L’un des tiens de Thomas Sands, ainsi meurt les hommes

L’éditeur les arènes entretient une ligne éditoriale exigeante en matière de style et de sujets à aborder. Les œuvres parus au sein de la collection equinox mélangent polars et roman noirs avec toujours cette volonté de pousser à la réflexion sur des sujets de société alarmants. Le deuxième roman de Thomas Sands ne déroge pas à la règle et pousse encore plus loin la noirceur et le désespoir.

L’auteur s’empare du genre post-apocalyptique pour nous conter un récit d’une noirceur absolue. N’espérez pas apercevoir la moindre lueur d’espoir dans ce récit sans concessions. L’auteur fait le bilan d’une société à bout de souffle, d’un modèle occidental qui s’est effondré pour laisser la part belle à la sauvagerie et la violence qui se tapissent dans le cœur des hommes. Seuls les chapitres où Timothé, le frère fugitif, occupe les paragraphes sont écrits dans un mélange de poésie naturaliste mélancolique. Une respiration bienvenue dans un récit si oppressant par ailleurs.

Les chapitres où l’on suit Marie-Jean sont très intimiste. La narration désabusée nous fait plonger dans la psyché d’un personnage en bout de course, qui n’attend plus rien du monde. Son monologue intérieur résonne comme une plainte lancinante de désespoir. C’est par son point de vue que l’auteur nous livre les détails de la chute du monde occidental et des conséquences que doivent endurer les survivants. Cela fait de lui le personnage auquel on peut le mieux s’identifier et le plus incarné du récit mais c’est également un personnage écrit à rebours, un peu comme son nom. Il part en quête alors qu’il n’a plus rien à espérer et cesse de se battre alors qu’il a enfin trouvé une raison de survivre. . En bon narrateur, Marie-Jean délivre de manière succincte les éléments qui ont fait de lui cet errant nihiliste jusqu’au final où le barrage mental de ses secrets s’effrite dans une déferlante sanglante.

Enfin il reste le troisième personnage de ce conte macabre. Une femme, Anna, il faudra attendre la page 56 pour qu’elle prononce son nom pour la première fois. L’auteur a choisi d’en faire volontairement un personnage désincarné. Un fantôme qui ne retrouvera la vie qu’au contact de Marie-Jean. Ces chapitres seront l’occasion de voir une autre facette de l’apocalypse. Ils sont écrits avec une plume plus organique, c’est la danse des corps qui se touchent, qui se pénètrent dans des étreintes sans joie comme si seul le sexe prouvait encore la vie. À mesure que son destin va se mélanger à celui de Marie-Jean, Anne s’incarnera un peu plus chapitres après chapitres, contaminée par le désespoir de son compagnon et par sa sombre quête. Le robot de chair des premiers chapitres acquiert pages après pages une âme et un cœur qui bat pour son plus grand malheur.

Par petites touches l’auteur met en avant tout ce qui pourrait mener notre société civilisée à sa perte. Des sujets certes inquiétants et qui méritent que l’on se batte pour changer de mode de vie mais qui, accoler les uns aux autres au fil du récit, s’annulent un peu et prennent un tour caricatural. Comme si l’auteur s’était efforcé de cocher toutes les cases des thèmes qui pourraient mener à l’apocalypse alors que le désastre géothermique cité en fin d’ouvrage était déjà bien suffisamment angoissant pour décrire son apocalypse.

En définitive ce roman noir et macabre, parcouru de sanglantes touches gores, m’aura bien plus convaincu par sa plume désespérément belle que par sa réflexion sur notre mode de vie occidental trop survolée et diffuse pour être pertinente.

« L’aurore est violente. Comme la fente d’une vierge ouverte avec le poing. C’est la dernière fois. Elle s’en ira.”

Résumé: Le pays s’effondre sous leurs yeux. La violence rôde. Ils sont deux à rouler à bord d’une voiture volée. Elle laisse derrière elle un amour tué par les flics. Il s’est lancé sur les traces de son frère disparu. Les régions qu’ils traversent sont des champs de bataille. Ils croisent un peuple ravagé par la peur et les épidémies. Ils apprennent à aimer ce qui leur manque. Ils essaient aussi d’inventer un chemin.

  • Broché : 299 pages
  • ISBN-13 : 979-1037500557
  • Poids de l’article : 280 g
  • Dimensions du produit : 12.5 x 1.7 x 20.5 cm
  • Éditeur : Les Arènes (30 septembre 2020)
  • Langue : : Français

À Pierre fendre de Richard Morgan, la malédiction du tome deux

Après la lecture du premier volume de cette saga de dark fantasy, qui fût un régal, je ne pouvais pas attendre très longtemps avant de me replonger dans l’univers sombre et violent de Richard Morgan, las, la déception fût à la hauteur de mes attentes tellement la lecture de ce second opus de terre de héros fût laborieuse. À noter que la quatrième de couverture, qui se concentre sur Ringil en occultant les deux autres personnages, n’aide vraiment pas à se faire une idée de l’intrigue et se révèle mensongère.

Le problème tient en deux choix qu’a fait l’auteur et qui sont malheureusement courants dans l’écriture de saga fantastique. Le premier est que l’auteur a réécrit le tome un sans ajouter d’éléments nouveaux qui relanceraient l’intérêt pour son univers. Les trois personnages principaux vivent leurs aventures séparément et une sombre menace diffuse se présage à l’horizon. Archeth doit à nouveau convaincre son empereur décadent que cette menace pourrait signifier la fin de la civilisation tandis qu’Egar enquête sur des compatriotes qui se retrouvent embrigadés par la religion principale. Son arc est le plus intéressant à suivre même si les révélations restent prévisibles. L’auteur a du mal à mettre en avant la lutte de pouvoir entre l’empire, l’église et la ligue et forcément cela se ressent sur l’intérêt que l’on prend à suivre ses intrigues diluées qui se révéleront assez basiques au final.

