Les loups à leur porte de Jérémy Fel, un long cauchemar

Encore une quatrième de couverture mensongère ? Projet trop ambitieux ? Le fait que ce premier roman de Jérémy Fel est loin de tenir toutes ses promesses et nous allons voir pourquoi.

Cela commençait plutôt bien, l’auteur instaure dès les premières pages une ambiance glauque d’où suinte une angoisse sourde. Un premier chapitre qui fait office de prologue et pose l’ambiance de ce roman noir sans concessions. Avec sa plume franche et directe, l’auteur ne nous épargne rien sur les événements de son récit. Le sort frappe aussi bien les innocents que les coupables. Si d’aventure l’envie vous prend de vous lancer dans cette lecture soyez prévenu que certains chapitres sont insoutenables en matière d’ambiance sordide et de détails glauques, notamment celui consacré à l’infortuné Benjamin. Pour ceux que ce genre de récit n’effraie pas la lecture risque de vous rebuter mais pour d’autres raisons.

En effet l’éditeur nous un promis un puzzle narratif où les personnages se croisent et partagent un secret. Hors s’il y a bien de vague rapport entre les différents protagonistes ils sont parfois si ténus qu’il est difficile de saisir leur importance dans le récit. Leur arc narratif ne s’imbrique que rarement les uns aux autres à part pour quelques-uns d’entre eux, comme Walter et Mary Beth dont l’arc narratif bâtit sur la vengeance se font échos. Du grand puzzle narratif promis il ne reste qu’un récit à la narration assez linéaire où l’on suit des personnages des deux côtés de l’océan Atlantique en attendant vainement que leurs histoires se rejoignent. Ce manque de consistance dans la narration entraîne un effet pervers qui rend difficile la lecture de l’ouvrage au fur et à mesure que l’on avance dans le récit.

En effet la plupart des chapitres commençant par la présentation d’un personnage, j’ai eu l’impression de lire une nouvelle différente plutôt qu’un ouvrage cohérent. Mis à part ceux qui mettent en scène le triangle infernal Walter/ Mary Beth et Scott, chaque chapitre nous présente un nouveau personnage, pas forcément toujours très intéressant. Il faut donc se familiariser avec ce personnage, son entourage et son histoire sans que jamais une trame globale les reliant tous les uns aux autres n’apparaisse. Un processus qui se révèle lassant à la longue.

Enfin une dernière chose m’a quelque peu lassé lors de ma lecture. C’est l’accumulation de scène de cauchemar. Ce pauvre Damien en fait au moins trois dans le chapitre qui lui est consacré, pour autant que je m’en souvienne, et ne comptez pas sur moi pour aller vérifier. Ces scènes apparaissent plus comme un tic narratif destiné à remplir les pages du livre que comme un réel apport à une ambiance qui n’en avait de toute façon pas besoin.

En refermant l’ultime page de ce roman, j’ai eu peur d’être passé à côté du propos de l’auteur, d’avoir loupé la signification de son récit et puis je me suis rappelé que certains auteurs apprécient de complexifier leurs œuvres inutilement. C’est dommage d’autant plus que la plume de l’auteur n’est pas désagréable à suivre et l’atmosphère qui se dégage de son récit suffirait à écrire un ouvrage convaincant sans verser dans le trop plein intellectuel.

Résumé: Une maison qui brûle à l’horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu’il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un« diner» perdu en plein milieu de l’Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu’elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu’est-ce ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret inavoué les lie ? Jérémy Fel nous livre ici un grand puzzle feuilletonesque à l’atmosphère énigmatique et troublante entre «Twin Peaks», Stephen King et Joyce Carol Oates. Un premier roman magistral qui mène, de rebondissement en rebondissement, à explorer le mal sous toutes ses facettes.

  • Éditeur : Rivages (5 octobre 2016)
  • Langue : : Français
  • Broché : 410 pages
  • ISBN-10 : 2743637897
  • ISBN-13 : 978-2743637897
  • Poids de l’article : 200 g
  • Dimensions : 11.1 x 2 x 16.9 cm

L’autre côté saison 1 sur netflix, comment tourner en rond le long des miradors

Oh un univers dystopique ça ça me plaît. Il n’a pas fallu plus que ces deux mots pour que je me plonge dans cette série espagnole dont l’intégralité de la saison 1 est disponible sur netflix. Pourtant la série à très vite su me désenchanter tant cette saison se perd dans des tics scénaristiques répétitifs et un discours social navrant.

La répétition est en effet un concept maîtrisé sur le bout des doigts par les scénaristes de la série. Dès l’épisode 5 on sent poindre un schéma qui va crescendo à mesure que l’on approche de la fin des 13 épisodes de 50 minutes en moyenne. Emilia et sa famille se heurtent au secret du gouvernement, ils essayent de contrecarrer leurs plans, ils échouent, ils parviennent à fuir les forces de l’odre grâce à des facilités scénaristiques qui prêtent à sourire avant de se retrouver en famille et de se faire un gros câlin parce que, quand même, ils l’ont échappé belle, le tout pendant que l’insupportable Begoña, l’idiote utile du gouvernement, les espionne.

C’est pas la joie en Espagne en 2045

La série aurait-elle éviter ce surplace narratif si elle avait été plus courte? Sans doute car 13 épisodes c’est long, trop long pour ne pas remarquer les failles d’un scénario qui, une fois passait le deuxième épisode n’a plus rien à raconter. L’univers dystopique de cette Madrid en lambeaux n’est pas suffisamment étayé pour être intéressant. Les crises énergétiques auxquelles l’Espagne a dû faire face ? Elles seront à peine évoquées. Le terrible virus qui a entraîné la société dans ce cauchemar répressif ? On s’en servira de ressort scénaristique sans jamais le développer plus que ça. La série préfère se concentrer sur un grand mystère mystérieux que n’importe qui percera dès le deuxième épisode et sur une lutte des classes aux discours qui rasent les pâquerettes.

