Du sang dans la sciure de Joe R. Lansdale, Calamity Jane version burlesque

Lansdale n’est pas un écrivain, c’est un peintre. De sa plume imagée, il va dépeindre une région, une époque, en l’occurrence le Texas des années 30 frappé par la grande dépression, le tout avec une énergie et un réalisme saisissant.

Ce nouveau tableau invoque des images  qui prennent immédiatement vie dans l’imagination du lecteur, les immenses tempêtes de poussières (ou dust bowl en V.O.), ou encore les hobos, vagabonds victimes des vicissitudes du rêve américain. Grâce à sa palette d’écriture riche et pétillante l’auteur rend hommage à cet Amérique disparue à la manière de la photographe Dorothea Lange, sans misérabilisme ni apitoiement. Juste en peignant la dure réalité d’une époque féroce.

Ces portraits de personnages sont encore une fois une grande réussite. Parfois à la limite du cliché, comme le terrifiant Two qui fait office de croque-mitaine, ou du grotesque, comme ce fielleux McBride qui règne sur son monde avec perruque et tablier à fanfreluches. Pourtant grâce à un ton qui oscille entre le western spaghetti et le comique de boulevard le tout reste juste et crédible.

Alors d’où vient ce sentiment de déception ? Tout simplement mon incapacité à accepter certains comportements et mentalités de personnages même après avoir compris que le ton se voulait burlesque.

Certaines décisions m’ont paru invraisemblables, à commencer par le pitch de départ qui voit notre héroïne, la flamboyante Sunset, devenir constable alors qu’elle vient d’assassiner son mari, l’ancien constable. Puis un autre personnage féminin prend une décision radicale qui m’a paru incohérente avec la mentalité et les mœurs de l’époque. La volonté de dépeindre une Amérique rurale féministe est louable mais manque de réalisme par rapport au reste du tableau.

Comme souvent avec l’auteur l’intrigue manque d’ampleur mais se conclut dans un règlement de compte infernal et réserve un ultime twist final doux amer qui achève de livrer une toile aux couches multiples, tantôt brûlot féministe burlesque, tantôt western et tantôt chronique historique. Un tableau qui imprègne la rétine quoiqu’il en soit.

Résumé : Dans les années 1930, en pleine dépression, une petite ville texane aux rues pleines de boue sur grâce à une scierie qui domine tout. Les bagarres y sont aussi fréquentes que les disparitions. On y meurt d’un coup de feu, sous le tranchant d’une bêche ou broyé par une grume. C’est dans ce monde brutal que Sunset, femme de toute beauté une énième fois violée par son shérif de mari, abat ce dernier d’une balle dans la tête. La notion même de violence conjugale n’existe pas. Aussi l’étonnement est-il à son comble lorsque la jeune femme est acquittée et se voit en plus confier le poste laissé vacant par la mort de son époux. La découverte du cadavre d’une femme enceinte l’oblige immédiatement à faire ses preuves. De simple menace pour ne pas être restée à sa place elle devient une cible; une femme partie, à tort croit- on, à la recherche de son indépendance…

Éditeur‎Folio (21 janvier 2010) Langue‎Français Broché‎496 pages. ISBN-10‎2070395898 ISBN-13‎978-2070395897

Vous plaisantez monsieur Tanner de Jean-paul Dubois, Déboire zinc et marteau

Avec ce récit court, l’expert de l’ironie douce-amère nous conte la progression désastreuse d’un chantier domestique qui va exiger énormément à son propriétaire.

Inutile d’attendre une quelconque densité dans les personnages ou la narration, le propos de l’ouvrage est ailleurs. Les chapitres sont courts, les anecdotes tantôt hilarantes, tantôt sidérantes sonnent malheureusement de manière très réaliste.

Il faut plutôt voir l’ouvrage comme une bonbonnière dans laquelle chaque chapitre serait une friandise. Une bêtise de Cambray ou un calisson dont le raffinement artisanal dissimulerait toute une gamme de saveur qui vous fera passer du rire aux larmes en une tournure de phrase. C’est la marque de fabrique de cet auteur, une fois que l’on a accepté le partis pris de ne pas vraiment développer le narrateur comme un personnage à part entière on se régale avec cette confiserie.