Et Ringil dans tout ça ? Et bien le grand guerrier amateur de torses poilus et d’empoignades virils, dans tous les sens du terme, est à nouveau exilé. Son parcours est le plus introspectif des trois personnages mais également le plus laborieux à suivre. Il soliloque avec des entités divines et magiques, et même un peu plus que cela, sans que cela n’apporte grand-chose à son personnage et sa psychologie, à part une puissance magique sortit un peu de nulle part, comme si son épée gigantesque n’était pas suffisante à faire de lui un ennemi redoutable. L’auteur tente de lancer une réflexion sur la notion de héros sans que cela ne porte ses fruits car trop timide et noyé dans des chapitres où l’onirisme sombre le dispute à l’ennui. Les dialogues où Ringil envoie paître l’empereur et les conventions sociales restent toujours aussi plaisant à suivre mais sont beaucoup trop rares pour constituer un élément principal de l’intrigue.

On se retrouve donc avec un tome un bis repetita sans éléments nouveaux significatifs qui permettraient d’enrichir l’univers. Mais qui plus est ce second volume n’est qu’une longue introduction au troisième et dernier volume de la saga, second choix qui handicape ce volume. Le choix de l’auteur d’en faire une trilogie a dû s’imposer suite au succès du premier livre mais cela fait de cet opus un tome bâtard victime d’un surplace narratif, de longueurs fatales au rythme de lecture et globalement d’une faiblesse au niveau de la mise en place des enjeux.

Reste à voir comment l’auteur parviendra à conclure sa saga dans le troisième volume même s’il me faut bien reconnaître que mon intérêt pour son univers s’est effrité à la lecture de ce second volume poussif.

Résumé: Ringil fuit son passé, la famille qui l’a renié, et les magnats du commerce d’esclaves qui veulent sa peau. Il n’a plus qu’un endroit où se réfugier : Yhelteth, coeur de l’empire du Sud. Il y trouve asile auprès d’Archeth, une ancienne soeur d’armes, désormais haute conseillère de l’empereur. Mais celle-ci a ses propres problèmes, et Ringil se retrouve impliqué dans des allégeances douteuses. Personne ne le sait encore, mais la cité est sur le point d’exploser…

  • Broché : 504 pages
  • ISBN-10 : 2352945992
  • ISBN-13 : 978-2352945994
  • Dimensions du produit : 15.3 x 3.7 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (28 septembre 2012)

Canicule de Jane Harper, une première œuvre prometteuse mais un peu trop scolaire

Jane Harper est une journaliste australienne, Canicule est son premier roman. Une œuvre convaincante mais qui souffre évidemment de quelques défauts.

Jane Harper est journaliste donc et cela se ressent dans son style, très factuel et descriptif. La plume nous décrit cette petite ville de Kiewarra de manière suffisamment crédible pour suivre l’intrigue mais sans parvenir à nous transporter dans cette bourgade écrasée par un soleil impitoyable. Un effort de caractérisation est fait pour les personnages. Tous disposent d’un caractère bien construit et d’une psychologie bien étayé, entre résignation fataliste et désœuvrement social. Le personnage principal, Aaron Falk, est à l’image de nombre de personnages policiers, célibataire, solitaire et consciencieux dans son travail, il souffre d’un sentiment de culpabilité qui aurait pût être encore plus développé.

L’intrigue démarre immédiatement mais, une fois passer les différents chapitres qui exposent les différents protagonistes du drame, elle ronronne gentiment et se perd dans des fausses pistes soporifiques qui font souffrir l’ensemble de l’ouvrage de longueur. L’auteure réagit dans le dernier tiers du livre pour livrer une conclusion habile où le rythme s’emballe tout en gardant cette distanciation journalistique dans le style. L’auteure a du mal à mettre en scène les sentiments exacerbés qu’entraînent forcément ces situations extrêmes. L’épilogue permet de classer les derniers éléments de l’intrigue restée dans l’ombre et permettre à Aaron de chasser ses démons persistants.

La fin ouverte est frustrante en cela que certains personnages hargneux qui hantent tout le roman auraient mérité d’être confronté dans un ultime chapitre qui aurait signé leur chute définitive. Cependant malgré ses défauts indéniables de style et la présence de quelques longueurs, Jane Harper signe une entrée en matière convaincante dans l’univers du polar.

Résumé: Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés.

Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ? C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste :

Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles…

Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie. Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…

  • Poids de l’article : 500 g
  • ISBN-10 : 2366582625
  • Broché : 400 pages
  • ISBN-13 : 978-2366582628
  • Dimensions du produit : 22.5 x 3.2 x 14 cm
  • Éditeur : Kero (11 janvier 2017)

Le grand art des petites escroqueries de Sophie Endelys, un mille-feuille en spirale à la narration bondissante

Ce livre m’a fait penser à deux choses. Une balle rebondissante multicolore dans un premier temps, vous savez ces balles qui rebondissent partout et qu’il faut éviter de lancer à l’intérieur du foyer sous peine de voir le vase de mémé se fracasser au sol et ensuite la pâtisserie communément appelée mille-feuille. Il va vous faire passer d’un personnage à un autre, d’une temporalité à une autre, à une vitesse folle. Soyez prévenu, dans le dernier ouvrage de Sophie Endelys ne laisse pas aucune échappatoire à son lecteur une fois la première page tournée.

