Fils-des-brumes tome 2 le puits de l’ascension, La subtilité et la lourdeur sont dans un bateau…la subtilité tombe à l’eau

Le livre de poche a réussi à enlaidir encore plus la couverture originale

Dieu que c’était long. On ne va pas se mentir ce volume deux de la saga de Brandon Sanderson tire en longueur. Plus de 1000 pages pour une histoire qui souffre d’immobilisme. Détaillons tout cela ensemble.

Commençons par les aspects positifs du récit. Sanderson maîtrise à merveille la narration de ses scènes d’action. On a l’impression qu’une caméra suit Vin durant ses voltiges au-dessus des toits de Luthadel. Les pouvoirs de l’allomancie permettent des actions fantastiques et la plume dynamique de l’auteur retranscrit ses scènes avec une vitalité digne des meilleurs films d’action. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur un affrontement mémorable entre Vin et huit adversaires. Malheureusement cette scène d’ouverture sera aussi la meilleure de tout le récit.

Au niveau de l’intrigue ce n’est pas le même son de cloche. Stagnation est le mot qui représente le mieux ce second volume. En entamant la lecture je m’attendais à certaines longueurs, difficile d’y échapper sur un ouvrage aussi épais, mais pas à ce que l’auteur fasse autant traîner en longueur son intrigue. Parvenu à la seconde moitié du récit je me suis amusé à faire le bilan des différentes intrigues exposées en début d’ouvrages. Le siège de Luthadel ? Toujours en cours et les différentes forces en présence se regardent en chien de faïence sans qu’il ne se passe grand chose. La recherche des réserves d’atium ? Tout le monde s’en inquiète mais personne n’a le moindre début de piste. Le fameux puits de l’ascension dont il est question dans le titre? Deux érudits pencheront sur la question au cours de chapitre d’un ennui abyssal jusqu’à ce que Vin se décide à explorer le lieu qui paraît le plus évident. La menace nébuleuse qui promet d’être encore plus redoutable que les dangers déjà présents ? Et bien elle restera toujours aussi nébuleuse une fois parvenu, laborieusement, à la conclusion de ce tome qui ne m’a guère convaincu. Le personnage de Vin incarne à mon sens cette stagnation. Toujours plus puissante, toujours plus redoutable, mais niveau développement du personnage c’est le néant absolu. Vin achèvera l’ouvrage de la même manière qu’elle a débuté, surpuissante et amoureuse d’Elend.

Et si ce surplace narratif était au moins l’occasion pour Sanderson de développer des intrigues politiques subtiles et la psychologie de ses personnages cela aurait le mérite de consolider son univers. Mais il n’en est rien. Les intrigues politiques tournent essentiellement autour d’Elend et de la toute jeune république qu’il est parvenu à mettre en place en un an à peine. L’auteur met en place des complots, des tentatives d’assassinat et même un coup d’État pour au final que tout se résolve à l’aide de l’allomancie et d’une très grosse épée. C’était bien la peine de tenter d’être subtil pendant près 800 pages pour conclure tout ceci a la manière de Gemmel.

L’auteur s’est-il rendu compte de tout le potentiel gâché de son histoire à mesure qu’il amène une conclusion bourrine qui va à l’encontre de tout ce qu’il a pu développer durant les deux premiers tiers de son récit ? Le fait est que ses personnages n’en sortent pas grandi. Les nouveaux personnages introduits dans ce second opus sont les victimes collatérales de cette intrigue maladroite. Zane avait un potentiel certain dans le rôle de l’observateur ténébreux qui a toujours l’air d’en savoir plus que les autres mais il se révélera creux et ne servira qu’à ébranler, de manière superficielle, les convictions de Vin. Le personnage de Tindwyl apporte une fraîcheur bienvenue avec son franc-parler et son intransigeance, mais se retrouve mis de côté une fois que l’auteur saborde tout un pan de son intrigue. J’éviterais d’aborder le cas de Straff et de Cett qui ne servent qu’à faire du remplissage.

La principale victime se révèle être Elend. Ce tome sera l’occasion d’assister à la naissance d’un monarque. L’érudition et la diplomatie de ce jeune dirigeant sont les qualités, et aussi les armes, mises en avant durant les trois quarts du récit, donnant lieu à des passes d’armes qui manquent un peu de sel, la platitude des dialogues est aussi un des défauts de l’oeuvre, mais qui ont le mérite d’inscrire le personnage dans une ambiance de complots et de jeux politiques rarement vus dans le domaine de la Fantasy. Pourtant malgré tout le développement subtil accordé à ce personnage l’auteur va décider de l’écarter, littéralement, de la conclusion alors même qu’il s’agit de sa véritable prise de pouvoir du personnage qui, pour le coup, manque cruellement de panache et va à l’encontre des principes défendus par Elend. À la toute dernière page du livre Elend a gagner un statut qui le rend puissant sur le papier mais faible en matière de psychologie et de développement du personnage.

Ce tome donne la désagréable impression que l’auteur a suivi une voie durant une grande partie de son récit avant d’opérer une volte-face narrative expéditive qui sacrifie la subtilité au nom de l’action explosive. Une fracture d’autant plus dure à digérer qu’elle justifie mal l’épaisseur du récit et qui donne à l’ensemble de ce second volume une impression d’intrigue bâclée.

Résumé: En mettant fin au règne brutal et millénaire du tyran, ils ont réalisé l’impossible.
À présent, Vin la gamine des rues devenue Fille-des-Brumes, et Elend Venture, le jeune noble idéaliste, doivent construire un nouveau gouvernement sur les cendres de l’Empire. Mais trois armées menées par des factions hostiles, dont celle des monstrueux koloss, font le siège de Luthadel. Alors que l’étau se resserre, une légende évoquant le mystérieux Puits de l’Ascension leur offre une lueur d’espoir.
Et si tuer le Seigneur Maître avait été la partie la plus facile ?

  • Éditeur : Orbit (13 octobre 2010)
  • Langue : : Français
  • Taille du fichier : 4049 KB
  • Synthèse vocale : Activée
  • Composition améliorée : Activé

Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant de Jung Jaehan, tel une ritournelle pop entêtante

On se souvient toujours de ses premières fois. Encore plus lorsqu’il s’agit d’une double première fois. Première escapade dans le polar sud-coréen et première lecture de la toute jeune maison d’éditions matin calme, qui a l’air de se spécialiser dans ce sous-genre. Mais tout le monde sait qu’une première fois peut se transformer en très mauvaise expérience. Alors qu’en est-il de cette lecture ?