L’auteur n’oublie pas pour autant que l’emballage compte autant que la sucrerie à l’intérieur. Ainsi sa plume offre de jolies énumérations, des réflexions sur le concept de propriété, des figures de style en pagaille qui seront autant de délices pour ceux qui se nourrissent de littérature. Sans oublier les portraits absolument exquis des différents artisans qui viendront pimenter le quotidien harassant de ce pauvre M.Tanner.

Et voilà qu’à peine entamé la réserve de sucrerie est déjà vide mais ainsi fonctionne l’auteur, ne pas gaver le lecteur au risque de frôler l’indigestion. Une recette satisfaisante qui pousse le lecteur gourmand à ingurgiter très vite un autre de ces récits aux mille saveurs.

Résumé : À la mort de son oncle, Paul Tanner hérite d’une immense maison qu’il entreprend de rénover accompagné de professionnels. Il ne présage pas l’orage qui menace : maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous, tous semblent s’être donné le mot pour rendre la vie impossible à monsieur Tanner. Chronique d’un douloureux combat, galerie de portraits terriblement humains, une comédie noire orchestrée par des hommes de chantier.

Éditeur‎Points (14 décembre 2020) Langue‎Français Poche‎216 pages ISBN-10‎275788865X ISBN-13‎978-2757888650

La part du démon de Mathieu Lecerf, la part du vide…



Une narration fragmentée, originale mais pas non plus complètement inédite, a suffi à propulser ce roman sur le devant de la scène. Intrigué je me suis penché dessus, grand mal m’en a fait car la déception fût abyssale, au niveau de la qualité de ce polar français sans grande ambition.

On va commencer par le style. Je sais bien qu’une plume élaborée n’est pas forcément ce que l’on attend d’un polar mais le problème c’est que l’auteur a cru bon de vouloir étoffer ses personnages avec un style dépourvu d’emphase, purement factuel comme lorsqu’il tente de créer de l’empathie pour Christian, échouant lamentablement dans sa tentative d’épaissir son personnage par son manque flagrant de style. Quant au seul personnage féminin de l’intrigue il accumule tellement de poncif et de comportements incohérents que je vais éviter de m’attarder dessus.

Un style lourd, pataud, sans nuances aucune et qui n’oublie pas de souligner grassement les détails pour éviter que le lecteur étourdi ne passe à côté des énormes ficelles de l’intrigue. Une intrigue qui, en plus d’être une enquête bien pauvre, se révèle complètement incohérente et invraisemblable.

La part du démon c’est un peu le burger de fast food. Celui que vous avez achetez sur le pouce et qui dégage des senteurs appétissantes mais qui ne recèle au final qu’une fine tranche d’une mixture qui pourrait s’apparenter à de la viande de bœuf, un cornichon rabougri et un peu de ketchup. Pas de quoi vous rassasier.

Résumé : Une religieuse sauvagement assassinée et mutilée, à Paris, ça n’arrive jamais. Pourtant, c’est la première affaire du lieutenant Esperanza Doloria à son arrivée au 36, rue du Bastion.
Au couvent où enquêtent Esperanza et le capitaine Manuel de Almeida, la religieuse est décrite comme un ange. Et qui voudrait tuer un ange ? Mais un mystère plane autour d’elle. À l’orphelinat où elle enseignait, les enfants semblent terrorisés… Certains prétendent même subir de terrifiantes expériences médicales. Disent-ils la vérité ou sont-ils manipulés ?
Esperanza se jette corps et âme dans cette enquête. Manuel, lui, est persuadé que seuls le sang-froid et la raison permettront de la résoudre. Se trompe-t-il ? Le grand patron de la brigade criminelle en est convaincu. Et bientôt Esperanza se retrouvera seule face à un complot démoniaque que le diable lui-même renierait…

Éditeur‎Robert Laffont (4 mars 2021) Langue‎FrançaisBroché‎432 pages ISBN-10‎2221240537 ISBN-13‎978-2221240533

Détruire tous les monstres de Grady Hendrix, Hard Rock never die !!



Lorsque Kris décide de se lancer dans sa quête vengeresse elle ne se doute pas dans quel cauchemar elle va s’aventurer, et le lecteur non plus. Pourtant les indices disséminés sur les rabats auraient dû me mettre la puce à l’oreille mais je me suis lancé dans ce récit tête baissée et au final tant mieux car mon expérience de lecture n’en a été que meilleur.