La narration très dynamique enclenchée par l’auteur ainsi que sa superposition d’intrigues, de personnages et de temporalité pourrait donner le tournis comme ces fichues balles qui rebondissent plus vite que l’on ne peut les suivre du regard. Il appartient au lecteur de déceler l’ordre apparent derrière cette narration touffue.

En ce qui concerne les personnages on se concentre rapidement sur trois d’entre eux. Les flashbacks ne sont pas en italique comme on peut le voir parfois dans d’autres ouvrages, ils sont justes séparés par un saut de ligne mais ils sont malicieusement annoncés par le personnage lors de son monologue intérieur. Au lecteur d’être attentif et vigilant.

Le fait est, qu’une fois que l’on a intégré le style de l’auteure, l’on se retrouve emporté par cette intrigue tortueuse à laquelle l’image de la spirale, omniprésente dans le récit, correspond parfaitement. À mesure que l’ont pénétre plus profondément les secrets de Groumenville, les révélations s’empilent comme sur un mille-feuille pour former au final un récit sombre par ses thèmes mais léger dans son traitement.

La malice pourrait bien être le thème prépondérant de ce récit à mi-chemin entre l’enquête policière et la comédie humaine. Tout est question de paraître, chaque personnage ment à son entourage, ou au moins à lui-même, que ce soit par omission ou pour dissimuler un secret, par mesquinerie, par honte ou tout simplement pour servir ses objectifs.

Le thème de la tromperie, du faux-semblant et de la manipulation est omniprésent non seulement à travers les personnages et leurs actions mais aussi de par leurs métiers marionnettistes, lunetier, fabricants d’automates, romancière ou avocat. L’ouvrage tout entier baigne dans une atmosphère de mensonge où l’art de la tromperie est essentiel aux personnages comme l’air que nous respirons. Cette surabondance de manipulation pourrait finir par se révéler indigeste, l’auteur contrebalance un peu cet effet par un humour sarcastique et des personnages hauts en couleur sans y parvenir complètement.

Il est juste regrettable que le style soit parfois un peu brut de décoffrage, notamment dans les dialogues. Ceux-ci s’achèvent souvent par une pique de l’un des personnages, parfois avant même d’avoir commencé. Ce qui produit un effet abrupt qui empêche de se régaler pleinement de cet ingrédient de l’intrigue.

L’auteure a fait le choix de nous révéler les secrets les plus croustillants à travers des flashbacks bateau qui tombent comme un cheveu sur la soupe alors même que l’intrigue au présent piétine quelque peu. C’est relativement dommage surtout pour une intrigue aussi malicieuse et tortueuse. Il aurait été bon de voir certains personnages mettre la main à la pâte de manière plus active pour extirper les sombres secrets enfouis au lieu de les voir simples acteurs d’une comédie humaine qui prend des airs de tragédie à de rares occasions.

Une fois terminé la dernière bouchée digérée de cet ouvrage choral on reste un peu étourdi par la dégustation. Le goût très sucré aurait pu être amoindri et il reste un peu sur l’estomac par sa consistance. Cependant le festival de saveur et l’originalité de la présentation ont réussi à égayer nos papilles et à nous emporter dans un récit qui parvient à être loufoque et sérieux à la fois.

Résumé: Une chroniqueuse hors pair, un éditeur gourmet, une pianiste traqueuse, un marionnettiste dépressif, une psy séduisante, un avocat fantôme, un concierge mère poule, un lunetier poète… voilà les pro tagonistes de ce suspense dont mensonges et manipulations sont les principaux ingrédients.

Juillet 1989. Julia James est victime d’un terrible accident de voiture. La talentueuse journaliste, qui peinait sur son livre Le Grand Art des petites escroqueries, avait loué une dépendance sur la propriété de la Fondation Saint-Just – une école qui propose des stages révolutionnaires de développement personnel – pour l’été afin d’y achever son manuscrit.
Avril 2010. Sa fille, Clémence, reçoit un colis contenant 502 dessins réalisés par Julia, qui est morte en 1999 – dix ans après son décès officiel –, au couvent de la Sainte-Charité, non loin de la Fondation.
Pourquoi le père de Clémence lui a-t-il fait croire à la mort de sa mère ? Quel rôle ont joué l’avocat Maxence Saint-Just et Marius, l’édi teur de sa mère ? Son grand-père lunetier, qui l’a élevée, savait-il ? Et, surtout, qu’avait donc découvert Julia à Groumenville ?

  • Broché : 384 pages
  • ISBN-10 : 225819184X
  • ISBN-13 : 978-2258191846
  • Dimensions du produit : 14.2 x 3.2 x 22.5 cm
  • Poids de l’article : 531 g
  • Langue : : Français
  • Éditeur : Presses de la Cité (1 octobre 2020)

Sur le ciel effondré de Colin Niel, un cauchemar pourtant bien réel

Voilà encore un ouvrage que les offices de tourisme ne vont pas porter dans leurs cœurs. Colin Niel nous décrit ici la réalité guyanaise dans toute sa complexité, sans le vernis de carte postale que l’on aurait envie d’apposer sur cette destination touristique aux paysages aussi enchanteurs qu’angoissants.

