Retour sur l’année 2020 avec mes meilleures lectures polars

Aussi anxiogène, amer et morbide fut-elle l’année 2020 signe aussi ma première année complète en tant que blogueur sur culturevsnews. Une année faste faite de découvertes, d’échanges, de rencontres, souvent virtuelles étant donné la situation actuelle, de déceptions et surtout de lectures passionnantes. Alors que le compteur approche doucement des 130 livres lus, j’ai pris la décision de condenser mes meilleures lectures sous forme de classement séparés en trois parties, une consacrée aux polars, une autre aux récits fantasy, fantastiques et de science-fiction et enfin un dernier focalisé sur la littérature générale. Ce classement, complètement subjectif, réunit aussi bien des nouveautés que des ouvrages parus depuis plus longtemps et chacun d’entre eux pourraient être une idée cadeau pour une certaine fête qui arrive. Pour chacun des titres choisis je mettrais un lien qui ramène à la chronique originale.

1 le sang du bayou de Joe R. Lansdale

Pour la première place du classement je triche un peu le sang du bayou est en effet un groupement de trois romans, une édition colossale qui atteint les 800 pages. Les trois récits sont tous de qualité mais si vous lancez dans cette lecture vous effraie vous pouvez vous contenter de dénicher le second récit de cette édition les marécages. Un récit noir situé dans une Amérique sudiste où le racisme et la ségrégation sont encore les piliers de la société, la plume immersive et évocatrice de Lansdale ne vous laissera pas indemne.

https://culturevsnews.com/2020/10/17/le-sang-du-bayou-de-joe-r-lansdale-quand-le-sordide-et-le-racisme-sont-au-service-dune-jolie-plume/

2 la mort selon Turner de Tim Willocks

On continue avec un auteur qui ne m’a jamais déçu jusqu’à présent, j’ai nommé Tim Willocks. Il signe ici un western moderne sanglant et sans aucune concession ainsi qu’un portrait peu glorieux de l’Afrique du Sud gangrenée par la violence, la corruption et la misère la plus totale.

https://culturevsnews.com/2020/02/10/la-mort-selon-turner-de-tim-willocks/

3 Représailles de Florian Eglin

Encore un roman noir violent et sans concessions, à se demander quelles sombres pulsions sommeillent en moi pour apprécier de tels récits ? Représailles est un traité sur la violence et ses conséquences dévastatrices. Cette œuvre est tel un fauve enragé, il va vous sauter à la gorge et ne plus vous lâcher.

https://culturevsnews.com/2020/03/18/represailles-de-florian-eglin/

4 Tout un été sans Facebook de Romain Puertolas

On enchaîne avec une lecture plus légère mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas une certaine profondeur dans ce récit à l’humour omniprésent. L’auteur manie le style et la forme pour une œuvre qui agit comme un véritable bol d’air frais.

https://culturevsnews.com/2020/09/20/tout-un-ete-sans-facebook-de-romain-puertolas-saint-reseau-sociaux-delivre-nous-du-mal/

5 City of Windows de Robert Pobi

C’est un polar addictif qui occupe la cinquième place du classement. Celui qui fut ma première lecture de l’année résonne encore dans ma tête avec son style accrocheur et son récit trépidant mâtiné de critique sociale. Un portrait grinçant de l’Amérique et de sa culture de la violence.

https://culturevsnews.com/2020/01/06/city-of-windows-de-robert-pobi-8-janvier-2020/

6 Sur le ciel effondré de Colin Niel

Un récit d’une noirceur et d’un pessimisme rarement égalé soutenu par une plume aérienne et poétique. Un constat amer sur la Guyane moderne. Un auteur dont il me tarde de découvrir les autres ouvrages.

https://culturevsnews.com/2020/09/30/sur-le-ciel-effondre-de-colin-niel-un-cauchemar-pourtant-bien-reel/

7 L’arbre aux fées de B. Michael Radburn

Au moment de constituer la liste des ouvrages qui devait figurer dans ce classement je me suis surpris à sélectionner celui-ci plutôt que d’autres. L’arbre aux fées fût une lecture plaisante mais pas une pépite non plus. Pourtant la plume poétique de l’auteur teintée de mélancolie, ses descriptions d’une ville en voie de disparition et ses paysages enneigés accaparent encore mon esprit. Un auteur que je vais suivre avec attention et que je rapproche de l’auteur islandais Arnaldur Indridason de par son récit profondément empathique.

https://culturevsnews.com/2020/09/27/larbre-aux-fees-de-r-michael-radburn-un-voyage-enchanteur-empreint-dune-poesie-melancolique/

8 Bienvenue à Gomorrhe de Tom Chatfield

L’année 2020 a également été pour moi l’occasion de signer mon premier partenariat avec une maison d’édition, les Éditions Hugo m’ont en effet accordé leur confiance depuis quelques mois pour chroniquer leurs romans policiers. Bienvenue à Gomorrhe fût une excellente surprise, un techno-thriller sur fond d’espionnage qui donne l’impression de se passer dans un autre monde tant il décrit un univers angoissant mais malheureusement terriblement réel.

https://culturevsnews.com/2020/10/15/bienvenue-a-gomorrhe-de-tom-chatfield-inutile-de-lutter-vous-avez-deja-perdu/

9 Brasier noir de Greg Iles

Décidément les ravages du racisme et de la ségrégation auront marqué mon année de lecteur. Même si l’auteur m’a déçu avec le second volet de sa trilogie, il faut reconnaître que le premier volume est un récit d’une noirceur écarlate qui jette une lumière aveuglante sur la mentalité sudiste. Un récit dense mais à la narration claire qui vous entraînera dans un maelström d’horreur.