Le périple de cette brave Kris résonne tel un long riff de guitare stident plein de rage et d’amertume. L’auteur électrise son récit mené tambour battant tout en développant la rage désespérée de son héroïne principale. Les retournements de situation surviennent comme un chant grégorien au milieu d’un solo de guitare, complètement inattendue mais parfaitement en accord avec le ton déchaîné du récit.

Car le roman est aussi un cri d’amour guttural pour le heavy metal, ce sous-genre tant décrié du rock, tout en lançant un glaviot bien senti à l’industrie musicale dont l’appât du gain compromet l’énergie créatrice et l’insouciance qui galvanise les jeunes musiciens. Inutile d’être un mélomane pour apprécier le récit. Les connaissances musicales de l’auteur suffisent pour appréhender les références qui ne se limitent pas aux titres des chapitres, qui reprennent des titres d’albums légendaires mais se révèlent beaucoup plus profondes et passionnantes que l’on ne pourrait s’attendre.

Un amour pour le rock, et la musique de manière générale, qui se ressent à travers le personnage de Kris. L’auteur écrit un personnage dense, empli d’une rage sourde mais aussi d’un amour profond pour la musique et les laissé-pour-compte. Un personnage féminin comme j’aimerais en voir plus souvent écrit.

Je regrette un final en apothéose musicale convaincant pour Kris et son parcours de furie vengeresse mais qui délaisse l’un des aspects du livre qui aura dynamisé toute la lecture, offrant ainsi une conclusion en demi-teinte pour un récit qui n’offre aucun temps mort

Résumé : À l’adolescence, la musique a sauvé Kris d’une vie misérable. Elle a monté un groupe de metal avec son ami Terry, puis a pris la route pour une décennie de concerts, d’ivresse, de narcotiques et de délires divers. La belle vie, en somme. Jusqu’au jour où la musique s’est arrêtée. Et où Kris est revenue dans son bled pourri pour travailler dans un hôtel tout aussi pourri. Avec des tonnes de tranquillisants pour endormir sa colère.
La bête en elle se réveille enfin le jour où elle apprend que Terry, qui a trahi le groupe pour une carrière solo triomphale, va refaire une série de concerts.
Et c’est une bête très, très en colère.
Le temps est en effet venu d’aller trouver Terry pour s’expliquer.
Pour lui montrer qu’il reste des choses, dans ce monde, qui ne sont pas à vendre.

Éditeur ‎Sonatine (5 novembre 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎352 pages
ISBN-10 ‎2355848254
ISBN-13 ‎978-2355848254

Sarah Jane de James Sallis, À la dérive…

Ma rencontre avec Sarah Jane avait tout pour se passer sous de bon auspices. La plume de l’auteur s’avère très vite être un véritable régal. Métaphores bien trouvées, dialogues percutants et un ton teinté d’ironie. Tout ce que j’aime retrouvé dans mes lectures. L’essence même du roman noir américain. Une plume qui se rapproche de celle de Joe R. Lansdale en moins cru et plus littéraire mais tout aussi attachante.

Le personnage de Sarah, alias mignonne, est une réussite. Complètement larguée mais doté d’un esprit combatif, un lourd passé qui lui permet d’affronter les épreuves sans sourciller, un instinct imparable pour jauger les gens qui se présentent à elle. Un concentré d’action rafraîchissante. L’auteur a parfaitement dressé le portrait de son héroïne.

Alors pourquoi est-ce que je ressors quelque peu mitigé de la lecture ? La narration, tout simplement. Je n’ai pas vraiment compris où l’auteur voulait m’emmener avec ce récit court mais qui empile les évènements sans grand rapport entre eux. Même après avoir compris que le but n’était pas d’écrire un récit d’enquête classique je ne suis pas pour autant parvenu à me plonger dans l’ambiance de cette petite ville de Farr.

La narration m’a paru décousue, j’avais parfois du mal à savoir où on se situait dans le récit. J’ai même dû revenir en arrière pour être bien sûr de saisir le contexte. Ce qui est dommage pour un ouvrage aussi court. L’auteur enchaîne les sauts temporels et une narration non linéaire qui ne facilite en rien la compréhension de l’intrigue.