En 500 pages l’auteur nous brosse le portrait d’une Guyane complexe où le mélange ethnique n’a conduit qu’à un communautarisme qui fait le lit de la délinquance. Malgré le nombre conséquent de personnages tous ont une présence qui marque le lecteur. L’auteur parvient à les enrober d’un passé, d’une histoire personnelle, d’une personnalité souvent pleine de doutes et de regrets. Le tout en quelques mots, le temps d’un chapitre avant que le regard de l’auteur ne se porte sur d’autres rives. Son récit se drape souvent d’un aspect social afin de nous décrire la réalité d’un territoire que l’on oublie facilement. La misère, le désœuvrement, l’alcoolisme, la prostitution, la clandestinité et les trafics en tous genres rythment la vie des habitants de Guyane quelque soit l’ethnie à laquelle ils appartiennent. Amérindiens, haïtiens, noirs marrons, guyanais, antillais sans oublier les métros, tout ce petit monde se regarde en chien de faïence ou s’ignore poliment pendant que l’État français détourne le regard sur la crise sociale qui frappe ce territoire d’outre-mer.

Car l’homme, dans son ignorance crasse, ne pardonne jamais.

L’auteur n’oublie pas de secouer l’arbre de la bonne conscience en abordant le sujet économique et politique, au combien épineux, de l’orpaillage. Là encore l’ouvrage s’atèle à nous montrer toute la complexité d’enjeux économiques qui attisent bien des convoitises. Il aurait été bon que l’auteur insiste un peu plus sur la chute d’un des personnages pivot de son récit, assisté à son interrogatoire aurait permis de voir se fendiller ce vernis de respectabilité qu’il a mis tant d’années à construire. Rien n’est jamais simple lorsque la cupidité de l’homme le pousse à désirer ce qu’il ne peut posséder que temporairement car au final ce que l’homme extrait de la terre reviendra à la terre.

Car la terre, dans son jugement inéluctable, ne pardonne jamais.

Il serait sage de ne pas oublier le chamanisme qui imprègne l’ouvrage, les esprits qui hantent les humains pour leur rappeler qu’ils ne sont pas les seuls à arpenter ce monde, jolok et autres démons prêts à se saisir de notre âme et la déchirer comme d’une feuille de bananier. Les derniers chapitres sont écrits comme un véritable cauchemar mystique où les acteurs humains sont condamnés à jouer leur rôle dans cette tragédie sans nom alors que les esprits assistent, silencieux, au déchaînement de la furie humaine qui mène à la pire des conclusions.

Car les Dieux, dans leur infinie sagesse, savent qu’ils ne faut jamais pardonner.

”Le ciel soudain immense au-dessus de lui, les nuages énormes et chahutés, l’argent tout ce qu’ils pouvaient, la pluie inondant tout. Juste un peu plus de lumières que sous les cimes, les contours dévoilés. La roche sous les pieds nous du guide, le contact piquant du granit brut. Les reliefs bosselés du Talwaken, dévoré par la nuit autant que par l’orage. Et quelques centaines de mètres plus bas, les cimes noires de l’Amazonie. Comme si l’insulter était une île. Comme si ce qui les entourait de toutes parts, c’était les vagues déchaînées d’un océan. Deux indiens et quatre blancs, naufragés sur ce caillou géant qui ne miroitait plus.

Résumé: En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi, côtoyant le peuple des Wayanas. Alors qu’un jeune garçon disparaît, elle mène l’enquête
avec le capitaine Anato dans ce territoire amérindien que se disputent âprement orpailleurs et évangélistes.

  • Broché : 512 pages
  • ISBN-10 : 281261658X
  • ISBN-13 : 978-2812616587
  • Dimensions du produit : 14 x 4.3 x 20.5 cm
  • Éditeur : Editions du Rouergue (3 octobre 2018)

4 chansons de Mylène Farmer de la dernière décennie à sauver

Comme je l’ai écrit dans mon premier article consacré à l’artiste française la plus marquante de vingt dernières années, la dernière décennie a été compliquée pour moi en tant que fan. Mylène a opéré un changement durant ces années qui m’ont quelque peu décontenancé. Des chansons à la production hasardeuse, des clips moins ambitieux et surtout des paroles qui frisent parfois le ridicule. Pourtant sur les quatre albums que la chanteuse a produits durant cette décennie il y a tout de même quelques chansons qui ont trouvé grâce à mes oreilles.

Voilà pourquoi j’ai décidé de mettre en avant ces chansons à travers un humble top complètement subjectif. Évidemment il y a un bien plus que quatre chansons que j’ai conservé dans ma playlist mais ces chansons ont le mérite d’avoir un texte inspiré à défaut d’être révolutionnaire, une mélodie harmonieuse en plus de trouver une résonance personnelle.

Pour être sélectionnée les chansons ne devaient avoir été exploitées ni en single, ni sur scène. Une fois le choix effectué, ce qui représente tout de même une cinquantaine de titres en tout si l’on ajoute les chansons hors album, il est apparu que ces chansons avaient une approche commune mais je développerai ce point en fin d’article.

4 Parler d’avenir

On débute avec l’un des titres le plus récent de la discographie de Mylène. Paru sur l’album Désobéissance en 2018. Ce titre souffre d’une mélodie trop timide et gentillette. Certains auront vite fait de le cataloguer dans la case guimauve oubliable mais le titre a pour lui deux atouts qui lui valent la dernière place dans ce top. Le premier est qu’il représente parfaitement cette nouvelle approche de Mylène par rapport à l’écriture. Un style plus direct où Mylène s’adresse directement à l’auditeur dans un dialogue où elle nous invite à regarder l’état du monde actuel.

”Caché dans ton lit/tu fuis/le regard d’autrui/pourtant/ la vie…”

Le second atout est que, si le texte est plus ambigu, la voix de Mylene, douce et chaleureuse, inspire un optimisme salvateur durant cette période sclérosée où les appels à la révolte et au désespoir se multiplient.