https://culturevsnews.com/2020/04/07/brasier-noir-de-greg-iles-actes-sud/

10 Ceci n’est pas unechanson d’amour d’Alessandro Robecchi

On termine avec un polar italien des plus jubilatoires. Ce récit qui oscille entre l’humour et le cynisme propose de vous emmener à travers les rues de Milan dans une virée dont tout le monde ne ressortira pas indemne. Une réflexion sur la société du spectacle audiovisuel qui en reprend les codes pour nous offrir un régal de situations comiques et tendues.

https://culturevsnews.com/2020/08/20/ceci-nest-pas-une-histoire-damour-dalessandro-robecchi-20-aout-2020/

New-York 2140 de Kim Stanley Robinson, l’humanité trouvera toujours un chemin

Le nouveau livre de Kim Stanley Robinson, un auteur renommé et récompensé à de multiples reprises, brasse tellement de thèmes disparates qu’il risque bien de laisser nombre de lecteurs sur le rivage. Pourtant le sujet dont il traite et la manière de le mettre en scène mérite l’attention.

Les premières pages de ce récit à l’intrigue décompresser feront prendre conscience de deux choses au lecteur. La première c’est qu’il est face à une œuvre exigeante, ardue même par moments, mais aussi profondément intéressante tant par l’univers mis en place, la ville de New York immergée et toutes les conséquences que cela implique, que par le propos qui va au-delà du simple discours écologique. La deuxième c’est que cette œuvre, qui dépasse de loin le cadre de la science-fiction, est une œuvre protéiforme qui adopte un nouveau genre littéraire quasiment à chaque chapitre. On est parfois en train de lire un pamphlet contre la société occidentale consumériste avant de plonger dans un récit d’aventures et de chasse au trésor avant d’obliquer vers un thriller politique, le tout englober dans une ode à une ville insubmersible et fascinante, New York. L’ensemble du récit est un patchwork littéraire formant ainsi l’un des ouvrages les plus ambitieux qui m’ait été donné de lire cette année. Les différents personnages, assez nombreux, permettent de faire le lien entre chacun de ses passages de la narration.

Des personnages qui sont beaucoup mieux écrits que ce à quoi je m’attendais dans ce genre d’ouvrage. C’est une réalité dans ce genre de livre univers où l’auteur cherche à délivrer un message la caractérisation des personnages passent au second plan. Ici l’auteur n’a pas oublié qu’une bonne histoire c’est avant tout de bons personnages. Chacun d’entre eux est développé de manière égale, possèdent son arc narratif et son heure de gloire. On pourra ainsi faire la rencontre de Franklin, le trader cynique qui attendait juste d’avoir une cause à défendre et qui révélera son humanité au cours du récit lorsqu’il s’inquiète du sort de deux orphelins dont il se fichait royalement plus tôt. On suivra également Amelia, star du cloud, dans ses aventures rocambolesques pour la survie des espèces menacés à bord de son dirigeable automatisé. On embarquera avec l’inspectrice Gen, ancienne sumo aquatique, dans sa lutte pour garder un semblant d’ordre dans les canaux New Yorkais tandis que Charlotte, avocate et présidente du syndicat de copropriété du MET tente de déjouer l’OPA hostile dont son association est victime, épaulée par Vlade, le concierge plein de ressources de l’immeuble où tous ces personnages résident et vont unir leurs forces facent aux épreuves qui les attendent. Enfin impossible de finir cette litanie sans citer Idelba, capitaine d’une simple barge qui n’hésite pas à sortir en pleine tempête pour secourir ses concitoyens.

La plume de l’auteur se fait parfois didactique, comme lors de ses longues diatribes sur la finance mondiale, sans aucun doute les passages les plus rébarbatifs, mais elle s’allège lors des passages narratifs pour prendre des allures épiques, offrant ainsi au récit de purs moments de grâce. L’auteur a tenu à complexifier son intrigue car le monde dans lequel nous vivons est complexe et si son récit s’attache surtout au sort de la ville de New York, le discours qu’il défend est universel. Un discours optimiste, teinté cependant d’un cynisme fataliste, qui va à contre-courant des discours alarmants que l’on nous assène depuis des décennies sans pour autant que les classes dirigeantes ne réagissent. Un discours qui tend à démontrer que l’humanité est résiliente est que malgré les catastrophes, dont elle est souvent responsable, elle trouvera aussi bien souvent les solutions par elle-même.

Par bien des aspects New York 2140 est une œuvre complexe, qui mérite de l’attention et de la concentration de la part des lecteurs, mais pour ceux qui sauront faire abstraction de son rythme décompressé et de son aspect didactique c’est une formidable plongée dans un récit touchant et renversant qui les attend et dont toute la portée pourrait se résumer à travers une phrase prononcée par un personnage au détour d’un dialogue « on perd jusqu’à ce qu’on gagne ».

Résumé: Avec l’élévation du niveau des mers, chaque avenue est devenue un canal, chaque gratte-ciel, une île. Pour les habitants d’un immeuble de Madison Square, cependant, New York en 2140 est loin d’être seulement une cité submergée par les eaux.

Il y a le trader, qui trouve des opportunités là où d’autres voient des problèmes. Il y a la policière, dont le travail ne disparaîtra jamais… de même que celui des avocats, bien sûr.

Il y a la star d’Internet, adulée par des millions de personnes pour ses aventures en dirigeable, et le gérant de l’immeuble, respecté par tous pour son souci du détail. Et puis il y a deux gamins qui n’habitent pas ici, mais qui n’ont pas d’autre foyer, et qui sont plus importants que quiconque pourrait l’imaginer.

