Lord cochrane vs l’ordre des catacombes de Gilberto Villaroel, que résonne le cor de l’aventure

Qui sait ce qui se dissimule dans les catacombes ?

Le premier volume des aventures du fameux Lord Cochrane m’avait permis de faire de belles rencontres. La rencontre d’un auteur d’abord, Gilberto Villaroel, d’origine chilienne, résident à Paris, passionné d’histoire européenne et de littérature fantastique. La rencontre avec une maison d’éditions ensuite, aux forges de vulcain, dont les couvertures minimalistes et hautes en couleurs m’ont immédiatement séduites. Enfin j’ai pu faire connaissance avec une figure historique des plus fascinantes, le fameux Lord Cochrane, navigateur anglais, inventeur excentrique, héros du chili et tant d’autres choses encore. Inutile de vous dire qu’avec tous ces éléments réunis le livre n’est pas resté longtemps sur le présentoir de mon libraire.

L’aspect historique prend une place plus importante dans ce volume, là où le premier volume faisait plus office de parenthèse fantastique sans réel lien avec la marche incessante du monde. Le récit se situe durant la période ô combien confuse de la restauration monarchique. Napoléon et son empire sont partis en fumé mais pourtant son ombre imprègne tout le récit. L’auteur parvient à dérouler l’aspect historique de son récit tout en évitant de donner un simple cours d’histoire et c’est en grande partie grâce à son personnage principal, lord Cochrane.

La plume de l’auteur ne s’anime jamais autant que lorsqu’il s’agit de mettre en scène cet aventurier intrépide, ce soldat rebelle qui a dû dire adieu à sa patrie, cet inventeur touche-à-tout qui regrette la lenteur du monde qui l’entoure. À la fin de l’ouvrage, l’auteur explique que Lord Cochrane a probablement servi de source d’inspiration pour nombre de figures d’aventurier navigateur qui ont émergé dans la culture populaire contemporaine et ce n’est guère surprenant. Ce personnage charismatique dynamite les pages du récit, son aura de capitaine chevronné accorde au moindre dialogue une atmosphère chargée en testostérone, rendant la narration encore plus riche et savoureuse. La caractérisation sur ce personnage est très juste, l’auteur en fait un personnage complexe, non manichéen, plus âgé mais donc aussi plus sage mais toujours déterminée à faire mordre la poussière à ses adversaires.

En ce qui concerne l’intrigue l’auteur a décidé de s’aventurer vers des chemins plus balisés. Ce tome est l’occasion d’invoquer l’esprit des pulps d’antan, le Paris des mystères et ses ruelles insalubres. Cela donne un récit d’aventure honnête mais on y perd l’originalité du premier volume. L’auteur coche les cases des récits d’aventures du 19ème siècle. Le cimetière lugubre, les catacombes morbides, sans oublier les ecclésiastiques fanatiques qui font office d’ennemis au final bien peu menaçant mais très clichés. Le rythme est haletant, les personnages ont à peine le temps de s’extirper d’une situation mortelle qu’une nouvelle péripétie survient. Mais ce que l’on y gagne en rythme on le perd en atmosphère. L’apport de cet ordre des catacombes est minime, jamais le récit ne va développer de réelles intrigues politiques ce qui empêche d’accorder du crédit et de l’épaisseur narrative à cet ordre de fanatiques.

Le fantastique est quelque peu en retrait dans ce tome. L’univers Lovecraftien sert plus de toile de fond que de moteur à l’intrigue. Les horreurs surgies de l’esprit de Lovecraft n’ont qu’un rôle extrêmement secondaire. Les chapitres se déroulant dans l’Antiquité et incarnant deux autres personnages historiques majeurs, à savoir César et Vercingétorix, sont plaisants à suivre au début avant que l’on comprenne qu’il s’agit pour l’auteur de mettre à nouveau en scène un combat contre la divinité des profondeurs. Une confrontation intéressante mais qui a perdu la fraîcheur des débuts.

Un petit bémol également concernant la plume de l’auteur. Celle-ci est très riche et dense. L’auteur livre des éléments historiques, il dresse un portrait détaillé de la situation politique française et revient sur les dernières heures du règne de Napoléon, il effectue une biographie qui couvre plusieurs années de la vie de ce cher Lord Cochrane. Mais il nous donne aussi des détails techniques sur l’artillerie, la marine, la conquête de la Gaule par les Romains, et une étrange machine à vapeur qui servira vaillamment nos protagonistes. Tout ça fait que le récit souffre d’une certaine rigidité factuelle que la plume de l’auteur n’allège pas tend celui-ci tient à tout expliquer, tout détailler au risque de relâcher l’attention du lecteur. L’effort de produire le récit le plus complet possible que ce soit au niveau historique, technique ou des portraits de personnages est louables mais cela se fait au détriment de l’intrigue qui aurait pu être moins orientée action et offrir un peu plus d’effroi fantastique.

Avec ce second volume des aventures de Lord Cochrane l’auteur a pris le parti d’une aventure plus terre à terre en rappelant à notre bon souvenir l’esprit des récits d’aventures mâtiné d’une légère touche de fantastique. On y perd donc l’originalité du premier volume pour suivre un récit d’aventures mouvementées mais manquant d’originalité, qui vaut surtout pour la présence de son héros principal qui illumine chaque page où il est présent.

Résumé: 1826, Paris. Jean-Baptiste Dallier, un bonapartiste ami des frères Champollion, est assassiné dans les catacombes. Le célèbre héros écossais Lord Cochrane arrive alors à Paris. Il y retrouve Champollion le Jeune qui possède les preuves de l’existence de Cthulhu, un monstre antédiluvien. Champollion a récupéré un manuscrit de la main de César, qui décrit comment il s’est rendu sur R’lyeh, la ville du monstre, au large du fort romain construit sur la longe de Fort Boyard. Cochrane, Champollion le Jeune et le capitaine Éonet partent aussitôt récupérer le manuscrit caché au cimetière du Montparnasse. Mais un mystérieux « Ordre des Catacombes » rode, décidé à empêcher leur enquête !

  • Éditeur : FORGES VULCAIN (19 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 445 pages
  • ISBN-10 : 2373050994
  • ISBN-13 : 978-2373050998
  • Poids de l’article : 570 g
  • Dimensions : 15.5 x 3 x 23.5 cm

Petite louve de Marie Van Moere, aiguise tes griffes ma fille

Les fauves sont lâchés

La parentalité et toutes les conséquences que le fait d’être responsable d’une autre vie que la sienne entraîne, voilà un thème qui est prépondérant dans la littérature en ce moment. La cellule familiale mise en avant par Marie Van Moere va devoir faire face à de voraces prédateurs. Reste à voir ce que cette jeune auteure peut apporter de neuf à des thèmes déjà milles fois abordés.

