Trop de morts au pays des merveilles de Morgan Audic

Résumé: Depuis trois ans Alice, la femme de Christian Andersen, avocat au barreau de Paris, a disparu. Et depuis trois ans, les gens qui l’entourent se posent la même question : Andersen a-t-il tué sa femme ? Andersen rendu amnésique par un grave accident quelques jours après qu’Alice a disparu et qui cherche en vain à retrouver la mémoire. Andersen qui reçoit des sms énigmatiques, en forme de questions cryptées. Andersen, le mari inconsolable qui emploie un détective pour retrouver sa femme, si belle, si blonde, si étrangement semblable aux victimes du désormais célèbre Marionnettiste, le tueur aux rituels macabres que la brigade criminelle traque en vain depuis des mois et qui tue, justement, à nouveau. De quoi remettre en selle l’ex-lieutenant Diane Kellerman, révoquée pour violence et prête à péter de nouveau les plombs.

Chronique : J’avais chroniqué il y a quelques mois le second roman de Morgan Audic, ayant gardé un excellent souvenir de ma lecture l’auteur a tout simplement rejoint la liste des auteurs dont je surveille les nouvelles parutions. Cependant son premier ouvrage m’était encore inconnu, il était temps de combler cette lacune.

Avec son écriture rythmée et son héros persuadé qu’il n’a plus rien à perdre on retrouve les ingrédients qui vont faire le succès des polars de Morgan Audic. On ne s’ennuie jamais au cours de la lecture mêlant quête personnelle, amnésie, tueurs en série, enquête policière et personne disparue. Surtout que ces éléments ne concernent qu’une partie des thèmes brassés par l’auteur. Une multitude de sujets qui force l’auteur à survolé certains d’entre eux sans les approfondir. Le rythme effréné de l’intrigue n’invite pas à la réflexion et passe à côté d’un certain potentiel psychologique qui aurait mérité d’être développé. À l’image du lapin blanc de Lewis Caroll qui ne s’arrête jamais, le récit est toujours en mouvement.

Pour ce premier ouvrage l’auteur a voulu se montrer ambitieux avec une intrigue complexe, avec une trame temporelle allongée, et qui rappellera à certains l’intrigue de « Ne le dis à personne » d’Harlan Coben dont Guillaume Canet avait tiré un film en 2006. L’auteur tente d’apporter sa patte personnelle à travers la référence appuyée à Lewis Caroll et son ouvrage phare « Alice aux pays des merveilles » mais l’ensemble reste superflu et ne sert pas vraiment le récit mis à part dans une scène d’hallucination plutôt bien trouvée même si l’auteur en profite pour divulguer des révélations de manière trop évidente.

En ce qui concerne les personnages, l’auteur s’en sort mieux en décrivant un mari au bord du désespoir que lorsqu’il cherche à écrire une femme flic en rupture de ban. En effet Diane est en personnage beaucoup trop dans l’excès et qui s’inscrit dans la triste lignée des personnages féminins écrits de manière badass juste pour être badass. La révélation sur son passé arrive trop tardivement pour pouvoir lui donner une quelconque profondeur.

Une fin qui apporte beaucoup de réponses mais n’évite pas les incohérences inhérentes à ce genre d’histoire avec pléthores de personnages et une temporalité assez longue.

Un premier roman honnête, plein d’action et de suspens, mais dont les failles sont très vite apparentes. Failles, qu’heureusement, l’auteur a su combler avec son deuxième roman beaucoup plus maîtrisé.

Note: 6/10

  • Broché : 357 pages
  • Editeur : Editions du Rouergue (6 avril 2016)
  • Collection : Rouergue noir
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2812610409

Sur un mauvais adieu de Michael Connelly

Résumé : À présent inspecteur de réserve au San Fernando Police Department, Harry Bosch est un jour contacté par un magnat de l’industrie aéronautique qui, sentant sa mort approcher, souhaite savoir s’il a un héritier. Dans sa jeunesse, le vieil homme a dû quitter sa petite amie sous la pression de sa famille. Aurait-elle eu un enfant de lui ? Cette question n’étant pas du goût du conseil d’administration avide de se partager le gâteau, Bosch est vite menacé. Pour corser le tout, ses collègues du commissariat ne parviennent pas à mettre la main sur un violeur en série particulièrement redoutable…

Chronique: Depuis plus de vingt-cinq ans Michael Connelly est l’un des maîtres du polar américain avec son personnage de Harry Bosch. Après vingt-deux volumes consacrés à ce héros emblématique du monde du polar, la formule de Connelly est rodée, et ce tome ne change absolument rien à la donne.

