant encore, de se sentir vivant.

Là où Fauves impressionne, c’est dans sa manière de faire dialoguer l’animal et l’humain. Les cages, les numéros, l’odeur de la sciure et la proximité de la mort deviennent des métaphores limpides de l’enfermement intérieur. Le cirque est un monde à part, régi par ses propres lois, où chaque personnage porte ses blessures et ses contradictions. Mélissa Da Costa excelle à donner chair à cette communauté marginale, sans jamais tomber dans le folklore ni l’idéalisation.

L’écriture, plus tendue que dans ses précédents romans, se fait charnelle, presque haletante. Les scènes dans l’arène, chargées d’adrénaline, alternent avec des moments d’introspection d’une grande justesse émotionnelle. La violence n’est jamais gratuite : elle est regardée en face, interrogée, parfois dépassée. Le roman pose alors une question centrale, obsédante : comment rompre le cycle de la brutalité sans devenir soi-même une bête ?

Roman d’apprentissage, récit de survie et méditation sur la liberté, Fauves s’impose comme une œuvre puissante et inconfortable, qui refuse les réponses faciles. Mélissa Da Costa y affirme une voix plus âpre, mais toujours profondément empathique, capable de transformer la peur et la colère en matière littéraire. Un livre qui marque, qui secoue, et qui confirme l’autrice comme l’une des figures majeures du roman français contemporain.

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 7 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ 1er Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 484 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226483543 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226483546

Ne t’enfuis plus (Run Away) sur Netflix : la fin expliquée de la série thriller d’Harlan Coben

C’est une nouvelle année, donc vous savez ce que ça veut dire, non ? Harlan Coben a une nouvelle série sur Netflix. Et le plus grand choc, c’est qu’elle ne met pas en scène Richard Armitage. À la place, on retrouve James Nesbitt dans le rôle de Simon, un homme à la recherche de sa fille fugueuse.
On y voit des sectes, des tueurs, de nombreuses morts, et des mensonges au cœur de cette série en 8 épisodes. Une fin qui révèle la personne responsable de la mort d’Aaron, tout en laissant un goût amer, puisque la série se termine sur un énorme mensonge.

Fin expliquée

Quand on arrive à la fin de la série, elle nous tient littéralement en haleine jusqu’à la toute dernière image. Avec les différentes intrigues en cours, on voit que, pendant que Simon est convoqué pour voir Rocco une dernière fois — celui-ci affirmant avoir des informations sur la localisation de Paige — Ash et Dee se rendent au domaine pour tuer Aaron, sans savoir qu’il est déjà mort.

À ce stade, on apprend qu’Aaron était un enfant issu de la secte The Shining Truth, destiné à hériter d’une fortune, ce qui faisait de lui une cible. Ash et Dee pensent alors que Simon est à leurs trousses, car Elena a reçu un message de lui sur son téléphone, message qu’ils découvrent après l’avoir tuée.
Ils suivent Simon dans le sous-sol, où ils tendent une embuscade à Rocco et le tuent, Luther étant également abattu dans l’échange de tirs. Ash est tué, puis Dee, en poursuivant Simon, est projetée par-dessus le balcon avant de pouvoir le tuer et fait une chute mortelle.

Cet acte est commis par un membre de The Shining Truth, une mère qui tentait de prévenir son fils et qui ne faisait pas réellement partie de la secte. Elle ne voulait pas que son enfant soit tué et refusait l’idée que les fils soient pourchassés. En tuant Dee, elle pensait empêcher d’autres meurtres.

Après cela, Simon se retrouve à l’hôpital. Une fois rétabli, il rend visite à sa femme Ingrid, toujours dans le coma depuis qu’elle a été blessée par balle par Luther au début de la saison. C’est là qu’il retrouve Paige, assise au chevet de sa mère.
La fille qu’il cherchait désespérément est finalement venue à lui. Elle était en centre de désintoxication depuis un certain temps et essayait de remettre sa vie sur les rails après la mort d’Aaron.