Décalé pourrait être le mot qui la définirait le mieux, au premier abord. Décalé par son humour et ses personnages aux caractères exacerbés qui font inévitablement penser à des caricatures de manga. Pourtant l’intrigue en elle-même suit des sentiers balisés assez classiques rendu effrénée par son rythme qui donne l’impression qu’elle ne s’arrête jamais. Un rythme que l’on peut vraiment ressentir à la lecture par le biais de ces onomatopées retranscrite tel quel et qui me font faire le parallèle vers la musique pop, et la K-pop en particulier, à laquelle il fait de nombreux clins d’œil.

Durant une grande partie de l’ouvrage c’est la caractérisation des personnages qui m’a fait peur. En effet avec leurs postures de personnages très sûr d’eux, leurs langages familiers et leur arrogance manifeste j’avais l’impression de me retrouver devant une affiche d’un concert de K-pop, c’est beau, c’est flashy mais lorsque vous retournez l’affiche il n’y a que du blanc. J’attendais que l’auteure consolide son trio de personnages principaux. Elle n’y est parvenu qu’à moitié. En effet le beau gosse nécromant dont il est question dans le titre, et qui se nomme Nam Han-jun, dissimule, derrière son caractère outrancier, une grande empathie et s’il n’hésite pas à soulager ses concitoyens de leurs billets il ne supporte pas l’injustice. Ses airs arrogants et ses capacités de déductions le placent dans la lignée des héritiers de Sherlock Holmes. Au final il se révèle comme le personnage le plus abouti et heureusement me direz-vous c’est quand même lui qui tient le haut de l’affiche.

On ne peut malheureusement pas en dire autant de ses deux compagnons d’enquêtes. Si Su-cheol n’est pas développé au-delà de son rôle de gros bras chargé de les sortir de pires situations ses interventions restent quand même plus digestes que ceux de la sœur du héros, Hye-jun, dont chaque apparition me faisait penser à ce cliché de personnage féminin hystérique dont raffolent les mangakas. Mais si vous savez ces personnages qui passent leur temps à hurler sur les autres personnages souvent de sexe masculin, la bouche déformée par la colère et bien souvent armé d’une masse deux fois plus grosse qu’elle. Proprement insupportable.

L’intrigue a le mérite de dévoiler deux aspects bien distincts de la culture coréenne. La culture des teen idols d’une part, pour le côté cupide et sordide, et l’ancrage traditionalistes et superstitieux de l’autre. Une dichotomie qui se rejoint sur un point en particulier; là où se niche les peurs et les désirs des gens il y a toujours de l’argent à se faire.

Et c’est sur cette abrupte conclusion que s’achève cette première lecture Sud-coréenne. Une découverte agréable, souvent drôle, mais qui va devoir faire ses preuves en approfondissant ses personnages et en évitant de tomber dans la formule un peu facile de la comédie policière.

Résumé: Bienvenue au cabinet secret de Nam Hanjun, alias Beau Gosse, pseudo-chaman et authentique escroc. Avec ses deux complices, Hyejun, sa petite-sœur hackeuse de génie et Sucheol, dit Mammouth, détective privé, ils offrent à leur riche clientèle des  » divinations  » sur mesure qui font leur succès.
Un soir, une cliente les appelle après avoir cru apercevoir un fantôme dans sa cuisine. Quand ils arrivent leur présence attire l’attention d’un voisin qui prévient la police. Une jeune inspectrice se rend sur place, Ye-eun, experte en arts martiaux, que ses collègues surnomment justement le fantôme tant elle est rapide et discrète. Dans la cave de la maison, elle découvre le cadavre d’une adolescente recherchée depuis un mois.

  • Éditeur : Matin calme (3 septembre 2020)
  • Langue : : Français
  • Broché : 326 pages
  • ISBN-10 : 2491290219
  • ISBN-13 : 978-2491290214

Le village perdu de Camilla Stein, the blaireaux ouitch project

Il n’y a tellement rien qui va dans ce « thriller » que je ne sais même pas par où commencer. Encore une fois je me suis fait piéger par les sirènes de la nouveauté et de la quatrième de couverture. Ce n’est pas compliqué, moi, vous me dites village fantôme, atmosphère brumeuse et fait divers mystérieux je fonce direct. Je dois sans doute me résigner à encore me faire avoir dans mes lectures ultérieures, ainsi va la vie de lecteur.

Qu’est-ce qui m’a le plus déçu dans ce primo roman? Entre les personnages insipides à la caractérisation pataude et bourrée d’incohérences et la narration maladroite et percluse de lourdeur stylistique mon cœur balance. Non, soyons honnêtes, je crois que c’est cette narration à double temporalité qui remporte la palme. Pour une fois je ne peux pas dire que les chapitres se déroulant dans le passé ne servent qu’à faire du remplissage. En effet c’est grâce à eux, et à eux uniquement, que le grand mystère mystérieux du village perdu sera levé. Un mystère qui n’a rien de transcendant et qui demeure survolé, la résolution se révèle prévisible, à un point que l’on se demande comment le fait divers a pu rester insoluble durant tant d’années.

Et les chapitres se déroulant dans le présent me direz-vous ? Eux doivent être intéressants, ils doivent nous plonger dans une atmosphère angoissante ? Parcourir les rues désertes du village doit nous faire ressentir une aura particulière non ? Arpenter les maisons délaissées doit nous plonger dans une ambiance glauque et nous faire ressentir l’humidité de ces murs qui gardent un secret morbide que les personnages vont s’efforcer de résoudre ? Et bien non, à aucun moment je n’ai été plongé au cœur de ce village abandonné. La faute a un style rebutant sur lequel nous reviendrons. Mais aussi à des personnages qui passent leur temps à s’enfuir parce qu’ils ont vu une ombre ou entendu des voix. La palme revenant à cette chère Alice, qui apercevant une silhouette dans leur camionnette préfère s’enfuir à toutes jambes plutôt que de la confronter enfin, sachant que son amie a disparu. Des personnages complètement inutiles, tout juste bon à mourir après que l’on soit difficilement parvenue à se souvenir de leurs noms. Jamais ils n’enquêteront sur le mystère du village, à part pour réunir deux trois dessins, alors même qu’une piste solide est évoquée au début de l’intrigue. Jamais ils ne mobiliseront leurs ressources pour s’en sortir, ils passeront l’ensemble du récit à courir de bâtisse en bâtisse dans le vain espoir d’échapper aux ombres qui les traquent. Ça en devient désespérant de paresse narrative.