J’ai toujours été happé par le style procédural de Connelly, j’aime sa manière obsessionnelle de détailler les différentes étapes d’une enquête. J’apprécie également sa manière de nous présenter Los Angeles et sa région à la manière d’un guide de voyage glauque. Sous sa plume à la précision chirurgicale c’est toute l’ étendue et l’histoire de la cité des anges qu’il ausculte. Les incisions qu’il pratique mettent à nu les dérives et les pages sombres de l’histoire de la ville. Un style dépourvu de romantisme ou de lyrisme et c’est là le principal reproche que l’on fait à l’auteur. Pourtant ce style s’accorde parfaitement à la mégalopole californienne , sa géographie tentaculaire et son taux de criminalité effrayant.

Ce n’est pas une mais deux enquêtes auquel nous avons droit dans ce tome. L’auteur prend le risque que l’une des enquête empiète sur l’autre. Ce n’est pas le cas ici, Connelly parvient à maintenir un équilibre entre l’enquête sur le violeur en série et la quête d’un héritier potentiel. Cependant j’ai trouvé que la recherche privée de Bosch était un peu trop facile. Les pistes se déroulent sous les pieds de notre enquêteur chevronné un peu trop aisément à mon avis vu les maigres indices dont ils disposent à la base. Notamment le passage sur le chicano wall qui m’a fait lever les yeux au ciel tant les indices tombent sous les yeux de Bosch trop facilement. C’est d’autant plus dommage que c’est cette enquête qui recelait le plus de potentiel au départ. Connelly remonte un peu le niveau à la fin avec un twist scénaristique que personnellement je n’avais pas vu venir.

La seconde enquête est plus classique. On retrouve l’aspect minutieux et procédural de Bosch. Tout lecteur assidu des enquêtes du plus actif des retraités du LAPD pourra deviner assez rapidement l’identité du coupable, ou tout du moins son statut social car Connelly n’a pas dévié de sa formule gagnante en ce qui concerne l’identité des coupables. Une formule répétitive mais toujours aussi plaisante et réconfortante pour les lecteurs qui recherchent une lecture distrayante.

À noter que l’auteur apporte une touche d’émotion à son récit à travers des anecdotes véridiques sur la guerre du Vietnam. Anecdotes émouvantes pour l’une tandis que la suivante nous rappelle à quel point la guerre peut marquer un homme.

Avec cette énième enquête d’Harry Bosch, Michael Connelly n’a plus à rien à prouver en ce qui concerne ses talents de conteur de crimes mais il serait peut-être bon d’insuffler un peu d’originalité dans l’univers très uniforme de Bosch.

Note: 7/10

  • Broché : 450 pages
  • Editeur : Calmann-Lévy (28 mars 2018)
  • Collection : Harry Bosch (22)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2702156525

Laisse moi entrer de John Ajvide Lindqvist / bragelonne terreur / 11 mars

Résumé: Oskar a 12 ans et vit avec sa mère dans une banlieue glacée de Stockholm. Solitaire et discret, martyrisé au collège, Oskar n’a d’yeux que pour sa nouvelle voisine. Elle est si différente ! La petite fille ne sort que le soir, ne craint ni le froid ni la neige, et exhale une odeur douceâtre et indéfinissable. Oskar trouvera en elle un écho à sa propre solitude et ils deviendront vite inséparables. Mais que penser des meurtres et disparitions inexplicables qui se multiplient dans le quartier depuis son arrivée ?

Chronique: C’est par son second roman Le retour des morts que j’ai découvert Lindqvist et je garde un assez bon souvenir de cette lecture. J’avais trouvé sa relecture du mythe des morts-vivants, sous un prisme social, intéressante malgré quelques longueurs. C’est pourquoi je me suis lancé dans la lecture de son tout premier roman confiant dans ses talents.

Hors les longueurs c’est vraiment la seule chose que je retiens de cette nouvelle itération sur le thème du vampire. Sa vision du vampirisme n’apporte rien d’original. À sa décharge notons qu’il devient vraiment difficile de proposer quelque chose d’original sur ce thème. Cela étant dit cela n’excuse pas les errances de l’intrigue.