Même si la quête pour retrouver Paige est terminée, la question de savoir qui a tué Aaron reste en suspens. Lorsque Ingrid se réveille et rentre chez elle, Paige révèle à son père que c’est elle qui a tué Aaron, justifiant son acte par le fait qu’il la menait sur une mauvaise voie.
À ce moment-là, on pense que la série va se conclure sur Simon gardant un ultime secret : celui que sa fille est une meurtrière. Mais ce n’est pas la vérité.

La vérité, c’est qu’Ingrid a en réalité tué Aaron, le tenant pour responsable d’avoir entraîné Paige dans cette spirale.
Cependant, la série réserve un dernier retournement de situation sombre et dérangeant : Ingrid faisait autrefois partie de la secte The Shining Truth, et Paige et Aaron n’étaient pas en couple. Ils étaient en réalité demi-frère et demi-sœur.

Paige faisait des recherches sur ses gènes et son histoire familiale, et c’est ainsi qu’elle découvre qu’Aaron et elle étaient liés par le sang. Ce détail était d’ailleurs sous nos yeux depuis le début : il y avait deux matelas dans l’appartement où ils vivaient, et non un seul, montrant qu’ils ne dormaient pas ensemble. Comme le dit Simon : pourquoi un jeune couple dormirait-il sur des matelas séparés ?

J’ai aimé le fait que cet indice soit dissimulé de manière si subtile, juste sous nos yeux, sans que l’idée ne me traverse l’esprit.
Une fois révélé qu’Ingrid était la mère d’Aaron — et qu’après avoir fui la secte, elle ignorait qu’Aaron était son fils — on comprend qu’elle a en réalité tué son propre enfant.

Paige ne veut pas que Simon révèle à Ingrid qu’Aaron était son fils, car elle pense que cela la briserait totalement. Ainsi, même si Simon promet de ne plus avoir de secrets au sein de la famille, celui-ci restera enfoui, pour préserver la santé mentale d’Ingrid.

Les secrets sont précisément ce qui a détruit la famille au départ, puisque Paige n’a jamais révélé à ses parents qui était réellement Aaron. Ce qui a causé leur chute devient donc le fondement de leur avenir.

Le lent travelling final vers Simon, le montrant face aux deux femmes les plus importantes de sa vie — sa fille et sa femme — illustre parfaitement le conflit qui le ronge intérieurement. Son visage troublé montre qu’il ne pourra jamais se débarrasser de ce secret, et qu’il le portera en lui pour l’éternité.
Qui sait, ce cycle destructeur pourrait bien recommencer. Même si ce secret protège Ingrid, il pourrait détruire la santé mentale de Simon.

La toute dernière image le montre regardant directement la caméra, comme s’il nous posait la question : que ferions-nous à sa place ? Garder le secret ou dire à la personne que l’on aime qu’elle a tué son propre enfant ?

En dehors de la mort d’Aaron et de la responsabilité d’Ingrid, on apprend également que la secte The Shining Truth est exposée et démantelée. Le corps d’Elena est retrouvé, des funérailles ont lieu auxquelles Simon assiste, et l’on découvre aussi l’existence de la fille biologique du mari d’Elena, qu’il lui avait cachée.


Critique de Run Away

En ce qui concerne les séries adaptées des romans de Harlan Coben, j’ai l’impression de dire la même chose chaque année. Elles manquent souvent de profondeur. Le jeu d’acteur est très superficiel, peu convaincant, donnant parfois l’impression de regarder un soap opera comme Hollyoaks. L’écriture du scénario n’est pas particulièrement stimulante.

Cela dit, la série se regarde facilement et sait parfaitement créer des cliffhangers efficaces, au point de nous donner envie de lancer l’épisode suivant. Cela m’est arrivé à plusieurs reprises pendant le visionnage.