Laissez venir à moi les titis nenfants

Le manichéisme de la série est un autre point gênant du récit. Comprenez par là que vous n’aurez aucun mal à déterminer qui est le méchant dans l’histoire, je vous aide ils sont habillés comme des nazis. Les policiers sont donc des molosses cruels assoiffés de sang et de violences tandis que les membres du gouvernement ne pensent qu’à sauver leurs peaux. En face la population se débat dans la crasse et la misère au milieu des délateurs, des checkpoints et des descentes de police. Un tableau anxiogène qui se voudrait un miroir de notre société actuelle mais sans nuances alors que la réalité n’est faite que de ça, de nuances de gris qui composent un monde complexe qui mérite mieux que le discours affligeant que dégoisent les pseudos révolutionnaires de cette dystopie peu convaincante.

OK on s’excuse pour le groupe Las Ketchup ça vous va ?

Arrivée au terme de cette première saison la série rejoint le cimetière déjà bien rempli des séries au potentiel indéniable mais qui ne parviennent pas à concrétiser leur promesse. Une série qui pêche par un scénario redondant et un discours complètement creux.

Synopsis: En 2045, l’Espagne, comme le reste du monde occidental, a été poussée vers un régime dictatorial à cause du manque de ressources naturelles. La vie à la campagne est impossible, et en ville, une barrière divise les plus puissants des autres.

Depuis 2020 / 50min / Drame, Science fiction
Titre original : La Valla

Nationalité Espagne

La police des fleurs, des arbres et des forêts de Romain Puértolas, quand l’auteur troll ses lecteurs

Lors de ma lecture j’avais comme idée de sous-titrée la chronique un joli conte campagnard puis j’ai achevé ma lecture et j’ai dû revoir mes plans.

Le récit prend une forme délaissée depuis fort longtemps par la littérature, policière ou pas, et qu’il est bon de retrouver tout au long de l’ouvrage. C’est en effet sous forme de récit épistolaire que l’auteur a choisi de nous narrer cette enquête sur le meurtre du pauvre Joël. Une narration extrêmement plaisante, légère, renforcée par une plume piquante qui distille ça et là quelques doses d’humour. Romain Puértolas est avant tout un conteur ne vous attendez pas à retrouver de grands effets de style dans sa manière de raconter ses histoires. Il instaure un ton volontairement naïf proche du conte édulcoré inoffensif que l’on raconte aux enfants sauf que dans ce conte il y a un corps démembré, un meurtrier en liberté et une enquête à mener.

Sous ses airs de récit léger l’auteur en profite pour égratigner un peu le capitalisme à travers le personnage du maire prêt à tout pour sauvegarder son entreprise de confitures. Une critique qui reste en surface mais qui a le mérite d’accorder un côté piquant à une intrigue somme toute très linéaire. L’empilement de clichés sur la campagne m’a quelque peu lassé, c’est un ressort scénaristique essentiel mais un trop appuyé pour ne pas devenir irritant. Le titre laisse espérer une plongée dans une flore bucolique des plus charmantes mais se limite au final à une fleur rare et un champ d’herbes rouge unique au monde, c’est un peu maigre et reflète le manque d’ambition de l’ouvrage qui n’a d’autre vocation que d’offrir un agréable moment de lecture ainsi qu’un twist final agaçant.

Un final fumeux qui se laisse deviner dans les ultimes pages avant la grande révélation. Un final qui se repose trop sur ses fameux clichés sur la campagne et la différence entre la ville et la province reculée pour être convaincant. Un final un peu maigre surtout lorsqu’on le compare à celui, bien plus convaincant d’un autre ouvrage de l’auteur, précédemment chroniqué sur le blog, à savoir tout un été sans Facebook.

Cette police des fleurs m’a fait penser à un magnifique paquet, la plume légère mais maîtriser de l’auteur étant l’emballage et la narration épistolaire le nœud entourant l’ensemble. Malheureusement une fois l’emballage déchiré et le paquet ouvert l’intérieur s’est relevé pauvre en contenue et en intérêt.

Résumé: Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

  • Éditeur : Albin Michel (2 octobre 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 352 pages
  • ISBN-10 : 2226442995
  • ISBN-13 : 978-2226442994
  • Poids de l’article : 420 g
  • Dimensions : 20.5 x 2.7 x 14 cm

Quinquennat de Marc Dugain, et au milieu coule une névrose

Marc Dugain poursuit dans ce second volet son exploration du milieu politique français dans une intrigue toujours aussi tortueuse. Son talent d’écrivain lui permet de mêler portrait psychologique raffiné, dialogues piquant et savoureux et complots politiques lourd et amer. Un mets de choix que ce quinquennat que nous allons détailler point par point.

La force de Marc Dugain est de nous relater la vie politique de notre pays de manière extrêmement réaliste tout en gardant une certaine distance avec la situation sidérante qu’il décrit pages après pages. L’auteur se garde de tout cynisme et parvient à conserver une certaine hauteur par rapport à son intrigue. Les faits qu’ils relatent amènent à perdre le peu d’espoir qu’il pourrait nous rester en la politique française mais sa plume aérienne agit comme un baume qui apaise lors de la lecture. Des mots salvateurs sur les plaies béantes qu’il dénonce.