3 Voie lactée

L’album Interstellaire, paru en 2015, souffre de deux gros défauts, à mon sens, qui le place irrémédiablement tout en bas de mon classement personnel des albums de la chanteuse. Une écriture bâclée et une production inaboutie. Sans compter que le thème de l’espace autour duquel est construit l’album tourne très vite en rond. Pourtant au milieu de ces titres pop qui mélangent allègrement le français et l’anglais se dissimule un titre mid-tempo qui souffre lui aussi de ce franglais repoussant ”il faut des up, des up”, qui m’ont fait mettre le titre aux oubliettes pendant un petit moment. Mais cet abus de la langue anglaise dissimule un appel au lâcher prise, à laisser les vieux démons au placard.

”Comme les flocons d’air/de neige en hiver/qui fondent au printemps/ me perdre/dans la voie lactée/ ourlée de mystère/ m’y plonger dedans

Cette chanson n’offre rien de novateur dans l’univers farmenien mais elle agit comme une véritable bouffés d’air frais pop et enthousiaste, porté par une production plus légère mais tout aussi électro que sur les autres titres de l’album. L’un des textes les plus personnels de la chanteuse dans cet album.

2 N’aie plus d’amertume

Cette ballade composée par Moby et réarrangée pour les besoins de l’album Bleu noir sorti en 2010 comporte tous les éléments d’une ballade farmenienne. Elle aurait d’ailleurs facilement pu figurer sur le précédent article que j’ai consacré aux ballades méconnues de la chanteuse. Les différents instruments, piano, guitares et basse se marient à la perfection pour livrer un écrin à la voix de Mylène qui semble s’adresser à un proche dans l’espoir d’obtenir son pardon et se réconcilier avec lui, ou elle.

”Et quand la danse cessera/ que jaillise encore ta voix/mais dieu que tu sembles si lasse/viens t’asseoir à côté de moi/ et passe”

Une chanson apaisante qui fait penser aux soirées qui suivent une journée orageuse, où les tensions avec l’être aimé se sont fait ressentir toute la journée et où le soir venu, enfin, on trouve la force de faire un pas vers l’autre pour faire taire l’orage qui gronde.

1 À-t-on jamais

L’album Monkey me est source de discorde parmi les fans de Mylène Farmer. Certains louent le retour de Laurent Boutonnat à la direction artistique tandis que d’autres déplorent les arrangements datés, les productions bourrines et le manque d’investissement global de la part de Mylène. Pour ma part je me situe dans un entre-deux, je trouve les visuels de cet album affreux et la place laissée à l’electro-pop donne à ce disque paru en 2012 un aspect bas de gamme qui le fait mal vieillir. Par contre les textes de Mylène, même si l’on peut détecter une certaine redondance et autres facilité tout à fait normal après tant d’années, déploient encore une palette d’émotions riche et variée. Et justement la chanson dont il question à présent est l’un des plus beaux textes de l’album.

D’affronter tant de nuits/les désastres du passé/ j’ai oublié de vivre/ d’accrocher l’astre à mon pied”

Chacun est libre d’interpréter le texte à sa façon mais pour moi il s’agit d’un texte éminemment personnel pour la chanteuse où elle semble faire le bilan d’une relation, entre regrets et remords afin de poursuivre sa route vers d’autres lendemains.

Coincée entre deux titres plus up-tempo, cette chanson passe facilement inaperçue. Elle est ce qu’on appelle dans le milieu musical un growner, à chaque écoute, même d’une oreille distraite, le titre gagne en puissance. La mélodie débute par des notes de guitares alors que la voit de Mylène se pose délicatement puis la batterie et le clavier s’emballent et la chanson s’achève sur une tempête de chœurs et de claviers. La présence de guitares et des chœurs de Esther Donbong’na Essiene au milieu des claviers chère à Laurent Boutonnat apporte un supplément d’âme à cette chanson qui dénote singulièrement par sa subtilité au milieu d’autres compositions moins fines dans leurs arrangements.

Quatre chansons, c’est peu me direz-vous au regard de la production de la chanteuse ces dernières années. Évidemment ce ne sont pas les seules chansons que je retiens du répertoire de la chanteuse des années 2010 mais ces quatre chansons, même si elles ne sont pas les meilleures et qu’elles tiennent parfois mal la comparaison avec d’autres titres plus anciens, résonnent de manière particulière dans mon petit cœur de fan. D’abord, mis à part Parler d’avenir, ces titres me semblent être très personnels, c’est comme ça que je les interprète, et Mylène m’a toujours plus touché à travers ses textes personnels.

Ensuite on peut noter que dans ces quatre chansons Mylène semblent s’adresser à un interlocuteur. C’est flagrant dans Parler d’avenir et N’aie plus d’amertume, peut-être un peu moins dans Voie lactée, mais dans À-t-on jamais on ressent aussi la présence d’une personne à qui Mylène dirait adieu. Avec ces titres c’est un peu comme si Mylène cherchait à briser le mur qui la sépare de son public, à se rapprocher de nous, plus près. Ce qu’elle finira par faire finalement à travers un documentaire disponible sur Amazon prime dont mon compère a parlé dans une vidéo dont je mets le lien ici.

L’arbre aux fées de B. Michael Radburn, un voyage enchanteur empreint d’une poésie mélancolique

Ce polar australien est à l’image du véhicule de fonction de ce brave ranger Taylor Bridges. Il met un peu de temps à démarrer mais une fois lancer la conduite est agréable, sans parler de l’intérieur confortable grâce à une mélancolie omniprésente.

