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Lucas Jones réapparaît sur le pas de la porte de son oncle, dans sa ville natale de Medford, après 12 ans d’absence. La joie des retrouvailles laisse rapidement place aux doutes et au mystère.
Avec The Junction, Norm Konyu confirme magistralement la singularité de son univers et s’impose, après Downlands, comme l’un des auteurs les plus troublants et sensibles du roman graphique contemporain.
Le point de départ est d’une simplicité désarmante, presque banale : Lucas Jones réapparaît un jour sur le pas de la porte de son oncle, dans la petite ville de Medford, après douze années d’absence. Mais très vite, l’évidence se fissure. Lucas n’a pas vieilli. Il a toujours 11 ans. Son père, disparu le même jour que lui, reste introuvable. Et surtout, l’enfant est muré dans un silence inquiétant. À partir de là, The Junction déploie une enquête à la fois rationnelle et profondément métaphysique, menée par un inspecteur et une psychologue qui tentent de recomposer l’irreprésentable à partir d’indices fragmentaires : quelques Polaroids et un journal intime.
C’est dans ce carnet que le récit bascule pleinement. Lucas y décrit Kirby Junction, une ville hors du temps où les maisons surgissent sans prévenir, où les habitants attendent indéfiniment un train qui n’arrive jamais. Norm Konyu orchestre avec une grande finesse cette narration gigogne, faisant dialoguer le présent de l’enquête et l’univers mental – ou surnaturel – du journal. Plus l’histoire avance, plus la frontière entre réel, souvenir et imaginaire devient poreuse, jusqu’à troubler profondément le lecteur.
Derrière son vernis fantastique, The Junction est avant tout un récit sur la perte, le deuil et l’impossibilité de faire son deuil. Comme dans Downlands, Konyu s’intéresse à ce moment suspendu où l’absence devient une présence obsédante, où l’on reste bloqué à un carrefour émotionnel sans parvenir à avancer. La ville de Kirby Junction apparaît alors comme une métaphore saisissante : celle d’un lieu où l’on attend, où l’on refuse le mouvement, où le temps s’est arrêté pour ne pas affronter la douleur.
Graphiquement, Norm Konyu déploie une patte immédiatement reconnaissable. Son dessin épuré, presque enfantin en apparence, est traversé par une inquiétante étrangeté. Les décors semblent à la fois familiers et décalés, les visages figés dans une mélancolie sourde. La mise en page, très maîtrisée, joue sur les silences, les répétitions et les ruptures, renforçant cette sensation de malaise diffus. Chaque page contribue à installer une atmosphère à la fois douce et oppressante.
Les influences revendiquées – Twin Peaks, le cinéma de Spielberg des années 80 – ne sont jamais plaquées. Elles nourrissent un imaginaire personnel, teinté d’un absurde très britannique, qui donne à The Junction une tonalité unique. Le fantastique n’y est jamais démonstratif : il surgit par touches, comme un symptôme de blessures enfouies.
Œuvre lente, mélancolique et profondément émotive, The Junction touche juste par sa retenue et sa capacité à évoquer l’indicible. Norm Konyu signe ici un roman graphique d’une grande maturité, aussi déroutant que bouleversant, qui confirme son talent pour raconter l’absence, le manque et ces zones floues où l’enfance, le souvenir et la perte se confondent. Une lecture marquante, qui continue de résonner longtemps après la dernière page.
Éditeur : Glénat BD Date de publication : 21 janvier 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 176 pages ISBN-10 : 2344069720 ISBN-13 : 978-2344069721
