Bangkok déluge de Pitchaya Sudbanthad, le flot tumultueux du destin

Un ville, un peuple et le cours inexorable du destin.

Ce primo-roman thaïlandais disponible chez @editionsrivages n’est rien d’autre qu’une invitation à une traversée à travers le temps, avec Bangkok, la ville aux milles visages, en arrière plan. Une lecture dépaysante qui, pour peu que l’on sache larguer les amarres, nous emporte sur des flots d’une écriture doté d’une force tranquille qui saura apaisé les pauvres lecteurs occidentaux que nous sommes, habitués à lire des récits beaucoup plus balisés en termes de narration.

Ici pas de personnage central mais une galerie d’habitants de Bangkok avec qui on va faire connaissance tout au long du récit. Tous auront un rapport complexe avec leurs pays tel Sammy, l’expatrié qui cherche désespérément à se réconcilier avec son enfance et son pays ou encore Nee, l’étudiante qui subit la répression militaire des années 70. On aura aussi l’occasion de voir le combat quotidien de sa soeur Nok pour maintenir ouvert son restaurant thaï au Japon alors même que l’histoire de son pays la rattrape bien malgré elle.

Comme dans tout récit choral qui entrecroise les destins, l’auteur n’échappe pas à l’écueil du développement inégal des personnages. La partie consacré à la junte militaire est tellement intéressante que le reste du récit en pâtit quelque peu. C’est le cas notamment du médecin américain Stevens dont l’épopée est conté de manière trop disparate pour que l’on puisse vraiment se prendre d’affection pour lui. L’auteur est mieux parvenu à mener sa barque qui regroupe les personnages Thaïlandais affrontant le tumulte de la vie que celle de ces personnages éclairs qui auraient mérité tout autant d’attention.

La dernière partie représente un défi supplémentaire puisqu’elle se déroule dans le futur alors que les eaux furieuses ont submergés la ville. En plus de nouveaux personnages, il faut également s’habituer à de nouvelles technologies dans un décor qui a changé à jamais. Une partie du récit qui met en valeur la résilience des citoyens de cette nouvelle Venise.

En plus de cet équipage hétéroclite, l’auteur à tenu à intégré des chapitres courts qui mettent la faune en vedette afin de montrer qu’une ville n’es pas uniquement constituée de bipèdes inconscients des ravagés qu’ils provoquent. Un excellente idée qui permet au texte de respirer et de prendre une hauteur inattendue.

Pitchaya Sudbanthad aura donc su me guider tranquillement tout au long de son récit grâce à sa plume calme, à la puissance narratrice maîtrisée. Une lecture qui m’a fait sortir de ma zone de confort pour mon plus grand plaisir. Une lecture qui fait rimer dépaysement et enchantement.

Résumé: Roman-monde pour une ville-monstre, «Bangkok Déluge »regarde Bangkok changer à travers le destin kaléidoscopique d’une dizaine de personnages plus attachants les uns que les autres. Du XIXe siècle des grandes découvertes à l’avenir des tempêtes climatiques qui guettent, autour d’une même maison hantée qui lui donne son axe, la ville se fait tour à tour piège et refuge, se réinventant en permanence sous les assauts de la modernité comme du ciel. Tentaculaire et limpide, porté par un souffle et une force motrice rares, le premier roman de Pitchaya Sundbanthad est un voyage, une expérience d’immersion totale.

  • Éditeur ‏ : ‎ EDITIONS PAYOT & RIVAGES (25 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 432 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 274365368X
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2743653682
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 450 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 2.9 x 20.5 cm

Mysterious skin de Scott Heim, enfance martyr, enfance volée

Il y a des ouvrages comme ça qui vous happe dès la première page et qui, au fil du récit, se faufile un chemin jusqu’à votre cœur et vous laisse pantois, l’âme éblouie par tant de beauté mélancolique et le visage en larmes. Mysterious skin est de ces ouvrages.