L’intrigue autour de Dee et Dash aurait presque pu être une série à part entière. J’ai plutôt apprécié de les suivre dans leur traque méthodique des personnes figurant sur leur liste noire. En revanche, l’aspect secte m’a semblé ajouté tardivement et ne m’a pas vraiment captivé. J’ai trouvé que cela compliquait inutilement l’histoire, même si le reste des intrigues s’imbriquait plutôt bien.

J’ai été profondément choqué par la mort d’Elena. C’était probablement mon personnage préféré, et je ne pensais absolument pas qu’elle allait mourir. J’ai lancé l’épisode suivant immédiatement pour comprendre ce qui lui était arrivé.

Concernant la disparition de Paige, même si je comprends le désespoir de Simon, c’est l’intrigue qui m’a le moins convaincu. Elle apparaît simplement au chevet du lit d’hôpital à la fin, ce que j’ai trouvé décevant. Toute la série repose sur sa fuite, les accusations contre elle, et l’argent que Simon dépense pour la retrouver… pour qu’elle réapparaisse soudainement à la toute fin.

Le nombre de morts et la manière dont elles sont montrées sont particulièrement violents. La série ne détourne pas le regard, ce qui est assez rafraîchissant, même si cela m’a surpris au départ.

Côté interprétation, j’ai trouvé la majorité des performances assez faibles. Seuls trois acteurs m’ont réellement convaincu : James Nesbitt (Simon), Ruth Jones (Elena) et Maeve Courtier-Lilley (Dee). Pour les autres, on a souvent l’impression qu’ils récitent leur texte, avec un niveau proche du théâtre scolaire. C’est particulièrement flagrant pour Ash et Sam, le fils de Simon.

Globalement, cela frôle souvent le niveau d’un soap. C’est sans doute pour cela que j’ai du mal à vraiment apprécier les séries de Harlan Coben : je n’arrive jamais à m’immerger totalement, et le jeu d’acteur ne correspond pas à la gravité des thèmes abordés.

Alors, est-ce que la série vaut le coup ? Malgré ses faiblesses, elle reste regardable. Elle ne pousse pas vraiment à s’attacher aux personnages ni à s’investir émotionnellement, mais elle est prenante. On comprend pourquoi elle est numéro un sur Netflix : elle donne constamment envie de connaître la suite.

L’intrigue peut devenir confuse par moments, et l’aspect secte frôle parfois le ridicule, mais l’ensemble permet de se laisser happer pendant huit heures sans avoir l’impression de perdre son temps.
À titre de comparaison, Fool Me Once était meilleure, et Missing You l’an dernier aussi.

Run Away est divertissante, mais il ne faut pas en attendre trop. Si vous avez déjà vu les autres séries de Harlan Coben, vous savez exactement dans quoi vous vous engagez.

Coffret Desplechin – 14 films de Arnaud Desplechin

Achat : https://amzn.to/4prfCuZ

Description du produit

Contient 14 films en Blu-ray :
– La Vie des morts
– La Sentinelle
– Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle)
– eSTheR KaHN (nouvelle restauration)
– Léo en jouant dans la compagnie des hommes
– Rois & reine (nouvelle restauration)
– « Un conte de Noël » (nouvelle restauration)
– « Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines) »
– « Trois souvenirs de ma jeunesse »
– « Les Fantômes d’Ismaël »
– « Roubaix, une lumière »
– « Tromperie »
– « Frère et soeur »
– Spectateurs !
– un livret (28 pages)
– 6 cartes postales
– une planche de stickers

Avec ce Coffret Desplechin – 14 films, c’est tout un pan du cinéma français contemporain qui se trouve réuni dans un écrin éditorial ambitieux et cohérent. Plus qu’une simple compilation, ce coffret propose une traversée sensible et intellectuelle de l’œuvre d’Arnaud Desplechin, cinéaste majeur de l’intime, de la parole et de la complexité des êtres.