Cette pauvre Sarah m’aura donc perdu en cours de route, avec son bagout elle aura tout fait pour me retenir dans le véhicule avec elle derrière le volant, mais cela n’a pas suffi pour me passionner à ce récit à l’atmosphère trop clairsemé pour me happer.

Résumé : Surnommée « Mignonne », ce qui ne lui va pas comme un gant, Sarah Jane Pullman a déjà trop vécu pour son jeune âge : famille dysfonctionnelle, fugue à l’adolescence, crimes, petits boulots dans des fast-food… on se demande comment elle parvient à redresser la barre. Elle y arrive et, à sa grande surprise, est engagée comme agent au poste de police de la petite ville de Farr. Lorsque le shérif titulaire disparaît, c’est elle qui prend sa place. Mais Sarah Jane ne se satisfait pas de la situation. Cet homme, Cal, était son mentor, son appui, et elle ne peut accepter qu’il se soit évanoui dans la nature. Elle va découvrir des choses qu’elle ne soupçonnait pas…

Éditeur‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (8 septembre 2021) Langue‎Français. Broché‎208 pages ISBN-10‎2743653655 ISBN-13‎978-2743653651

Nous avions un rêve de Jake Lamar, Un cauchemar aux relents terrifiants de réalité

Alors même que l’Amérique est toujours aussi divisée sur la question de la race et que le communautarisme est poussé à son paroxysme. Les éditions rivages publient en format poche un ouvrage paru en 1996 mais au propos terriblement actuel.

Là où un autre auteur nous aurait d’abord introduit son univers puis les personnages qu’il veut mettre en avant au risque d’une mise en place laborieuse et rébarbative, Jake Lamar dresse d’abord le portrait de ses personnages, des portraits finement esquissés, à tel point que vous aurez l’impression que les personnages se tiennent en face de vous. Vous en viendrez à douter que le récit se déroule dans un futur dystopique tant le discours et la mentalité des personnages paraît actuelle.

Et pourtant toute l’horreur de cette Amérique au bord de l’implosion va surgir au cours du récit. Par petites touches amenées de manière subtile, l’auteur va nous faire prendre conscience qu’il y a quelque chose de pourri dans la première démocratie du monde. Les chapitres en forme de confessions ne font que dissimuler la portée humaniste et pessimiste du récit.

Pour peu que l’on s’intéresse à la question de la race on parcourt les différents portraits de ces personnages avec passion. Doté chacun d’un vécu, d’un passé parfois dramatique et le cœur alourdi par un ego qui les empêche de voir au-delà de leur conditions, l’auteur parvient néanmoins à rendre intéressant et consistant chaque personnage, même le plus mesquin d’entre eux.

Bien plus qu’un énième récit dystopique ou une fresque sociale poignante, l’œuvre de Jake Lamar est une étude de mœurs sur la société américaine. Un cri d’alarme pessimiste mais nécessaire. Un appel a la fraternité dont la date de parution nous fait craindre qu’il soit resté un cri dans le vacarme ambiant.

Résumé : Et si l’Amérique élisait un vice-président noir ? Des années avant Barack Obama et Donald Trump, Jake Lamar imagine une situation pa rfaitement effrayante mais tout à fait plausible. Dans une Amérique dystopique, la guerre contre le crime et la drogue a conduit le pouvoir à ouvrir des camps de rééducation pour les toxicos et à multiplier les condamnations à mort, qui font l’objet d’un show tél évisé. L’instigateur de cette croisade de la vertu, l’Attorney général Melvin Hutchinson, est en passe de devenir le premier vice-président noir de l’histoire américaine. Mais Hutchinson est un homme complexe qui cache un lourd secret…

Éditeur‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (15 septembre 2021) Langue‎Français. Poche‎496 pages ISBN-10‎2743653760 ISBN-13‎978-2743653767

Viper’s dream de Jake Lamar, trente ans d’histoire sanglante.

Dans les volutes de fumée et les vapeurs d’alcool…

L’histoire du jeune Clyde Morton ne se murmure qu’à l’heure la plus sombre de la nuit. Alors même que les clients les plus fidèles ont quitté la salle et qu’il ne reste que les égarés aux yeux troubles, que la fumée des cigarettes s’évapore et que les verres sont depuis longtemps asséchés de leur providence liquoreuse.