La famille, l’amour de ces êtres avec lesquelles on partage le même sang, l’unité, le clan que cela crée. Une fois ma lecture achevée je me suis fait d’abord la réflexion que l’auteure ne proposait rien de neuf par rapport à d’autres récits abordant ce thème riche et complexe, le récit introduit même une figure paternelle de manière fort opportune. Le duo composé par Agathe et sa fille n’offre rien d’original mais c’est parce la richesse du récit n’est pas tant dans la relation mère-fille que dans l’image de la famille même. Une image qui s’esquisse en reflet avec cette autre famille, le clan Vorstein, une meute prête à tout pour protéger les siens. Le clan Vorstein n’obéit qu’à ses propres lois et elles sont simple, tu fais saigner un membre de ma meute, je te saignerai en retour. Une loi immuable simple mais qui implique une unité familiale inébranlable. À l’opposé la famille d’Agathe est désunie, le père batifole avec une autre femme, la mère est obnubilé par son désir de vengeance et par le désir de protégé sa fille, une fille qui se referme sur elle-même. La seule unité familiale forte du récit est donc une force nuisible et implacable tandis que l’autre famille est désemparée par la situation, en fuite et incapable de faire face à ses propres failles et contradictions.

Si j’ai trouvé la relation entre Agathe et sa fille si peu développée c’est tout simplement parce que, hormis les aspects essentiels à leur survie, la mère et la fille ne savent plus se parler, Agathe se sait pas interpréter les signes qui lui sont mis sous les yeux. Une louve aveugle qui doit protéger un oisillon traumatisé. À l’opposé, comme un reflet souillé, le clan Vorstein voit, observe, scrute les ombres à la recherche de leurs proies et sait réagir en conséquence. Deux images de la famille opposé mais complémentaires. Il est nécessaire de saisir cet aspect du récit pour en apprécier la lecture.

Le récit s’ouvre sur une inhumation. Agathe accompli un acte censé clore un chapitre douloureux alors qu’elle ne fait qu’ouvrir la boîte de pandore qui va les précipités, elle et sa fille sur un chemin sanglant. En cette nuit caniculaire Agathe enterre son nemesis mais aussi la femme qu’elle était. De cette nuit de sang il n’émergera qu’une louve. D’une plume acéré que l’on ne retrouvera qu’occasionnellement au cours du récit, l’auteure sonne le cor d’une traque vengeresse.

Par la suite la plume se fait plus sobre. Elle aligne les actions banales d’un quotidien qui n’a plus lieu d’être comme pour invoquer une normalité anéantie par l’irruption des fauves. À l’image des titres de chapitres, réduits à de simples verbes comme pour mieux souligner le fait que les protagonistes de ce sombre récit en sont réduits à des actions basiques, animales, instinctives. Mais qui sont aussi des rappels incessants pour les deux fugitives de ce qui n’est plus, d’un quotidien reduit en cendre par le brasier de la vengeance.

La vengeance, le désir primaire de rendre le mal que l’on nous a fait, à nous ou à un membre de notre famille, est le second thème dont s’empare l’auteure. Elle questionne cette loi du talion en laissant le lecteur tiré ses propres conclusions. Là encore le récit propose deux images de la vengeance à travers ses personnages. Une vengeance rageuse de mère blessée, une vengeance minutieuse et élaborée sans compromis et, de l’autre, une vengeance d’honneur avec Avi et Iro qui accomplissent leur devoir parmis d’autres méfaits, tels deux prédateurs qui ne savent plus quand doit cesser la chasse. Ces deux personnages me sont apparus comme les seuls failles du récit. Tantôt fauves ivres de violences, tantôt incarnation de Laurel et Hardy qui se seraient fait meurtrier. Une volonté de l’auteure sans doute de contrebalancer ces figures de la vengeance avant l’entrée en scène d’un ultime fauve, parfait reflet d’Agathe dans ses plus sombres aspects.

Le récit s’achève sur une promesse d’une renaissance. La promesse de laisser les plaies du passé cicatrisé. Le roman noir et viscéral de Marie Van Moere n’aura pas abordé les thèmes auxquelsje m’attendais, la relation mère-fille notamment, en tout cas pas comme je m’y attendais, mais c’est sans doute la force de bons romans de nous faire emprunter des sentiers que l’on ne se préparait pas à parcourir de prime abord.

Un dernier mot pour remercier la maison d’éditions la manufacture de livres pour l’envoie de l’ouvrage.

Résumé: La Corse. C’est là qu’Agathe va fuir après avoir entassé dans sa voiture leurs bagages et annoncé à sa fille qu’elles allaient prendre quelques jours de vacances. Cette chirurgienne sans histoire vient de rendre la justice elle-même. L’homme qui avait agressé sa fille, détruit l’équilibre de leurs vies, a été relâché, et elle lui a réglé son compte, définitivement. Mais ce type au casier déjà bien chargé, avait lui aussi une famille qui a l’intention de rendre les coups. Sur les routes de Corse s’engage alors une traque à mort où les femmes et leurs poursuivants se feront tantôt proies, tantôt prédateurs.
Dans ce roman noir au rythme implacable, Marie Van Moere nous offre une sorte de Thelma et Louise débridé où une mère et une fille accomplissent une vengeance qui les conduira sur les chemins les plus obscurs.

ROMAN NOIR

19.90 euros – 272 pages

Parution le 04/03/2021

ISBN 978-2-35887-734-3

Le placard de Kim Un-su, Une ode au bizarre et à l’étrangeté

Un récit qui ne vas pas vous laisser indifférent

Une page de garde avertit le lecteur, le livre que l’on s’apprête à ouvrir n’est pas une lecture comme les autres. On n’y trouvera pas les ingrédients qui en font un roman noir dans lesquelson se plonge d’habitude, et encore moins un thriller ou un polar, même si certains éléments font indubitablement penser au roman noir. L’auteur promet de nous emmener vers des rivages peu fréquentés par la littérature habituellement et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y parvient avec brio.