La sélection embrasse l’ensemble de sa filmographie, des débuts fulgurants (La Vie des morts, La Sentinelle) aux œuvres plus récentes (Frère et sœur, Spectateurs !), en passant par les films devenus emblématiques (Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), Rois & reine, Un conte de Noël). Les nouvelles restaurations, particulièrement soignées, redonnent une vigueur saisissante à des films souvent très dialogués, où la précision des regards, des silences et des corps est essentielle.

Visionner ces films dans leur continuité permet de mesurer la cohérence profonde du cinéma de Desplechin : une obsession pour la famille comme champ de bataille affectif, pour la psychanalyse, la mémoire, la culpabilité et la transmission. On y retrouve cette manière unique de faire cohabiter le romanesque et l’autobiographique, la légèreté apparente et la douleur brute. Des œuvres comme Trois souvenirs de ma jeunesse ou Tromperie prennent une résonance particulière replacées dans cet ensemble, comme des variations tardives sur des thèmes fondateurs.

Le coffret se distingue aussi par la richesse de ses compléments matériels. Le livret de 28 pages, les cartes postales et la planche de stickers ne relèvent pas du gadget, mais participent d’une véritable volonté éditoriale : accompagner le spectateur dans une relation presque charnelle à l’œuvre, fidèle à l’idée d’un cinéma vécu, pensé, revisité.

Sur le plan technique, les Blu-ray offrent un confort de visionnage à la hauteur de l’ambition du projet, respectant les textures originales tout en gagnant en lisibilité. Cette édition s’adresse autant aux cinéphiles avertis qu’aux spectateurs désireux de découvrir un auteur dont chaque film dialogue avec les autres.

Dense, exigeant, profondément humain, ce coffret s’impose comme une référence. Une invitation à se perdre — et se retrouver — dans un cinéma de la parole et des failles, où penser et ressentir ne sont jamais dissociés. Un indispensable pour comprendre l’œuvre d’Arnaud Desplechin, et, à travers elle, une certaine idée du cinéma français.

Classé ‏ : ‎ Tous publics Dimensions du colis ‏ : ‎ 18 x 14,4 x 12,9 cm; 1,35 kilogrammes Réalisateur ‏ : ‎ Arnaud Desplechin Format ‏ : ‎ Blu-ray Durée ‏ : ‎ 13 heures et 20 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 2 décembre 2025 Acteurs ‏ : ‎ Chiara Mastroianni, Ian Holm, Roch Leibovici, Summer Phoenix, Thibault de Montalembert Sous-titres : ‏ : ‎ Français Langue ‏ : ‎ Français (Audio DTS-HD High Resolution), Français (Audio DTS-HD High Resolution) Studio  ‏ : ‎ Le Pacte ASIN ‏ : ‎ B0FL88GW64

Left Handed Girl avec Janel Tsai (Acteur), Nina Ye (Acteur), Tsou Shih-Ching (Réalisateur)

Achat : https://amzn.to/3NsfgXK

Une mère célibataire et ses deux filles arrivent à Taipei pour ouvrir une petite cantine au cœur d’un marché nocturne de la capitale taiwanaise. Chacune d’entre elles doit trouver un moyen de s’adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l’unité familiale.

Avec Left Handed Girl, la réalisatrice Tsou Shih-Ching livre un film d’une grande délicatesse, à la frontière du drame social et du portrait intime, qui capte avec une précision rare les fragilités du lien familial face au déracinement. Ancré dans le tumulte sensoriel des marchés nocturnes de Taipei, le film raconte l’installation d’une mère célibataire et de ses deux filles dans une ville aussi vibrante qu’indifférente.

Dès les premières scènes, le décor devient un personnage à part entière. Les néons, les odeurs de friture, la foule compacte et le vacarme permanent contrastent avec la solitude intérieure des protagonistes. La petite cantine qu’elles ouvrent agit comme un fragile refuge, mais aussi comme un révélateur de tensions enfouies. Chacune des trois femmes affronte cette nouvelle vie à sa manière, entre désir d’émancipation, sentiment d’abandon et besoin vital de rester soudées.