Qu’en est-il du style ? Alors plutôt que de faire un paragraphe dans lequel j’exposerais pourquoi la plume de Camilla Stein est à fuir absolument je vais plutôt vous donner un exemple concret de la lourdeur narrative de ce roman. J’ai choisi un court passage qui condense tous les défauts que je lui reproche, il ne contient aucune révélation. Il s’agit de la narratrice Alice qui réagit à une réplique d’un de ses compagnons de galère.

-et combien de temps es-tu partie ?

Il y a un truc qui me dérange : sa voix, sa posture, sa façon de baisser la tête, le menton collé à la poitrine. L’absence d’étonnement dans sa voix.

Alors avec toutes ces précisons si vous n’avez pas compris que le personnage qui a lancé la réplique cache quelque chose arrêtez la lecture et consacrez-vous à une autre passion. C’est lourd, pataud alors que c’est une observation qui se fait en une fraction de seconde. Inutile d’insister autant sur la gestuelle. Une simple remarque sur l’absence de sincérité dans la voix aurait suffi au lieu d’alourdir le récit ainsi. J’ai pris cet exemple parce qu’il cristallise les défauts du récit mais dîtes-vous bien que tout le roman est écrit ainsi.

Je ne vais pas passer plus de temps sur ce roman qui est raté sur tous les points et qui n’a même pas la décence de proposer une intrigue originale à défaut d’être bien écrit. Une lecture que je vous conseille de fuir au risque de vous dégoûter du polar nordique.

Résumé: 1959. Silvertjärn. La population de cette petite cité minière s’est mystérieusement évaporée. A l’époque on a seulement retrouvé le corps d’une femme lapidé et un nourrisson.
De nos jours, le mystère reste entier.
Alice Lindstedt, une documentariste dont la grand-mère est originaire du village, part avec une équipe explorer la cité fantomatique, en quête des secrets de cette tragédie.
Mais la piste de l’ancien pasteur du temple déterrera la mémoire d’un sombre passé…
Un passé qui hante encore le présent et semble avoir réveillé les ombres du village perdu.

  • Éditeur : Le Seuil (1 octobre 2020)
  • Langue : : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2021426521
  • ISBN-13 : 978-2021426526

Dawn of X, le renouveau des X-men par Jonathan Hickman

Ah les X-men. Un de mes amours d’enfance je dois bien l’avouer. Je me souviens de l’argent de poche dépensé pour acheter les fascicules mensuels au tabac le plus proche. Année après année je restais plus ou moins connecté à cet univers foisonnant qui s’enrichissait chaque année de nouvelles séries à la longévité incertaine, d’événements interconnectés, les fameux crossovers, parfois aussi difficile à suivre qu’une carte routière. Mais ces dernières années ont été particulièrement rudes pour les porteurs du gène mutant. Les tensions entre les studios Disney et celui de la Fox, détenteur des droits cinématographiques des X-men jusqu’à tout récemment encore, ont poussé les grandes pontes de Marvel à enfouir les héros de mon enfance sous une couche de récits ineptes et éloignés du concept de base de la série X-men, c’est-à-dire la cohabitation pacifique entre mutants et humains.

Ennemis et alliés tous réunis, encore un peu et ils vont se tenir par la main en étonnant des chants de Noël

Le retour de la franchise dans le giron des studios Disney était l’événement annonciateur de la reprise en main de l’univers mutant. Et cette main sera celle du scénariste Jonathan Hickman.

D’emblée cette annonce m’a laissé de marbre car Jonathan Hickman a le don de narrer des récits avec des concepts formidables et ambitieux mais complètement dépersonnalisés. Les personnages servent l’histoire est non le contraire, en tout cas dans les récits que j’ai pu lire de cet auteur auparavant. Voilà pourquoi je me suis tenu éloigné de cette nouvelle ère pourtant acclamée par la critique. Mais les différents retours et une curiosité insatiable ont fait céder mon entêtement.

Le conseil secret de Krakoa chargé de gouverner tout ce beau monde

Et le moins que l’on puisse dire c’est le scénariste féru de science-fiction n’a pas pris les consignes de son éditeur en chef à la légère. Son renouveau, qui s’exprime à travers deux mini-séries complémentaires House of X et Power of ten, a de quoi laisser les lecteurs les plus anciens dubitatifs. En effet terminé le rêve de coexistence pacifique entre mutants et humains, le professeur Xavier invite tous les mutants de toutes les nationalités, y compris les criminels, à se réfugiés sur l’île de Krakoa qu’il proclame état-nation. La production de médicaments révolutionnaires pour l’organisme humain leur assure un PIB confortable alors même que des portails disséminés un peu partout dans le monde, et même sur la lune, permettent à tous les mutants de rejoindre Krakoa. De nombreux concepts sont introduits sans grande subtilité et reste obscur mais l’auteur sait qu’il doit faire vite, la franchise X-men ne se calcule plus seulement en vente papier mais aussi en ticket de cinéma. De plus les délais de publication de Marvel ne lui permettent pas de lambiner sur la partie exposition de son récit. Il insère donc des pages de texte, des cartes, des organigrammes, des listes qui fragmente le rythme de lecture mais peu importe, en huits numéros les bases sont posées et les choses sérieuses peuvent commencer.

L’ère Dawn of X succède à ces deux mini-séries et permet de rentrer dans le vif du sujet à travers six séries qui vont chacune explorer à leurs manières ce nouveau statu-quo. Rapidement on note des dialogues qui tranchent violemment avec la psychologie de certains personnages établis depuis des années. L’ambiance qui se dégage de ce nouvel eden mutant a des relents de secte suprémaciste où les humains seraient uniquement un mauvais souvenir à oublier. C’est le sujet le plus polémique de ce renouveau. Entendre Storm, qui a toujours incarné la voie de la sagesse, dédaigné les humains à de quoi perturber. Pourtant il se dégage de cette atmosphère paradisiaque quelque chose de malsain, comme si cet éden était trop beau pour durer, nul doute que l’auteur n’a fait que placer ses pions pour le moment.