C’est une histoire qui s’est écrite cent fois.
Une histoire de rêves brisés, d’opportunités dorées qui pavent le chemin vers l’enfer. C’est aussi l’histoire d’un brasier passionné qui ne sait s’éteindre.

Les confessions qu’il a laissées derrière lui laissent entrevoir une époque révolue, un pan d’histoire condensée en 200 pages à peine, une porte ouverte vers un passé où tout était plus simple et plus compliqué. Son regard reconstruit les briques des immeubles détruits d’Harlem, ses mots portent en eux toute la ferveur et la rage d’une population grisée par les notes de saxophone et par la poussière d’ange. C’est tout un pan d’histoire qui renaît.

Trois décennies s’écoulent sous les yeux des chanceux qui entendront l’histoire de Clyde. Trente ans hantés par les fantômes d’anciens alliés aux rictus exsangues, de génies musicaux aux regards extatiques, de silhouettes féminines à la voix suave.
Une histoire d’Harlem, une histoire de drogue et de musique. Une histoire sur la nature humaine en quelque sorte.

Résumé : Des années 30 à la fin des années 50, Clyde « Viper » Morton règne sur Harlem au rythme du jazz et dans la fumée des joints de marijuana. Mais dure sera la chute.. Clyde Morton croit en son destin : il sera un grand trompettiste de jazz. Mais lorsqu’il quitte son Alabama natal pour auditionner dans un club de Harlem, on lui fait comprendre qu’il vaut mieux oublier son rêve. L’oublier dans les fumées de la marijuana… qui lui ouvre des horizons. La « viper », comme elle est surnommée à Harlem, se répand à toute vitesse et Clyde sera son messager. Il est bientôt un caïd craint et respecté, un personnage. Jusqu’au jour où arrive la poudre blanche qui tue. Et qui oblige à tuer.

Éditeur‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (15 septembre 2021). Langue‎Français Broché‎240 pages ISBN-10‎2743653663

L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi, quand le charme n’opère qu’à moitié

Quand le charme ne fonctionne qu’à moitié.

Je n’avais pas d’attente particulière en débutant la lecture de ce polar italien. Aussi je fût le premier surpris lorsque que je me rendis compte que j’étais tombé sous le charme. Le charme de cette plume qui nous transporte en Sardaigne dans une ambiance mystique digne de Dolores Redondo. Un charme qui va nous faire découvrir une région, ses paysages, son histoire, ses habitants. Cette première partie introductive s’est découlé sous mes yeux de lecteurs hypnotisés par la plume de l’auteur. Je trouvais que pour une fois un thriller était doté d’un véritable style.

Mais ce charme s’évapore lors de la seconde partie. L’auteur délaisse la plume au profit de dialogues classiques mais sans éclat. Les événements s’enchaînent sans que l’on puisse s’impliquer réellement dans chacun d’entre eux. L’enquête manque de consistance et ne prend jamais l’ampleur que l’on soupçonne pourtant derrière les non dits et les pistes effleurées. L’intrigue secondaire sur la famille Ladu souffre d’un développement trop sommaire et erratique.

L’écriture des personnages a fini de rompre le charme. Cette pauvre Mara est victime d’une écriture bipolaire qui la décrit tantôt comme une forte tête sarcastique mais sympathique et tantôt comme une harpie agressive et antipathique. Ce qui fait que l’on ne sait jamais si le duo qu’elle forme avec Eva est complice ou à couteaux tirés.

Malgré la dissipation progressive du charme il faut reconnaître que cette île des âmes est un thriller honnête qui n’a pas su tenir toutes ses promesses mais qui offre son lot de divertissement et de dépaysement.

Résumé : Depuis plusieurs décennies, la Sardaigne est le théâtre de meurtres rituels sauvages. Enveloppés de silence, les corps de jeunes filles retrouvés sur les sites ancestraux de l’île n’ont jamais été réclamés. Lorsque les inspectrices Mara Rais et Eva Croce se trouvent mutées au département des « crimes non élucidés » de la police de Cagliari, l’ombre des disparues s’immisce dans leur quotidien. Bientôt, la découverte d’une nouvelle victime les place au centre d’une enquête qui a tout d’une malédiction. De fausses pistes en révélations, Eva et Mara sont confrontées aux pires atrocités, tandis que dans les montagnes de Barbagia, une étrange famille de paysans semble détenir la clé de l’énigme. La première enquête de Mara Rais et Eva Croce nous plonge dans les somptueux décors de la Sardaigne, au coeur de ténèbres venues du fond des âges.