La mise en scène de Tsou Shih-Ching se distingue par sa sobriété. Elle privilégie les gestes du quotidien, les silences, les regards qui s’évitent ou se cherchent. Le récit progresse sans effets appuyés, laissant au spectateur le soin de percevoir les micro-fractures qui menacent l’équilibre familial. Cette approche quasi documentaire donne au film une authenticité bouleversante, sans jamais tomber dans le misérabilisme.

Janel Tsai incarne la mère avec une retenue remarquable. Son jeu, tout en intériorité, traduit la fatigue d’une femme qui porte seule la responsabilité du foyer, tout en tentant de préserver ses filles de ses propres renoncements. À ses côtés, Nina Ye impressionne par la justesse avec laquelle elle exprime les contradictions de l’adolescence : le besoin de liberté face à la peur de trahir les siens. La cadette, plus silencieuse, agit comme un miroir sensible de cette cellule familiale en recomposition.

Au-delà de son récit intime, Left Handed Girl esquisse une réflexion plus large sur la place des femmes dans une société urbaine en perpétuel mouvement, où la réussite économique se paie souvent d’une grande solitude. Le film parle de transmission, de résilience et de cette capacité à réinventer une famille malgré les fractures.

Œuvre discrète mais profondément humaine, Left Handed Girl touche par sa douceur mélancolique et par la justesse de son regard. Un cinéma du sensible, qui s’attarde sur l’essentiel : la difficulté d’aimer et de rester ensemble quand tout pousse à la dispersion.

Rapport de forme ‏ : ‎ 2.35:1 Classé ‏ : ‎ Tous publics Dimensions du colis ‏ : ‎ 17 x 14 x 14 cm; 85 grammes Réalisateur ‏ : ‎ Tsou Shih-Ching Format ‏ : ‎ Blu-ray Durée ‏ : ‎ 1 heure et 48 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 22 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Blaire Chang, Huang Teng-Hui, Janel Tsai, Ma Shi-Yuan, Nina Ye Sous-titres : ‏ : ‎ Français Langue ‏ : ‎ Mandarin (DTS-HD 5.1) Studio  ‏ : ‎ Le Pacte ASIN ‏ : ‎ B0FWG3548W

L’Âme Idéale De Alice Vial | Par Alice Vial, Jean-Toussaint Bernard Avec Jonathan Cohen, Magalie Lépine Blondeau, Florence Janas

Elsa, 40 ans, célibataire, a renoncé aux histoires d’amour. Un don un peu spécial la garde à distance des autres : elle peut voir et parler aux morts.

Avec L’Âme Idéale, Alice Vial signe une comédie romantique singulière, teintée de fantastique, qui détourne avec finesse les codes du genre pour mieux interroger la solitude, le deuil et la peur de l’attachement. Le film suit Elsa, 40 ans, femme indépendante et désabusée, dotée d’un don encombrant : elle voit et parle aux morts. Une faculté qui, loin d’être un pouvoir, agit comme une barrière invisible entre elle et les autres.

Le scénario, coécrit avec Jean-Toussaint Bernard, installe d’abord une chronique douce-amère du célibat contemporain, avant de glisser progressivement vers une romance aussi séduisante que troublante. La rencontre avec Oscar, homme solaire et plein d’esprit, redonne à Elsa le goût du possible. Mais très vite, le film instille un doute : et si cette histoire d’amour reposait sur une illusion plus profonde qu’un simple malentendu sentimental ? Ce basculement narratif, mené avec délicatesse, confère au film une tonalité mélancolique inattendue.

Magalie Lépine Blondeau livre une interprétation tout en nuances. Son Elsa est à la fois ironique, fragile et profondément humaine. Elle évite l’écueil du personnage “à concept” pour incarner une femme blessée, qui s’est protégée du monde par lucidité autant que par peur. Face à elle, Jonathan Cohen surprend par une composition plus retenue qu’à l’accoutumée. Son Oscar, charmeur et sensible, apporte une vraie douceur au récit, tout en conservant une part d’étrangeté qui nourrit le mystère du film. Florence Janas complète le casting avec justesse, apportant un contrepoint émotionnel essentiel.