Tout cela est peut-être un peu trop beau pour durer

La seconde surprise de ce nouveau statu-quo est de voir certains des ennemis les plus emblématiques des X-men collaborer avec eux dans un élan communautaire des plus improbables lorsque l’on connaît les egos surdimensionnés de certains d’entre eux, sans parler de leurs passifs houleux avec les élèves du professeur Xavier. L’auteur aura l’intelligence d’apporter une réponse dans les premiers numéros des différentes séries. Il apparaît en fait rapidement que, malgré la solidarité de façade, les egos et les intérêts personnels sont toujours autant d’actualités. Un aspect qui est notamment exploré dans les séries Excalibur et Marauders et plus tardivement dans la série X-men respectivement scénarisé par Gerry Duggan, Tini Howard et Jonathan Hickman et illustré par Matteo Lolli, Mario Del Pennino, Marcus To et Matteo Buffagni.

Des jeux de pouvoirs qui mettent à mal l’ambiance cordiale quin règne sur krakoa

Tout l’enjeu de cette nouvelle ère est de mettre en place des menaces qui viendrait mettre à mal l’idéal communautariste des mutants. Cela a au moins pour mérite de remettre la question du racisme humain à l’encontre des mutants et de la haine au centre de certains récits. Il faut avouer que ces concepts avaient été traités de manière plutôt légère ces derniers temps, quand ils n’étaient pas tout simplement absents. Hickman a visiblement donné pour consigne aux différents scénaristes de traiter la question du racisme sous un angle différent pour chaque série. Ainsi la série X-force, écrite par Benjamin Perry et Joshua Cassara s’attache à développer les convoitises que suscite l’industrie pharmaceutique mutante tandis que la peur de l’ingérence motive l’antagoniste principal des premiers numéros d’Excalibur. La série X-men, quant à elle, s’est contenté d’introduire des concepts mais sans réel fil rouge pour l’instant. C’est également la série la plus politique avec X-force.

Plus les mutants se protègent plus les menaces sont dangereuses

Cependant aussi étudié que soient les plans d’Hickman pour les héros de Marvel cela n’empêche pas certaines séries de manquer de pertinence. Ainsi Fallen angels sonne comme l’échec le plus retentissant de cette nouvelle fournée de séries mutantes. Sa narration brouillonne et l’absence de charisme de son héroïne ont fini par enterré ce qui n’aurait pu être une proposition de série plus mâture. Car le jeune public n’est pas oublié par le biais de la série New mutants, dont les membres fondateurs subissent un lifting inutile, qui a l’honneur de se voir écrite par deux scénaristes, Jonathan Hickman lui-même et Ed Brisson. Aux crayons se sont Flaviano et Rod Reis qui se partagent le travail. Les auteurs ont pris le parti de créer deux équipes distinctes, pour l’instant. Tandis que l’une permet à Hickman de renouer avec le vide intersidéral l’autre offre des aventures plus terre à terre mais qui, en plus d’enchaînées les incohérences, manque d’ampleur. Cette seconde équipe a au moins le mérite d’être en raccord avec le thème central voulu par Hickman, c’est-à-dire le rapport au monde des mutants et les conséquences de leurs actions et décisions tandis que la première équipe paraît complètement déconnectée des autres séries.

Un rajeunissement des plus discutable

Après six numéros de chaque série parue l’on peut apercevoir la direction prise par Hickman et le plan d’ensemble qu’il souhaite emprunter. Certains choix ont de quoi laisser sceptique mais l’ambition de son projet pour les enfants de l’atome est indéniable. On sent une réelle volonté de questionner la place dans le monde d’individus aux pouvoirs parfois terrifiants. Il ne reste plus qu’à espérer que cette ambition finisse par former un récit cohérent et non pas une mascarade scénaristique auquel les lecteurs sont malheureusement habitués.

Papillon de nuit de R. J. Ellory, complainte pour la liberté

R. J. Ellory fait partie de mes auteurs préférés. Il n’est pas l’auteur qui va mettre en place l’histoire la plus mouvementée, il n’est pas l’auteur qui va s’enraciner dans une routine paresseuse en créant des personnages récurrents. R. J. Ellory et sa plume sont plus intéressés par la noirceur de l’âme humaine et des conséquences que cela entraîne sur ses personnages. Un auteur qui a fait des ténèbres humaines et de la tristesse qui les accompagnent sa marque de fabrique.

Papillon de nuit est le tout premier roman écrit par l’auteur mais comme bien souvent il n’est pas le premier à avoir été publié en France, les aléas de l’édition font qu’il n’a trouvé les étales des librairies françaises que douze ans après sa publication. On y retrouve déjà la plume mélancolique qui va faire la renommée de l’auteur.

L’ouvrage est une traversée à travers l’Histoire des États-Unis durant presque trois décennies. Trois décennies faites de violence, de haine, de meurtres et de racisme. Malheureusement pour l’ouvrage et mon plaisir de lecture, j’ai entamé la lecture de ce livre après avoir baigné quasiment toute l’année 2020 dans cette ambiance sudiste propre à l’Amérique. Il y a d’abord eu les deux livres de Greg Iles qui se veulent comme un exposé touffu sur une dynastie raciste puis le récit magistrale de Joe R. Lansdale les marécages qui nous plongent au plus près du quotidien sudiste des années 30. Plus tôt dans l’année j’ai lu le polar Darktown de Thomas Mullen dans lequel les premiers flics de couleurs se débattent avec un racisme omniprésent. Enfin la mini-série Watchmen produite par HBO explore aussi beaucoup les tensions raciales de l’Amérique, sans oublier l’actualité internationale qui nous rappelle constamment que les États-Unis n’ont toujours pas exorcisé leurs vieux démons racistes. Je crois que j’en suis tout simplement arrivé à un point où il faut que je fasse une pause avec cette partie de la culture et de l’histoire américaine. Aussi poignants et intéressants soient-ils, les récits issus de cette période de l’Amérique sont aussi très difficiles à lire, surtout lorsque l’on s’intéresse à ce qu’il se passe dans ce pays actuellement. J’en ai tout simplement assez de leur haine rance, de leur idéologie infâme et de leurs crimes inspirés par la peur de voir leurs privilèges disparaître. Je vais m’efforcer d’aller vers d’autres cultures, d’autres Histoires nationales pour l’année à venir.

Ce long aparté pour vous faire comprendre que l’ouvrage d’Ellory ne m’a malheureusement pas appris grand chose sur la mentalité américaine de l’époque. Le point de vue du personnage principal, Daniel, sur les grands moments de l’Histoire de son pays est vu et revu et les témoignages qu’il recueille auprès d’un autre prisonnier sont émaillé de théorie complotiste pas très convaincante tandis que je connaissais déjà l’histoire de la création de Klux Klux Klan . La retranscription de cette période de l’Histoire des États-Unis est beaucoup plus convaincante lors des flashbacks qui mettent en scène Daniel et son meilleur ami Nathan.