Ce roman exige de son lectorat qu’il se laisse entraîner dans les pages du récit sans forcément comprendre immédiatement les tenants et les aboutissants de l’oeuvre. Il faut accepter de se laisser entraîner dans ce monde étrange en attendant de voir où l’auteur veut nous emmener. Soyez prévenu le placard n’est pas un récit comme les autres. Et je profite de cette introduction plus longue que d’habitude pour remercier chaleureusement les éditions Matin calme pour l’envoie en numérique de l’ouvrage.

”Il se peut que vous ne rencontriez jamais un magicien. Ce n’est pas parce que les magiciens n’existent pas. C’est parce que vous avez cessé de rêver. Dans ce monde, la magie est partout. Par conséquent, les magiciens sont partout.”

Ici règne l’étrange

Très vite lors de ma lecture je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre les cas de mutations étranges et dérangeantes décrits par le narrateur et le ceux compilés sur le site de la fondation SCP. Mais qu’est-ce que donc que ceci la fondation SCP ? Tout simplement un site d’écriture collaborative réunissant des rapports rédigés de manière clinique sur des phénomènes sortant de l’ordinaire. Le site fonctionne comme un wiki où chacun peut contribuer à enrichir l’univers hors-normes de la fondation en écrivant un récit, ou conte, qui viendra s’ajouter à la centaine déjà existant. Mais je n’en dirai pas plus sur ce site si intrigant et je vous laisse faire la découverte par vous-même.

Des parallèles évidents existent entre le placard et le principe de la fondation SCP. Le récit compile des témoignages de personnes atteintes de mutations ou de pouvoirs qui perturbent leur quotidien, le tout nous est rapporté par un narrateur anonyme chargé de veiller sur les dossiers de ces étranges cas entassés dans un placard, le placard n°13. Mais là où la fondation SCP s’amuse à faire vaciller les fondations de ce que nous appelons communément le réel et à réveiller nos angoisses les plus profondes, l’auteur du placard se sert de ces chimères somme toutes bien inoffensives afin d’instiller en nous un profond sentiment de mélancolie.

Absurdia et mélancholia

En effet, que ce soit la femme qui se voit obligée d’abriter un lézard dans sa gorge ou bien les Unités Multi-personnelles. Toutes les personnes victimes de ces mutations, la plupart incontrôlables, ont pour point commun un sentiment de solitude, d’exclusion sociale voire de rejet. Si les premiers témoignages que le récit nous offre à lire sont juste étranges et prête à sourire, avec même une touche d’optimisme grâce au cas des torporers, on glisse petit à petit dans un gouffre de détresse humaine où la mélancolie le dispute à l’ennui. Ainsi les mosaïqueurs de mémoire tentent-ils de se soigner de leur présent en effaçant leur passé traumatisant au risque de sacrifier leur futur. Les sauteurs de temps voient ainsi disparaître plusieurs heures de leur vie sans jamais pouvoir les rattraper. Ces pauvres bougres, victimes de pathologie absurde partagent une profonde mélancolie et un sentiment d’incompréhension face à un monde où la norme semble être l’uniformité. Rapidement une toile de fond se dessine derrière ces récits qui évoquent notre monde bien plus qu’il ne le semble de prime abord.

”-Vous ne pensez pas rentrer en Corée ?

-Non

-Pourquoi ? C’est tout de même votre pays ?

-Là, vous parlez du pays natal…ce sont de drôles de mots. À cause de ces mots, on y reste. On y mange, on y dort, on s’y marie, on y achète sa maison. On soutient l’équipe nationale et, juste parce qu’on est du même pays, on est amis. Mais moi, j’ai passé des jours vains en Corée. Dans l’espace ou dans le temps, quelque chose clochait. J’ai fait de grands détours pour en arriver là, mais maintenant je sais ce qu’est le bonheur et je pense que le pays natal n’est pas si important. Si on veut découvrir qui on est vraiment, il faut parfois oublier le pays natal et devenir nomade”

L’auteur ne s’est pas contenté de rassembler le maximum d’idées absurdes pour construire son récit. Les fameuses chimères qu’il décrit dans son roman son avant tout un moyen de mettre en avant l’absurdité du quotidien constitué pour la majorité d’entre nous d’une banalité affligeante. La pathologie des torporers permet de mettre l’accent sur la course à la productivité, tandis que le sort des sauteurs de temps nous rappelle que rien ne peut rattraper les heures disparues. À travers ses récits l’auteur brasse un lot conséquent de sujets d’actualités, tel que l’identité sexuelle avec les Néo-hermaphroditus dont l’anatomie hors-norme les condamnent à une solitude déprimante et une misère sexuelle irréversible. Il s’attaque aussi aux théories du complot, au communautarisme, au harcèlement en entreprise, notre rapport aux autres et comment l’image que le monde nous renvoie de nous-même peut nous marquer de manière indélébile. Évidemment, vu le nombre d’histoires compilés dans l’ouvrage, certains thèmes ne sont que survolés. L’auteur achève souvent ces témoignages par des aphorismes, mêlant humour absurde et sagesse désinvolte, dont la brièveté les rapprochent des haïkus.

« Ceux qui voient leur propre tombe sont rares.

Mais moi, je pense qu’avant de bâtir sa maison

On devrait construire sa tombe

Car ceux qui ont veux leur propre tombe

Savent que la vie est précieuse »

Moi aussi j’existe

À côté de ces récits à l’intérieur du récit, une narration diffuse se met progressivement en place avec le narrateur comme personnage principal. La volonté de l’auteur de laisser ce personnage dans l’anonymat en fait sa force et sa faiblesse. Sa force car cela permet d’appuyer le propos de l’auteur sur l’uniformisation de la société et la faiblesse car tous les chapitres qui lui sont consacrés revêtent un caractère impersonnelle qui les rendent ternes malgré les épreuves qui vont lui être réservés. Pourtant à sa manière le parcours de ce brave employé recèle lui aussi quelques enseignements sur la résilience et notre capacité à accepter notre sort quel qu’il soit. Dommage que l’auteur ne soit pas parvenu à insuffler dans cette partie du récit un peu plus d’emphase, afin de créer un véritable lien entre le narrateur et le lecteur mais il s’agit sans doute d’une volonté de sa part.

Pour terminer cette chronique je voudrais attirer votre attention sur le fait qu’aussi triste et déprimantes sont certaines histoires contées dans cet ouvrage, on y trouve aussi de l’humour mais surtout une forme de résistance à l’ennuie blême qui hante nos vies. C’est une vision toute personnelle mais j’ai trouvé dans certaines de ces histoires un appel à laisser voguer son imagination en toutes circonstances et quelque soit les rivages vers lesquelles elle nous emportent.