La mise en scène d’Alice Vial privilégie l’intime : plans resserrés, lumières douces, décors du quotidien qui contrastent avec l’irruption du surnaturel. Le fantastique n’est jamais spectaculaire ; il s’insinue discrètement dans le réel, à l’image des morts qui entourent Elsa. Le travail sonore, subtil, accompagne cette frontière floue entre présence et absence, réalité et projection affective.

Sous ses airs de romance décalée, L’Âme Idéale pose une question universelle : peut-on aimer pleinement quand on est hanté par le passé ? Le film parle moins des fantômes que de ce qui nous empêche de vivre : les regrets, les peurs, les histoires inachevées. Une œuvre sensible et originale, qui touche par sa sincérité et par sa capacité à faire cohabiter légèreté, émotion et réflexion existentielle.

Une place pour Pierrot De Hélène Medigue | Par Hélène Medigue, Stéphane Cabel Avec Marie Gillain, Grégory Gadebois, Patrick Mille

Achat : https://amzn.to/45vc0RF

Pierrot, 45 ans, est autiste et vit dans un foyer médicalisé. Déterminée à lui offrir une vie digne, sa sœur Camille le prend chez elle et se met en quête d’un endroit mieux adapté à sa différence. Le chemin est long mais c’est la promesse d’une nouvelle vie, au sein de laquelle chacun trouvera sa place.

Avec Une place pour Pierrot, Hélène Medigue signe un film profondément humain, d’une grande délicatesse, qui aborde l’autisme adulte sans pathos ni simplification. Le récit s’attache à Pierrot, 45 ans, autiste vivant en foyer médicalisé, et à sa sœur Camille, qui décide de le prendre chez elle pour lui offrir une existence plus digne et plus juste. Un geste d’amour, mais aussi un parcours semé d’obstacles administratifs, émotionnels et intimes.

La force du film réside dans son regard posé, respectueux, presque pudique. La mise en scène choisit la sobriété : peu d’effets, une caméra discrète, souvent à hauteur d’homme, qui accompagne les personnages sans jamais les enfermer dans un discours démonstratif. Le quotidien de Pierrot est montré dans sa complexité, entre routines nécessaires, fragilités, mais aussi désirs et élans d’autonomie. Le film rappelle avec justesse que l’inclusion ne se décrète pas : elle se construit, lentement, au prix d’efforts partagés.

L’interprétation est l’un des grands atouts du long métrage. Grégory Gadebois incarne Pierrot avec une retenue admirable, loin de toute caricature. Son jeu repose sur les silences, les gestes, les regards, et donne au personnage une épaisseur bouleversante. À ses côtés, Marie Gillain compose une Camille crédible, tiraillée entre amour, fatigue, culpabilité et détermination. Leur relation fraternelle, au cœur du film, est traitée avec une rare justesse émotionnelle. Patrick Mille apporte quant à lui une présence secondaire mais précieuse, ancrant le récit dans une réalité sociale concrète.

Sur le plan de l’image et du son, Une place pour Pierrot privilégie le naturel. La photographie, douce et réaliste, accompagne les variations d’humeur sans les souligner excessivement. Le travail sonore est particulièrement soigné : les ambiances du quotidien, parfois envahissantes pour Pierrot, deviennent un outil de mise en empathie avec son ressenti, sans jamais basculer dans l’effet appuyé.

Sans angélisme ni misérabilisme, Une place pour Pierrot interroge la notion de “place” dans la société, la famille et le regard porté sur la différence. Un film sensible, nécessaire, qui touche par sa sincérité et par la dignité qu’il accorde à ses personnages. Une œuvre discrète mais profondément marquante.