C’est là que la plume D’Ellory fait des merveilles. Quelques mots suffisent à l’auteur pour recréer dans les pages de son roman une époque bénie où les sodas coûtaient quelques cents et où deux enfants pouvaient se réchauffer sous le soleil de Caroline du Sud, au bord de la rivière tout en pêchant du poisson. Une innocence toute relative car, très vite, le spectre du racisme refait surface mais qui a l’avantage d’apporter un souffle de nostalgie sur un récit très mélancolique. Le récit au présent est, en effet, empreint d’une tout autre ambiance, la résignation, la résilience et la mélancolie domine largement, ainsi qu’une rage sourde, restait trop longtemps enfoui. Impossible de ne pas ressentir d’emphatie pour ce personnage tragique qu’est Daniel, victime d’une machinerie judiciaire qui ne lui a laissé aucune chance et qui conserve dans sa cellule autant de fantômes et de regrets qu’une vie ne saurait les compter.

Le recit en lui-même n’offre pas de retournements de situation affolants, on les voit venir de loin. Comme je l’ai dit plus haut ce n’est pas par ces éléments que l’auteur a su se faire remarquer, même si par la suite il saura mettre en scène de jolis twists dans ses romans ultérieurs. Malgré les flashbacks, la narration se révèle linéaire. C’est sans doute voulu par l’auteur et le procédé fonctionne, on a parfois l’impression d’être avec Daniel dans sa cellule à pleurer sur ce qui a été et ne sera plus jamais. Cependant le final se révèle quelque peu convenu.

Ce premier roman révèle déjà toute l’étendue du talent de R. J. Ellory qui finira par établir la réputation de l’auteur auprès des lecteurs friands d’ambiance sombre et mélancolique. Mais il a le malheur d’arrivé un peu tard dans mon parcours de lecteur pour que je puisse profiter de toute sa profondeur historique.

Résumé: Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.
1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Papillon ne nuit, premier roman publié de R. J. Ellory, nous emporte là où rodent la folie et le complot.

  • Poids de l’article : 300 g
  • ISBN-10 : 225318442X
  • ISBN-13 : 978-2253184423
  • Dimensions : 11.1 x 6.6 x 36 cm
  • Éditeur : Le Livre de Poche (1 février 2017)
  • Langue : : Français

Harleen de Stjepan Šejic, folie trop douce

Introduite dans la série animée désormais culte des années 90 et sobrement intitulé batman, le personnage d’Harley Quinn fut ensuite intégré au monde des comics en devenant une nouvelle ennemie régulière du chevalier noir avant d’être intronisée icône de la pop culture par le biais d’une série de films à la qualité discutable. Et je dois avouer que ce personnage m’a toujours posé un problème, une sorte de dichotomie insoluble. D’un côté je trouvais son personnage de peste criminelle réjouissant, ses interventions apportées un vent de fraicheur dans la relation entre batman et le joker dans une Gotham souvent glauque et sordide. De l’autre j’avais du mal à comprendre comment une psychiatre avait pu basculer dans la folie criminelle aussi facilement et les différentes références à ses origines ne m’avaient jamais vraiment convaincu. Et malheureusement ce n’est pas cette nouvelle itération sur son origin story, signé par le brillant illustrateur Stjepan Šejic, qui va parvenir à boucler le dossier Harley Quinn.

On va tout d’abord évacuer l’aspect graphique de l’ouvrage. C’est magnifique, il n’y a pas d’autres mots. Šejic signe des planches d’une beauté à coupé le souffle. Il y a un énorme travail de recherche sur la composition des cases, sur les ombres et la lumière et les couleurs, le rouge surtout et en opposition des couleurs plus ternes. Bien évidemment le Joker et sa conquête occupent la première place mais l’auteur offre aussi de belles mise en image pour d’autres personnages comme poison ivy ou encore double face. Le thème de l’arlequin est présent dès les premières pages, histoire de rappeler au lecteur que la folie guette.

L’ombre de Quinn plane sur Quinzel

Le personnage D’Harleen est au centre de ce jeu de faux-semblants que met l’auteur en place. Pas toujours de manière subtile mais cela a le mérite d’accrocher le regard. Ainsi Harleen ne sera vêtu que de couleurs ternes ou sombres durant le premier chapitre, sauf après son premier jour de travail à l’asile d’Harkam où elle enfilera en haut aussi rouge que sa confiance en elle est fragile, comme si l’image qu’elle renvoie au monde s’était mis à compter pour elle suite à ce poste inespéré. Puis les vêtements sombres et ternes reprennent le dessus à mesure qu’elle fait face à l’immensité de sa tâche avant de faire un retour inattendu lorsqu’elle se heurte à la folie destructrice de la ville de Gotham. Le rouge domine tout le troisième chapitre, le symbole de l’arlequin est omniprésent, le point de rupture se rapproche.

Et ce n’est pas la plus belle planche de l’album

J’aurais aimé que ce déploiement graphique soit au service d’un scénario intelligent et qui aurait permis de mettre le doigt sur la dangerosité de personnalité manipulatrice du Joker mais malheureusement il n’en ait rien. On va passer sur quelques raccourcis scénaristiques qui s’expliquent par le format court imposé à l’auteur par l’éditeur mais je reste quand même dubitatif sur le plan final d’un adversaire bien connu de batman et surtout sur l’imbécilité de ses hommes de main qui auront au moins la décence d’être éjecté du récit assez rapidement. Mais c’est sur le cœur de son récit que l’auteur fait chou blanc.

Il échoue en effet à nous conter une relation crédible entre le Dr. Quinzel et son patient. La manipulation du Joker manque de subtilité tandis que la psychiatre diplômée peine à convaincre dans son rôle de chercheuse tant les termes liés à la psychiatrie se font rare. Ses réflexions personnelles sur les patients dont elle a la charge tiennent plus du verbiage de remplissage que du diagnostic de professionnelle. L’auteur parvient à écrire une Harleen Quinzel crédible en tant que jeune femme fragile et isolé mais jamais à lui faire revêtir une blouse blanche de manière crédible. Quant au Joker sa représentation en mannequin criminel peut évidemment s’expliquer par la représentation que s’en fait Harleen, après tout c’est elle qui nous narre son récit, mais il n’en reste pas moins que c’est un Joker un peu fade que nous est donné à voir dans ces pages.