L’auteur évite le piège du manichéisme en prenant le temps de dresser le portrait d’hommes et de femmes atteint de névroses qui les vrillent jusqu’à la moelle. Là où le premier tome insistait sur la soif de pouvoir qui les animait, ce second opus place les névroses non diagnostiquées au centre des portraits de ces monstres d’egos. Le lecteur a la chance d’assister à quelque chose qui arrive rarement dans la vie réelle, la mise à nu de ces hommes politiques. Les masques tombent et le néant abyssal qui constitue leurs essences est révélé. Incapable d’aimer, traumatisés par des angoisses ancrées dans leurs subconscient, effrayés par les ténèbres enfouis à la surface de leurs âmes ils ne se rendent même pas compte du mal qu’ils font autour d’eux, à leurs proches mais aussi au peuple français. On aurait presque envie de les plaindre. Si Launay apparaît quelque peu conscient de sa froideur il n’en tire cependant aucune leçon et se révèle un prédateur redoutable. Tandis qu’en face Lubiak, prisonnier d’un stéréotype d’enfant gâté qui ne sait quoi faire de ses jouets, paraît bien incapable de résister longtemps aux mâchoires féroces du président malgré sa fougue et son sens des affaires.

Les dialogues sont l’occasion pour l’auteur d’égayer un récit qui pourrait paraître assez froid. Émaillés de pirouettes, de double sens, ces dialogues servent autant à dissimuler la vérité qu’à la dire. On ne se parle pas dans quinquennat, on s’invective, on s’agresse, on se menace, on s’explique sans jamais se comprendre. Durant ces dialogues c’est le jeu des faux-semblants, une comédie humaine sans la noblesse des actes, qui s’effectue sous les yeux du lecteur qui n’en ait plus à une infamie près. Durant la lecture les dialogues sont le sel qui va agrémenter ce plat déjà savoureux.

Mais quinquennat c’est aussi une guerre politique, une guerre d’ego. L’auteur a tissé une intrigue labyrinthique au ramifications innombrables. La simplicité avec laquelle il relate les malversations de ces puissants si puissants qu’ils ne voient même plus le monde réel permet de ne jamais perdre pied dans un monde qui reste inconnue de la plupart d’entre nous. Malheureusement ce second volume souffre d’un surplace narratif qui n’aide pas à s’accaparer pleinement ses intrigues d’alcôves alors que dans le même temps certains personnages sont victimes de redondances dans lesquelles stagnent leurs intrigues personnelles. Quinquennat se révèle être un tome de transition à la temporalité assez trouble mais à la narration tellement fluide que l’on ne se rend compte de rien.

Les qualités que l’on retrouvait déjà dans le premier opus se confirment dans ce second volume malgré un statut de tome transitoire. L’assiette de haute gastronomie proposait par Marc Dugain se révèle suffisamment goûteuse et épicée pour passer outre ce léger défaut. En espérant que le troisième et dernier volume saura apporter une conclusion satisfaisante à cette trilogie sur un mal ordinaire.

Résumé: Favori à l’élection présidentielle, Launay a scellé pendant la campagne un pacte avec son plus farouche adversaire, Lubiak, issu du même parti que lui. Mais Launay rêve de s’inscrire dans la postérité. Il change la donne en soumettant au référendum une nouvelle constitution. Une lutte à mort débute entre les deux hommes. Les alliances de circonstance se renversent, et les rivalités entre services de renseignement s’intensifient. Marc Dugain poursuit son investigation des arcanes du pouvoir et nous livre une réflexion sur les grands de ce monde, là où les raisons de la lutte n’importent plus et où l’élimination de l’autre devient un objectif en soi. Le deuxième tome très attendu de la Trilogie de L’emprise, qui peut se lire indépendamment du premier.

  • ASIN : 2070468836
  • Éditeur : Folio (17 mars 2016)
  • Langue : : Français
  • Poche : 352 pages
  • ISBN-10 : 9782070468836
  • ISBN-13 : 978-2070468836
  • Poids de l’article : 200 g
  • Dimensions : 11.2 x 1.5 x 18 cm

Douve de Victor Guilbert, une bille et des hommes

Un flic hanté par ses origines, un meurtre sanglant, un coupable idéal et enfin ce village maudit, caché par la forêt, rejeté du monde. Tous les ingrédients semblent réunis pour offrir aux lecteurs friands de nouveaux mystères un bon polar. Malheureusement les promesses sont loin d’être tenues.

Le personnage principal est attachant, il faut au moins reconnaître ça à l’auteur il a réussi à dresser le portrait d’un jeune flic attachant. Hugo Boloren est perspicace, un peu gauche, son passif et la maladie de sa mère amène suffisamment de pathos pour que l’on se prenne d’affection pour lui sans pourtant en faire des tonnes. Son personnage est un cocktail réussi d’autres personnages de flics. On ressent une empathie immédiate pour lui et sa quête d’origine chargée de combler un manque dans sa vie. Les cent premières pages sont réussies et nous embarquent efficacement vers ce voyage au bout du monde.

Malheureusement le conte de fées s’arrête là. Les cent pages suivantes font preuve d’un manque de souffle et de densité criant d’ennuis. Hugo interroge mollement un habitant du village qui élude ses questions, lis trois pages et demie du livre de sa mère, se fait passer à tabac, va boire un coup au seul bar du coin pour s’en remettre, interroge encore les habitants qui ont l’air de le prendre autant au sérieux que s’il était Casimir, se refait passer à tabac…et durant tout ce temps le mystère enveloppant le village ne gagne pas en profondeur. Douve est un village maudit et c’est tout, l’auteur ne va pas développer son histoire plus loin, à part pour expliquer pourquoi il ne s’y passe rien. Les quelques formules littéraires du style ”village qui a la guigne” ou ”c’est quitte ou Douve” ne suffisent pas à donner de l’ampleur à cette intrigue qui stagne gentiment.

