L’Âme Idéale De Alice Vial | Par Alice Vial, Jean-Toussaint Bernard Avec Jonathan Cohen, Magalie Lépine Blondeau, Florence Janas

Elsa, 40 ans, célibataire, a renoncé aux histoires d’amour. Un don un peu spécial la garde à distance des autres : elle peut voir et parler aux morts.

Avec L’Âme Idéale, Alice Vial signe une comédie romantique singulière, teintée de fantastique, qui détourne avec finesse les codes du genre pour mieux interroger la solitude, le deuil et la peur de l’attachement. Le film suit Elsa, 40 ans, femme indépendante et désabusée, dotée d’un don encombrant : elle voit et parle aux morts. Une faculté qui, loin d’être un pouvoir, agit comme une barrière invisible entre elle et les autres.

Le scénario, coécrit avec Jean-Toussaint Bernard, installe d’abord une chronique douce-amère du célibat contemporain, avant de glisser progressivement vers une romance aussi séduisante que troublante. La rencontre avec Oscar, homme solaire et plein d’esprit, redonne à Elsa le goût du possible. Mais très vite, le film instille un doute : et si cette histoire d’amour reposait sur une illusion plus profonde qu’un simple malentendu sentimental ? Ce basculement narratif, mené avec délicatesse, confère au film une tonalité mélancolique inattendue.

Magalie Lépine Blondeau livre une interprétation tout en nuances. Son Elsa est à la fois ironique, fragile et profondément humaine. Elle évite l’écueil du personnage “à concept” pour incarner une femme blessée, qui s’est protégée du monde par lucidité autant que par peur. Face à elle, Jonathan Cohen surprend par une composition plus retenue qu’à l’accoutumée. Son Oscar, charmeur et sensible, apporte une vraie douceur au récit, tout en conservant une part d’étrangeté qui nourrit le mystère du film. Florence Janas complète le casting avec justesse, apportant un contrepoint émotionnel essentiel.

La mise en scène d’Alice Vial privilégie l’intime : plans resserrés, lumières douces, décors du quotidien qui contrastent avec l’irruption du surnaturel. Le fantastique n’est jamais spectaculaire ; il s’insinue discrètement dans le réel, à l’image des morts qui entourent Elsa. Le travail sonore, subtil, accompagne cette frontière floue entre présence et absence, réalité et projection affective.

Sous ses airs de romance décalée, L’Âme Idéale pose une question universelle : peut-on aimer pleinement quand on est hanté par le passé ? Le film parle moins des fantômes que de ce qui nous empêche de vivre : les regrets, les peurs, les histoires inachevées. Une œuvre sensible et originale, qui touche par sa sincérité et par sa capacité à faire cohabiter légèreté, émotion et réflexion existentielle.

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