Une plongée bien trop lisse dans la folie

Ce nouveau graphic novel du black label de DC comics, qui à bien du mal a convaincre, prouve une fois de plus à quel point il est difficile d’écrire la folie sans tomber dans la facilité. Après tout bien peu d’auteurs sont parvenus au fil des années à écrire correctement le Joker, pas en tant que nemesis ultime de batman, mais en tant qu’avatar de la folie destructrice et ravageuse. L’effort de Stjepan Šejic est louable mais reste à l’état d’essai timide et trop lisse pour être convaincant.

Résumé: Après des études mouvementées qui ont entamé sa confiance en elle, la jeune psychologue Harleen Quinzel pense enfin avoir décroché le poste de ses rêves en étant embauchée à l’Asile d’Arkham afin d’apporter son soutien et son expertise aux plus grands criminels de Gotham. Mais il est un être au sein de cet asile qui va à la fois faire chavirer son esprit et son coeur : le Joker ! Petit à petit, Harleen va se laisser séduire puis sombrer dans un abîme de folie y laissant à tout jamais son innocence et ses illusions perdues.

  • Poids de l’article : 1.02 kg
  • Relié : 224 pages
  • ISBN-13 : 979-1026816065
  • Dimensions : 22.2 x 1.8 x 28.2 cm
  • Éditeur : Urban Comics Editions (12 juin 2020)
  • Langue : : Français

Idéalis tome 1 à la lueur d’un étoile inconnue de Christopher Paolini, je t’ai dans la peau

Après s’être fait un nom dans le milieu littéraire avec sa saga de fantasy Eragon, l’autre succès young adult des années 2000, Christopher Paolini revient avec une nouvelle saga. Une saga de science-fiction cette fois-ci, on reste sur les terres de l’imagination, l’auteur invente un univers solide, très référencé, qui pose les bases d’une nouvelle épopée épique.

Les amateurs de science-fiction ne seront pas dépaysés à la lecture de cette nouvelle saga. De multiples références à des oeuvres devenues cultes parsèment l’ouvrage à commencer par le film Alien de Ridley Scott. Plus tard c’est la saga vidéo-ludique Mass effect qui s’invite dans le vortex de références qui soutiennent Idéalis. Il y en a sans doute d’autres qui m’on échappées. Cet aspect très référencé ancre le récit dans un voyage extrêmement balisé qui n’a rien d’original mais reste plaisant à lire. Le récit reste très accessible malgré l’omniprésence d’une technologie imaginaire, il suffit d’avoir lu ou vu une ou deux œuvres de science-fiction pour saisir immédiatement les concepts qui constituent cet univers.

Le récit se focalise sur Kira, l’héroïne de cette nouvelle saga. L’auteur a la bonne idée de nous la présenter comme une fille simple. Malgré son métier d’exobiologiste et sa batterie de diplôme, elle n’aspire qu’au bonheur familial et à la stabilité. Impossible de ne pas ressentir de l’empathie pour elle lorsque son monde implose. Une héroïne positive et pleine de ressources auquel il est aisé de s’identifier. Il n’y a que vers le second tiers du récit que l’auteur commet un faux pas dans son écriture. En effet, afin de développer certains personnages secondaires, l’auteur n’a rien trouvé de mieux que de lancer Kira dans une suite de questions réponses assez intrusive et forcés. La démarche paraît artificielle tout comme les prétextes trouvés par l’auteur pour justifier ces confessions. Mais à part ces écarts, qui permettent quand même d’épaissir des personnages secondaires attachants mais là aussi très classiques, Kira campe parfaitement l’héroïne embarquée malgré elle dans l’aventure et qui découvrira les mystères intersidéral en même temps que le lecteur.

Malgré son nombre de pages conséquents, près de 800 si l’on excepte ses appendices et la postface, le rythme est soutenu. L’auteur ménage les passages de tension, les scènes d’action et les instants plus calmes sans que l’on ressente jamais un manque de souffle. Le fait que certaines informations primordiales aux mésaventures de Kira transite par ses rêves est par contre assez regrettable car certaines informations restent nébuleuses. Ces passages brisent quelque peu le rythme de lecture sans pour autant être fondamental au développement du récit. Il faudra d’ailleurs un long dialogue vers la fin du livre pour tamiser la masse d’informations recueillies durant ce premier tome pour que l’on y voit un peu plus clair. L’auteur maîtrise donc parfaitement sa narration mais pas encore complètement la manière dont il transmet les clés de son récit.

Un premier tome convaincant, une nouvelle saga qui ne réinvente rien mais qui promet des heures de lectures passionnantes dans un univers bien construit en compagnie d’une héroïne attachante.

J’en profite pour remercier le site babelio et les Éditions Bayard qui m’ont envoyé l’ouvrage dans le cadre d’une opération masse critique.

Résumé: Kira Navárez rêvait d’un monde nouveau.
Elle vient de réveiller un cauchemar d’une ampleur intersidérale…
Lors d’une mission de routine sur une planète inconnue, Kira découvre un organisme vivant d’origine extraterrestre. Fascinée, elle s’approche de l’étrange poussière noire. La substance s’étend sur tout son corps et commence à prendre le contrôle. Kira, en pleine transformation, va explorer les dernières limites de sa condition d’être humain.
Mais quelle est l’origine de cette entité ? Quelles sont ses intentions ?
La scientifique n’a pas le temps de répondre à ces questions : la guerre contre les aliens est déclarée, et Kira pourrait bien être le plus grand et le dernier espoir de l’humanité.

  • Poids de l’article : 1.22 kg
  • Broché : 848 pages
  • ISBN-13 : 979-1036325069
  • Dimensions : 15.3 x 4.5 x 22.8 cm
  • Éditeur : Bayard Jeunesse (14 octobre 2020)
  • Niveau de lecture : 12 et plus
  • Langue : : Français

L’Âge de la folie, T1 : Un soupçon de haine de Joe Abercrombie , et une grande rasade de plaisir

Dans le ciel d’Adua, les cheminées industrielles crachent leur fumée et le monde nouveau regorge de possibilités. Mais les temps anciens ont la peau dure. À la frontière du Pays des Angles, dans un bain de sang, Leo dan Brock cherche à se couvrir de gloire… et à écraser les hordes de maraudeurs. Pour vaincre, il a besoin du soutien de la couronne. Hélas, le prince Orso ne vit que pour trahir…

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Chronique : Difficile de retranscrire en quelques mots la joie que j’ai eu en découvrant que j’allais avoir l’occasion de lire en exclusivité le nouveau roman de Joe Abercrombie. Cet auteur anglais de fantasy est le plus doué mais également le plus irrévérencieux que j’ai pu lire. En cela il s’apparente à ce camarade de classe au lycée qui passait son temps à sécher les cours et défier l’autorité tout en obtenant les meilleures notes.