Enfin, il y a les codeurs résidant temporairement sur le toit, et dont la disparition provoque une série d’événements qui vont menacer la vie de tous, et jusqu’aux fondations secrètes sur lesquelles repose la ville…

Bienvenue à New York en 2140.

  • Broché : 672 pages
  • ISBN-13 : 979-1028114374
  • Poids de l’article : 744 g
  • Dimensions : 15.3 x 4.2 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (18 novembre 2020)
  • ASIN : B08CPB4ZNH
  • Langue : : Français

Regardez « Mes 40 meilleures lectures de l’année à offrir à Noël ! » sur YouTube

La chaîne il est bien ce livre présente sa liste de ses meilleures lectures de l’année dans une longue mais passionnante vidéo. Vous cherchez quoi offrir à Noël à un proche qui a déjà tout lu ? La réponse est dans cette vidéo.

Fils-des-brumes tome 1 L’empire ultime de Brandon Sanderson, une saga épique, dense et surprenante

L’amateur de littérature fantastique que je suis n’est jamais rassasié. J’ai beau empiler dans ma mémoire de lecteur des dizaines et des dizaines de mondes imaginaires créés par des auteurs de tout horizons et de tout style, il m’en faut toujours plus. C’est pourquoi, après avoir beaucoup entendu parler de cet auteur américain et de sa saga j’ai décidé de m’aventurer sur les terres de l’Empire ultime.

Comme toute saga de fantasy les premiers chapitres ne sont qu’une longue introduction à l’univers. L’auteur parvient rapidement à nous happer dans son univers par le biais de ces deux personnages principaux. Le turbulent Kelsier, qui agira comme élément perturbateur, mentor et vecteur de changement sans jamais se défaire de son panache et de son sourire énigmatique. Vin, quant à elle, est chargée d’endosser le rôle de l’enfant prodige, l’élue qui ignore encore sa valeur. Un rôle lu et relu auquel l’auteur parvient à accorder de la profondeur en insistant sur l’aspect méfiant et réservé de son héroïne, qui n’arrive tout simplement pas à concevoir qu’il lui arrive enfin quelque chose dans sa vie dont elle n’est pas victime.

Puis très vite l’intrigue prend une direction plus linéaire. On suit Vin, qui endosse véritablement la cape de personnage principal, dans sa découverte d’un univers inconnu et de pouvoirs insoupçonnés. Le système de magie mis en place par l’auteur est original, structuré et offre suffisamment de subtilité pour de futures surprises. La plume simple, sans lyrisme ni emphase, permet de détailler tous les éléments nécessaires à la compréhension de l’intrigue, la magie, le système politique, l’Histoire de l’empire sans jamais donner l’impression de lire un exposé, le tout est intégré à la narration. D’un autre côté on pourrait reprocher à l’ouvrage d’être trop linéaire, on se focalise sur Vin pour ne la délaisser qu’à de rares occasions, ce qui entraîne parfois une certaine lassitude.

L’ouvrage ne souffre pas de longueurs à proprement parler mais l’intrigue fait du surplace sur certains points durant de nombreuses pages avant de connaître des soubresauts pas toujours très bien amenés. Toutefois l’auteur maîtrise suffisamment la narration pour nous offrir d’intenses chapitres qui font la part belle à l’action et aux combats. J’avais peur que certains passages durant lesquelles Vin doit endosser un rôle à cent lieues de ses origines se révèlent particulièrement ennuyeux mais il n’en ait rien. Certes les intrigues de cours que l’auteur cherche à mettre en place n’atteignent jamais la profondeur et la complexité d’autres grandes sagas de fantasy mais permet de mettre en place une idylle entre Vin et un personnage auquel je suis parvenu à m’attacher, à ma plus grande surprise.

Aussi linéaire soit l’intrigue, elle réserve toutefois d’excellentes surprises et autres retournements de situation, surtout vers le dénouement, qui pourrait apparaître comme précipité mais qui a le mérite de ne pas faire traîner certaines situations. Le lecteur tatillon pourra quand même se demander à quoi bon tous ces complots et cet espionnage auquel s’adonnent les protagonistes durant les deux tiers de l’ouvrage pour un maigre résultat mais ce serait pinailler. L’auteur, désireux de donner un coup d’accélérateur, à son intrigue a préféré conclure certaines intrigues et préparer le terrain pour un volume deux qui s’annonce tout aussi épique.

L’amateur de fantasy est donc satisfait avec ce premier volume d’une saga prometteuse. Des personnages bien écrits, un univers riche et complexe, il y a là de quoi combler l’appétit de n’importe quel ogre de lecteur. J’espère juste que l’auteur saura conjuguer les intrigues sur le long terme et la résolution de celles-ci dans les futurs tomes de sa saga sans forcément verser dans l’action trépidante mais un peu facile.

Résumé: Les brumes règnent sur la nuit, le Seigneur Maître sur le monde.

Vin ne connaît de l’Empire Ultime que les brumes de Luthadel, les pluies de cendre et le regard d’acier des Grands Inquisiteurs. Depuis plus de mille ans, le Seigneur Maître gouverne les hommes par la terreur. Seuls les nobles pratiquent l’allomancie, la précieuse magie des métaux. Mais Vin n’est pas une adolescente comme les autres. Et le jour où sa route croise celle de Kelsier, le plus célèbre voleur de l’Empire, elle est entraînée dans un projet fou : renverser l’Empire.