Les cent dernières pages sonnent l’heure du dénouement. Un dénouement avec des révélations en cascade mais désolé pour l’auteur et le travail qu’il a dû effectuer pour construire son intrigue mais beaucoup de choses m’ont profondément gêné dans ce final. Tout d’abord, c’est peut-être entièrement dû à mon expérience de lecteur mais il y avait déjà un petit moment que ma bille personnelle, ainsi que le personnage principal nomme son instinct d’enquêteur, était tombée et avait percuté le cerveau. Ce qui fait que l’une des révélations n’en n’était pas une pour moi. Ensuite le fameux pourquoi du comment…alors comment dire j’ai lu ce passage dans les transports en commun…je n’ai pas pu me retenir de rire, pas trop fort pour éviter que l’on me regarde de travers mais mine de rien j’avais quand même du mal à me retenir. La raison de tout cela paraît fortement improbable pour ne pas dire un autre mot.

Enfin l’auteur ne résiste pas à l’envie de nous asséner une ultime révélation, qui en soi n’a rien de honteuse, mais qui aurait pu être utilisée beaucoup plus tôt dans l’intrigue. Cela aurait permis d’accorder un peu d’âme et de cœur à ce village et ses habitants qui en manquent cruellement et aurait pu éclairer les événements du passé d’un regard plus accommodant. Mais en l’état l’auteur s’en sert uniquement de ressort scénaristique pour tenter de maintenir l’attention du lecteur pour quelques pages supplémentaires, dommage.

Je passe sur les nombreuses incohérences qui parsèment le récit et préfère conclure la chronique sur cet amer constat; Il y avait un bon potentiel mais les choix de narration ont tout gâché.

Résumé:  » Le gamin a Douve dans les veines. »
Cette phrase, prononcée par son père quand il n’était encore qu’un enfant, l’inspecteur Hugo Boloren ne l’a jamais oubliée. Alors quand il apprend qu’un meurtre a eu lieu à Douve, il y voit un signe. Son père est mort, l’Alzheimer a dilué les souvenirs de sa mère ; c’est sa dernière chance de comprendre en quoi ce village perdu au milieu d’une forêt de sapins lui coule dans les veines.
Tout ce qu’il sait, c’est que son père, policier lui aussi, a été envoyé à Douve il y a quarante ans pour enquêter sur la fuite médiatisée d’un Islandais accusé de meurtre, et que sa mère, journaliste, l’a accompagné pour écrire un livre sur l’affaire.
Que s’est-il passé là-bas et pourquoi ont-ils toujours refusé d’en parler ?
Armé du livre écrit par sa mère, Hugo Boloren va plonger dans ce village peuplé d’habitants étranges, tous unis par un mystère qui semble les hanter. Au fil de son enquête, une question va bientôt s’imposer : et si le meurtre qui a récemment secoué le village était lié au séjour de ses parents, quarante ans plus tôt ?

  • Éditeur : Hugo Roman (7 janvier 2021)
  • Langue : : Français
  • Broché : 298 pages
  • ISBN-10 : 2755685832
  • ISBN-13 : 978-2755685831
  • Poids de l’article : 358 g
  • Dimensions : 14 x 2.9 x 21 cm

C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du blanc de Lilian Bathelot

Un court récit non dénué de substances, un roman de science-fiction qui va droit à l’essentiel, une fable percutante sur la déshumanisation et la place de la technologie dans nos vies. Ce roman est tout cela à la fois et le tout sur un format peu épais.

Le récit est avant tout construit comme une course contre la montre, les chapitres alternent entre la chasseuse Kisimiipunga et l’équipe des services secrets chargés d’une mission à haut risque. Les chapitres consacrés à la jeune inuite qui tente d’achever le rite ancestral de son peuple ont eu ma préférence. Plus intimiste et baignant dans un champ lexical qui allie la beauté de la banquise à la survie en milieu hostile. Les chapitres mettant en scène l’équipe d’intervention sont plus techniques, plus froids aussi malgré les dissensions incarnées par les deux commandants. Le monde qu’il représente est aussi moins développé et donc plus nébuleux. La narration est extrêmement rythmée et pose rapidement les enjeux qui ont cours tout au long de l’ouvrage.

Si l’auteur parvient rapidement à nous plonger dans son intrigue il manque cependant un élément lors du dénouement pour transcender un peu cette quête de liberté. Un surplus qui ferait dire au lecteur qu’il tient entre les mains un excellent ouvrage de science-fiction. Je ne parle pas forcément d’un twist renversant mais plutôt d’un passage marquant, d’une scène mémorable qui s’imprimerait dans l’imagination du lecteur. De plus si l’auteur parvient à rendre son héroïne attachante on reste assez froid devant la peine qui l’accable étant donné que l’objet de son chagrin est resté extérieur au récit et n’a même pas droit à un seul chapitre pour exister.

Il n’en reste pas moins que l’auteur parvient à développer un propos intéressant sur la place de plus en plus importante de la technologie dans notre société. Son récit reste très positif sur le devenir de l’humanité. La globalisation technologique n’efface pas les différences, au contraire celles-ci s’expriment encore plus fort et se débattent avec toute l’énergie du désespoir pour survivre. Sans trop dévoiler l’intrigue il est intéressant également d’assister à la libération d’un peuple grâce à la technologie tandis que de l’autre un soldat acquis à la cause de l’autorité se voit redevenir humain là aussi grâce à la technologie. Le message de l’auteur est clair la technologie ne signera pas notre perte, elle n’est qu’un outil à notre service, seul l’homme est responsable de ses tourments.

Un récit court qui prend quand même le temps de délivrer un message optimiste dans une narration rythmé et haletante. Il manque peut-être juste un éclat narratif fort pour finir de le rendre mémorable.