J’ai eu l’occasion de lire ce livre une première fois il y a une dizaine d’années et sa lecture m’a laissé un souvenir impérissable. Aujourd’hui une relecture attentive a confirmé le monument d’émotions brutes que représente ce roman. Un chef-d’œuvre intemporel qui m’a encore bouleversé lors de cette seconde lecture.

Le récit de l’Américain Scott Heim est un chemin de vie parallèle, un double parcour de vie fracassé. L’auteur nous invite à suivre Brian et Neil, deux jeunes garçons prisonniers de la société conformiste de l’Amérique rural du Kansas dans les années 80 jusqu’au début des années 90. Dix ans, dix ans que nous allons passer au cœur de deux vies éteintes par une étreinte démoniaque. Une décennie pour rallumer la flamme et oser braver les ténèbres qui se sont penchées sur leur destin.

Le récit nous offre une narration en miroir où l’on suit les deux personnages principaux alternativement. Le portrait de ces deux êtres marqués par un évènement traumatisant est d’une finesse psychologique rarement égalée. Brian est le gamin mal dans sa peau, introverti, coincé entre un père exigeant et une mère surprotectrice. Un enfant au cri silencieux que personne ne saura entendre. Lors de ma première lecture je me souviens avoir ressenti une certaine lassitude lors de la lecture des chapitres consacrés à Brian, il faut reconnaître que, de prime abord, ce personnage paraît un peu fade face à Neil le flamboyant. Pourtant au fil du récit son parcours va prendre une ampleur insoupçonnée et Brian sera faire preuve de courage pour trouver les réponses aux questions qui le hantent. Accompagner ce personnage durant cette décennie sera, pour le lecteur, comme assisté à la longue sortie de chrysalide d’un papillon qui aurait enterré ses émotions pour mieux les retrouver une fois sa mue terminée.

En face l’auteur met en scène Neil, un personnage magnétique, immédiatement charismatique. Un enfant qui a grandi trop vite et qui ne cesse de se débattre pour échapper au carcans imposés par la société conformiste américaine. Un phénix qui illumine son entourage de sa prestance, de son sens de la provocation, qui consume le cœur de ses proches sans même sans rendre compte, qui se persuade qu’il contrôle sa vie alors qu’il n’en ait rien comme l’auteur va nous le montrer au cours du chemin de vie qui est le sien. Je me souviens que je trouvais ce personnage fascinant lors de ma première lecture, aujourd’hui je comprends que l’auteur a voulu montrer comment un traumatisme peut marquer une vie et influencer les choix d’une personne. Là où Brian apparaît comme une chenille qui doit entamé sa mue, Neil serait plus un éphémère qui brûle sa vie de tous côtés dans un tunnel de drogues, de sexe et de prostitution. Jusqu’au point de non-retour.

« Il portait un T-shirt de dragster, un blouson en vrai cuir avec des fermetures éclair semblables à des rangés de dents, et des bottes assorties. Des animaux ont été tués pour fabriquer ces vêtements, ais-je pensé. Il serait avec un couteau à cran d’arrêt dans une main, et moi dans l’autre. » Wendy Peterson décrivant sa rencontre avec celui qui finira par devenir son meilleur ami.

Pour développer ces deux personnages, aussi chargés en émotions l’un que l’autre, l’auteur a opté pour une plume différente selon qui l’on va suivre. Ainsi les chapitres consacrés à Brian font montre d’une plume contemplative, où l’introspection prend une part importante alors qu’une mélancolie diffuse imprègne toute l’atmosphère. C’est une plume plus ronde alors que les chapitres consacrés à Neil sont écrits dans un style plus acéré, plus mordants. Il faut noter que le parcours de Neil, en véritable acteur principal de sa propre tragédie, nous sont souvent contés par la vision de personnages secondaires tout aussi délicieux et attachants. Leurs points de vue sur le parcours de Neil témoignent de l’impuissance que l’on ressent parfois envers un proche qui refuse notre aide. Des chapitres poignants parcourus par des fulgurances poétiques qui illustrent la détresse psychologique des personnages.