  • Poche : 928 pages
  • ISBN-10 : 2253023604
  • ISBN-13 : 978-2253023609
  • Dimensions : 10.8 x 5 x 17.7 cm
  • Éditeur : Le Livre de Poche (12 octobre 2011)
  • Poids de l’article : 440 g

L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe, sombre époque, sombre cœur

Voilà un roman noir qui remporte haut la main le prix de l’originalité. Pensez donc, prendre comme personnage principal un flic ripoux et collabo afin de revenir sur la période la plus honteuse de l’histoire française, à savoir l’occupation allemande durant la Seconde Guerre Mondiale. Une œuvre qui marche sur la corde raide tant le sujet est encore délicat à aborder de nos jours mais qui s’en tire plutôt bien.

Le récit est donc avant tout le portrait d’un homme, un anti-héros comme on en fait peu. Tout le génie de l’auteur est d’être parvenu à dresser le portrait d’un homme de son époque tout en apportant quelques nuances salvatrices pour le lecteur, histoire de se dire que l’on n’est pas en train de suivre les enquêtes d’un parfait salopard, même si on en ait pas loin. L’inspecteur Sadorski est donc un homme de son époque, traumatisé par un épisode sanglant de la drôle de guerre, misogyne, raciste et fervent patriote. Un antisémitisme convaincu finit de brosser le portrait de ce français fier de collaborer avec l’Allemagne. Au niveau professionnel ce n’est guère plus reluisant, Sadorski empoche régulièrement des pots-de-vin, applique à la lettre les consignes de l’occupant, voue un culte au maréchal Pétain, capable des pires manipulations pour parvenir à ces fins et n’a rien contre la torture lors des interrogatoires. Un homme charmant donc, qui malgré son dévouement à la cause nazie aura l’occasion de découvrir les prisons douillettes de Berlin ainsi que les pratiques d’incarcération qui n’ont rien à envier aux prisons françaises. Ce sera l’une des seules occasions de voir se fendiller le masque mesquin de l’inspecteur et d’y déceler une trace d’humanité. Un personnage détestable donc mais que l’on prend plaisir à voir se débattre entre patriotisme mal placé et servilité infâme. Il y a juste une scène vers le dénouement qui m’a un peu surpris par son voyeurisme. Une scène qui tranche avec l’élan d’empathie dont il a pu faire preuve quelques pages en amont mais c’est un détail, globalement l’auteur dresse un portrait convaincant d’un homme complexe.

En ce qui concerne l’intrigue celle-ci ne commence qu’après cet intermède douloureux sur les terres d’Hitler. En fait d’enquête durant l’occupation l’auteur a surtout voulu retranscrire le quotidien d’un policier durant cette période trouble. On suit donc ce cher Sadorski durant des rafles, des contrôles publics, des interrogatoires musclés et lors de promenades bucoliques avec des officiers allemands. L’enquête passe quelque peu au second plan sans pour autant que le rythme s’en retrouve alourdi. La description du travail auquel s’applique l’inspecteur est suffisamment glaçant pour nous maintenir en haleine.

Par contre il faut souligner que l’auteur n’est pas vraiment parvenu à décrire Paris et l’atmosphère de cette France pétainiste. La faute a un style technique qui déroule tout l’organigramme des services de police français et ceux de la Gestapo mais oublie d’insuffler un peu de caractère aux rues de Paris. Le roman s’attache beaucoup à la psychologie de son personnage principal, qui est une réussite, mais ne parvient pas à nous faire respirer l’air de cette époque si particulière dans les lignes de son récit.

Un roman courageux, qui a le mérite de regarder en face un passé que beaucoup préfèrent oublier. Un roman original mettant en scène un personnage à la psychologie fine, un monstre persuadé de servir une cause juste mais avec tout de même un certain sens de la justice. Un récit qui ne peut laisser indifférent, un témoignage nécessaire sur une sombre époque hanté par de sombres coeurs.

Résumé: Avril 1942. Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation. Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les  » terroristes « .
Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police… De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi.

  • Poids de l’article : 499 g
  • Broché : 512 pages
  • ISBN-10 : 2221187776
  • ISBN-13 : 978-2221187777
  • Dimensions : 14.2 x 3.6 x 22.6 cm
  • Éditeur : Robert Laffont (25 août 2016)
  • Langue : : Français

Truth seekers saison 1 sur Amazon prime video, Youtubeur fais mois peur

Le duo Simon Pegg et Nick Frost ont égaillé le début des années 2000 avec la fameuse trilogie cornetto mise en scène par le réalisateur Edgar Wright. Les trois films qui composent la trilogie, Shaun of the dead, Hot Fuzz et le dernier pub avant la fin du monde ont su s’imposer comme des références en matière d’écritures et de mise en scène. Les deux compères reviennent avec une série baptisée truth seekers disponible sur Amazon prime video.

Le premier rôle échoit cette fois-ci à Nick Frost tandis que Simon Pegg nous fait l’honneur de nous éblouir dans un second rôle, capillairement hilarant, qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Au reste du casting on retrouve le légendaire Alex d’orange mécanique, Malcom McDowell qui vole presque la vedette aux rôles principaux. Emma D’Arcy, Samson Kayo et Suzan Wokoma complètent le casting.

Ces deux-là mériteraient une série à eux seuls

La série s’intègre dans le genre de la comédie horrifique. Un genre très difficile à manipuler car il nécessite de maîtriser l’équilibre fragile entre l’humour et le frisson. À ce jeu d’équilibriste il faut bien reconnaître que la série penche majoritairement vers l’humour tant par l’écriture de ses personnages que par ses dialogues, souvent savoureux. Le frisson se retrouvera relégué à quelques scènes peu convaincantes. L’intérêt de cette histoire de technicien du câble à la poursuite de spectres en campagne anglaise se situe ailleurs.