”-Il n’y a pas longtemps, ma femme et moi, nous avons échangé nos corps pour faire l’amour. Ma femme a utilisé le mien et moi le sien.

– Il paraît que les femmes ont un orgasme plus fort que les hommes, est-ce vrai ?

– Ce jour-là, j’ai découvert que j’étais nul au pieu…”

Pour ceux qui seraient intéressés par la fondation SCP je vous mets le lien de la vidéo du talentueux vidéaste Alt-236, très complète qui’aborde le vaste sujet qu’est la fondation SCP.

Résumé: (si l’on peut dire)
Le jeune homme, les mutants et la société secrète

Le narrateur est un jeune type, pas bien ambitieux, plutôt lent, tranquille. Il a traîné après ses études, le temps passe, la trentaine arrive quand enfin il décroche un boulot, dans un laboratoire privé. De fait, il n’a pratiquement rien à faire, juste réceptionner les arrivages quotidiens. Au tout début il est gêné, jusqu’à ce qu’il découvre que, grosso modo, personne ne fait rien dans ce laboratoire, si ce n’est faire semblant d’être occupé.
Un jour, il trouve un placard fermé par un cadenas à combinaison. Par pur désœuvrement, méthodiquement, il va essayer de l’ouvrir. Et quand il y parvient soudain, il tombe sur des dossiers fascinants. Des personnes consultent un certain Dr Kwon, du laboratoire. Mais les  » maladies  » de ces gens sont tout sauf habituelles. L’un a un ginkgo qui pousse au bout de son doigt, un autre fait des sauts abrupts dans le temps, une femme devient plusieurs personnes à la fois.
Et ces dossiers semblent intéresser une étrange société secrète, prête à tout pour les récupérer.

  • Éditeur : Matin calme (4 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 296 pages
  • ISBN-10 : 2491290456
  • ISBN-13 : 978-2491290450
  • Poids de l’article : 458 g
  • Dimensions : 15.5 x 2.8 x 22.6 cm

Le cercle de Finsbury de B.A. Paris, le cadran de l’horreur

Bienvenue dans le cercle

Derrière les portes, le premier ouvrage de B.A. Paris m’avait laissé un bon souvenir. Une fin surprenante et une héroïne plus retorse qu’il n’y paraissait au premier abord. Le cercle de Finsbury est son cinquième roman. L’auteure continue à explorer son genre de prédilection, le polar domestique, la formule se révèle-t-elle à nouveau gagnante ? C’est ce que nous allons voir.

Autant le dire tous de suite, si ce que vous recherchez dans un polar c’est du style, une plume affûtée et une narration ambitieuse vous pouvez passer votre chemin. B.A. Paris fonctionne à coup de récit narrer au présent, la narration est linéaire, ce n’est pas les trois ou quatre flashbacks qui vont perturber les fondations du récit, d’autant plus qu’ils n’apportent pas grand chose au récit. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas apprécié ma lecture mais il faut être honnête la recherche stylistique n’est pas ce qui motive l’auteure.

Son attention va se porter sur l’intrigue, l’auteure est réputée pour ses retournements de situation finaux qui éclairent le dénouement de ses intrigues d’une lumière révélatrice. Ici dans ce fameux cercle de Finsbury, qui a la forme d’une horloge infernale où chaque maison représente une menace diffuse, l’auteure compte énormément sur les faits établis et les fausses pistes pour bâtir son récit. Certains faits essentiels à l’intrigue sont présentés comme irréfutables au lecteur tandis que d’autres paraissent immédiatement suspects. C’est sur ce jeu de faux-semblants que se construit ce polar domestique, ou résidentiel tant la résidence de luxe qui sert de décor à l’intrigue est présente. L’auteure s’amuse à faire tourner en rond le lecteur au sein de ce cercle, dans une intrigue qui peut paraître cousu de fil blanc et redondante, tant elle semble stagner à certains moments, mais dont le final est renversant. Personnellement j’étais persuadé d’avoir découvert l’identité du coupable et l’auteure a su me prouver qu’en matière de twist final elle avait encore de la ressource. Et ce alors que je me disais, au cours de ma lecture, que j’étais encore face à un polar gentillet mais inconsistant, je ne m’étais pas rendu compte que j’étais tombé dans le piège tendu par l’auteure.

J’aurais apprécié que l’auteure apporte autant de soin à la création de son personnage principal. Alice, dont le nom est une référence évidente à Alice au pays des merveilles, est une jeune femme sensible, hanté par son passé, mais ces réactions manquent parfois de naturel tandis que son côté hyper sensible et fragile peut parfois être agaçant. Tout comme le lecteur, Alice va se faire balader tout au long de l’histoire ce qui fait d’elle un personnage assez passif malgré son obsession de lever le voile sur le meurtre de la précédente propriétaire. Malgré le soin apporté à sa psychologie et sa personnalité, Alice est un personnage qui manque de consistance et surtout de mordant auquel s’identifié.

Si comme moi l’évocation du terme « polar domestique » est synonyme de lenteur narrative, d’invraisemblances scénaristiques et de narration poussive sachez que B.A. Paris propose un récit qui s’élève quelque peu au dessus de la production de ce sous-genre du thriller grâce à une intrigue maîtrisée et une résolution surprenante. Il ne manque qu’une plume un peu plus aiguisée pour faire de B.A. Paris une auteure incontournable.

Résumé: Alice croyait avoir trouvé la maison de ses rêves…
Quand Léo et elle emménagent au Cercle de Finsbury, une résidence haut de gamme en plein Londres, la jeune femme est persuadée de prendre enfin un nouveau départ. Et tant pis si les choses sont allées un peu vite avec Léo et si celui-ci a pris en charge leur emménagement
sans véritablement la consulter. La maison est parfaite, la résidence idéale, et les voisins semblent si accueillants !
… Mais ce fut celle de ses pires cauchemars.
Lorsqu’Alice apprend que Nina, qui vivait dans la maison avant qu’ils n’emménagent, y a été sauvagement assassinée, le vague sentiment d’insécurité qu’elle ressentait jusqu’alors se transforme en peur, puis en terreur. Une présence étrange semble hanter les murs et ni Léo, qui semble lui cacher beaucoup de choses, ni les voisins, qui consacrent le plus clair de leur temps à s’épier les uns les autres, ne la rassurent.
Et puis l’on passe bien trop facilement d’une maison à l’autre, à l’intérieur du Cercle, pour pouvoir y dormir en paix.