L’auteur multiplie les personnages avec leur propres arcs scénaristiques, non seulement ceux-ci se relèveront peu passionnants et sans véritables liens avec l’intrigue principale. L’aspect social est primordial dans ce premier récit de l’auteur suédois. La société suédoise des années 80 n’avait pas l’air d’être des plus reluisantes tant l’auteur insiste sur la misère sociale. Malheureusement il ne parvient pas à créer de l’empathie pour ses personnages que ce soit Tommy et sa crise d’adolescence sans relief ou Lacke et sa bande d’amis qui prennent une place trop importante alors que le véritable personnage de cette partie du récit est Virginia, qui n’est pas assez mise en avant pour que l’on ressente suffisamment d’empathie pour son sort.

À côté de ses digressions sans saveur, la relation entre Oskar et Eli est censée portée le récit. Oskar, personnage principal du roman, est crédible dans son rôle de tête de turc mais l’évolution du personnage est bancal, tantôt courageux et prêt à régler ses comptes avec ses tourmenteurs, tantôt passif comme si l’auteur ne parvenait pas à choisir comment faire évoluer son personnage. Quant à Eli son personnage est nimbé de mystère durant la majeure partie de l’histoire ce qui n’aide pas à créer une osmose entre ces deux parias. La révélation de ses origines arrivent trop tard et de manière trop succincte pour relancer le récit.

Une lecture assez mitigée donc et ce n’est pas la fin précipitée et narrée de manière maladroite qui va arranger les choses.

Note : 6/10

COLLECTIONL’Ombre
NOMBRE DE PAGES600
ISBN979-10-281-0345-3
TRADUCTEURSCarine Bruy

Vivre deux fois de Maria Ripoll / Netflix

En ces temps de confinement où certains d’entre nous semblent perdre tout sens commun il semble important de prendre conscience des véritables valeurs qui nous soutiennent tous.

Et quoi de mieux pour cela qu’un bon petit film familial espagnol ? Un film qui se classe dans la catégorie des feel-good movie sans la lourdeur du style que s’impose parfois ce genre. L’alchimie entre les quatre acteurs se ressent très vite. Le tandem formé par le grand-père, joué par le talentueux Oscar Martinez, et sa petite-fille fonctionne à merveille. L’actrice Inma Cuesta, qui interprète Julia la mère, dévoile tout au long du métrage une palette d’émotions riche et puissante, surtout vers la fin, très émouvante.

Interprétée par Mafalda Carbonnell, la petite Blanca parvient à maintenir un équilibre agréable entre la pré-ado insupportable et l’enfant vulnérable qui voit son quotidien bouleversé. Le père est le seul dont le rôle est un peu en retrait mais ses interventions assurent un côté comique essentiel au rythme du film.

Le film a le mérite d’aborder le sujet délicat de la maladie d’alzheimer sans trop en faire ni verser dans le mélodrame. Le réalisateur nous montre l’enfer que représente cette maladie, autant pour le patient atteint que pour les proches désemparés. La déchéance physique et mental, la colère, le désarroi et la peur le film dévoile toutes ses émotions avec justesse et pudeur.

Un film enjoué, parsemé de moments drôles et touchants qui permettra à tous de s’évader pendant près de deux heures.

Note : 8 /10

17 janvier 2020 sur Netflix / 1h 41min / Comédie dramatique
De Maria Ripoll

Nationalité Espagnol

Calame, T1 : Les Deux Visages /11 mars 2020 de Paul Beorn

Après un an de guerre civile au royaume de Westalie, une rébellion est écrasée dans le sang au cours de l’assaut contre la capitale. Son chef légendaire, Darran Dahl, est tué dans un affrontement avec le roi lui-même et ses partisans sont jetés au cachot.

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Chronique: La production française en matière de littérature d’heroic fantasy est encore trop rare pour ne pas se permettre de souligner la sortie d’une nouvelle saga qui s’inscrit dans la lignée des meilleures productions du genre.

C’est en nous contant la défaite de ses héros que l’auteur a décidé de débuter son périple. Un choix original qui installe d’emblée un suspens insoutenable et nous fait rentrer dans le vif du sujet. Même si le récit s’installe progressivement dans une narration plus classique, ce parti pris de faire commencer sa saga par ce qui est souvent la fin dans d’autres saga reste bien trouver et accrocheuse.