Le début du récit est en effet un peu poussif comme si le moteur avait un peu de mal à démarrer. Il faut dire que l’auteur doit nous introduire un décor extraordinaire, l’île de Tasmanie, et plus précisément la ville de Glory crossing. Un décor crépusculaire, menacé de disparaître où la neige recouvre le paysage tel un linceul. Mais l’auteur doit aussi nous présenter son personnage principal, un père ravagé et hanté par la disparition de sa fille et pour qui cette nouvelle affectation est autant un refuge qu’un exil. Il faut donc un peu de temps pour se laisser imprégner par la mélancolie qui se dégage de ce démarrage un peu lent.

Le moteur s’allume enfin et la magie opère. En accompagnant le ranger durant ces virées à travers Glory crossing on découvre un décor protéiforme, entre paysages ruraux hivernaux, maisons abandonnées par ses habitants et cimetière à moitié englouti duquel certains cerceuils refont parfois surface. Une atmosphère particulière plane ainsi sur le récit, fait de mélancolie et de tristesse. Une atmosphère de fin de monde que la plume de l’auteur illumine d’une grâce féerique. Un style qui donne la sensation d’être dans un vieux véhicule qui a atteint son rythme de croisière et dont l’habitacle est un véritable cocon protecteur dans lequel on assiste en toute sécurité au drame qui se joue à l’extérieur.

La vitesse se fait subitement ressentir alors que l’enquête prend une tout autre ampleur. La galerie de personnages est atypique entre l’ermite des bois, le doux dingue incapable de jeter le moindre journal et l’inspecteur venu du continent dont le passe-temps est la spéculation d’antiquité, l’auteur nous offre de beaux portraits d’êtres fracassés par la vie et dont les souffrances font écho à celle de Taylor. Là encore la plume de l’auteur fait des merveilles, il parvient à rendre attachant ces personnages tout en conservant leur aura inquiétante qui les anime.

Une fois que le land rover de vingt ans d’âge a atteint son rythme de croisière, la frénésie propre à toute enquête criminelle ne nous quitte plus jusqu’au dernier acte. La résolution n’a rien de renversant, la poésie mélancolique qui imprègne l’ouvrage n’empêche pas de tirer ses propres hypothèses, mais a le mérite d’être solide et offre une ultime séquence empreinte d’une touche de fantastique incongru mais qui s’accorde plutôt bien à l’ambiance générale du récit.

Arrivé à destination on quitte le véhicule sereinement, confiant dans les fées qui seront sans nul doute se pencher à nouveau sur l’auteur afin qu’il nous conduise vers des contrées que sa plume poétique embellira à coup sûr.

Résumé: Taylor Bridges, un ranger australien, est hanté par la disparition de sa fille Claire, huit ans. Son couple a volé en éclats et pour cesser de ruminer son chagrin, il demande sa mutation en Tasmanie. Dès son arrivée dans la petite bourgade de Glorys Crossing, Drew, une fillette du même âge que Claire, disparaît également. Taylor y voit une coïncidence avec son propre malheur et mène une enquête au sein d’une population pour le moins hostile. Une initiative qui déplaît à O’Brien, le chef de la police locale. Taylor, convaincu que Drew est vivante, poursuit ses investigations et apprend que d’autres petites filles ont disparu avant elle. Avec l’aide de Grady, un inspecteur du continent envoyé sur place, Taylor découvre une île aux secrets bien gardés…

  • Poids de l’article : 280 g
  • Broché : 320 pages
  • ISBN-10 : 2021417808
  • ISBN-13 : 978-2021417807
  • Dimensions du produit : 14.7 x 2.2 x 22 cm
  • Éditeur : Le Seuil (12 septembre 2019)

Le jeune Wallander saison 1 sur netflix, un polar scandinave classique, trop classique

L’inspecteur Wallander est une figure bien connue du monde du polar, créé par Henning Mankell en 1991, ses enquêtes ont grandement contribué à la renommée du polar nordique.

Cette série a donc pour but de conter ses jeunes années et ses débuts dans la police suédoise. On aurait donc pu s’attendre à ce que la série nous ramène dans les troublantes années 80 ou début des 90 mais étrangement la série se passe de nos jours, on y retrouve les smartphones, des voitures modernes et le dark Web avec lequel notre jeune inspecteur se débrouille remarquablement bien pour un novice dans les enquêtes criminelles. Une fois ce détail passé, on fait connaissance avec ce fameux Kurt Wallander avant qu’il ne devienne la légende du polar tel qu’on le connaît. Il est volontaire, idéaliste et un brin naïf aussi, tout à fait le genre de personnage auquel le spectateur peut s’attacher facilement. La jolie frimousse de l’acteur qui l’interprète, Adam Pålsson, aide beaucoup.

La réalisation se situe dans les standards de ce genre de série, aucun coup de génie mais elle remplit le cahier des charges. Un certain travail a été réalisé sur la lumière et les couleurs donnant un aspect léché à ces six épisodes mais le côté noir et glauque qui a rendu célèbre la saga littéraire se retrouve un peu occulté. Le casting est convaincant dans l’ensemble et cette première saison est soutenue par un rythme solide.