Résumé: 2089, dans une société hypertechnologique, tous les habitants de la planète sont reliés au réseau de surveillance de leur zone gouvernementale. Les territoires inuits, pourtant, ne suivent pas la règle commune ; là, pas de surveillance, une certaine liberté et de grands espaces sauvages où l’on peut retrouver la nature et des gestes ataviques. Les gouvernements planétaires tentent désespérément de trouver une parade à cette indépendance qui a, semble-t-il, fort à voir avec les narvals, et leur sonar si particulier. La jeune chercheuse inuit Kisimiippunga vient de terminer le rite ancestral de la Première Chasse. Alors qu’elle est seule au milieu de nulle part, elle voit surgir un traîneau sur lequel elle découvre un Européen blessé. Qui est-il et que vient-il faire ici ?

  • Éditeur : Pocket (19 novembre 2020)
  • Langue : : Français
  • Poche : 256 pages
  • ISBN-10 : 2266307452
  • ISBN-13 : 978-2266307451
  • Poids de l’article : 130 g
  • Dimensions : 10.8 x 1.1 x 17.8 cm

Qaanaaq de Mo Malø, premiers pas maladroits sur la banquise

Ah cher capitaine Adriensen je me faisais une joie de découvrir le premier volume de vos enquêtes. Il me semble avoir, à de nombreuses reprises, fait part de ma passion pour le froid, les étendues enneigées et la poésie désespérée qui s’en dégage. Alors lorsqu’un auteur nous embarque dans l’un des derniers bastions de l’hiver éternel je ne peux décemment pas résister.

Et pourtant encore une fois, comme avec nombre d’autres auteurs qui placent leurs intrigues sous le signe de l’aurore boréale, je suis resté à quai. Est-ce le fait que derrière le pseudonyme se cache un auteur français, à savoir Frédéric Mars ? La réponse me paraît plus complexe que ça.

Je dois d’abord vous avouer quelque chose Qaanaaq rarement dans mon existence de lecteur je n’ai autant eu envie de frapper le personnage principal si tôt dans l’aventure. Arrivé à la quarantième page du livre l’auteur a tout fait pour faire de vous une tête à claques insupportable de cynisme et de condescendance. Cela s’arrange un peu par la suite mais la désagréable impression de suivre un personnage antipathique ne m’a jamais vraiment quitté. La démarche de l’auteur était sûrement de mettre en scène un personnage déraciné, un peu bourru et arraché à son quotidien, qui va devoir faire face à son passé et sa terre natale. Le résultat n’a malheureusement pas fonctionné sur moi.

Ensuite Qaanaaq il ya l’intrigue, il va falloir en parler de ça aussi. Ou plutôt les intrigues puisque l’auteur a tenu à intégrer la révélation de tes origines dans ton enquête. Il y a plusieurs choses qui me gênent dans cette intrigue. Tout d’abord les deux interludes, en plus se ne servir à rien dans la narration ils gâchent grossièrement les révélations que l’on finit par ne plus attendre car tout paraît prévisible et attendu. En ce qui concerne l’enquête principale j’ai trouvé son déroulement cohérent, là aussi rien de bien surprenant mais on se laisse porter par cette plongée dans une société groenlandaise écartelée entre préservations des traditions et course à la modernité. Malheureusement en plein milieu du récit l’auteur decide de vous écarter de l’intrigue principale, mon cher Qaanaaq, est vous expédie à l’autre bout du pays, c’est dommage je commençais à vous apprécier dans vos oripeaux d’inspecteurs. Dans le même temps il met en scène une intrigue maladroite et poussive entre deux personnages secondaires qui va amener le lecteur à connaître les dessous de l’affaire qui vous occupe alors que vous-même vous serez encore en train de patauger dans la neige du village oublié de vous partager le patronyme. Vous me pardonnerez d’être sorti de l’histoire à ce moment-là et d’avoir gentiment baillé en attendant la fin, que j’ai trouvé longue à venir.

Il reste le style, la plume de l’auteur alors pour vous faire apprécier le voyage me direz-vous. Et bien je vais encore vous décevoir mon pauvre enquêteur danois mais jamais à aucun moment je n’ai eu l’impression d’être à vos côtés, de parcourir les rues de Nuuk, d’entendre craquer la neige sous mes pas ou d’avoir eu envie de relever mon col pour me protéger du froid. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être particulièrement exigeant mais le fait est que la plume de l’auteur qui vous met en scène m’a plusieurs fois fait sortir du récit comme si les vents polaires me rejetaient loin de cette histoire.

Et voilà déjà venus le temps de nous dire adieu Qaanaaq, vous n’êtes pas un si mauvais bougre au final et je pense même que sous la plume d’un autre auteur on aurait pu s’entendre mais étant donné la déception finale qu’est notre rencontre je crois que l’on va devoir se dire adieux. Le tumulte du quotidien et la profusion d’oeuvres, littéraires ou autres, qui se trouvent à ma portée me font sérieusement douter que l’on se retrouve un jour vous et moi.

Résumé: Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecoeur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?
Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

  • Éditeur : La Martinière (31 mai 2018)
  • Langue : : Français
  • Broché : 496 pages
  • ISBN-10 : 2732486302
  • ISBN-13 : 978-2732486307

Lettre à l’année 2020

Chère année 2020

Non inutile de te mettre sur la défensive, je ne vais pas m’en prendre à toi, j’ai cédé à la tentation, j’avoue, comme beaucoup de monde, bon sang même netflix a produit un documentaire dont tu es le principal sujet intitulé Mort à 2020, de te traiter d’année merdique, tout en sachant au plus profond de moi que tu n’y aies pour rien. Rassures-toi je ne suis pas venu vers toi aujourd’hui dans ce but, alors desserre-moi ces poings et mouche toi un peu, ce n’est pas parce que tu as été désigné bouc émissaire que tu ne dois pas être présentable.