  • Éditeur : Hugo Roman (4 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 411 pages
  • ISBN-10 : 2755686596
  • ISBN-13 : 978-2755686593
  • Poids de l’article : 490 g
  • Dimensions : 14.1 x 3.4 x 21.1 cm

Entre fauves de Colin Niel, vorace nature humaine

Dans le premier ouvrage de Colin Niel que javais eut la chance de lire, Sur le ciel effondré, l’auteur renforçait son intrigue de portraits de personnages touchant à la psychologie étudiée, des descriptions de paysages partagés entre réalisme sordide et onirisme sauvage ainsi qu’une plume maîtrisée et envoûtante. Il me tardait de voir si l’auteur allait parvenir à me captiver à nouveau avec son nouvel ouvrage, Entre fauves, sans surprise la réponse est oui.

L’intrigue est cette fois plus simpliste, cela s’explique par la volonté de l’auteur de dresser des portraits saisissants plutôt que d’empiler les retournements de situation. L’ouvrage propose en effet une trinité de personnages dont les attentes, les rêves et les aspirations ne vont cesser de se heurter à la complexité d’un monde impitoyable. Martin, le garde chasse misanthrope ne rêve que d’un monde débarrassé de l’influence humaine qu’il juge néfaste pour la faune et la flore. Son extrémisme est nourri de son expérience et par les réseaux sociaux. Les chapitres qui lui sont consacrés le voient basculer dans une impasse haineuse et mesquine qui finira par lui coûter cher. Martin c’est le petit garçon aux rêves souillés par la vie et qui ne parvient pas à voir au-delà de son petit monde verdoyant. Kondjima, a contrario de Martin a douloureusement conscience d’être un grain de sable dans un monde de plus en plus vaste, il ne rêve que d’une chose, s’extirper de sa condition de paysan misérable et prouver au reste de sa tribu, et au monde, qu’il est digne de ses ancêtres chasseur mais il se heurte aux difficultés matérielles et sociales inhérentes à son milieu. Kondjima c’est le petit garçon aux ambitions égoïstes qui regrette amèrement sa condition actuelle. Et enfin il y a Apolline, fière, sauvage, un anachronisme qui rejette la technologie, qui n’aspire à rien d’autre que de se prouver à elle-même qu’elle est bien ce qu’elle prétend, une chasseuse. Son rêve, un défi, est le plus pur des trois, en cela qu’il n’engage qu’elle-même et ne menace rien d’autre que sa propre sécurité et un vieux lion solitaire dont le gouvernement Namibien a autorisé la chasse. Pourtant les deux autres personnages ne cesseront de vouloir lui nuire tant ils ne peuvent supporter l’image d’eux-mêmes qu’elle leur renvoie.

Sans l’envoûtement que provoque rapidement la plume de Colin Niel le récit aurait sans doute été plus fade. Or non seulement l’auteur parvient à décrire des personnages captivants tant par leurs faiblesses que leurs forces mais il parvient également à nous faire voyager des montagnes enneigées du Béarn à la savane desséchée de Namibie. L’auteur retranscrit à merveille l’atmosphère montagneuse ainsi que la mentalité occidentale hyper connectée mais déconnectée des vérités internationales qui ne cherchent pas plus loin que sa petite haine virtuelle. Sans que l’on ressente les effets indésirables d’une transition abrupte l’auteur nous transporte en Namibie, avec ses paysages arides mais où les mentalités sont similaires. La double temporalité permet de faire lentement monter la tension jusqu’au drame final qui rappelle que les innocents sont bien souvent les seuls à subir les conséquences de rêves égoïstes.

Une fois parvenu à la conclusion du récit j’en ai d’abord voulu à l’auteur de ne pas avoir mis en scène un échange à cœur ouvert entre les deux antagonistes principaux. Puis j’ai finalement compris qu’entre ses deux êtres si semblables et pourtant si différents, nulle discussion n’était possible. Martin a oublié le sens même du mot dialogue, il ne lui reste que l’obsession d’anéantir cette femme dont il ne supporte ni l’existence ni le symbole qu’elle représente. Quant à Apolline, seule compte ses deux instincts entremêlés, celui de la survie et celui de la chasse. Leur confrontation donne lieu au passage le plus intense du récit mais aussi le plus ironiquement cruel.

Même si les convictions de l’auteur transparaissent au travers des pages de son récit viscéral il a le mérite de rappeler que toutes les formes de chasse ne se valent pas et que, aussi simpliste et caricaturaux nos chers réseaux sociaux voudraient les réduire tous les sujets sont en vérités complexes, internationaux et exigent réflexion avant condamnation. L’auteur a choisi le thème de la chasse pour construire son récit mais ce que je retiendrais vraiment c’est le traitement des ambitions humaines, qui peuvent se révéler un moteur puissant, la lutte qu’elles nous poussent à entreprendre pour les assouvirs et les conséquences imprévus qu’elles entraînent.

Nuit sombre et sacrée de Michael Connelly, une rencontre en demi-teinte

La nuit est sombre et pleine de terreur

Michael Connelly n’aura pas attendu longtemps avant de mettre en place le face à face entre ses deux héros, l’indébounable Harry Bosch d’un côté et la jeune et farouche Renée Ballard de l’autre. Une rencontre qui promettait un récit intense sous les cieux californiens mais l’auteur va aller à l’encontre des attentes de ces lecteurs.

Le principal problème du récit vient de son intrigue principale dont le squelette semble un peu maigre pour que l’ensemble de l’ouvrage repose dessus. Cette enquête sur une ancienne affaire de 2009 sur une mineure fugueuse perd vite en intérêt. L’enquête se résume à éplucher d’anciennes fiche d’interpellations jusqu’à tomber sur un profil suspect. On a connu Connelly plus inspiré. L’enquête autour de cette pauvre Daisy ne prend jamais d’ampleur, ne gagne jamais en intensité et se résolve d’une manière trop aisée pour être mémorable.

Comme l’enquête principale se révèle un plat trop frugal pour être consistant, l’auteur s’est senti obligé de broder autour de ses personnages fétiches. S’il est toujours intéressant d’enrichir sa connaissance sur les us et coutumes de la police de Los Angeles, on apprend ainsi que la hiérarchie de la police demande à ses agents de tenir à jour un registre afin de noter les liens entre les forces de l’ordre et les membres des gangs. Pour un spectateur extérieur c’est toujours intéressant de voir comment une société s’adapte à la criminalité. Mais il faut reconnaître que cela fait peu à se mettre sous la dent.