Tout cela aurait pu conduire à une agréable série policière si son intrigue n’avait pas été si scolaire. Les habitués du code des polars pourront cocher toutes les cases de la gentille enquête bien cadrée. On suit wallander lors de son enquête dans les milieux interlopes, on le voit empiler des pistes qui semblent mener nulle part, on l’accompagne alors que les pièces du puzzle commencent à s’imbriquer jusqu’à la révélation finale qui n’en est pas une pour tous les afficionados des livres policiers. Le scénario est solide et l’enquête se suit sans déplaisir mais il manque un élément, un électrochoc à même de propulser l’ensemble vers des hauteurs qu’il semble nécessaire d’atteindre, pour chaque série, afin de se démarquer du reste de la concurrence, toujours plus foisonnante.

Malgré des acteurs convaincants, la série ne dépasse jamais son statut de gentille enquête policière sans originalité. Ce n’est pas son discours timide sur l’immigration et sa fin douce-amère qui vont la sauver face à la marée de programmes nouveaux qui sont disponibles tous les jours.

Depuis 2020 / 60min / Policier, Thriller
Titre original : Young Wallander
Nationalités Suède, Grande-Bretagne

Chaîne d’origine Netflix

Rien que l’acier de Richard Morgan, sang et fureur…et un peu de sexe aussi

J’ai tendance à ne pas trop attacher d’importance à quel genre ou sous-genre appartient l’ouvrage dont j’entame la lecture. Du moment que l’auteur parvient à m’embarquer dans son récit, peu m’importe que ce soit de la high-fantasy, du steampunk ou du arcanepunk. Mais la dark fantasy est un sous-genre qui me parle énormément. Mon souhait serait de dénicher une saga qui reprendrait les thèmes de la saga Dark soul, à savoir la ruine d’une civilisation, la décrépitude inévitable, le crépuscule des dieux et tant d’autres encore que cette introduction qui commence à être un peu longue ne me laisse pas la place d’énumérer.

La saga « terre de héros » de Richard Morgan s’inscrit à merveille dans l’alcôve sombre et humide qui fait partie intégrante de la cathédrale baroque de la fantasy. Son récit est sombre, poisseux et extrêmement défaitiste sur la nature humaine. Sa description de cet univers médiéval crasseux et boueux captive immédiatement malgré le fait que cela exige de progresser sur plus de deux centes pages avant d’appréhender complètement cet empire de bassesse humaine et de violence. Les tenants et les aboutissants de ce monde à couteaux tirés sont progressivement dévoilés mais les éléments présents dans les premiers chapitres sont largement suffisants pour s’immerger dans cette terre qui compte bien peu de héros au final. Le choix des noms des villes, des régions ou des personnages, aux sonorités encore moins facilement prononçables qu’une collection ikea, démontrent à eux seuls la volonté de l’auteur d’aller vers un aspect plus rude, plus écorché.

Ce premier volume pose aisément les bases de cet univers et ses personnages. Les trois personnages principaux sont charismatiques et chacun se trouvent en rupture avec le milieu dans lequel ils se retrouvent obligés de se débattre. Egar ne se retrouvent plus dans les plaines verdâtres et les coutumes désuètes de son peuple. Archeth est une exilée immortelle, obligée de jouer le jeu de la cour de l’empereur et de supporter ses ordres et sa décadence. Et Ringil, le fougueux Ringil, en avoir fait un personnage aux mœurs qui vont à contre-courant de ce qui se fait habituellement dans ce genre de récit peut paraître un brin opportuniste mais se serait oublié qu’il s’agit d’un personnage complet et pas uniquement d’une étiquette juste bonne à faire parler. Ringil possède une densité qu’il ne doit pas uniquement à sa masse musculaire, ses traumatismes familiaux et ses souvenirs de la guerre ont fait de lui un être cynique, réfractaire à l’autorité, hanté par son passé et sous l’emprise d’une colère sourde. Les chapitres qui lui sont consacrés sont un véritable défouloir, pas uniquement pour ses scènes de sexe, tel un taureau que rien ne peut arrêter ses charges mettent à mal un royaume sclérosé et des mentalités étriqués. Évidemment ses trois personnages vont voir leurs destinés converger mais l’ambiance du récit ne se prête pas vraiment à des retrouvailles chaleureuses.

Le style de l’auteur exige d’être apprivoisé. Si les combats sont d’une clarté écarlate et d’un dynamisme en accord avec le caractère des héros, la profusion de virgules lors des descriptions donne un aspect fouillis qui perd le regard du lecteur et atténue la puissance des lieux que l’auteur nous fait visiter. Des lieux qui possèdent pourtant un charme certains pour quiconque s’extasie devant des ruines médiévales ou des marais glauques. Mais c’est déjà un souci que j’avais constaté dans son roman de science-fiction thin air. L’intrigue tarde à se mettre en place mais l’auteur parvient à maintenir l’attention du lecteur grâce à ses personnages torturés. On peut regretter une conclusion épique mais un peu rapide pour un premier tome.

Cette introduction à la terre des héros est comme une attaque brutale qui laisserait une armée désemparée, se demandant ce qu’il y est arrivée. Avant qu’elle ne se rende compte qu’elle a subi un assaut frontal, sans subtilité ni originalité mais diablement efficace.

Résumé: Il y a dix ans, l’alliance des hommes et des Kiriaths a repoussé les terribles Écailleux. Qui se souvient maintenant des héros de cette guerre ?

Ringil vit en exil, rejeté par sa famille. Mais pour sa cousine Shérin, vendue comme esclave, il décroche son épée et retourne sur les lieux d’un passé qu’il avait tout fait pour oublier.

Dame Archeth, dernière représentante d’un peuple disparu, est la conseillère d’un empereur décadent qu’elle abhorre. Elle seule soupçonne qu’une terrible menace point aux frontières de l’empire.