Abercrombie s’amuse en effet à tordre les codes du genre dans lequel il a décidé de devenir l’une des têtes d’affiche, la fantasy, un genre qui est devenu extrêmement codifié au fil des décennies, au point de paraître parfois sclérosé. Avec deux trilogies déjà parues, trois récits indépendants et un recueil de nouvelles l’auteur est parvenue à redéfinir les codes de la fantasy. Sa recette pour y parvenir est simple, une intrigue faites de complots, de trahison et de guerres absurdes, le tout servie par des personnages complexes à la personnalité bien étudiée et des dialogues taillés sur mesure.

Avec ce premier volume de L’âge de raison il entame le second cycle qui développe l’univers de La première loi, sa toute première saga, dont le twist final m’avait laissé pantois tellement je ne l’avais pas vu venir. Évidemment la lecture de cette première trilogie est chaudement recommandée si vous voulez saisir toutes les références distillées dans le présent ouvrage ainsi que le nouveau statu-quo politique et géopolitique. Les amateurs de cette saga initiale se retrouveront vite en terrain connu tandis que les lecteurs imprudents risquent de sentir une certaine frustration à ne pouvoir saisir toutes les subtilités de l’intrigue. L’auteur profite de ce second cycle se déroulant dans le même univers pour casser un autre code de la fantasy qui veut que le progrès reste au point mort dans les univers fantastiques, condamnés à stagner éternellement dans un moyen Âge où la technologie n’évolue pas. Ici Abercrombie invite la révolution industrielle dans son récit avec toutes les conséquences que cela entraîne.

Mais trêve de tergiversations, ce premier volume d’un nouveau cycle se révèle-t-il à la hauteur des attentes ? En ce qui me concerne c’est un grand oui même s’il faut reconnaître que l’auteur se contente d’aiguiser sa plume avec les mêmes outils et que les connaisseurs de son style ne sauront guère surpris à la lecture ce nouveau roman. Mais la formule à beau être connue elle n’en reste pas moins acérée et efficace.

Ladite formule repose sur des ingrédients simples que certains auteurs, de fantasy mais pas uniquement, feraient mieux de reprendre à leurs comptes. Une formule qui consiste à laisser la part belle aux dialogues ciselés et où chaque personnage rivalise de sarcasmes et de réparties cinglantes. Des dialogues soutenus par des personnages complexes, perclus de contradictions, de ressentiments, d’ambitions, de désir, en somme des personnages profondément humains auxquels l’auteur parvient à accorder de l’épaisseur en quelques réflexions intérieures qui nous font part de tous leurs paradoxes.

Les protagonistes principaux sont nombreux mais l’auteur parvient à laisser de la place à chacun d’entre eux, y compris les personnages secondaires. Certains d’entre eux répondent aux figures classiques de la fantasy mais toujours avec cette touche grinçante signée Abercrombie. D’autres par contre sont des parfaits exemples de personnalités que nous adorons détester à travers les médias et les réseaux sociaux. Ainsi le prince dépravé Orso, exemple typique de la décadence royale, fait écho à une certaine Paris Hilton, mais le dégoût qu’il inspire à la population n’est jamais aussi grand que celui qu’il ressent envers lui-même. À l’opposé la déterminée Savine renvoie à l’image du capitaine d’industrie avide de profit et peu regardant sur les conditions de travail de ses employés, mais son cynisme et son ambition cachent une impuissance face à la pression sociale et une rage qui la pousse à prouver au monde sa valeur. Le premier tiers du récit permet de faire connaissance avec tout ce beau monde avant que l’action ne déferle de manière irrémédiable.

Les scènes d’action sont autre atout du récit, là où d’autres auteurs s’attachent à détailler précisément la moindre action ainsi que le moindre brin d’herbe du champ de bataille, Abercrombie lui va nous décrire la bataille pour ce qu’elle est vraiment, une apocalypse sans nom où mille choses se déroulent en même temps, où la bravoure est aussi rare que l’honnêteté en politique, où la survie tient plus de la chance que de l’expérience. Il adopte le point de vue d’un spectateur lambda qui assisterait à une scène de bataille médiévale sans en connaître le vocabulaire pour narrer simplement des scènes de combat réalistes. Il en résulte une grande clarté dans ces scènes où souvent les protagonistes sont tout aussi désemparés que le lecteur.

L’ouvrage offre peu de descriptions et l’auteur ne s’attarde guère sur cet aspect de la narration, sans doute a-t-il conscience que cela n’est pas le point fort de sa plume mais peu importe au final car l’intrigue, qui n’a fait que se dévoiler partiellement durant ce premier tome, et les personnages suffisent amplement à accomplir le voyage sur les terres de l’Union. L’intrigue est un entrelacs de complots et de conflits territoriaux auréolé de revendications sociales qui font bien sûr échos aux troubles qui secouent nos chers pays occidentaux.

Avec cet auteur il faut s’attendre à tout, et même si mes connaissances sur son univers me permettent de voir parfois les ficelles de son intrigue je m’attends à être agréablement surpris dans les tomes suivants dont je vais ardemment surveiller la parution.

  • Poids de l’article : 740 g
  • Broché : 528 pages
  • ISBN-13 : 979-1028118341
  • Dimensions : 15.4 x 4.2 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (2 décembre 2020)
  • Langue : : Français

 

Retour sur l’année 2020 avec mes meilleures lectures de littérature générale

Dissimulés parmis toutes mes lectures policières et fantastiques de l’année 2020, quelques livres de littérature française générale se sont glissés et ont su m’accaparer tant par leurs styles que par leurs histoires. Certains d’entres eux se rapprochent d’ailleurs beaucoup de la littérature noire de par leurs thèmes, leurs personnages et leurs atmosphères pesantes. L’heure n’est pas encore aux bonnes résolutions pour l’année prochaine mais je vais pourtant en prendre une dès maintenant, celle de lire plus de littérature générale, qu’elle soit d’origine française ou étrangère. Cela va me demander un peu d’effort et de discipline, et surtout d’arrêter de me faire piéger par des quatrième de couverture mensongères. En attendant je vous laisse découvrir ce classement composé de cinq ouvrages qui m’ont marqué en cette troublante année.