Rapport de forme ‏ : ‎ 2.35:1 Classé ‏ : ‎ Tous publics Dimensions du colis ‏ : ‎ 19 x 14 x 1,4 cm; 85 grammes Réalisateur ‏ : ‎ Hélène Médigue Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 1 heure et 35 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 20 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Grégory Gadebois, Marie Gillain, Mathilde Labarthe, Patrick Mille, Vincent Elbaz Langue ‏ : ‎ Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Diaphana ASIN ‏ : ‎ B0FVRJY3P2

ALPHA avec Mélissa Boros (Acteur), Tahar Rahim (Acteur), Julia Ducournau (Réalisateur)

Achat : https://amzn.to/4snBCKb

Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule le jour où elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras.

Avec Alpha, Julia Ducournau poursuit son exploration radicale des corps, de la peur et de la filiation, dans un film à la fois intime et profondément dérangeant. Plus frontal que Grave, moins spectaculaire que Titane, Alpha s’inscrit dans une veine plus sourde, presque clinique, où l’horreur naît du réel et de l’incompréhension.

Alpha a 13 ans. Elle est nerveuse, abrasive, sur le fil. Elle vit seule avec sa mère, dans une relation déjà fragile, tendue par les non-dits et une inquiétude diffuse. Le récit bascule lorsqu’elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras. Un geste anodin en apparence, mais qui agit comme un déclencheur. Chez Ducournau, le corps parle toujours avant les mots. Ici, cette marque devient symptôme, menace, fracture. Elle ouvre une brèche où s’engouffrent la peur sociale, la transmission du traumatisme et l’angoisse parentale.

La mise en scène est d’une rigueur implacable. Plans serrés, cadres oppressants, lumière froide : la réalisatrice enferme ses personnages dans un espace mental autant que physique. Le film avance par sensations plus que par explications, laissant volontairement le spectateur dans l’incertitude. Cette ambiguïté, signature de Ducournau, nourrit un malaise constant, sans jamais céder à l’esbroufe.

La révélation du film est Mélissa Boros, impressionnante de justesse. Son Alpha est brute, instable, traversée de pulsions contradictoires. Elle impose une présence magnétique, capable de passer de la provocation à une vulnérabilité désarmante en un regard. Face à elle, Tahar Rahim incarne une figure adulte trouble, ambiguë, dont la seule présence fait planer un danger latent. Son jeu, tout en tension contenue, renforce le sentiment d’insécurité permanente.

Le travail sonore mérite une mention particulière : respirations, silences lourds, bruits étouffés composent une bande-son anxiogène qui amplifie la sensation d’étouffement. L’image et le son avancent de concert pour traduire l’état émotionnel des personnages, sans jamais expliciter inutilement.

Alpha est un film exigeant, parfois inconfortable, mais d’une cohérence remarquable. Julia Ducournau y ausculte l’adolescence comme un territoire de métamorphose et de danger, et interroge la peur de l’autre, du corps qui change, de ce qui échappe au contrôle. Une œuvre radicale, organique, qui confirme la singularité d’une cinéaste désormais incontournable du cinéma contemporain.

Rapport de forme ‏ : ‎ 2.35:1 Classé ‏ : ‎ 12 ans et plus Dimensions du colis ‏ : ‎ 19 x 14 x 1,4 cm; 85 grammes Réalisateur ‏ : ‎ Julia Ducournau Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 2 heures et 3 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 6 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Emma Mackey, Finnegan Oldfield, Golshifteh Farahani, Mélissa Boros, Tahar Rahim Langue ‏ : ‎ Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Diaphana ASIN ‏ : ‎ B0FVRYSW1F

En première ligne Leonie Benesch (Acteur), Sonja Riesen (Acteur), Petra Biondina Volpe (Réalisateur)

Achat : https://amzn.to/4jrn5ZJ

Floria est une infirmière dévouée qui fait face au rythme implacable d’un service hospitalier en sous-effectif.

En première ligne s’impose comme un film d’une justesse rare, tendu et profondément humain, qui plonge le spectateur au cœur d’un service hospitalier à bout de souffle. En première ligne, réalisé par Petra Biondina Volpe, adopte un point de vue resserré, presque en temps réel, pour raconter une journée – et surtout une nuit – où tout peut basculer.