Egar le Tueur de Dragons est un nomade des steppes, revenu de la guerre auréolé de triomphe. Une gloire aujourd’hui bien émoussée dans un monde qu’Egar ne reconnaît plus.

Ces trois-là ont tout perdu. Sauf peut-être la bataille qui les attend, héroïque et désespérée…

  • ISBN-10 : 2352943795
  • Broché : 456 pages
  • ISBN-13 : 978-2352943792
  • Dimensions du produit : 15.3 x 3.4 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (19 mars 2010)
  • Poids de l’article : 600 g
  • Langue : : Français

Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona, lorsque l’asphalte nous rappelle notre condition humaine

Résumé: Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois.
Il observe, il surveille, il est patient.
Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément.
Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes.
Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes.
L’urgence.
Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche.
Joseph Incardona mêle les genres avec habileté et réussit un roman profond et ambitieux. Son style puissant et son art très cinématographique de la narration font mouche.

Je traverse vos territoires, je vous permets de rejoindre la destination de vos rêves en une journée à peine, je permets à vos vacances ou vos escapades en amoureux de prendre forme et pourtant je ne suis qu’un no man’s Land ou vous ne faites que passer, bref éclairs de couleur chromée dans un paysage de bitume et de barrière de sécurité. Et pourtant dans ces lignes droites, symbole du mouvement et de la fuite, grouille un microcosme dont vous saisissez l’existence à travers vos pare-brise mais que vous préférez ignoré, pressez que vous êtes d’arriver à destination peut-être ou effrayer parce que la révélation de ce monde pourrait vous apprendre sur vous-même. Un homme pourtant, un écrivain, Joseph Incardona, a décidé de placer l’action de son roman au sein de mon petit monde dissimulé aux yeux de tous et d’en révéler la noirceur et peut-être aussi quelque chose sur les Hommes.

Je suis un territoire où rien ne se créer, pas d’écoles, pas d’entreprises innovantes, pas de salle de réunion, pas de concert, pas de cinéma. La liste de ce qui n’existe pas au sein de mon royaume, qui s’étale sur plus de 116 000 km, est longue alors il n’est guère étonnant que l’humanité s’en trouve réduite à sa plus juste expression, à ses instincts les plus primaires, manger, baiser, tuer. Pas de place pour le reste, lorsque l’on fait partie de l’espace compris entre un point A et un point B il ne peut y avoir de place pour les rêves vaporeux et les projets d’évasion. Les pensés se retrouvent abaissées au même niveau que les besoins, au ras du goudron.

Mes sujets se retrouvent réduits à la fonction qui leur a été dédié et se doivent d’accomplir leurs tâches sans espoir de devenir autre chose, sans même l’espoir de connaître une douce fin. Mes sujets sont des petits salariés, des gérants mesquins, des prostituées esseulées et vulnérables, des laissé-pour-compte qui ne s’y retrouvent plus dans votre royaume de faux-semblants, des assassins aussi, au moins un, sans doute plus. Et puis il y a Pierre.

Pierre et sa haine solitaire, Pierre et sa soif de vengeance qui vont le pousser à arpenter mon royaume qu’il n’aurait même pas daigné regarder auparavant mais ça c’était avant que sa fille ne disparaisse au sein de mon fief. Depuis Pierre n’est plus un homme c’est une arme. Mais une arme solitaire, qui cogite sur le sens de sa quête sanglante, qui remue des réflexions philosophiques que moi, le seigneur du bitume, en tant que témoin de vos disputes sur les bandes d’arrêt d’urgence, de vos accidents fulgurants et parfois mortels je connais depuis longtemps mais que j’ai décidé de taire pour maintenir l’illusion. Car si vous saviez, peut-être resteriez-vous chez vous plutôt que de fouler mon empire de goudron.

Pour rendre compte de cette nature humaine et de cette folie qui guette, l’auteur a fait le choix de phrases courtes qui ne sont même plus des phrases parfois. Ses écrits s’étiolent comme la pensée humaine face à l’approche de la mort, se résument à des concepts, des idées qui traversent l’air épais du mois d’août comme vos bolides traversent mon royaume.

Ou alors ces non-phrases sont-elles la métaphore d’un homme, Pierre, à bout de souffle face aux épreuves que lui impose la dure loi que je fais régner dans mon royaume, un souffle que chacun de mes sujets tente de récupérer sans jamais comprendre que, dans le no man’s land qui est le mien, le seul souffle que j’autorise est celui de la mort.

Je suis le début et la fin de votre civilisation. Je ne suis qu’une étape dans votre parcours et pourtant sans vous en rendre compte vous laissez sur mon territoire un peu de vous, des rires, des larmes, des enfants ou une sombre torpeur annonciatrice de votre allégeance future à mes lois séculaires. Car aucun de mes sujets n’a fait le choix de rester mais tous se savent condamnés à jouer leur rôle, comme vous le vôtre, jusqu’à ce que j’en estime en avoir fini avec eux. Et joseph Incardona a parfaitement compris ceci et me retranscrit très bien dans son roman.

”Pierre Castan espère une seule chose :

Que Bouddha se soit trompé.

Que Bouddha soit un bonhomme jovial, obèse et heureux, mais qu’il se soit trompé.

Que la réincarnation n’existe pas.

Surtout pas.

Surtout ne pas vivre encore et encore.

L’enfer, c’est l’éternité.

  • ISBN-13 : 978-2363390547
  • Poids de l’article : 400 g
  • Dimensions du produit : 14.5 x 2.3 x 22 cm
  • Broché : 288 pages
  • ISBN-10 : 2363390547
  • Éditeur : Finitude (16 avril 2015)