Les personnages et leurs écritures sont les piliers de cette série qui n’a d’autres prétentions que de vous faire passer un bon moment. Le duo formé par Gus et Elton fonctionne à merveille, l’alchimie entre les deux acteurs est palpable. Le reste du casting vient gentiment épauler ces deux baroudeurs de l’extrême. La série se sert avec parcimonie des nouvelles technologies pour émailler les épisodes de jolies trouvailles d’écritures, comme lors de cet échange à cœur ouvert entre les cinq personnages principaux lors d’un live youtube.

Oui ce sont bien eux les meilleurs chasseurs de fantôme anglais

Le rythme de huit épisodes de trente minutes est parfait pour capter l’attention du spectateur sans prendre le risque de laisser de côté des aspects du scénario. La faiblesse principale de la série vient de la volonté des auteurs d’écrire un complot qui prend, peu à peu, de plus en plus d’importance au fil des épisodes. Une sous-intrigue poussive et inutilement alambiquée qui a bien plus de mal à convaincre que l’écriture des personnages. La série aurait gagné en efficacité en se concentrant sur des intrigues indépendantes à chaque épisode.

Malgré ce défaut qui gâche quelque peu les derniers chapitres de cette première saison, Truth seekers est une série rafraîchissante avec à sa tête un duo de créateurs iconiques de la culture pop, un casting étincelant et un humour malin qui laisse place à des moments d’émotions subtiles. Ces ghostbusters du dimanche vont vous faire passer un bon moment à défaut de vous faire vraiment peur.

Simon Pegg et sa tête de démarcheur à domicile

Synopsis: Installateur pour le plus grand fournisseur d’accès internet de Grande-Bretagne, Gus Roberts s’intéresse de près en parallèle aux affaires paranormales. Il embarque dans ses flippantes aventures Elton John, la nouvelle recrue qu’il doit former. Alors qu’il filme des lieux prétendument hantés, le duo ne tarde pas à découvrir l’existence d’un complot qui pourrait menacer la race humaine tout entière.

Depuis 2020 / 30min / Comédie, Epouvante-horreur, Fantastique

Nationalité Grande-Bretagne

Chaîne d’origine

Garulfo de Ayroles et Maïrona, il était une fois une grenouille…

Oyez osez!! Avis à la population. Il est temps pour moi de vous parler du chef-d’œuvre intemporel qui a bercé mon enfance. Relue maintes et maintes fois cette bande dessinée brillamment écrite et illustré a sans nul doute participé à forger l’adulte que je suis aujourd’hui. Un récit délicieusement naïf, drôle, émouvant servis par un dessin dynamique, riches de détails et de trouvailles graphiques.

Le scénariste de cette petite merveille se nomme Alain Ayroles, il est également scénariste de l’excellentissime série de capes et de crocs, également publié chez Delcourt et qui se charge de revisiter les classiques littéraires du XVII siècle. Garulfo se concentre sur l’époque médiévale et les contes de Grimm. Il s’empare des codes des contes pour mieux les détourner sans pour autant verser dans la parodie. Garulfo tient plus du conte philosophique dénonçant les travers de la nature humaine. Comme tout conte le récit de Garulfo contient une part de naïveté qu’il faut accepter comme tel. Mais l’auteur enrobe les mésaventures de notre brave grenouille avec des dialogues truculents parsemés d’anachronismes bienvenus qui n’ont d’autres objectifs que de réveiller les zygomatiques.

Les dessins de Maïrona contribuent grandement à la réputation de la série dans le milieu des bédéphiles. Son trait fin, nerveux et très expressifs apporte un côté cartoon au récit, le tout rehaussé par les magnifiques couleurs signées Thierry Leprevost . Les deux auteurs sont tous deux passionnés par l’histoire, la littérature de tous genres et le cinéma. Il résulte donc de leurs collaborations des cases au dynamisme rarement égalé dans la bd française, certaines scènes sont des hommages appuyés au cinéma de genre.

Les aventures de Garulfo sont composées de deux cycles. Le premier cycle constitue une aventure complète mais devant le succès rencontré à l’époque par cet improbable batracien l’éditeur encouragea le duo d’auteur à produire un second cycle. Grand bien leur en a pris car c’est au cours de ce second cycle que le talent de conteur d’Ayroles et de Maïrona explose. Si le premier cycle se propose de mettre en scène un mignon petit conte naïf, divertissant avec une morale quelque peu simpliste, le second cycle, composé de quatre tomes, redistribue les cartes et nous invite à suivre le duo d’aventuriers le plus improbable de la bande dessinée française. Ce sera l’occasion pour Ayroles de signer une fable sur la nature humaine, qui a bien peu changée depuis le moyen Âge, sur la dualité de l’âme humaine et le manque de dialogue alors même que nous sommes la seule espèce à maîtriser le langage.

Une fable touchante que l’auteur a su enrober d’ingrédients délicieux afin de rendre le tout plus digeste. L’humour est le premier d’entre eux, un humour polymorphe qui fait mouche à chaque fois, on a droit à du comique de situation, de répétition, des personnages utilisés à contre-emplois et bien évidemment des dialogues savoureux et drôles. L’auteur s’amuse également à placer de multiples références à de célèbres contes. Mais contrairement au premier cycle, où cela se limitait au clin d’œil et à un hommage général, l’intrigue va cette fois-ci s’enrichir de ces contes intemporels afin d’étayer le propos de l’auteur. Les amateurs des contes de notre enfance retrouveront avec plaisir certains des personnages les plus emblématiques de cette littérature.