Je n’ai pas pu m’enlever de la tête que l’auteur cherchait à inclure à son récit, de manière poussive, toutes les anecdotes qu’il a dû recueillir auprès de vrais représentants de la loi qui effectuent leur service la nuit. Les chapitres consacrés à Ballard sont l’occasion de livrer un échantillon de tout ce que la nuit californienne peut livrer de plus sordides, ou drôle. Malheureusement ces anecdotes, sympathiques au demeurant, ne suffisent pas pour bâtir un récit qui va rassasié le lecteur avide d’enquêtes palpitantes.

Quant au duo Ballard-Bosch, oui je place Renée en premier la galanterie est une vertu à laquelle je crois, il fonctionne plutôt bien mais il manque d’étincelle. Tout se met en place trop facilement entre ses deux chasseurs solitaires, il manque des points d’achoppement, une petite bataille d’ego pour épicer un récit un peu trop linéaire. De plus j’ai du mal à comprendre la quasi disparation de l’entourage de Ballard, comme d’habitude l’auteur privilegie le personnage de Bosch. Du coup on a surtout l’impression de lire une énième enquête de l’enquêteur éternel que d’une réelle enquête en duo. Enfin la faute morale de Bosch lors de la conclusion me paraît en complète contradiction avec le portrait brossé par l’auteur depuis plusieurs volumes, Bosch apparaît comme un inspecteur chevronné et rigoureux, le voir succombé à l’appel de la vengeance sommaire me paraît hors de propos.

Cette nuit sombre était l’occasion où jamais de mettre en place le passage de flambeau entre le vieux briscard qui refuse de céder sa place et la jeune recrue pleine d’entrain mais on se retrouve finalement avec une aventure assez plate et sans rythme. J’espère fortement que l’auteur saura dynamiser son duo lors de sa prochaine virée dans la ville des anges.

Résumé: En revenant au commissariat d’Hollywood après une mission de son quart de nuit, l’inspectrice Renée Ballard tombe sur un inconnu en train de fouiller dans les meubles à dossiers. L’homme, elle l’apprend, est un certain Harry Bosch, un ancien des Homicides du LAPD qui a repris du service au commissariat de San Fernando, où il travaille sur une affaire qui le ronge depuis des années. D’abord sceptique, Ballard le chasse puis, intriguée, ouvre le dossier qu’il feuilletait… et décide de l’aider.
La mort de Daisy Clayton, une fugueuse de quinze ans kidnappée, assassinée, puis jetée dans une benne à ordures, a, c’est vrai, de quoi susciter toute son empathie et sa colère. Retrouver l’individu qui a perpétré ce crime abominable devient vite la mission commune de deux inspecteurs aux caractères bien trempés et qui, peu commodes, ne s’en laissent pas conter par les ruses de l’un et de l’autre pour parvenir à leurs fins.

  • Éditeur : Calmann-Lévy (11 mars 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2702166318
  • ISBN-13 : 978-2702166314
  • Poids de l’article : 460 g
  • Dimensions : 13.6 x 3.1 x 21.5 cm

Manhattan sunset de Roy Braverman, Walk on the wild side

Manhattan forever

Ce livre me fait penser à un bolide lancé à pleine vitesse dans les rues de New-York avec à son bord une sacré bande d’énergumènes qui possèdent tous leurs caractères bien trempés. Le conducteur prendrait des virages serrés qui obligerait le lecteur à se maintenir fermement à sa ceinture mais étonnamment la folle course-poursuite entamé dès la montée dans le véhicule se verrait assagie par de pure moment de contemplation. C’est la promesse de ce polar au rythme effréné.

Ce nouveau polar de Roy Braverman parvient à aligner une galerie de personnages drôles, attachants et qui débitent les punchlines encore plus vite que les rappeurs de la côte Ouest. Les dialogues en forme de match de ping-pong sont l’une des forces du récit. Entrecoupé d’apartés gentiment ironique de l’auteur et parfois chargés de sous-entendus grivois ou social. Les échanges de se bureau de ce pauvre capitaine que personne ne respecte, et surtout pas ses hommes, donnent l’impression d’assister à une représentation de théâtre de boulevard. Les personnages ont une caractéristique commune, ils sont fort en gueule, ne se laisse pas marcher sur les pieds mais l’écriture de l’auteur les maintient souvent dans une forme de caricature qui n’a rien de bien méchante mais qui manque un peu d’originalité. Donnelli et son équipier fantôme occupent le premier plan évidemment. Leur tandem fonctionne bien même si j’aurais bien aimé que l’auteur insiste un peu plus sur la dégradation psychologique de son personnage. En l’occurrence leur duo fait office de ressort humoristique mais éclipse le mal-être de Donnelli. Mankato, la nouvelle coéquipière de Donnelli, qui ne s’en laisse pas compter par son équipier bourru tire son épingle du jeu parmi la foule de personnages introduit par l’auteur.

L’intrigue quant à elle souffre d’un aspect brouillon et fouillis. L’auteur est parvenu à maintenir une certaine unité de narration, notamment grâce au dynamisme de sa narration, mais il aurait gagné à recentrer son intrigue à un niveau plus local. New-York est une ville cosmopolite certes mais là entre la mafia lituanienne, le FBI, le MI6 et les barbouzes Russes on gagne en complexité ce que l’on perd en charme new-yorkais et c’est dommage. L’intrigue secondaire se révèle de nature efficace mais beaucoup trop classique pour être mémorable.

Enfin je ne peux terminer cette chronique sans évoquer l’instant de grâce du récit. Au milieu de ce déchaînement de violence, de ces enquêtes glauques dans des décharges automobiles, de ces règlements de comptes entre mafieux, de ces exécutions aveuglées par la haine, l’auteur offre un pur moment de poésie urbaine. Un moment de respiration et de sérénité au milieu d’une narration qui ne s’arrête jamais vraiment. Une pause bienfaitrice qui nous immerge dans une New-York féerique et onirique et qui donne à voir ce dont la plume de l’auteur est capable lorsqu’elle prend le temps de conter, et rien que pour ça, malgré les défauts de l’ouvrage, je ne regrette pas ma lecture.

Résumé: Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.
En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli :  » Alors, tu en dis quoi ?  » Un début d’enquête somme toute normal.
Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.
Pourtant, une fois par an, New York lui offre aussi un instant magique, lorsque le soleil couchant symétrique et flamboyant du Manhattanhenge prend la 42e rue en parfaite enfilade. Une illumination divine, comme la révélation d’un indice éclaire un crime d’une lumière nouvelle. Avant que tout, la ville comme la vie de Donnelli, ne sombre à nouveau dans la nuit.