Éditeur ‎GALLMEISTER (1 avril 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎544 pages
ISBN-10 ‎2351782496
ISBN-13 ‎978-2351782491

L’arbre à bouteilles de Joe R. Lansdale, les monstres se cachent sous le soleil du Texas

Cette première enquête de l’inénarrable duo d’Hap et Léonard réunit déjà tous les ingrédients qui feront des récits de Lansdale de véritables petites pépites acidulées et piquantes.

Sa plume imagée, que d’aucuns qualifieront à tort de grossière, est la plus adaptée pour rendre compte du tableau misérable et poussiéreux qu’offre sa représentation d’un Amérique rurale sclérosé par le racisme et la pauvreté. Ses dialogues percutants sont autant de parties de punching-ball qui retranscrivent à merveille le caractère bourru de ses habitants.

Les deux trublions principaux forment déjà un duo implacable, bien rodé. Les rôles sont déjà distribués entre les deux compères qui s’échangent des répliques comme l’on respire. Les voir agir comme deux boules de démolition que rien n’arrête est toujours aussi jouissif. Ces deux-là se fichent de la bienséance et gare à ceux qui se dresseront sur leur chemin.

Comme souvent avec l’auteur l’enquête manque d’une véritable envergure et se révèle prévisible. Peu importe car toute la saveur du récit se trouve dans la garniture qui le compose et non dans la pâte.

Une lecture idéale pour se rappeler du visage d’une Amérique fracassée par les coups de poing assénés par les crises sociales et raciale qui gangrène la première démocratie mondiale.

Résumé : Hériter de cent mille dollars et d’une petite bicoque dans un quartier délabré n’est pas si mal et l’oncle Chester a fait un beau cadeau à son neveu Leonard… Même s’il faut tout nettoyer, que le plancher est pourri et que les voisins sont ce que l’on pourrait craindre de pire. Même si retaper une maison pour la vendre et abattre des murs, c’est prendre le risque de découvrir des squelettes cachés…

Éditeur‎Folio (25 novembre 2004) Langue‎FrançaisBroché‎ 368 pages ISBN-10‎2070300595ISBN-13‎978-2070300594 Poids de l’article‎200 g Dimensions‎11 x 1.5 x 18 cm

Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, une fable onirique et loufoque

Prudence à toi lecteur qui s’apprête à pénétrer les territoires mystérieux de Murakami. Dépose ton esprit cartésien, tes attentes de lectures formatées et tes repères de lecteur occidental. Tu t’apprêtes à embarquer dans une épopée hors-normes où règne l’absurde et l’introspection.

D’une plume fluide l’auteur tisse l’odyssée miroir de deux êtres dissemblables dans leur approche de la vie. Au jeune fugueur Kafka, accablé par une prophétie paternelle qu’il réfute de tout son être, la mélancolie, la solitude, la rationalité et l’introspection. À l’excentrique Nakata, l’insouciance, l’innocence, l’humour et l’absurde.

Il serait dommage de s’arrêter aux scènes purement loufoque de l’ouvrage tant il recèle d’hommage à toutes les formes d’art, à commencer par le mythe d’Œdipe qui renvoie à la mythologie grecque. Mais l’art pictural occupe une place importante, l’auteur cite également le réalisateur François Truffaut. L’art qui occupe une place primordiale dans le récit, il façonne le destin de Kafka et agit comme autant de repères culturels et cimente un parcours fait d’interrogations sans réponses et de théories alambiquées.

Un récit si dense dans son propos et truffés de références qu’il en est presque insultant d’essayer d’en parler dans un espace aussi réduit. Un livre qui pousse à la réflexion en pleine lecture et qui hante encore une fois achevé. Un livre rare. Un livre que j’aurais aimé étudié au lycée.

Résumé : Un adolescent, Kafka Tamura, quitte la maison familiale de Tokyo pour échapper à une malédiction œdipienne proférée par son père. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique, décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre, tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure envoûtant.

Éditeur‎10 X 18 (25 août 2011) Langue‎Français Poche‎648 pagesISBN-10‎2264056169ISBN-13‎978-2264056160 Poids de l’article‎399 g Dimensions‎11 x 4 x 17.8 cm