L’idée d’un témoignage en vue d’écrire l’histoire des vainqueurs et une idée ingénieuse qui permet d’une part de prendre conscience des jeux de pouvoirs qui se mettent en place en coulisses et d’autres part à permettre au lecteur de s’immerger dans cet univers à travers des chapitres flash-back.

Le récit au passé prend une place de plus en plus importante et constitue la pièce maîtresse du récit. On assiste à la naissance d’une légende et d’une rébellion. La plume de l’auteur est rythmée et parcourue d’un souffle épique qui empêche le lecteur de reposer l’ouvrage. L’auteur devra forcément trouver une formule pour faire coïncider ses deux récits mais ce premier tome laisse présager du meilleur.

La seule chose qui me semble encore un peu perfectible, une fois la dernière page refermée, est le système de magie et de pouvoir. L’auteur va devoir détailler les différences entre les gottaran et les midaran afin de consolider son univers.

Un premier tome prometteur qui laisse envisager le meilleur pour la suite.

Note: 9/10

 

  • Poche : 552 pages
  • Editeur : Bragelonne (11 mars 2020)
  • Collection : Calame (1)
  • Langue : Français
  • ISBN-13 : 979-1028107734

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Bloodride une anthologie d’horreur / Netflix

Une anthologie d’horreur norvégienne ? On peut dire que Netflix a le don pour dénicher les projets les plus inattendus. Pour autant cette randonnée sanglante tient-elle toutes ses promesses ?

Composée de six épisodes entièrement indépendants, l’anthologie propose une compilation de petites histoires courtes, pas plus d’une demi-heure par episodes, à la qualité inégale mais qui demeure toujours assez jouissive à regarder, à condition d’aimer l’horreur bien sûr.

Une horreur qui reste tout de même assez gentille et propre malgré le titre évocateur, il n’y a pas tant de scènes gores. Le principe des épisodes repose sur un twist scénaristique final plus que sur la terreur pure. Un principe qui rappelle celui d’une autre anthologie célèbre, la quatrième dimension, mais bloodride n’a pas la prétention qualitative de cette dernière et se révèle être un honnête divertissement mais sans rien de plus.

Le cadre norvégien aurait mérité d’être vraiment mis en avant, en l’état les épisodes pourraient se dérouler n’importe où en Occident, c’est quand même dommage de ne pas mettre plus en avant les légendes de ce grand pays nordique possédant une Histoire riche.

Les deux premiers épisodes sont aussi les moins mémorables, surtout la deuxième avec ce twist vu et revu. Le troisième récit reste la proposition la plus audacieuse tandis que celui sur les rats de laboratoire reste plaisante si l’on parvient à faire abstraction des nombreuses incohérences. Les deux dernières histoires sont prévisibles mais suffisamment distrayantes pour oublier le manque d’originalité.

En ces temps d’incertitudes où beaucoup d’entre nous sont cloîtrés chez eux cette anthologie pourrait faire passer le temps à ceux qui trouvent le temps long. Cependant on peut regretter l’absence de prise de risque et le côté aseptisé de l’ensemble.

Note: 6/10

Depuis 2020 / Epouvante-horreur
Nationalité Norvège

Sueurs froides de Nadia Coste

Résumé : Des ricanements dans les conduits d’aération, des empreintes de mains ensanglantées, des objets qui changent de place… Les jeunes hockeyeurs en son persuadés : la patinoire de Greilles est hantée par le fantôme de Thomas Grimbert, mort sur la glace 30 ans plus tôt.
Moins superstitieux, plus concentrés, les patineurs artistiques décrochent la place très convoitée de l’ouverture au gala du club. La rivalité coutumière entre les athlètes s’accentue : coups bas, insultes, intimidations… Et lorsqu’un lycéen est retrouvé pendu dans les vestiaires, les accusations se multiplient. Suicide ? Règlement de compte ? Et si Thomas était de retour pour se venger ?

Chronique : Sueurs froides se révèle être un récit prenant impossible à lâcher. C’est un savant mélange entre fantastique, slasher et thriller le tout sur fond de compétition sportive qui exacerbe les tensions.

Le récit repose énormément sur les dialogues et ceux-ci sonnent juste. L’auteur est parvenu à retranscrire les états d’âme des adolescents sans verser dans le ridicule. La plupart des personnages nous sont présentés avec une psychologie solide et des caractères bien affirmés. Il n’y a que le personnage de Maureen qui, avec sa psychologie grossière, fait un peu tâche parmi ce groupe d’adolescents.