  • Éditeur : Hugo Roman (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 363 pages
  • ISBN-10 : 275568609X
  • ISBN-13 : 978-2755686098
  • Poids de l’article : 435 g
  • Dimensions : 14 x 3.2 x 20.9 cm

Une falaise au bout du monde de Carl Nixon, le roman qui vous mène là où vous ne vous y attendez pas

Drame du bout du monde

Ce roman, le troisième de Carl Nixon mais le premier que je lis de cet auteur, a su me ravir dans son univers à la lisière du roman noir et du nature writing. Une intrigue qui n’est pas ce qu’elle semble être et une plume bien ajustée font de ce roman une bien bonne surprise.

Évacuons d’emblée un élément qui me semble important pour bien apprécier l’ouvrage, non ce roman n’est pas un polar dont l’action se situerait en Nouvelle-Zélande. Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture on est plus dans un récit de nature writing, sous-genre de la littérature très prisé en Amérique, traversé par deux trois composants de l’intrigue plus sombre. Une fois que l’on a assimilé le fait que l’on ne va pas lire un polar classique, le voyage peut commencer. En ce qui concerne le lieu de l’action, on est bien en Nouvelle-Zélande, plus précisément sur l’île du sud, ce qui nous donne à voir une Nouvelle-Zélande plus proche de l’Amérique de la Rust belt, plus rustique et champêtre. Au niveau dépaysement l’auteur tiens ses promesses.

Rapidement une double temporalité se met en place dans le récit et une évidence s’impose très vite au lecteur, l’auteur a décidé de raconter une histoire tout à fait différente que celle à laquelle on s’attendait. Le récit se déroulant en 2010 prend une place de plus en plus secondaire au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture tout comme le personnage de cette brave Suzanne, dont la caractérisation souffre d’être délaissé au profit de Katherine. L’auteur se focalise en effet sur les années qui suivent le drame initial. Si cela a pour effet d’épaissir des personnages que l’on ne s’attendait pas à voir autant développer cela se fait au détriment de Suzanne, un personnage résilient, volontaire et élégant, drapé dans sa douleur, qui se retrouve reléguée au second plan.

Mais une fois ce choix surprenant de l’auteur accepté on se retrouve en train de lire un récit d’une tristesse insondable. L’ensemble du récit baigne dans une espèce de mélancolie résignée, avec quelques touches d’onirisme, surtout lorsque l’on connaît le dénouement tragique de ce drame qui n’offre aucune réponse, aucune fin heureuse. Le personnage de Katherine porte le récit sur ses épaules, enfant courage qui fera preuve d’une capacité d’adaptation incroyable et d’une résilience désarmante. Plusieurs moments clés du récit sont un déchirement lors de la lecture, je pense notamment au sort du petit Tommy ou celui de Bess, mais l’auteur a l’intelligence de nous narrer ses passages avec une pudeur incroyable, sans forcer sur le pathos, il parvient à emplir notre cœur de lecteur d’une tristesse infinie. Pour finir je reviens sur le traitement du personnage de Tommy en apportant un bémol, je trouve assez invraisemblable le sort que lui réserve l’auteur au tout début du récit. Une petite anicroche qui m’a poursuivi tout au long de ma lecture, rien de grave mais je ne pouvais terminer ma chronique sans soulever ce détail.

Un livre qui vous prend par la main pour vous emmener vers des chemins balisés mais qui bifurque rapidement pour nous entraîner vers un récit poignant, sans concessions. Un roman que je qualifierais de noir faute d’un meilleur terme mais qui reste à la croisée des genres.

Résumé: 1978. Une pluie incessante, quelque part sur la côte Ouest de la Nouvelle-Zélande. Des enfants endormis à l’arrière d’une voiture. Le drame semble inévitable. A peine arrivée sur le continent, la famille Chamberlain, fraîchement débarquée d’Angleterre, disparaît dans la nuit.

2010. Suzanne reçoit un appel du bout du monde. Les ossements de l’un de ses neveux ont été retrouvés. Etrange : il aurait vécu plusieurs années après sa disparition. Mais où? Comment ? Et qu’en est-il de ses proches ? Un roman sombre et puissant.

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 328 pages
  • ISBN-10 : 2815939363
  • ISBN-13 : 978-2815939362
  • Poids de l’article : 390 g

Vita Nostra de Marina et Serge Diatchenko, c’est à n’y rien comprendre

Lost in education

Vita nostra est un ouvrage qui m’est parvenue auréolé d’une réputation de lecture déstabilisante et largement relayé sur les blogs et les réseaux sociaux, ce livre promettait une lecture loin des carcans habituels de la littérature jeunesse. L’ouvrage tient-il toutes ses promesses ? Pas complètement et nous allons voir pourquoi.

L’ouvrage promet d’emmener le lecteur aventureux loin des chemins balisés de la littérature fantastique qui cible les adolescents. Une sorte de Harry Potter à rebrousse poil. La quatrième de couverture ne ment pas, les questions sans réponses ne cesseront d’agiter l’esprit du lecteur et les horizons de lectures n’en sont que plus troublés. Sauf que très vite une inquiétude s’empara de moi une fois dépassé la centième page et l’intrigue plus ou moins posée. Une inquiétude qui ne fit que se confirmer au fil des pages, le récit avait beau être fort original dans sa manière de raconter son intrigue, il n’en restait pas moins que le tout manquait de profondeur.

Le récit n’a en fait d’original que la manière absconse de contextualiser son univers. L’institut des technologies spéciales et l’enseignement que l’on y prodigue sont mystérieux et incompréhensible uniquement parce que le duo d’auteurs laissent planer un voile de doute dessus. Un voile qui finit vite par paraître artificiel tant le mystère insoluble de cet institut est censé être la clé de voûte du récit. J’ai surtout eu l’impression que les auteurs chercher à tout prix à broder autour d’un mystère très mystérieux mais vite redondant. Du mystère, des questions sans réponses, oui mais à condition qu’il y ait des enjeux qui se mettent en place aussi derrière. Hors là toute l’intrigue tourne autour de cet enseignement incompréhensible et des tourments qu’il provoque sur les élèves. Niveau enjeux dramatiques on a déjà vu plus haletants.