Je me répète mais Garulfo reste pour moi un chef-d’œuvre intemporel. Il ya tout dans cette bd, de l’aventure, de l’humour, de la romance, une morale humaniste et une bonne dizaine de détails graphiques que l’on se surprend à découvrir au cours de la dixième lecture.

La série fait maintenant partie du fond de catalogue de Delcourt mais elle est toujours disponible en deux intégrales en la commandant chez votre libraire préféré.

Résumé: Par la magie d’un doux baiser, Garulfo la grenouille est devenue prince. Mais en s’arrachant à son insouciante vie animale, l’innocent batracien s’est précipité dans les tourments de la race humaine ! La jalousie d’une princesse, la fourberie d’un roi, la cruauté d’un grand veneur se conjuguent pour faire regretter à Garulfo la douceur de sa mare natale…

Intégrale 1

  • Relié : 96 pages
  • ISBN-10 : 2756030066
  • ISBN-13 : 978-2756030067
  • Dimensions du produit : 32 x 1.5 x 23 cm
  • Poids de l’article : 898 g
  • Éditeur : Delcourt (30 novembre 2011)

Intégrale 2

  • Broché : 200 pages
  • Poids de l’article : 1.38 kg
  • ISBN-10 : 275603116X
  • ISBN-13 : 978-2756031163
  • Éditeur : Delcourt (4 avril 2012)
  • Dimensions du produit : 32 x 2 x 23 cm

Le dernier hyver de Fabrice Papillon, du girl power bien gras

Il est temps de parler de ce qui restera sans doute comme ma pire lecture de l’année 2020. Un roman ésotérique dans la pire veine de ce sous-genre de la littérature. C’est bien simple rien ne va dans ce roman ni la narration, ni les personnages ni l’histoire et encore moins le style. Nous allons détailler tout ça point par point. Je préfère avertir tout de suite que ma chronique risque d’être émaillé de spoiler donc ce qui ne l’on pas lu passez votre chemin, à moins que vous n’en ayez rien à faire.

Honneur au problème qui est mine de rien le moins problématique. La narration est extrêmement rigide, avec les classiques flashbacks qui n’apportent rien et entraîne des dialogues redondants en fin d’ouvrages mais c’est malheureusement une pratique courante du genre. Ce qui m’a le plus dérangé c’est la manière dont l’auteur étale son savoir et nous force à l’assimiler comme si l’ont été des oies à gaver. Ces chapitres sont l’occasion pour l’auteur de hurler à travers les pages de son livre « TU LE VOIS QUE JE SUIS CULTIVÉ, HEIN TU LE VOIS ? ». Le travail de recherche en amont de l’écriture est bien sûr à saluer mais la manière de faire, rigide et scolaire, est rébarbative. Les chapitres au présent sont heureusement plus digestes , les scènes d’enquêtes et d’actions offrent les rares moments plaisants du récit, mais comportent d’autres soucis.

Car cette narration est au service d’une histoire fantasque et incohérente où on est censé croire que des commandos féminins parviennent à s’introduire dans les plus grands centres de reproduction de la planète sans aucun souci et sans qu’aucun service de sécurité ne réagisse ou ne soit même alerté de leurs plans. On est aussi sensé croire que des scientifiques initiés au plus grand secret alchimique laissent de côté leurs créations imparfaites sans les placer sous étroite surveillance, et que cette même création puisse mettre sur pied sa propre organisation sans que personne ne le remarque. La fin du récit enchaîne tellement d’incohérences que c’est difficile de toutes les citées.

Et ces soucis ne sont rien à côté des personnages. Ne comptez pas vous attacher à l’un d’entre eux, l’auteur s’est efforcé de les rendre tous plus antipathiques les uns que les autres. Mis à part l’héroïne principale, Marie qui est aussi lisse et transparente que l’on est en droit d’attendre de ce genre de personnage qui est destiné à se faire manipuler pendant tout le récit. Tous les autres personnages sont des abrutis complets à commencer par la mère de Marie, Élisabeth, scientifique de génie qui préfère abandonner l’une de ses créations à son sort, plantant ainsi les germes de la haine, plutôt que de la surveiller étroitement. Création qui, à l’instar des grands antagonistes des blockbusters hollywoodien, préfère expliquer tous les détails de son plan stupide plutôt que de prendre la fuite. Tous les autres personnages sont écrits de manière à illustrer le thème principal du récit, à savoir, la guerre des sexes.

Car oui le roman se veut féministe, ou se croit féministe alors même que plus de la moitié de ses personnages féminins sont des têtes à claques insupportables. Pour nous prouver que les femmes valent mieux que les hommes, plutôt que d’écrire des personnages crédibles et attachantes, l’auteur s’est évertué à rendre ses personnages masculins détestables, sans aucune nuance. On a donc droit à des scènes pitoyables où la concupiscence et la perversité des méchants mâles est porté à son paroxysme sans que cela ne s’avère pertinent. Même le premier rôle masculin, ce pauvre Marc Brunier, fait preuve de condescendance envers ses subordonnée féminines qui ont pourtant fait leurs preuves, pour un chef d’équipe ce comportement de mâle alpha mal dégrossi et pas diplomate pour un sou paraît peu crédible. Le cause des femmes mérite beaucoup mieux que ce manifeste sans âme, creux et aussi bourrin qu’un sketch de Jean-Marie Bigard.