Car oui vois-tu 2020 tu n’es rien d’autre qu’un bouc émissaire. Une pauvre bête que l’humanité tout entière à décider de charger de tous ses malheurs et de ses peurs. La peur parlons-en justement, certains vont te certifier que tu es l’année de la bêtise, que durant ton règne de douze mois on va vu fleurir théories du complot, vidéos conspirationnistes et des millions de tweets aux propos fumeux, oubliant par-là même que cette course au complot s’est intensifiée ces dernières années avec l’explosion des réseaux sociaux et la défiance grandissante envers les institutions. Alors non la bêtise, qui n’est qu’un symptôme, n’est pas selon moi ce qui caractérise le mieux ton règne, 2020. Non c’est la peur.

Une peur qui a toujours fait partie de l’essence de l’humanité, une peur qui guide nos avancées technologiques et que l’on a soif de tarir. On se regroupe en société parce qu’une meute est plus puissante qu’un individu isolé, on construit des remparts parce que l’on a peur des envahisseurs, on cherche l’âme sœur parce que l’on a peur de finir seul. La peur de l’avenir imprègne nos sociétés névrosées. Chacun d’entre nous porte en lui ses propres craintes que ce soit la solitude, la précarité, la vieillesse, le réchauffement climatique, la déliquescence des infrastructures ou encore la peur la plus instinctive, la plus reptilienne, la peur de l’autre. Les deux dernières décennies ont vu émerger une culture de la terreur qui a débuté avec le 11 septembre et qui culmine avec cette crise sanitaire face à laquelle on s’est retrouvé désemparée. Alors l’humanité s’est réfugié là où elle pouvait et face à la désintégration de son mode de vie elle s’est retrouvé face à ses peurs les plus primitives.

D’où cette flambé de haine, de méfiance et de théories toute plus fumeuses les unes que les autres qui ont enflammés la toile. La voie des scientifiques, des experts qui nous avaient avertis en publiant des essais sur la menace virale que personne n’a lus, ont été assourdis par les hurlements de la meute de citoyens effrayés par l’effondrement de leurs quotidiens autrefois bien réglés. Et je sais que tu t’en étonnes 2020 mais tu as fais connaissance avec l’humanité il y a douze mois à peine, ne le prends pas mal mais j’ai un peu plus d’expérience. Cette réaction de repli sur soi est compréhensible, stérile et contre-productive sur le long terme, mais compréhensible. Encore une fois c’est la peur qui guide les réactions de tous ces pauvres occidentaux qui tweetent sur les antennes 5g tout en dévalisant le rayon féculent de leur supermarché.

2020 ma pauvre année, cela va peut-être te surprendre, toi dont l’espérance de vie t’incite à une certaine humilité mais il faut nous comprendre. Nous pauvres occidentaux qui nous pensions si puissants, si modernes, si invulnérables. En l’espace de quelques mois on s’est rendu compte que notre mode de vie nous rendait vulnérable à un virus microscopique et que nos gouvernements, censé nous protéger de ces menaces, n’avaient absolument pas anticipés cette crise. Alors forcément on a un peu paniqué et on s’est mis à délirer sur des laboratoires clandestins et des gouvernements génocidaires. Parce que dans notre ignorance confortable on est incapables de se rendre compte que notre mode de vie basé sur la surconsommation se répand de plus en plus à travers le monde. Tout le monde veut des grandes surfaces où tu trouves de tout, tout le temps et ce quelque soit ta position géographique. Oui 2020, toi qui survoles l’ensemble du globe, tu vois bien que pour en arriver là on s’accapare de plus en plus de surface agricole et que l’on saccage les habitats naturels de la faune et de la flore, dont certains sont porteurs de germes potentiellement transmissibles à l’homme. Mais nous, coincés derrière nos écrans branchés sur BFMTV ou sur netflix on ne le voie pas tout ça. Alors fatalement arrivé en fin d’année c’est toi qui te retrouves dans le rôle du grand méchant loup qui nous a pourri la vie.

Parvenus à ce triste constat tu vas sans doute me demander comment je parviens encore à me lever le matin. L’espoir ma chère amie, l’espoir qu’au final ton règne soit l’année zéro d’un changement significatif. Ne me traite pas de naïf s’il te plaît, j’ai bien conscience que ce changement sera progressif et mettra des années, si ce n’est des décennies à se mettre en place et qu’en attendant les jours qui s’annoncent sont bien sombres. Les mêmes qui hurlaient à la fin du monde se congratulent aujourd’hui de l’arrivée en fanfare de ta petite sœur, 2021 oubliant un peu vite qu’une crise se fiche des rythmes calendaires.

Mais si changements il doit y avoir, me diras-tu alors que ton règne s’achève et que l’humanité trépigne d’impatience de retrouver sa société d’avant, comment puis-je être persuadé qu’il sera bénéfique pour l’ensemble de l’humanité? Je vais te répondre simplement. Il n’en sera rien, parce que dans tout changement il y a des aspects négatifs et d’autres positifs et qu’il est impossible de contenter tout le monde. Tu trouves ça cynique ? Peut-être mais demande à tes grandes sœurs que tu t’apprêtes à rejoindre aux cimetières des années oubliées, elles te diront la même chose.

