Les Démoniaques: La légende noire de Lord Barton Hosting Shicton-Wave 1/2 de Serge Brussolo

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Le jour où Jeanne a croisé le chemin de Lord Barton Hosting Shicton-Wave, son existence a viré au cauchemar. Séduite, dupée, la jeune femme est devenue la mère d’un enfant non désiré aux pouvoirs fabuleux et inquiétants.

Avec Les Démoniaques, Serge Brussolo signe l’un de ses textes les plus sombres et les plus fascinants. Publié initialement dans les années 1990 et longtemps introuvable, ce diptyque ressort enfin dans une édition soignée qui redonne toute sa puissance à un récit aujourd’hui considéré comme un classique du steampunk et du fantastique à la française. Plus qu’un simple roman d’horreur ou d’aventures ésotériques, il s’agit ici d’une relecture magistrale du roman gothique anglais, portée par une langue flamboyante et une imagination aussi fertile que dérangeante.

Dès les premières pages, Brussolo nous immerge dans un univers où le bizarre est la norme, où la science se confond avec la magie noire, et où la monstruosité ne réside pas toujours là où on l’attend. Le personnage de Jeanne, jeune femme piégée dans une spirale infernale après sa rencontre avec l’énigmatique Lord Barton Hosting Shicton-Wave, incarne à la fois l’innocence sacrifiée et la résilience face à l’indicible. Enceinte d’un enfant doté de pouvoirs surnaturels qu’elle n’a pas souhaité porter, manipulée par un protecteur plus démon que noble, elle est le point d’ancrage émotionnel d’un récit qui n’a de cesse de brouiller les frontières entre le rationnel et le cauchemar.

Lord Barton, figure d’aristocrate décadent à mi-chemin entre le savant fou et l’alchimiste, incarne quant à lui toute l’ambiguïté morale et esthétique du roman. À travers lui, Brussolo interroge le pouvoir, la manipulation, la fascination du mal et l’orgueil humain face aux forces qu’il croit pouvoir maîtriser. À ses côtés défilent une galerie de personnages secondaires tour à tour grotesques, inquiétants ou pathétiques, tous pris au piège d’un monde dont les lois obéissent davantage aux pulsions et à l’ésotérisme qu’à la logique.

Ce premier volume est marqué par un rythme haletant et une atmosphère dense, presque suffocante, renforcée par une écriture sensorielle, baroque et visuelle. Brussolo excelle à décrire les décors — châteaux délabrés, laboratoires décadents, brumes lourdes de présages — comme à instiller l’inquiétude dans les gestes les plus anodins. Tout dans ce récit évoque la démesure : des dialogues ciselés, des scènes à la limite du grotesque et du sublime, des visions hallucinées qui convoquent les maîtres du genre, de Mary Shelley à Lovecraft, en passant par Poe et Lautréamont.

Mais Les Démoniaques ne se limite pas à un exercice de style. Derrière le vernis du fantastique, Brussolo tisse une réflexion sur la condition féminine, sur le pouvoir patriarcal et sur les enfants comme objets de fantasme et de contrôle. C’est un roman où le politique affleure dans les plis de l’horreur, où le destin individuel devient métaphore d’une époque hantée par ses excès scientifiques et moraux.

La réédition de ce premier volume constitue donc un véritable événement littéraire. Pour les lecteurs déjà familiers de l’œuvre de Brussolo, elle permet de redécouvrir l’une de ses œuvres les plus ambitieuses et les plus abouties. Pour les autres, c’est une porte d’entrée idéale dans un univers littéraire singulier, foisonnant, et profondément marquant. Le second tome viendra, on l’espère, clore cette fresque avec autant de souffle et d’éclat.

ASIN ‏ : ‎ B0FFHDYG9M Éditeur ‏ : ‎ H&O

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