L’intrigue s’avère palpitante et, même si n’importe quel lecteur averti devinera rapidement les dessous du mystère entourant cette patinoire maudite, celle-ci réserve tout de même un petit retournement que personnellement je n’avais pas vu venir.

La thématique de l’homosexualité et de l’homophobie abordée de manière intelligente apporte un surcroît d’intérêt à l’ouvrage. Alors que l’histoire principale s’achève de manière douce-amère les parcours psychologiques de Hugo et Antoine est convaincant. En outre cela permet de mettre en avant l’épineux problème de l’homosexualité dans les milieux sportifs.

Un roman que tous les jeunes amateurs de mystères et d’enquêtes sanglantes pourront dévorer d’une traite.

Note : 7/10

Éditeur Gulf stream éditeur
Date de publication 19 mars 2020
Langue Français
Longueur du livre 304
ISBN-10 2354887817

Ton fils de Miguel Angel Vivas / Netflix

On reproche souvent à Netflix de mettre à disposition de ses utilisateurs des films à la qualité moyenne digne d’un téléfilm d’après-midi pluvieux. Pourtant en cherchant bien il existe sur la plateforme de streaming des films qui méritent l’attention des abonnés.

Ton fils est un film espagnol dont Netflix a acheté les droits de diffusion et l’a discrètement mis en ligne en mars 2019. L’acteur principal a été nominer pour les Goya pour son interprétation d’un père perclus de douleur et de rage.

Le film est un drame humain, empruntant quelques éléments au thriller mais également au vigilante movie américain, celui d’un homme qui voit sa vie voler en éclat après l’agression sauvage dont son fils a été victime. Le film est centré sur lui, la caméra le suit tout le long au plus près, conférant au film un sentiment d’étouffement qui résonne avec la détresse de ce père qui a perdu toutes illusions en la justice de son pays.

Certains reprocheront au film un rythme lent mais ce rythme est calculé sur le pouls de son personnage principal qui prend peu à peu conscience de sa solitude et que la rage prend le pas sur la raison jusqu’à l’irréparable.

Le film est une réflexion astucieuse sur notre rapport à l’image, il agit comme un rappel nécessaire à une époque qui privilégie la réaction sur la réflexion. Les deux scènes les plus insoutenables du film sont des vidéos. Quelques minutes où l’humanité déserte l’écran et où la cruauté règne. Une cruauté qui finira par envahir le quotidien de manière irrémédiable.

Note: 7/10

1 mars 2019 sur Netflix / 1h 43min / Policier
Nationalité Espagnol

Représailles de Florian Eglin | 20 mars 2020

Une route corse la nuit, non loin du désert des Agriates. Telle une bête en maraude, un SUV prend en chasse une famille suisse. Leurs deux petites filles endormies à l’arrière, Tom et Adèle hésitent : continuer cette course-poursuite insensée, au risque de finir dans le décor, ou s’arrêter et faire face à ceux qui les traquent ? Cette décision marquera le point de départ d’une inexorable descente aux enfers au cours de laquelle il faudra affronter bien des monstres. Ou les apprivoiser…

Achat : https://amzn.to/3d8oVw9

Chronique : On sait que l’on a lu un grand roman lorsque, une fois refermé celui-ci vous hante encore pour les images qu’il a imprimée dans votre imaginaire ou bien pour les réflexions qu’il soulève. Et bien avec Représailles c’est les deux, signe que l’on tient un roman excellent.

Ce livre traite de la violence. Il en fait son thème central et brode autour une tragédie moderne qui le laissera pas indemne l’île de beauté. Il n’est donc pas à mettre entre toutes les mains.

La violence donc. Une violence larvée tout d’abord dans le premier acte de ce roman noir sans concessions. Les mots choisis par l’auteur ne laissent pas de place au doute, on va avoir droit à une explosion de violence mais pas par où on l’attendrait. Tom le personnage principal nous est présenté dans les toutes premières pages comme un père de famille aimant, un mari attentionné, un romancier suisse. Un homme équilibré et responsable à tout point de vue. Pourtant il recèle en lui une part d’ombre qui ne demande qu’à ressurgir. Alors que la violence de ses adversaires et une violence extériorisée, exprimé de vive voix, la sienne est plus sourde mais aussi infiniment plus dangereuse. Tom a su canaliser cette source de violence qui sommeille en lui pour en faire une muse créatrice qui lui a permis de se construire en tant qu’homme. À l’inverse la violence de ses trois mastodontes qui se dressent face à lui est une violence stérile qui porte en elle les germes de leurs propres destructions.

