Achat : https://amzn.to/46nTTOv
Que s’est-il passé, jadis, aux Folies Mécaniques, ce théâtre macabre où, selon la rumeur, on assassinait les acteurs ?
Avec L’Épave, Serge Brussolo confirme une fois encore son statut d’auteur inclassable, à la croisée du thriller, du fantastique et du roman psychologique. Dès les premières pages, le lecteur est happé par une atmosphère dense et suffocante, où l’océan devient à la fois décor, piège et métaphore des gouffres intérieurs.
L’intrigue démarre autour d’une découverte intrigante : une épave, gisant dans les abysses, qui semble abriter plus qu’un simple souvenir du passé. Comme souvent chez Brussolo, l’objet – ici ce navire englouti – devient un catalyseur d’angoisses et de révélations. Les personnages, attirés malgré eux dans cette exploration, se retrouvent confrontés non seulement aux dangers matériels (l’eau, l’obscurité, le manque d’air) mais surtout aux fantômes de leur mémoire, aux obsessions et aux traumatismes enfouis.
L’art de Brussolo réside dans sa capacité à faire de l’environnement un protagoniste à part entière. La mer, poisseuse et oppressante, étend son emprise au fil des pages. Elle grince, suinte, écrase, jusqu’à devenir une prison invisible. On retrouve là ce qui fait la marque de l’auteur : un usage sensoriel de l’écriture. Les phrases collent à la peau, laissent une impression d’humidité glacée, d’étouffement progressif, comme si la lecture elle-même était une plongée en apnée.
Mais L’Épave n’est pas qu’un roman d’atmosphère. C’est aussi une réflexion sur la mémoire et sur l’obsession : que garde-t-on enfoui en soi, que choisit-on d’oublier, et que surgit-il quand les digues intérieures cèdent ? L’épave devient alors le symbole d’un inconscient englouti qui remonte à la surface, monstrueux et fascinant. Les personnages se débattent dans un entre-deux : vouloir savoir, tout en craignant la vérité.
La construction du récit, faite de rebondissements et de fausses pistes, maintient une tension constante. Brussolo joue avec le lecteur, brouille les repères temporels et narratifs, au point que l’on ne sait plus toujours si l’on assiste à une scène réelle, à un délire ou à une hallucination. Ce flottement, loin de frustrer, nourrit le malaise et renforce l’impression d’être pris dans un filet qui se resserre.
En filigrane, L’Épave s’inscrit dans une tradition littéraire qui va de Poe à Lovecraft, tout en gardant la signature propre de Brussolo : un mélange d’inventivité délirante, de noirceur crue et d’hyperréalisme sensoriel. L’océan, ici, n’est pas seulement un cadre exotique ou spectaculaire : il est la métaphore des gouffres de l’esprit humain, insondables, inquiétants et mortifères.
Ce qui impressionne enfin, c’est la cohérence d’ensemble : le roman ne relâche jamais son emprise. Jusqu’à la dernière page, l’auteur tient le lecteur dans cette atmosphère suffocante, comme une mer prête à engloutir tout espoir de retour à la surface.
Avec L’Épave, Serge Brussolo signe un roman sombre et obsédant, qui laisse une empreinte durable bien après l’avoir refermé. On sort de cette lecture comme d’une plongée trop longue : les poumons brûlants, le cœur battant, et la sensation d’avoir entrevu quelque chose que l’on n’aurait pas dû.
ASIN : B0FSCXMN9R Éditeur : H&O
