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Que seriez-vous prêt à sacrifier pour gagner le monde ?
Avec Celui qui noya le monde, Shelley Parker-Chan clôt la fresque entamée avec Celle qui devint le soleil, réécriture ambitieuse et audacieuse de la fondation de la dynastie Ming. Loin d’une simple fantasy historique, cette conclusion transforme l’épopée politique en véritable tragédie humaine, où conquérir le monde revient avant tout à se perdre soi-même.
Inspirée de l’ascension réelle de Zhu Yuanzhang, futur empereur Hongwu, la saga revisite l’Histoire chinoise à travers une approche profondément contemporaine des notions d’identité, de genre et de légitimité. Zhu, devenue le Roi de Lumière, a déjà défié le destin en arrachant le sud de la Chine au pouvoir mongol. Mais la victoire militaire n’est qu’une étape : désormais, il s’agit d’imposer une vision du monde — et surtout d’exister pleinement dans un rôle que la société ne lui destinait pas.
Le roman abandonne rapidement les codes classiques du récit héroïque pour s’enfoncer dans une lutte politique d’une rare densité. Autour de Zhu gravitent des figures tout aussi fascinantes que dangereuses : la stratège impitoyable Madame Zhang, le général eunuque Ouyang, personnage tragique consumé par la vengeance, ou encore Wang Baoxiang, érudit humilié devenu architecte d’un chaos méthodique. Aucun n’est véritablement héros ni antagoniste. Tous sont mus par une même obsession : réparer une injustice intime par la conquête du pouvoir.
C’est là que Shelley Parker-Chan se distingue. Le conflit n’est jamais seulement militaire ou stratégique ; il est existentiel. Chaque personnage cherche à réécrire son propre récit face à une société qui l’a rejeté, marginalisé ou humilié. Le pouvoir devient alors une tentative désespérée de donner un sens à la souffrance.
L’autrice excelle particulièrement dans l’écriture des contradictions morales. Zhu elle-même, figure centrale du récit, oscille entre idéal révolutionnaire et brutalité politique. Plus elle se rapproche du trône, plus la question se pose : que reste-t-il de l’individu lorsque le pouvoir exige des sacrifices constants ? Le roman refuse toute glorification de la conquête, montrant au contraire son coût psychologique et humain.
Sur le plan narratif, Celui qui noya le monde adopte une ampleur quasi shakespearienne. Alliances fragiles, trahisons, stratégies et manipulations composent une fresque dense où l’intime et le politique s’entremêlent constamment. Parker-Chan privilégie les motivations intérieures aux grandes batailles spectaculaires, faisant de chaque décision un moment de tension morale.
L’écriture, à la fois lyrique et implacable, confère au récit une gravité constante. La guerre n’y est jamais héroïque : elle apparaît comme un mécanisme inévitable broyant ceux qui tentent de la contrôler. Le désir de reconnaissance, moteur de tous les protagonistes, devient progressivement une force destructrice.
Si cette seconde partie peut dérouter par sa complexité politique et son rythme plus contemplatif que le premier volume, elle révèle pleinement l’ambition du projet : raconter non pas la naissance d’un empire, mais la fabrication d’un mythe — et les vies sacrifiées pour qu’il existe.
Avec Celui qui noya le monde, Shelley Parker-Chan livre une conclusion sombre et magistrale, où la fantasy historique devient une réflexion universelle sur l’ambition, l’identité et le prix du pouvoir. Une œuvre rare, qui démontre que l’épique peut encore être profondément intime
- ASIN : B0FM2HSMTQ
- Éditeur : Bragelonne
- Date de publication : 11 février 2026
- Langue : Français
- Nombre de pages de l’édition imprimée : 696 pages
- ISBN-13 : 979-1028134365