On va finir sur un point plus discret mais qui m’a gêné au cours de ma lecture. À de nombreuses reprises l’auteur fait preuve d’un ton méprisant envers ses personnages et le monde qui les entourent. Son style se fait hautain et insultant à de nombreuses reprises, et pas uniquement lorsqu’il s’exprime par le biais de ses personnages. Certains mots, certaines expressions, traduisent un état d’esprit condescendant, au mieux, et contribuent à auréoler l’ouvrage d’une atmosphère particulièrement malsaine et nauséabonde tant il donne l’impression d’être plus une déclaration d’intention qu’un réel récit divertissant.

Voilà j’en aïs finis avec cet ouvrage duquel je ne parviens pas à sauver le moindre élément. Ce qui m’amène à penser qu’il va vraiment falloir que je sois plus sélectif dans mes lectures. En commençant peut-être à supprimer les polars ésotériques qui, bien souvent, ne sont que des passerelles pour de mauvais écrivains servant à véhiculer leurs principes nauséeux.

Résumé: Août 415 après J-C. : La ville d’Alexandrie s’assoupit dans une odeur âcre de chair brûlée. Hypatie, philosophe et mathématicienne d’exception, vient d’être massacrée dans la rue par des hommes en furie, et ses membres en lambeaux se consument dans un brasier avec l’ensemble de ses écrits.
Cet assassinat sauvage amorce un engrenage terrifiant qui, à travers les lieux et les époques, sème la mort sur son passage. Inéluctablement se relaient ceux qui, dans le sillage d’Hypatie, poursuivent son grand œuvre et visent à accomplir son dessein.
Juillet 2018 : Marie, jeune biologiste, stagiaire à la police scientifique, se trouve confrontée à une succession de meurtres effroyables, aux côtés de Marc Brunier, homme étrange et commandant de police de la  » crim  » du Quai des Orfèvres. Peu à peu, l’étudiante découvre que sa propre vie entre en résonance avec ces meurtres.

  • Broché : 624 pages
  • Dimensions du produit : 14.1 x 4.5 x 22.6 cm
  • ISBN-13 : 978-2714475435
  • Poids de l’article : 662 g
  • Éditeur : Belfond (5 octobre 2017)
  • Langue : : Français

Les liens du sang d’Olivia Kiernan, piégé dans la toile de la haine

Moi qui n’aime rien de moins que d’être plongé au cœur de l’enquête je dois reconnaître que j’ai été comblé par ce polar, la seconde enquête du commissaire Frankie Sheehan que les éditions Hugo m’on aimablement envoyé.

L’auteure a eu la bonne idée de nous faire vivre l’enquête par les yeux de son héroïne, l’intègre Frankie Sheehan, qui par bien des aspects m’a rappelé une autre figure célèbre du monde du polar, l’Américain Harry Bosch. Comme le célèbre enquêteur de la cité des anges l’irlandaise est réfractaire à l’autorité, son métier de flic est un sacerdoce qu’elle effectue sans jamais le remettre en question, elle accorde beaucoup d’importance aux détails du crime et son œil aguerri dévoile au lecteur tous les aspects techniques de l’enquête sans que celui-ci ne soit noyé sous la masse d’informations. Pourtant cette comparaison doit être modérée, Sheehan est tout de même beaucoup plus diplomate que Bosch, j’aurais parfois aimé qu’elle rue un peu plus dans les brancards mais il ne s’agit après tout que de sa deuxième aventure, et surtout elle n’est pas un oiseau de nuit solitaire comme Bosch, elle peut compter sur une famille aimante pour l’épauler face à son quotidien violent. Un personnage équilibré, loin du cliché du personnage féminin badass sans limites tel que l’on peut en lire de plus en plus dans les polars contemporains.

C’est donc par le prisme de sa vision des choses que le lecteur va découvrir une Irlande en proie à une misère sociale qui s’est banalisé. L’intrigue prend le temps de nous montrer que malgré les années certains comportements ne changent pas. La perte du lien social place les forces de l’ordre en butte aux récriminations de la population, il n’y a qu’à voir la manière qu’ont certains suspects de s’adresser à eux, Sheehan se fait plusieurs fois insulter sans que personne ne bronche, je ne sais pas à quel point cela reflète la réalité mais ce sont des détails qui m’ont quelque peu gêné car peu plausible à mon sens. Cet aspect un trop forcé de la société irlandaise n’est pas ce qu’il y a de plus réussi dans le roman.

Heureusement l’auteure s’en sort beaucoup mieux lorsqu’il s’agit de relater une enquête. Tous les amateurs de polars reposant sur la collecte d’indices, les interrogatoires et le partage de conjectures entre collègues seront ravis. La narratrice nous fait vivre au plus près une enquête policière avec ses fausses pistes, son faisceau d’indices que chaque lecteur sera libre d’interpréter à sa guise. Malgré la complexité de l’intrigue et les différentes étapes de l’enquête que l’on suit pas à pas, jamais on ne ressent ni stagnation ni longueurs dans le récit jusqu’au dénouement. Un dénouement surprenant, qui a le mérite d’apporter un aspect plus personnel à l’intrigue tout en finissant de délivrer les dernières pièces du puzzle.

Avec ce second volume des enquêtes de Frankie Sheehan Olivia Kiernan prouve qu’elle possède tout le talent nécessaire pour captiver le lecteur en l’entraînant dans une intrigue tortueuse dont elle va dénouer les fils progressivement. Il ne lui reste plus qu’à muscler son personnage d’enquêtrice et à affiner sa description de la société irlandaise pour devenir un grand nom du polar.

