Chronique spectacle : Élie Semoun – Cactus

Un humour qui pique juste… et profondément

Inutile de chercher bien loin pour comprendre le ton de Cactus. En donnant ce nom à son nouveau spectacle, Élie Semoun annonce d’emblée la couleur : ça va piquer.

Après plus de trente ans de carrière, l’humoriste demeure l’une des figures les plus incisives, audacieuses et singulières de la scène française. Son humour grinçant, jamais confortable mais toujours finement observé, a marqué plusieurs générations et continue d’influencer la nouvelle scène comique.

Pour ce huitième spectacle, Élie Semoun opère un virage subtil mais assumé : le stand-up y occupe une place plus importante, une évolution notable dans son écriture. Pourtant, les amateurs de ses célèbres personnages peuvent se rassurer : Cactus reste profondément fidèle à son ADN.

La galerie de portraits qu’il déploie est aussi dérangeante que savoureuse. On y croise Jean Abdul, chargé d’assurer la première partie, un fils emmenant son père visiter un EHPAD, Xavier, handicapé moteur, présentant sa femme à sa mère, un père déstabilisé par la transition de son fils, un professeur de karaté raciste, ou encore des tableaux féroces autour du harcèlement sexuel, de la religion et des non-dits sociaux.

Comme souvent chez Semoun, le rire surgit là où on ne l’attend pas. Derrière la provocation se cache une véritable observation humaine, parfois cruelle, souvent bouleversante. L’humoriste ne juge pas : il expose, il met en lumière, il confronte le public à ses propres contradictions.

Avec Cactus, Élie Semoun livre un spectacle à la fois drôle, inconfortable et profondément humain. Une plongée dans une société traversée par la peur de l’autre, l’intolérance et les tabous, traitée sans filtre mais toujours avec intelligence.

Un humour qui pique, oui —
mais un humour qui réveille, interroge et fait réfléchir, longtemps après les applaudissements.

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