La mise en scène privilégie l’immersion : caméra à hauteur d’épaule, cadres serrés, déplacements incessants dans les couloirs, tout concourt à faire ressentir l’épuisement physique et mental du personnel soignant. Volpe évite tout pathos inutile pour s’en tenir à une observation précise, presque documentaire, de la surcharge de travail, du manque de moyens et de la violence sourde que génère l’urgence permanente.

Au centre du film, Leonie Benesch livre une performance remarquable. Son interprétation de Floria, infirmière à la fois solide, empathique et progressivement débordée, repose sur une palette de micro-émotions : un regard qui vacille, une respiration qui s’accélère, une fatigue qui s’inscrit dans les gestes. À ses côtés, Sonja Riesen apporte un contrepoint tout en retenue, renforçant la crédibilité et la densité humaine du récit.

Sur le plan de l’image, la photographie froide et réaliste épouse parfaitement le décor hospitalier : néons implacables, couleurs désaturées, absence de toute esthétisation superflue. Le film trouve sa force dans cette sobriété visuelle, qui accentue le sentiment d’urgence et d’enfermement. Le travail sonore est tout aussi essentiel : bips des machines, appels incessants, voix qui se superposent, silences trop courts… Le mixage crée une pression constante, presque oppressante, plaçant le spectateur dans le même état de tension que l’héroïne.

En première ligne n’est pas seulement un film sur l’hôpital, c’est un film sur le soin comme combat quotidien, sur l’impossibilité de « bien faire » quand tout manque, et sur la dignité de celles et ceux qui tiennent malgré tout. Un cinéma engagé, mais jamais démonstratif, qui touche par sa précision, son humanité et sa lucidité.

Rapport de forme ‏ : ‎ 1.85:1 Classé ‏ : ‎ Tous publics Réalisateur ‏ : ‎ Petra Biondina Volpe Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 1 heure et 29 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 16 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Alireza Bayram, Leonie Benesch, Selma Adin, Selma Jamal Aldin, Sonja Riesen Sous-titres : ‏ : ‎ Français Langue ‏ : ‎ Allemand (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Wild Side Video

Picsou Magazine Hors-Série HS02. Souvenirs du Klondike Une BD de Corrado Mastantuono

Contient les 6 épisodes de la série « Blue Peaks Valley » + une interview de l’auteur.

Avec Picsou Magazine Hors-Série HS02 – Souvenirs du Klondike, Corrado Mastantuono livre un hommage vibrant et profondément incarné aux grandes heures de la ruée vers l’or, en s’inscrivant dans la plus pure tradition des récits fondateurs de l’univers de Picsou.

Réunissant les six épisodes de la série Blue Peaks Valley, ce hors-série séduit par son souffle romanesque et son approche plus réaliste, presque mélancolique, du Klondike. Mastantuono y déploie un dessin somptueux, ample et expressif, qui donne toute sa densité aux paysages enneigés, à la rudesse du froid et à la solitude des chercheurs d’or. Le trait, très cinématographique, privilégie les atmosphères, les silences et les regards, renforçant la dimension humaine de l’aventure.

Loin de l’or clinquant, Souvenirs du Klondike s’attache à la mémoire, à l’effort et au prix à payer pour les rêves de fortune. Le récit explore la naissance des mythes et la part d’ombre de l’épopée, dans un équilibre subtil entre aventure, introspection et tragédie. L’interview de l’auteur, incluse en fin d’ouvrage, éclaire avec intelligence ses choix artistiques et son rapport à l’héritage de Carl Barks et Don Rosa.

Un hors-série élégant et ambitieux, qui s’adresse autant aux amateurs de Picsou qu’aux lecteurs sensibles aux grands récits d’aventure humanistes, et qui confirme Corrado Mastantuono comme l’un des auteurs majeurs du canard milliardaire contemporain.