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Dans Les Ombres du monde, Michel Bussi fait entrer l’Histoire dans le roman et le roman dans l’Histoire, articulant, en maître du suspense, la construction romanesque avec les faits historiques.
Les Ombres du monde marque un tournant dans l’œuvre de Michel Bussi. En quittant le cadre du polar contemporain, il s’attaque à l’un des événements les plus tragiques du XXᵉ siècle : le génocide rwandais. Mais plutôt que d’en faire une fresque historique classique, il choisit la voie de l’intime, à travers l’histoire de Jorik Arteta, officier français, et de ses descendantes, dont les destinées sont irrémédiablement liées à celle du Rwanda.
L’histoire débute en octobre 1990. Envoyé en mission à Kigali, Jorik rencontre Espérance, jeune professeure engagée, porteuse des espoirs suscités par l’ouverture démocratique. Leur relation, pleine de douceur et d’idéalisme, fait exister un Rwanda encore lumineux, traversé par un souffle de liberté. En filigrane cependant, Michel Bussi laisse affleurer les premières tensions, les fractures ethniques, les discours de haine qui commencent à se diffuser.
Puis vient le 6 avril 1994 : une explosion dans le ciel de Kigali, l’avion présidentiel abattu, et avec lui, la bascule irréversible. En quelques lignes à peine, le roman fait passer le lecteur d’un monde fragile mais vivant à un déferlement de violence. Les cent jours qui suivent ne sont pas décrits pour choquer, mais pour montrer, avec dignité, la sidération, la peur, les disparitions. Bussi ne cherche pas à donner une vérité définitive sur les responsabilités : il s’intéresse à ceux qui savaient, à ceux qui se sont tus, à la façon dont les individus peuvent se retrouver pris dans une mécanique politique qui les dépasse.
C’est ce silence qui revient, trente ans plus tard, lorsque Jorik retourne au Rwanda avec sa fille et sa petite-fille, à Noël 2024. Chacun poursuit une quête différente. Jorik cherche à affronter enfin ce qu’il a refoulé depuis des années. Sa fille veut comprendre les zones grises d’un récit familial incomplet. Sa petite-fille, plus innocente, confronte son regard neuf à la complexité d’un pays qui porte encore les traces du génocide tout en se tournant vers l’avenir. Le Rwanda contemporain, tel que le décrit Bussi, n’est ni idéalisé ni misérablement figé : il est vivant, dynamique, mais hanté, lui aussi, par des ombres.
Le roman est construit comme un jeu de miroirs entre passé et présent, entre histoire collective et secrets familiaux. Ce procédé n’a rien d’un artifice : il permet de montrer combien les traumatismes ne disparaissent jamais véritablement, mais se transmettent, parfois sous forme de silence ou de malaise. Le suspense naît alors non pas d’un mystère policier, mais d’une tension morale : qu’a fait Jorik ? jusqu’où a-t-il vu ? jusqu’où a-t-il accepté ? Michel Bussi pose, sans dogmatisme, la question de la responsabilité individuelle face à l’engrenage de la violence.
L’écriture est volontairement sobre, presque retenue, mais régulièrement traversée d’images d’une vraie poésie. Ce choix de ton rend la lecture profondément émotive : là où un récit grandiloquent aurait pu affaiblir le propos, cette sobriété renforce au contraire la puissance tragique des événements, tout en permettant une respiration. Certains passages, notamment ceux qui évoquent la relation entre Jorik et Espérance, ou les découvertes de la petite-fille en 2024, sont d’une beauté saisissante.
Éditeur : Presses de la Cité Date de publication : 14 août 2025 Édition : 1er Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 576 pages ISBN-10 : 2258212294 ISBN-13 : 978-2258212299

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