J’entends encore ta voix qui me souffle une dernière question. Si ce changement tant espéré ne survient que dans une dizaine d’années comment vivre entre-temps ? Et bien là encore ma chère amie je te répondrai du haut de ma courte expérience en tant qu’être humain. Vois-tu on a beau se révolter, s’entretuer, s’empoisonner et se haïr on est aussi très résilient. Et je sais que chacun de mes contemporains de ce siècle agité, mais quel siècle ne l’a pas été ?, trouveront en eux la force de poursuivre l’aventure de l’espèce humaine, chacun avec ses propres armes et sa manière de faire. Qu’ils descendent dans la rue crier leurs dégoûts ou qu’ils s’évadent dans des univers imaginaires. Qu’ils s’enferment dans des mensonges rassurants ou qu’ils combattent la manipulation. Qu’ils rejettent les bouleversements à venir ou qu’ils les acceptent. Chacun d’entre nous écrira le futur de l’humanité, et il sera tel qu’il sera, c’est-à-dire imparfait et perclus de contradictions, conçus à partir de larmes, de rires et de cris mais il sera.

Voilà chère année 2020 c’est tout ce que j’avais à te dire, cela a été un peu long, désolé, mais tu es bien placé pour savoir que cela prend du temps d’écrire ce que l’on a sur le cœur, toi qui as été spectatrice pendant douze longs mois du capharnaüm mondial qu’a été cette crise. Il ne me reste plus qu’à te dire adieu, je n’irai pas jusqu’à te remercier pour l’épreuve que tu as représentée pour le monde mais il fallait bien que la bulle dans laquelle nous vivions explose un jour et c’est tombé sur toi. Alors sèche tes larmes et dis-toi que peut-être, un jour on parlera de toi comme de la première année où l’humanité est devenue mâture.

Peut-être

Une vérité à deux visages de Michael Connelly, quand Connelly dévie (légèrement) de sa formule habituelle


Difficile pour un auteur de se renouveler après tant d’années à écrire le même personnage. Qu’on le veuille ou non un auteur s’enferme dans une routine qui le conduit à produire des œuvres qui, si on a de la chance, se maintiennent en qualité. Parfois un auteur va avoir envie de sortir de sa zone de confort en délivrant une aventure de son personnage fétiche qui sort un peu de l’ordinaire routinier au risque de ne pas combler les attentes des lecteurs.

C’est sans doute ce qu’a tenter de faire Michael Connelly avec cette énième enquête de l’inspecteur Harry Bosch. Mais la tentative apparaît maladroite et inaboutie.

Du côté des habitudes narratives de l’auteur on retrouve le système bien connu des lecteurs de la double enquête que l’auteur pratique depuis quelques volumes de sa série Harry Bosch. Très procédurier dans sa narration l’auteur a toujours refusé de recourir à la tentation de réunir soudainement les deux enquêtes lors du déroulement de l’intrigue. Michael Connelly reste fidèle à sa technique d’enquêtes miroir. Et si les deux possèdent leurs qualités, on ne peut s’empêcher de constater que les deux manques de consistances.

La première a le mérite de mettre en lumière un fait de société méconnue. L’addiction au médicament antidouleur et tout le trafic qui en découle. Le système de santé qui sévit aux États-Unis est particulièrement injuste et conduit certains citoyens en difficulté à recourir à tous les moyens possibles et inimaginables pour obtenir leurs doses de drogues légales. Une addiction qui les places sous la coupe de trafiquants sans scrupules et avides de gains. Pourtant passer cet exposé social intéressant l’enquête se révèle trop linéaire et simpliste. Le profil des victimes est survolé alors que l’empathie dont fait preuve Bosch est toujours une composante essentielle de ses enquêtes. La résolution de cette première enquête se révèle expédiée au cours d’une scène d’action qui a le mérite d’être crédible étant donné l’âge avancé de notre héros.

La seconde enquête se révèle procédurière et tient plus de l’épisode juridique que d’une véritable enquête policière. Cela fait plaisir de retrouver le demi-frère de Bosch, un personnage quelque peu délaissé par l’auteur, mais je n’avais pas prévu qu’il occupe une place si importante dans l’intrigue. Bosch se retrouve avec un rôle plus passif même si c’est son flair imparable qui permet de déceler le loup dissimulé derrière une apparence de justice.

De plus l’épilogue de ce volume des enquêtes d’Harry Bosch tire un peu en longueur. Le rapprochement avec l’explorateur Livingstone tombe comme un cheveu dans la soupe, trop peu, trop tard. Et Bosch l’infaillible, et un peu chanceux aussi, parvient à boucler une enquête en souffrance depuis quinze ans en deux chapitres. Tant mieux pour lui mais moi au terme de ma lecture je reste un peu sur ma faim.

Cette vérité se révèle au final un peu fade. Connelly a toujours aimé alterner les enquêtes approfondies avec d’autres plus orienté vers l’action mais là aucune des deux enquêtes ne m’ont satisfait. Elles manquent toutes deux de consistances pour rendre ce volume des aventures d’Harry Bosch mémorable.