Résumé: Le crime colle à la peau de la commissaire Frankie Sheehan. Mais à Clontarf, petite station balnéaire proche de Dublin, Frankie n’est pas la seule à être familière avec la mort…
Deux corps sont retrouvés dans l’église de la ville, sauvagement assassinés.
Un double meurtre qui coïncide étrangement avec la sortie de prison de Sean Hennessy, condamné dix-sept ans plus tôt pour le meurtre de ses parents alors qu’il était encore adolescent. Sean a toujours clamé son innocence ; et c’est cette version des faits qu’il entend défendre dans un documentaire télévisé en préparation.
Frankie le pressent : pour découvrir l’auteur du double meurtre de l’église, puis d’un nouvel assassinat tout aussi épouvantable, il va lui falloir comprendre ce qu’il s’est véritablement passé voilà dix-sept ans.
Et percer les mystères qui relient entre eux, par-delà les années, les cadavres de Clontarf.

  • Poche : 461 pages
  • ISBN-13 : 978-2755685329
  • Dimensions du produit : 10.9 x 2 x 17.8 cm
  • Éditeur : Hugo poche (5 novembre 2020)
  • Langue : : Français

Le jeu de la dame sur netflix, le bijou que nul n’a vu venir

Les spécialistes du jeu des échecs, dont je ne fais pas partie malheureusement, pourront sans doute trouver un sous-titre directement inspiré d’une technique de jeu pour illustrer cet article. Pour la part je me suis contenté de souligner à quel point cette mini-série fut une véritable surprise pour les abonnés de la plateforme netflix.

Le jeu de la dame, the queen’s gambit en vo, est une mini-série créée par Scott Franck et Allan Scott, adapté du roman de Walter Tevis paru en 1983. On y suit Beth Harmon une orpheline qui se prend de passion pour les échecs, seule échappatoire à un morne quotidien. Dans le rôle de cette jeune femme au caractère obsessionnel on retrouve Anya Taylor-Joy dont le regard magnétique va en captiver plus d’un. Le reste du casting rassemble des jeunes visages connus du cinéma britannique tel que Thomas Brodie-Sangster, le garçonnet tout mignon de love actually, ou bien encore Harry Melling, l’odieux Dudley dans la saga harry Potter.

Magnétique on vous dit

L’intrigue est le récit d’un destin, celui de Beth Harmon, qui va devoir apprendre à grandir seule, par elle-même, dans une époque où la place des femmes est encore à la maison. Avec sa passion pour les échecs et sa détermination à montrer aux hommes qu’elle peut les affronter, elle sort du rang. Malgré un handicap social qui l’empeche de nouer des relations amicales où tout simplement de vivre une vie en dehors des échecs, elle fait la rencontre de personnages secondaires qui vont grandement contribuer à faire d’elle une championne d’échecs. À commencer par Mr Shaibel, le concierge de l’école, avec qui elle va nouer une relation touchante et fondatrice. Dans l’ombre, cependant, le spectre de l’addiction vieille au grain.

Une relation touchante et fondatrice

Le passage à l’âge adulte sera pour Beth l’occasion de s’affirmer aux yeux du monde et de faire ses propres choix. Elle est aidée en cela par le personnage D’Alice, sa mère adoptive, qui va laisser s’épanouir sa passion pour les échecs et sa soif de victoires. Bien qu’elle agisse pour des raisons bassement pécuniaires ce personnage deviendra le seul modèle féminin pour Beth, pour le meilleur et pour le pire. Alice sera la première à l’initier à l’alcool et à l’entrainer dans un tourbillon de voyage, de tournois et d’hôtels qui finira par lui coûter cher. Mais c’est aussi avec elle que Beth va prendre conscience qu’elle n’est pas faite pour vivre une vie de femme rangé lorsqu’elle constate la profonde tristesse de sa mère adoptive contrainte de remiser sa passion pour le piano pour complaire à son mari.

Un tourbillon donc, ainsi sera la vie de Beth, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus faire face à ses démons et que ceux-ci manquent de l’emporter. La série aurait pu s’achever sur une note bien sombre mais la rédemption sera offerte à Beth pour offrir aux spectateurs une conclusion touchante. Beth renoue avec son passé et saisit l’occasion de faire taire ses démons. La jeune femme peut alors réaliser ce que peut d’entre nous ont l’occasion de faire au cours de leurs vies réconcilier les rêves d’enfant et la passion adulte afin d’atteindre une maturité salvatrice.

La misogynie est bien évidemment au centre du récit. Pas tellement par le biais des hommes, qui restent globalement des personnages positifs mais par plutôt par le biais d’une société qui laisse peu de places aux femmes pour s’exprimer. La série va régulièrement la mettre face à d’autres personnages féminins qui ont fait des choix différents, parfois conforme à ce que l’on attend d’elles et parfois non. L’occasion pour Beth de confronter ses choix personnels avec ceux des autres femmes qui croisent son chemin et de se conforter dans ses décisions ou au contraire les remettre en cause.

Une reine dans un monde de cavalier

Une bien belle surprise, une jolie découverte que cette série. Une ode féminine à la passion et au droit à chaque femme à vivre comme elle l’entend. Une pépite à découvrir sur netflix.

Synopsis: En pleine Guerre froide, le parcours de huit à vingt-deux ans d’une jeune orpheline prodige des échecs, Beth Harmon. Tout en luttant contre une addiction, elle va tout mettre en place pour devenir la plus grande joueuse d’échecs du monde.

2020 / 60min / Drame

Titre original : The Queen’s Gambit
Nationalité U.S.A.

Chaîne d’origine Netflix