Un récit d’une grande finesse et il n’en fallait pas moins étant donné les sujets délicats qu’il aborde. Les thèmes de la pédophilie, la sexualité précoce et la prostitution sont abordés de manière frontale mais jamais gratuite. Une finesse que l’on retrouve lors d’un final que certains jugeront abrupt mais ce serait oublié que l’auteur ne nous a jamais promis une fin heureuse, juste le chemin qui mène à celle-ci.

Résumé: Récit bouleversant de deux quêtes douloureuses, de deux destins meurtris que rien ne semble pouvoir apaiser, Mysterious skin explore, sans complaisance, sensationnalisme ni faux-semblants, la question de la pédophilie, la complexité de l’éveil sexuel et le passage à l’âge adulte. Tracé d’une plume sobre, empreint de poésie et de délicatesse, un magnifique portrait de l’enfance, dans la violence de relations troubles et traumatisantes.

  • Éditeur ‏ : ‎ Au Diable Vauvert (6 octobre 2005)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 407 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2846260907
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2846260909
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 422 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 13.1 x 2.7 x 19.8 cm

L’île interdite de James Rollins, Gare aux piqûres

On ne va pas y aller par quatre chemins pour parler de cette lecture, c’était fun, c’était divertissant, c’était tout à fait le genre de lecture de  décompression dont on a besoin lorsque l’on s’apprête à partir en vacances.

N’attendez rien du style ni de la psychologie des personnages. On lit un James Rollins avant tout pour l’action et ses intrigues pseudo scientifiques improbables mais captivantes. On en profite au passage pour glaner quelques éléments de culture générale. Dans ce volume des aventures de la force Sigma l’auteur évoque la route de l’ambre, les mines de sel de Wieliczka, un endroit qu’il m’a donné envie de visiter mais aussi les mystères entourant James Smithson et le Smithsonian.

La formule Rollins consiste à appliquer à la lettre la formule du Blockbuster hollywoodien. L’action frénétique y est juste entrecoupée de passages explicatifs, les méchants sont très méchants, voire même stupide par moments, comme le vénérable Takashi qui fait preuve de beaucoup de légèreté dans la communication de son plan diabolique, comme quoi la sagesse ne vient pas forcément avec l’âge. Les gentils sont altruistes, volontaire mais il ne faut pas trop les chercher non plus et l’intrigue est une profusion d’incohérences qui finissent par être gênantes, surtout vers le dénouement mais encore une fois la vraisemblance n’est pas ce que l’on recherche avec ce genre de lecture.

Si l’on est capable d’accepter ces défauts inhérents à ce genre de roman d’aventures on passe plutôt un bon moment. Il manque peut-être juste une pointe d’humour qui permettrait à l’intrigue de prendre un peu de recul sur cette crise mais le comic relief c’est tout un art que ne maîtrisent pas forcément les blockbuster.

Résumé: Au large des côtes du Brésil, une équipe de scientifiques découvre une île où toute vie a été éradiquée par une espèce inconnue et extrêmement dangereuse. Avant d’avoir pu rapporter leur découverte, ils sont tous éliminés par une force mystérieuse. Seul un expert des créatures venimeuses en réchappe. Mais face à une espèce qui s’adapte à son environnement au risque de devenir de plus en plus incontrôlable, le commandant Gray Pierce et son équipe vont devoir affronter leurs plus grandes peurs pour éviter que le monde que nous connaissons soit entièrement détruit.

  • Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (8 avril 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 480 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2265143952
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265143951
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 560 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.6 x 3.1 x 22.6 cm

Mes vies à l’envers de Maxime Fontaine, une aventure sans dessus-dessous

Voilà un récit jeunesse qui a compris le sens du mot aventure.

Cela fait presque deux semaines que j’ai fini le roman de Maxime Fontaine mais la photo me posait un gros souci. En effet difficile de prendre une belle photo lorsqu’on a lu l’ouvrage sur une liseuse en noir et blanc. Mon escapade dans le pays béarnais était l’occasion rêvée pour rendre hommage à ce savoureux roman d’aventures fantastique.