En ce qui concerne les personnages, la brave Sacha occupe quasiment tout l’espace. Quelques camarades de chambré et un ou deux prétendants tentent bien d’exister au travers des mésaventures de cette pauvre Sacha sans jamais acquérir l’épaisseur nécessaire pour faire d’eux des personnages mémorables. À tel point que les auteurs nous feront assister trois fois à l’appel des élèves en début de cours pour bien que l’on se souvienne qu’ils sont toujours là. C’est pas du tout rébarbatif. S’identifier à Sacha est en revanche assez aisée car, tout comme le lecteur, elle est complètement paumée. Elle n’est pas antipathique comme personnage c’est juste qu’elle passe la moitié du récit à être une boule de nerfs au bord des larmes et le dernier tiers à faire montre de ses capacités qu’elle contrôle à peine.

Et c’est en cela que le livre m’a vraiment déçu, entre autres car la plume à quatre mains m’a aussi posé problème mais on y reviendra, l’originalité tant vantée par l’ouvrage ne se vérifie pas dans sa construction du personnage principal. Son cheminement en tant que jeune élève livré à un monde inconnu est le même que celui des centaines d’autres personnages du même acabit. D’abord désemparée face à ce que l’on exige d’elle, elle parvient finalement à se surpasser et à répondre aux attentes de son entourage. C’est un développement de personnage de littérature jeunesse vu et revu, sauf que là on n’a en plein brouillard quant à la finalité de tout ce grand mystère. Sacha aurait pu être un personnage vraiment original mais en l’état elle n’est qu’un ersatz de plus d’Harry Potter et consort.

Ce genre de récit nécessite une plume ravissante et poétique afin d’offrir un enchantement au lecteur qui agira tel un contrepoids d’une narration volontairement obscure. Or si la plume n’a rien de honteuse, elle n’est pas pour autant parvenue à m’emporter. La faute à un style parfois sec, purement factuel, puis soudainement onirique mais brouillon et qui manque de direction. Le défaut d’écrire en duo sans doute. Je ne peux pas définitivement enterrer l’ouvrage sans évoquer un aspect positif de ma lecture, alors je dirais que malgré son récit inutilement abscons et qui tire en longueur il se lit vite grâce à ses chapitres courts.

Vita nostra me fait penser à ce beau brun ténébreux qui ne cesse de vous intriguer mais qui, une fois aborder et amadouer, se révèle creux et quelque peu vain. Une lecture loin d’être fastidieuse, le livre ne me tombait pas des mains, mais qui se révèle lassante tant elle n’a pas grand chose à dire.

Résumé: Vita nostra brevis est, brevi finietur…

« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?

A-t-on affaire, avec Vita nostra, à un roman d’initiation à la magie ? Oui et non.
On évoque irrésistiblement la saga d’Harry Potter et plus encore Les Magiciens de Lev Grossman.
Mêmes jeunes esprits en formation, même apprentissage semé d’obstacles. Mais c’est sur une autre terre et dans une autre culture, slaves celles-là, que reposent les fondations d’un livre qui nous rappellera que le Verbe se veut à l’origine du monde.

  • ASIN : B07Q8Q7BHY
  • Éditeur : L’ Atalante Editions (24 octobre 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 525 pages
  • ISBN-13 : 979-1036000195
  • Poids de l’article : 640 g
  • Dimensions : 15 x 4 x 20 cm

La chose de John W. Campbell, parfois la taille ça compte

Une chronique assez courte aujourd’hui pour un ouvrage assez court, 119 pages d’un récit acéré mais pas complètement convaincant. Il s’agit de ma première incursion dans la collection une heure lumière des éditions le Bélial’. Une collection qui met en avant des nouvelles ou des novellas signées par les plus grands auteurs de la science-fiction. Ici il s’agit du célèbre récit ayant été adapté par John Carpenter en 1982.

Les images de ce chef-d’œuvre du fantastique restent imprégnées en tête et représentent une première difficulté lors de la lecture. Difficile de séparer l’adaptation du récit original. Les scènes du film ne cessaient de parasiter ma lecture et m’empêchaient de me plonger sereinement dans la lecture.

La seconde difficulté tient au format du récit en lui-même, à peine plus de 100 pages pour raconter la lutte d’un groupe de chercheurs, piégés dans le grand désert de glace, contre une créature redoutable venue d’ailleurs c’est un peu court. Les personnages sont à peine esquissés et la tension n’a pas le temps de s’installer que déjà le récit s’emballe. La narration s’en retrouve hachée, avec parfois des ellipses brutales et des réactions abruptes des personnages. Je sais qu’il faut remettre l’œuvre dans son contexte, que les conditions de publications n’étaient pas les mêmes et que l’auteur a maintes fois remanié son texte qui était plus long à l’origine mais il n’en reste pas moins qu’il m’ait apparu difficile d’apprécier le récit en l’état.

J’ai quand même trouvé des éléments plaisants, toutes les explications et théories scientifiques pour tenter de saisir la nature de la chose et sa biologie infernale sont particulièrement délicieuses à suivre et le combat final dans le repaire du monstre est une leçon de maîtrise sur quelques pages à peine. Quelques pages qui donnent à voir le récit auquel on aurait pu avoir accès si l’auteur n’en avait pas décidé autrement.

Un chef-d’œuvre de la science-fiction et du fantastique, un récit qui marquera peut-être plus ceux qui n’ont pas vu la brillante adaptation de Carpenter, leur imagination vierge de toute image de la terreur arctique se laissera peut-être plus facilement emporter par cette nouvelle pas assez consistante à mon goût.

Résumé: En Antarctique, quelque part. Enfoui sous la glace, aux abords d’un artefact aux allures de vaisseau spatial, des scientifiques découvrent un corps congelé gisant là, sans doute, depuis des millions d’années. Un corps résolument inhumain. Résolument autre. Le choix est alors fait de ramener la stupéfiante découverte à la station pour étude. Doucement, la gangue de glace autour de la créature commence à fondre, libérant peu à peu cette totale étrangeté à l’aspect terrifiant. Et les questions de traverser l’équipe de chercheurs : qu’est-ce que cette chose ? Comment est-elle arrivée là ? Et après tout, est-elle seulement morte ? N’ont-ils pas mis au jour la plus épouvantable des abominations, une horreur proprement cosmique ? Récit haletant paru en 1938, proposé ici dans une nouvelle traduction, La Chose est un immense classique de la science-fiction mondiale. Porté à l’écran à trois reprises, ce court roman pose les bases du récit de SF horrifique.

  • Éditeur : BELIAL (5 novembre 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 130 pages
  • ISBN-10 : 2843449707
  • ISBN-13 : 978-2843449703
  • Poids de l’article : 130 g
  • Dimensions : 12.1 x 1 x 17.7 cm