1 Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona

On commence fort avec l’un des romans le plus pessimiste qu’il m’ait été donné de lire cette année. Un roman d’une noirceur absolue, une atmosphère étouffante, des scènes d’une crudité malsaine et une cruauté implacable. Tels sont les éléments qui parcourent ce roman sans concessions. Une roman d’une beauté saisissante, une beauté sombre et inavouable. Un roman où les réflexions personnelles des personnages sont des tirs de sniper qui visent juste à chaques fois.

https://culturevsnews.com/2020/09/22/derriere-les-panneaux-il-y-a-des-hommes-de-joseph-incardona-lorsque-lasphalte-nous-rappelle-notre-condition-humaine/

2 Mon père de Grégoire Delacourt

En seconde place se trouve à nouveau un livre d’une noirceur insondable. La douleur d’un homme face à l’horreur. La rage d’un père impuissant face au traumatisme de son enfant. La tristesse d’un catholique qui se voit confronté aux limites de sa foi. Un livre que l’on achève les joues striés de larmes et le ventre noué par des hauts-le-cœur.

https://culturevsnews.com/2020/09/07/mon-pere-de-gregoire-delacourt-et-de-lignoble-surgit-la-beaute/

3 Comment cela finit de Saskia Sarginson

On passe à un recit plus positif mais tout aussi poignant. Il faut laisser à l’auteur le temps d’installer son récit avant d’avoir la possibilité de lire des scènes d’une tendresse qui arracheront des larmes même aux cœurs le plus endurcis. Les personnages sont d’une justesse rarement égalée et le destin de Hedy constitue la véritable force du récit.

https://culturevsnews.com/2020/02/21/comment-cela-finit-de-saskia-sarginson/

4 L’emprise de Marc Dugain

On repart sur un roman noir, non pas par l’atmosphère pesante mais par son cynisme et son pessimisme. La nature humaine n’est pas à l’honneur dans ce récit qui prend des airs de chronique d’espionnage. Le style journalistique de l’auteur évite l’emphase et permet de prendre la mesure de la gangrène qui règnent dans le paysage politique français.

https://culturevsnews.com/2020/02/21/comment-cela-finit-de-saskia-sarginson/

5 Le petit Lebanski de Stéphane Chamak

On finit ce classement par le seul auteur auto-édité que j’ai lu cette année. La raison est toute simple j’emprunte les livres en médiathèque où les auto-édités sont rares malheureusement et je dispose d’un budget serré, d’ailleurs parmis les livres de ce classement figure un seul livre envoyé par une maison d’éditions. L’auteur m’as fait l’honneur de me contacter personnellement et de m’envoyer son roman . J’ai eu le plaisir de découvrir une plume qui manie aussi bien le sarcasme, le cynisme, l’humour grinçant mais aussi l’intime. Si toute la partie burlesque du récit est plaisante à suivre c’est lors de ces scènes intimes que l’auteur démontre tout son talent à travers la relation de ce fils et son père perclus de non-dit douloureux. Un auteur à découvrir et qui nous réserve de belles surprises à l’avenir.

https://culturevsnews.com/2020/08/04/le-petit-lebanski-de-stephane-chamak-quand-la-vie-vous-ricoche-sur-la-figure/

Retour sur l’année 2020 avec mes meilleures lectures fantastiques

On continue la rétrospective 2020 avec cette fois-ci les œuvres qui m’ont le plus enthousiasmé dans le domaine des lectures de l’imaginaire. Un genre souvent méprisé mais qui offre pourtant de superbes moments d’évasions. Un classement composé uniquement de cinq ouvrages il a fallu faire des choix malheureusement. Petite précision sur ce classement les lectures du mois de décembre ne seront évidemment pas oubliées elles apparaîtront dans le classement de l’année prochaine.

1 chien de guerre d’Adrian Tchaikovsky

On commence avec de la science-fiction, un récit dont le personnage principal est un chien et où l’homme tient le second rôle, et pas le plus glorieux. Mais pas n’importe quel chien, une machine à tuer commandé par l’homme qui va peu à peu prendre son indépendance. Une fable remplie d’humanité comme son titre ne le laisse pas paraître.

Chiens de guerre d’Adrian Tchaikovsky, science sans conscience…

2 une cosmologie de monstres de Shaun Hamill

Une lecture déconcertante car l’horizon de lecture était tout autre au moment d’entamer la lecture. Shaun Hamill signe une œuvre poignante et profonde avec en toile de fond l’héritage lovecraftien. Si vous souhaitez découvrir une saga familiale parsemée d’éléments fantastique ce livre est fait pour vous.

Une cosmologie de monstre de Shaun Hamill

3 Vaisseau d’arcanes d’Adrien Tomas

Voilà sans doute la lecture de fantasy la plus rafraîchissante que j’ai pu lire cette année. Un univers où la magie côtoie la technologie, des personnages immédiatement attachants et un récit tout sauf manichéen. Un auteur qui ne demande qu’à ce que je découvre le reste de ses œuvres.

Vaisseau d’arcanes d’Adrien Tomas/ éditions Mnémos / 28 août

4 Cochrane vs Cthulu de Gilberto Villarroel

J’adore lorsqu’un auteur parvient à s’emparer des éléments de l’univers de Lovecraft pour écrire sa propre histoire. Dans ce récit où la brume maritime dissimule de sombres créatures, vous pourrez suivre une figure historique anglaise, lord Thomas Cochrane, qui assiège fort Boyard rien que ça.

Cochrane vs cthulu de Gilberto Villarroel, la bataille secrète de fort boyard

5 l’outsider de Stephen King

On achève ce classement sur une lecture récente, il n’y aura donc pas de lien renvoyant vers une chronique antérieure. Quelques lignes suffiront pour vous dire que cette livraison 2019 du maitre de l’horreur m’a bien plus convaincu que l’institut paru en début d’année. La narration resserrée, la variation sur l’image du croque-mitaine, les retournements de situation que je n’avais pas vue venir et une intrigue constamment sur la corde raide permettent à ce thriller horrifique d’atteindre la cinquième place du classement malgré une fin précipitée mais les connaisseurs du King ont l’habitude malheureusement.