Veuf depuis un mois, Max, major de la gendarmerie de Harz en Bretagne, est chargé d’enquêter sur la disparition mystérieuse d’une adolescente
Avec Anaon, la fiction française s’aventure avec une belle audace sur le terrain du fantastique intime, ancré dans un territoire fort : la Bretagne, ses légendes, ses brumes et son folklore inquiétant. La série tisse habilement un récit à double regard, entre enquête policière et éveil surnaturel, porté par une émotion constamment à fleur de peau.
Veuf depuis un mois, Max, major de la gendarmerie, est interprété avec une sobriété poignante par Guillaume Labbé. Chargé d’élucider la disparition d’une adolescente dans la petite ville de Harz, il s’enfonce dans une affaire qui semble d’abord relever du crime en série. Mais très vite, le réel se fissure. En parallèle, sa fille Wendie, incarnée avec justesse par Capucine Malarre, tente de survivre à son deuil et à une adolescence brutalement fragilisée. Autour d’elle, les événements se font de plus en plus troublants, presque menaçants.
La grande force d’Anaon réside dans ce jeu de miroirs entre le père et la fille. Tandis que Max s’accroche à la rationalité de son métier, Wendie découvre que quelque chose d’anormal est à l’œuvre — et surtout en elle. Des pouvoirs qu’elle ne comprend pas encore, qu’elle cache, et qui semblent liés à un folklore local ancien, sombre, profondément enraciné dans la terre bretonne. Le surnaturel n’est jamais gratuit : il agit comme une métaphore du deuil, des non-dits, de la transmission et de la peur de perdre ceux qu’on aime.
La série excelle aussi dans son atmosphère : une Bretagne filmée comme un personnage à part entière, entre forêts opaques, villages silencieux et légendes murmurées. La mise en scène privilégie la tension diffuse plutôt que l’effet choc, laissant planer une inquiétude constante. À leurs côtés, Eugénie Derouand apporte une densité supplémentaire à cet univers où chacun semble porter ses propres secrets.
Anaon est avant tout une série sur la reconstruction familiale. Malgré la douleur, les silences et les peurs, chaque avancée de l’enquête rapproche Max et Wendie. Pour comprendre ce qui se passe — et survivre — ils devront réapprendre à faire famille, à se regarder en face, et à accepter que certaines réponses dépassent la logique humaine.
Une série sombre, sensible et élégamment fantastique, qui prouve que le genre peut être un formidable outil pour raconter l’intime. Un vrai pari narratif, tenu avec intelligence et émotion.