Si parmis vous se trouvent des parents qui veulent initier leur adolescents fâchés avec la lecture ce roman me paraît idéal. Ils pourront y suivre les déboires de ce pauvre Yohann dans un voyage inattendu qui va l’amener des tranchés de la Première Guerre mondiale jusqu’au Japon féodal en passant par la ville de Lisbonne du 18ème siècle. L’aventure commence immédiatement, le rythme est effréné et, chose de plus plus en rare, on a un personnage d’adolescents bien écrit, au caractère sensé et plein de ressources.

Et de la ressource il en aura bien besoin pour faire face au danger qui l’attend. L’attrait du récit repose sur ce jeune personnage positif et altruiste. Le rythme est parfaitement dosé entre action et passage plus posé, mention spéciale à la période où Yohann suit l’entraînement du charismatique Edmundo, le médecin royal exilé, bretteur à ses heures perdues.

L’ouvrage s’inscrit bien sûr dans le cadre du récit initiatique. S’il apparaît tout d’abord naturellement désemparé, Yohann va petit à petit développé ses capacités, son regard va s’affûter et son esprit s’ouvrir à toutes les époques qu’il va traverser. En tant que lecteur voir grandir et mûrir ce jeune homme sous nos yeux est un plaisir de lecture immense. L’attachement entre Yohann et le lecteur est une condition indispensable pour apprécier la lecture.

Un excellente lecture pour tous les jeunes qui cherchent à se réconcilier avec la lecture. Le seul passage qui m’ait fait tiquer c’est lorsque le grand ennemi de l’intrigue se dévoile, la phase explicative m’à paru trop longue et vient briser un rythme soutenu jusqu’alors mais il s’agit d’un défaut somme toute mineur et subjectif, d’autres pourront être soulagés avoir enfin toutes les réponses être dévoilées.

Résumé : Rentrant chez lui, Yohann Massart, jeune lycéen, se fait assassiner par trois personnes masquées. Parmi elles, il reconnaît sa petite amie. Mais au lieu de mourir, son esprit remonte le temps, pour atterrir dans le corps d’un simple soldat de la Première Guerre mondiale. Complètement déboussolé, Yohann déserte son bataillon pour traverser la France d’Est en Ouest, et rejoindre son village natal. La tête emplie de questions, il souhaite comprendre le pourquoi de ce voyage à l’aube du xxe siècle. Mais sur son chemin se dresse un nouveau trio d’assassins qui n’ont qu’un but : le faire disparaître.

  • Éditeur ‏ : ‎ Gulf stream éditeur (3 mai 2018)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 352 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2354886128
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2354886127
  • Âge de lecture ‏ : ‎ 13 – 18 années
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 500 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 2.3 x 22 cm

The Boys Chère Becky de Garth Ennis et Russ Braun, sortez les mouchoirs…

Il est temps de parler du comics le plus intelligent et romantique que je n’ai jamais lu…

Là normalement tous ceux qui ont un jour lu un épisode de la série The Boys de Garth Ennis devraient hausser les sourcils. Les qualificatifs que je viens d’employer pour parler de cette série de comics ne sont pas ceux qui reviennent le plus souvent lorsqu’on l’évoque. Les lecteurs ont plutôt tendance à utiliser les mots trash, irrévérencieux, violent ou sanglant. Mais ce serait s’arrêter à la surface de ce que ce récit offre en niveau de lecture. La critique d’Ennis sur le complexe militaro-industriel est pertinente tandis qu’avec les personnages d’Hughie et Annie il écrit l’histoire d’amour la plus touchante que j’ai eu l’occasion de lire.

Ce comics est un chef-d’œuvre, sans concessions l’une des œuvres marquantes des comics. Aussi lorsque j’ai vu que l’auteur remettait le couvert pour un épilogue à ce chef-d’œuvre, intitulé Chère Becky, je n’ai pas hésité.

Croyez-moi c’est l’une des images les moins trash

Ma première déconvenue apparue lorsque je me rendis compte que le co-créateur de la série, Darick Robertson, ne signait que les couvertures. L’artiste qui le remplace, Russ Braun, possède un trait plein similaire au sien mais plus dépouillé dans les expressions et avec un soupçon de grâce en moins qui me fait regretter Robertson.

Ces deux là sont toujours aussi choupinou…

L’objectif de cette histoire est de mettre en avant le personnage de Becky, la compagne défunte du terrifiant Butcher, tout en offrant un happy end au couple Hughie-Annie. Le tout saupoudré d’une critique acerbe de notre société excrément polarisé et d’une enquête de la fine équipe comme au bon vieux temps. Cet enrobage est malheureusement ce qui constitue le défaut du récit, l’enquête des Boys se révèle peu passionnante et redondante. Elle ne décolle jamais vraiment et représente le point faible du récit. Le discours d’Ennis sur notre société est comme le sel que l’on ajoute sur la plaie béante d’un ennemi, ça fait plaisir mais ce n’est pas indispensable alors qu’auparavant il parvenait à l’intégrer au récit.

Quelle plaisir de retrouver l’équipe au complet malgré tout

Il reste donc le récit miroir de deux couples qui s’aiment. Les confidences posthume de Butcher résonnent dans l’esprit d’Hughie et remettent en question sa vision des choses tout en mettant en avant son traumatisme. Les années qu’il a passé en compagnie de Butcher et sa bande l’on marqué au-delà de ce qu’il était capable d’imaginer et ont encore des répercussions sur sa relation de couple. Les dialogues qui mettent en scène ce duo sont une vraie réussite, Ennis aime ces personnages et cela se ressent à l’écriture. La complicité entre Hughie et Annie est drôle et émouvante lorsque l’on sait à quel point ses deux personnages reviennent de loin tandis que les passages qui mettent en scène Butcher et Becky permettent de se rendre compte de la perte qu’il a subi.

Butcher époque romantique

Cet épilogue aurait pu être une excellente lecture s’il avait été resserré sur 5 ou 6 épisodes au lieu de 8. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un histore généreuse en écriture et qui offre un joli récit sur la résilience.

Impossible de conclure sans évoquer le meilleur personnage secondaire, j’ai nommé Bobbi 1,90 pour 100 kilos de bonne humeur !

Résumé: Douze ans après la fin de The Boys, Hughie retourne en Écosse, où il compte enfin épouser Annie en compagnie de ses amis et de sa famille. C’est sans compter l’apparition d’un étrange document, qui menace de réveiller le passé de Hughie et de gâcher sa vie. En effet, Hughie ignorait une histoire à propos de ses anciens équipiers, aujourd’hui il va la découvrir, que ça lui plaise ou non. 

  • Éditeur ‏ : ‎ Panini; Illustrated édition (14 avril 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 160 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2809495874
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2809495874
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 590 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 17.1 x 1.3 x 26 cm

L’enfant de février d’Alan Parks, Regardez-moi sombrer…

Au-delà d’un simple polar urbain ce second volume de la saga d’Alan Parks publié chez rivages est surtout le portrait d’un homme fracassé, au bord du gouffre. Un officier de police chargé de faire respecte la loi mais qui franchit la ligne rouge si souvent qu’il ne doit même plus la voir. Un homme qui est la proie d’un passé qui a planté ses serres et qui le comprime plus fort de jour en jour. Alors pour échapper à ce passé dont il ne veut plus se souvenir mais qui ne cesse de le hanter il s’engouffre dans un tunnel autodestructeur fait d’alcool et de paradis artificiels.

C’était déjà perceptible dans le premier volet, Janvier noir, mais cela prend une ampleur démesurée dans cette suite. L’inspecteur McCoy s’effondre sous les yeux du lecteur. Ce n’est pas que la carapace se fend, c’est qu’il y en a plus de carapace. Ce polar est avant tout la déchéance d’un homme qui en apparence à tout pour réussir alors même que son âme s’enfonce dans un marasme sans fond.

Le fait est que le contexte social ne se prête pas à ce que notre ”héros” s’épanche sur ses traumatismes. L’action se déroule toujours à Glasgow durant les années 70 et à l’époque on ne parlait pas de ça. On serrait les dents et on avançait parce qu’il fallait être un homme pas le choix, pas de place pour les sentiments. Glasgow est toujours aussi effroyable dans ce récit. Un royaume de béton et d’asphalte où l’alcool et la drogue règnent en maîtres. Préparez vous à faire la tournée des grand ducs, du misérable troquet poussiéreux jusqu’au splendide bar avec clientèle prestigieuse, l’auteur nous a concocté une visite touristique de Glasgow bien particulière.

Ce tableau sombre, glauque et désespérée aurait été parfait s’il avait été complété par une enquête plus palpitante et moins prévisible. Il ne faut pas se lancer dans cette saga en espérant découvrir des intrigues renversantes. Le propos de l’auteur est ailleurs et il faut dire que son portrait de l’inspecteur McCoy est suffisamment percutant pour faire oublier ce défaut.

Un polar âpre et violent dont il me tarde de découvrir le troisième volet.

Résumé : Deuxième opus d’une série mettant en scène l’inspecteur McCoy et son adjoint Wattie dans le Glasgow des années 1970, sur fond de musique, drogues et gangs, dans la lignée de William McIlvanney.

  • Éditeur ‏ : ‎ EDITIONS PAYOT & RIVAGES (5 février 2020)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 410 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2743649496
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2743649494
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 500 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.5 x 2.8 x 22.5 cm

Nos corps étrangers de Carine Joaquim, Et inévitablement nous sombrons…

Et inévitablement nous sombrons…

D’une plume raffinée, élégante mais également malicieuse Carine Joaquim nous invite à observer la déliquescence d’une famille banale en apparence. Sauf que le problème est là tout n’est qu’apparence.  Derrière le masque du quotidien de chaque personnage bout une rage d’existence qui se débat, se heurte aux autres et qui est prête à se raccrocher à n’importe quoi pour y parvenir, quitte à se faire du mal, à soi-même et aux autres.

Rarement le titre d’un roman aura été aussi juste, évocateur d’une tragédie implacable mais empreint d’une poésie discrète qui parcourt le récit. Car le thème du corps et de l’étranger sous-tend tout le roman. Maxence est prisonnier d’un corps qui échappe à son contrôle, Ritchie est un étranger sur le sol français, Maëva tente d’apprivoiser son corps d’adolescente. Sans parler des membres de cette famille qui s’ignorent sous leur propre toit tels des étrangers qui partagent pourtant le même sang.

Le récit est dotée d’une force tranquille qui rend encore plus insoutenable son dénouement. On assiste à la lente décomposition d’un corps familial. Tout espoir de réconciliation ou de renouveau est  aussitôt anéanti par l’incompréhension, la mésentente ou l’incapacité à communiquer.

Le seul bémol que je pourrais trouver au roman est une fin expédiée alors que j’aurais voulu que l’auteur insiste sur certains aspects qui frappent durement cette famille. Mais je ne peux pas lui reprocher de ne pas signé une fin honnête et dépourvue de sentimentalisme inutile.

C’est fou qu’un tel ouvrage, relativement court, à peine plus de 200 pages, laisse la part belle à temps d’interprétations, tout en brassant un cocktail d’émotions savamment dosé. Un grand et beau roman.

Résumé: Quand Elisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agi­tation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convain­cus de prendre un nouveau départ. Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrou­ver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahi­sons ? Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?

  • Éditeur ‏ : ‎ MANUFACTURE LIV (7 janvier 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 240 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2358877247
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2358877244
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 260 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 1.7 x 20 cm

Gnomon tome 1 de Nick Harkaway, La brasse coulée…

Certaines lectures sont des balades en forêt, l’auteur vous prend par la main et vous montre du doigt tout ce qu’il y à voir d’autres sont telles des montagnes à gravir où vous vous sentirez bien seul durant l’ascension. Gnomon n’est rien de tout ça, la lecture de cet ouvrage de science-fiction s’apparente plutôt à la traversée de l’Atlantique en solitaire, avec l’océan qui se déchaîne autour de vous.

La narration est dense, l’auteur se plaît à détailler son monde futuriste ultra-connecté où un logiciel nommé le témoin surveille la population en permanence. Il expose longuement toutes les conséquences qui découlent de l’instauration d’un tel système. Ce n’est pas inintéressant en soie mais le problème c’est qu’encore une fois, comme dans Terminus paru chez le même éditeur, le ton est impersonnel et distant. À aucun moment le personnage principal, une enquêtrice inféodée au système au nom imprononçable, ne va se frotter au reste du monde. On reste à distance, en vase clos.

Rapidement toutefois une cassure s’opère dans la narration et un nouveau narrateur, beaucoup plus incarné et volubile, fait son apparition. Son récit,  aussi étrange et sans rapport aucun avec la trace générale,  souffle une bouffée revigorante à l’ouvrage, à tel point que j’ai cru qu’on allait pouvoir s’entendre lui et moi.

Las un deuxième récit obscur et un troisième plus introspectif se succèdent sans le voile de mystère ne se lève. Je dois reconnaître à l’auteur une réelle capacité à incarné chacun de ses narrateurs fantômes mais cela n’a pas suffit à maintenir mon intérêt.

La dernière partie de ce premier volume fût particulièrement ardue. C’est là que mon voilier s’est retourné et que j’ai bu la tasse. L’auteur aborde des concepts philosophiques, qui en plus d’être pointu, ne m’intéressent pas particulièrement. C’est sans doute à ce moment que je choisis de renoncer à la lecture du tome 2. C’est dommage car l’univers dévoilé m’intéressé mais l’auteur a fait le choix de soutenir un propos pointu dans lequel tout le monde ne peut pas le suivre et j’en suis le premier désolé.

Résumé: Grande-Bretagne. Futur proche.
La monarchie constitutionnelle parlementaire qu’on croyait éternelle a laissé place au Système, un mode de démocratie directe où le citoyen est fortement incité à participer et voter. La population est surveillée en permanence par le Témoin : la somme de toutes les caméras de surveillance et de tout le suivi numérique que permettent les objets connectés.
Au cours d’un interrogatoire par lecture mentale, la dissidente Diana Hunter décède. Mielikki Neith, une inspectrice du Témoin, fidèle au Système, est chargée de l’enquête. Alors qu’elle devrait être en mesure d’explorer la psyché de Hunter, Mielikki se retrouve confrontée à trois mémoires différentes : celle d’un financier grec attaqué par un requin, celle d’une alchimiste et celle d’un vieux peintre éthiopien.
Pour Neith, dont les certitudes commencent à s’effriter, un incroyable voyage au coeur de la pensée humaine commence. Aussi déroutant que dangereux.

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (3 février 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 496 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226443657
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226443656
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 531 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14.2 x 3.5 x 20.5 cm

Le démon de la colline aux loups de Dimitri Rouchon-Borie, un coup d’essai inabouti

C’est la sensation que me laissera ce roman. La sensation que l’auteur aurait pu livrer un texte poignant et dense mais qu’il s’est arrêter en chemin. J’aurais aimé que les souvenirs de l’enfance douloureuse du narrateur convergent vers le regard mélancolique et résilient de l’adulte emprisonné qu’il est devenu mais cela ne fut jamais le cas. L’auteur n’a pas voulu, ou pas su opérer la bascule du récit de mémoire vers le’témoignage au présent. Il en résulte un récit prometteur mais qui ne va pas jusqu’au bout de son propos.

Reste une narration en apnée qui happe le lecteur dans un tourbillon tragique qui semble ne jamais devoir prendre fin. Une plongée dans le marasme d’un triste destin qui constitue l’atout principal de l’ouvrage.

L’absence de contexte social, temporel ou géographique vise à rendre le récit universel mais rend le tout impersonnel à mes yeux. Un minimum de contexte aurait pu permettre de s’approprié le récit afin de renforcer l’immersion.

Une lecture en demi-teinte qui n’aura pas su combler mes attentes mais dont je note tout de même le style introspectif et sans concessions.

Un homme se retrouve en prison. Brutalisé dans sa mémoire et dans sa chair, il décide avant de mourir de nous livrer le récit de son destin.

Écrit dans un élan vertigineux, porté par une langue aussi fulgurante que bienveillante, Le Démon de la Colline aux Loups raconte un être, son enfance perdue, sa vie emplie de violence, de douleur et de rage, d’amour et de passion, de moments de lumière… Il dit sa solitude, immense, la condition humaine.

Résumé : Le Démon de la Colline aux Loups est un premier roman. C’est surtout un flot ininterrompu d’images et de sensations, un texte étourdissant, une révélation littéraire.

  • Éditeur ‏ : ‎ Le Tripode (7 janvier 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 237 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2370552573
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2370552570
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 330 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.1 x 1.8 x 20.1 cm

Vierge de cuir de Joe R. Lansdale, redoutables innocence


Encore un excellent récit écrit par Joe R. Lansdale. Cet auteur parviens à nous immergé dans une région, une époque en quelques pages. Ici on se retrouve au Texas au lendemain de la guerre d’Irak. Cason, vétéran un peu largué, revient à Camp Rapture, sa ville natale dans l’espoir de prendre un nouveau départ. Il a réussi à trouver un poste de chroniqueur au journal local et va tout tenter pour reconquérir son amour perdu. Bien évidemment rien ne va se passer comme il a prévu.

Si vous aimez les personnages à l’éloquence très personnel qui s’attirent des ennuis dès qu’ils ouvrent la bouche alors vous aimerez Cason. Impertinent, insolent, provocateur, alcoolique et légèrement traumatisé par son expérience militaire Cason est tout cela et bien plus. Avec son langage outrancier il va réveillée la poussièreuse ville de son enfance dans laquelle s’agite toujours les mêmes tensions séculaires. Un personnage haut en couleurs qui donnent au récit toute sa saveur, avec l’aide bien mérité de l’imprévisible Booger.

Pour rendre le récit encore plus savoureux il aurait fallu que l’auteur se donne la possibilité d’écrire une histoire un peu plus ambitieuse. On a l’impression que des pan entier de son intrigue ont été volontairement écarté afin de se focaliser sur Cason et son parcours chaotique. Un choix qui accorde au récit son côté nerveux mais l’empêche dans le même temps de prendre de l’ampleur afin de s’élever au delà du simple récit divertissant. C’est d’autant plus rageant que tout les éléments sont réunis pour bâtir un polar plus dense et complexe.

Résumé: Houston, le journaliste Cason Stalter, vétéran de la guerre du Golfe et sélectionné pour le prix Pulitzer, retourne dans sa petite ville natale de l’est du Texas, Camp Rapture. Cason est au fond du trou : il boit trop, harcèle son ex-petite amie qui refuse de le voir, et jalouse la réussite de son frère aîné. Pour remonter la pente, il se fait engager comme chroniqueur dans le journal local et tente de s’occuper l’esprit en s’intéressant à une vieille affaire de meurtre non résolue : Caroline Allison, une jeune étudiante en histoire à la beauté fascinante, s’est évanouie dans la nature, sans laisser de traces. A cours de son enquête, Cason découvre que ce meurtre est lié à une série d’événements étranges et dérangeants survenus récemment à Camp Rapture. L’affaire impliquerait des personnes prêtes à dépasser toutes les limites.

  • Éditeur ‏ : ‎ Folio (2 mars 2011)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Poche ‏ : ‎ 448 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 207040174X
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2070401741
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 222 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 10.8 x 1.8 x 17.8 cm