Voilà pour le premier acte. Une fois le premier déferlement de violence passé, dans un habile paragraphe fait d’une seule phrase qui éclipse l’affrontement en lui-même pour se concentrer sur le ressenti de Tom, le deuxième acte se concentre sur les réactions en chaînes. C’est la partie du roman qui va le plus se teinter de la couleur polar alors que de nouveaux protagonistes entrent en scène. Aussi intéressants soient-ils, et quels que soit le côté de la barrière de la loi derrière laquelle ils se situent, les réactions de Tom et Adèle sont plus intéressantes à lire. Bien que s’aimant et étant une famille unit le couple se retrouve incapable de gérer le traumatisme laissé par leur nuit en enfer. Malgré les citations littéraires de Tom gravé dans sa chair, qui sont autant un hommage aux livres qui l’ont marqué qu’une ancre qui l’empêche de sombrer, malgré sa force insoupçonnée qui lui a permis de sauver sa famille d’un sort atroce, Tom ne peut empêcher sa vie de partir en fumé, survivant brisé par une nuit fatidique.

Le troisième acte est celui de la résolution, celui où la boucle doit se boucler coûte que coûte. La violence suit les personnages tel un feu de brousse implacable. Créant des étincelles qui se posent sur tous les protagonistes, les embrasants tel des buissons rendus cassants par la sécheresse, les consumants sans leur laisser le temps de respirer ou bien les impregrants d’une braise de violence qui ne s’éteindra plus jamais.

Comme je l’ai dit en introduction une fois refermé ce livre vous interroge sur la violence mais aussi sur la manière dont elle se transmet de génération en génération faisant apparaître crûment l’échec de Tom à protéger réellement ses deux enfants.

Un roman qui ne vous laissera pas indifférent, si vous avez le courage de l’ouvrir.

Note : 9/10

 

  • Broché : 400 pages
  • Editeur : La baconnière; Édition : 1 (20 mars 2020)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2889600211

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Zombie Story, T1 : Zombie Island (11 Mars 2020) de David Wellington

À la suite d’une catastrophe mondiale les pays les plus développés sont envahis par des hordes de zombies cannibales. Seules quelques enclaves subsistent, en Somalie notamment. À la recherche d’un remède au virus, un groupe d’adolescentes surarmées, menées par un vétéran, se rend à New York.

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Chronique : David Wellington s’est fait spécialiste de la réécriture de mythe moderne. Je garde un excellent souvenir de ma lecture de Positif, son précédent ouvrage sur les zombies et la fin du monde. Visiblement il n’avait pas encore tout dit sur le sujet.

Dès les premières pages il est évident que l’auteur a voulu écrire la série B, ou Z comme vous voulez, ultime. Il convoque tous les ingrédients pour faire du premier tome de cette trilogie un concentré d’action pure sans aucun temps mort. On retrouve donc le personnage principal obligé de se lancer dans une quête périlleuse par amour de ses proches, en l’occurrence sa fille, ainsi que la bande de guerrières déchaînées et armés jusqu’aux dents. Le personnage de Dekalb est un digne héritier d’Ulysse, c’est à dire un héros sans force physique particulière, un peu lâche et qui devra apprendre à compter sur son intellect et sa débrouillardise pour espérer se sortir vivant de cette morgue à ciel ouvert qu’est devenue New York.

Lui et Gary sont les deux seuls personnages qui disposent d’un réel développement. Le récit étant essentiellement concentré sur l’action. Comme dit plus haut, le récit ne souffre d’aucun temps mort et l’intrigue, une fois que l’on a accepté son côté fantastiquement loufoque, offre de sacrés moments de suspens et de déferlements d’adrénaline.

L’action culmine jusqu’à un final dantesque dans central park et une fin ouverte qui ne laisse qu’une seule interrogation, celle de savoir comment l’auteur va orienter la suite.

Un récit a dévorer pour tous ceux qui cherchent un exutoire facile d’accès. Une série B sanglante qui ne prétend pas être autre chose et c’est exactement ce que l’on attend d’elle.

Note : 8,5/10

 

  • Poche : 416 pages
  • Editeur : Bragelonne (30 mai 2013)
  • Collection : FANTASTIQUE
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2811210563

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