Résumé: Travaillant toujours bénévolement aux affaires non résolues pour la police de San Fernando, Harry Bosch est appelé sur une scène de crime dans une pharmacie. Les deux employés, père et fils,viennent d’être assassinés par des tueurs à gages et toutes les pistes s’orientent vers un trafic de médicaments antidouleurs qui, pris inconsidérément, se transforment en véritables drogues. Bosch n’hésite pas une seconde et se lance dans l’enquête.
Mais voilà qu’il est soudain accusé par la police de Los Angeles d’avoir, trente ans plus tôt, trafi qué des éléments de preuve pour expédier un tueur en série au couloir de la mort. Bosch va devoir prouver son innocence, et la partie est loin d’être gagnée d’avance. Car il existe bien deux sortes de vérité: celle qui conduit à la liberté et l’autre, qui mène aux ténèbres…

  • Éditeur : Calmann-Lévy (16 octobre 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2702156940
  • ISBN-13 : 978-2702156940

Gideon falls de Lemire et Sorrentino, ah le charme discret de la campagne

Gideon falls tome 1 à 3

Image comics s’est fait une spécialité depuis plusieurs années de laisser carte blanche à des auteurs pour qu’ils puissent développer leurs univers. Une ligne éditoriale payante puisque Image comics est devenue au fil des années un poids lourd de l’industrie du comics américain, se positionnant juste derrière Marvel et DC en terme de ventes. Ainsi l’éditeur crée durant les années 1990 par ceux que l’on a appelés les image boy est-il devenue le refuge pour tous les auteurs qui veulent proposer leurs propres récits, parfois très éloignés du canon super-heroïque. Ouvrir un comics image c’est l’assurance de découvrir un univers à part entière, l’éditeur ne se refuse aucune proposition, du moment qu’elle semble qualitative, et enrichit son catalogue de récits fantastiques, de science-fictions, de westerns, de thrillers mais aussi de récits d’horreur.

Audace visuelle et narrative sont au rendez-vous

Le comics en question s’inscrit justement dans cette mouvance horrifique. Les auteurs en sont Jeff Lemire aux scénarii et Andrea Sorrentino, oui c’est un homme, aux dessins. J’ai eu l’occasion de découvrir ce tandem alors qu’ils officiaient sur la série marvel Old man Logan et même si j’appréciais ce que je lisais je ne pouvais m’empêcher de me dire que les carcans inhérents à ses récits mainstream réduisaient considérablement leurs créativités aussi lorsque j’eus la possibilité de me plonger dans leur création indépendante, baptisé Gideon falls, je n’ai pas vraiment hésité.

Vous perdrez pied en même temps que Norton en découvrant sa tragique histoire

La claque visuelle arrive très vite. Sorrentino ne tarde pas en effet à livrer des planches renversantes, au sens propre comme au figuré, d’une beauté crépusculaire à couper le souffle. Je ne m’y connais pas suffisamment en technique artistique mais en admirant ses planches j’ai eu comme l’impression que l’auteur avait parsemée de la cendre sur ses croquis avant qu’ils ne soient encrés. Il en résulte des planches à la fois belles et inquiétantes où la folie semblent toujours frôler le bords des planches. Les deadlines ne sont sans doute pas les mêmes que lorsqu’il travaille pour l’un des big two car ses cadres fourmillent de détails qui donnent encore plus de profondeur au récit. La preuve que lorsqu’on laisse du temps à un artiste il peut livrer un tout autre rendu que sur des séries mensuelles aux deadlines oppressantes.

Quoiqu’il arrive ne vous approchez pas de la grange noire

Les couleurs sont assurées par Dave Stewart et là aussi le travail effectué est bluffant. On baigne dans une ambiance grisâtre et dépressive durant les passages urbains du récit tandis que des couleurs pastel apaisantes égayent les paysages champêtres. Rapidement de larges aplats d’un noir des plus sombres, relevés par d’inquiétantes touches rougeâtres, viendront happer le lecteur dans une histoire où l’angoisse se dispute la place d’honneur avec la folie et la terreur la plus pure.

Au cœur des ténèbres, la lumière de l’espoir tendue par l’autre mais est-ce suffisant pour échapper à son sort ?

Le scénario ne déplaira pas aux afficionados de récits horrifiques dont les maîtres étalons sont Stephen King et H. P. Lovecraft. Jeff Lemire invoque les esprits des plus grands auteurs du genre fantastique dans un récit qui résonne à la fois comme très référencés, la grange noire faisant penser à la nouvelle l’abomination de Dunwich, mais aussi très personnel notamment à travers la quête désespérée de Norton. Le récit qui fait intervenir le père Wilfred est plus accessible, plus balisé, avec ses meurtres sanglants qui englobent la petite ville de Gideon falls d’une chape de mystère étouffante. La double narration n’est jamais gênante, les deux récits se répondent et développent leurs propres thèmes sans que l’un ne parasite l’autre. Un récit qui prend de plus en plus d’ampleur au fil des épisodes et emprunte une direction inattendue dans le troisième volume, moins intimiste et plus fantastique, mais qui offre à Sorrentino une nouvelle occasion de faire une démonstration de son talent à l’aide de planches toutes plus folles les unes que les autres.

Quand les dessins soutiennent la narration ça rend les explications plus fluides

À l’heure actuelle la série est toujours en cours aux États-Unis tandis que l’éditeur Urban a publié quatre volumes en France. Il faudra bien évidemment attendre la conclusion pour juger de l’ensemble de l’œuvre mais au vu des épisodes déjà parus je ne peux que vous conseillez de vous jeter sur la route qui mène à Gideon falls qui sait ce que vous y trouverez en chemin.

Ais-je besoin de préciser le côté qualitatif des couvertures ?

Résumé: Norton Sinclair est un jeune homme perturbé, marginal et légèrement paranoïaque. Persuadé que les déchets des citadins renferment les clés d’une conspiration d’envergure, il accumule, classe et livre ses conclusions hallucinées au sujet d’une grange noire au docteur Xu, la psychiatre qui le suit depuis sa sortie de l’hôpital. Ailleurs, dans la petite bourgade de Gideon Falls, le père Fred prend contact avec la nouvelle communauté dont il a désormais la charge après la disparition subite du précédent prêtre. Au cours de sa première nuit sur place, une sinistre grange noire vient ponctuer une série d’événements pour le moins dérangeants…

Univers: INDIES
Collection: Urban Indies

Scénariste :

Jeff Lemire
Dessinateur: