De si bonnes mères de Céline de Roany, Cachez ce ventre que je ne saurais voir

Un parc naturel en Bretagne, des jeunes femmes retrouvées mutilées, une communauté pleine de secrets et face à eux une enquêtrice revenue de l’enfer prête à tout pour faire la lumière sur cette affaire aux ramifications insoupçonnées.

La nouvelle enquête de Céline est solide et palpitante. L’autrice maîtrise la notion de suspens. L’enquête se suit avec plaisir, les mystères s’accumulent ainsi que les fausses pistes. Mais il en faut plus pour décourager Céleste Ibar, une enquêtrice qui ne s’en laisse compter par personne. 

Un personnage qui est à la limite de ces clichés de femmes flic badass et déterminées que l’on rencontre un peu partout dans le polar en ce moment mais l’autrice parvient à faire d’elle un véritable personnage consistant. Un personnage sauvé par son dévouement aux victimes, sa complicité avec ses collègues et sa famille moderne et aimante. 

Le seul reproche que je pourrais faire à l’ouvrage est un étirement de l’intrigue. Surtout vers la fin avec une énième péripétie qui place Céleste dans une situation délicate vue et revue et qui alourdit l’intrigue sans apporter grand-chose. Tout ça pour mener à une conclusion expédiée. Un final décevant qui apporte toutes les réponses aux questions mais sans LA scène qui aurait dû apporter le climax haletant auquel on serait en droit de s’attendre.

De si bonnes mères est un polar convaincant qui va vous faire passer un joli moment de lecture. Je regrette juste que l’intrigue se perde dans des retournements de situation dispensable au lieu d’offrir un véritable final.

Résumé :

Dans le parc régional de Brière, où vit une petite communauté soudée autour d’un restaurant et d’un bistrot, se cache un criminel au sang froid qui mutile des femmes enceintes. Dépêchés sur les lieux, Céleste Ibar et son fidèle lieutenant sauront-ils déchiffrer les signes laissés par le tueur ?

Céleste Ibarbengoetxea, capitaine à la PJ de Nantes. Un nom imprononçable. Un visage balafré. Un passé terrible : séquestrée et martyrisée, elle a survécu en faisant preuve d’une violence inhumaine. Depuis, pour certains comme à ses propres yeux, Céleste Ibar est un monstre. C’est pourtant parce qu’elle est une épouse aimante, une mère attentive et une collègue dévouée qu’elle va résoudre l’une de ces tragiques affaires criminelles qui marquent un flic à jamais.

Éditeur ‎Presses de la Cité (31 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎474 pages
ISBN-10 ‎225819606X
ISBN-13 ‎978-2258196063

Fille du destin d’Isabel Allende, Emporté par l’histoire

Romance passionnée, chemin de vie tortueux et empli de douleurs, récit historique où se perd la nature humaine alors que sévit l’appât du gain. Cet ouvrage d’Isabel Allende est tout ceci à la fois. Le tout servi par une plume inégalable de conteuse.

Le récit est séparé en deux parties tellement disparates qu’elles apparaissent comme les enfants colériques d’une même famille. Dans la première partie, auréolé d’une atmosphère de douce innocence, l’autrice nous offre un portrait d’une famille noble chilienne dans une société policé où tout n’est que luxe, volupté et respect des bonnes manières. Une phase d’exposition qui pourrait paraître longue sans la plume adorable d’Allende qui oscille entre la chronique familiale et le conte sociétal.

Puis survint la rupture de ton de la seconde partie. Avec l’appel de l’aventure ressenti par Eliza surgit aussi la brutalité, la cupidité humaine, la sauvagerie et la mort. Plus intense, cette seconde partie garde une filiation avec sa petite sœur par son aspect conte historique et chronique des années de folie qui ont traversé l’ouest américain. On évoque le sort des femmes, traités comme des objets sexuels sans âme mais aussi la légende du bandit Joaquín Murieta. L’innocence s’éteint dans l’indifférence générale, étouffant dans son propre sang et la poussière.

De nos jours ce récit serait raconté de manière différente, les révélations seraient plus fracassantes, la temporalité serait malmenée, et les chapitres plus courts. Ce classique de la littérature reste pourtant indémodable et prouve que, peu importe la manière dont vous racontez votre histoire la plume vous sauvera toujours.

Résumé : Abandonnée sur le port de Valparaiso en 1832, adoptée par la famille Sommers, Eliza va mener une existence de petite fille modèle, jusqu’au jour de ses 16 ans où elle s’éprend de Joaquin, un jeune homme pauvre et entreprenant qui la quitte bientôt pour gagner la Californie. Enceinte, Eliza s’embarque clandestinement sur un voilier afin de le retrouver. En Californie, c’est le temps de la ruée vers l’or. La jeune femme va découvrir un univers sans foi ni loi, peuplé d’aventuriers, de prostituées, de bandits. Un jeune médecin chinois, Tao Chien, la prend sous sa protection. Autour d’eux, San Francisco grandit, le commerce entre les deux Amériques est intense, un nouveau pays naît, brutal, ambitieux, bien éloigné des traditions de la vieille Europe, tellement plus libre aussi.

Éditeur ‎Le Livre de Poche (1 mars 2002)
Langue ‎Français
Poche ‎445 pages
ISBN-10 ‎2253152455
ISBN-13 ‎978-2253152453

Rien que le noir de William McIlvanney et Ian Rankin, Glasgow by night

Après qu’un destin funeste ait frappé William McIlvanney, le créateur original du personnage de Jack Laidlaw, c’est Ian Rankin, un autre grand nom du polar anglo-saxon, qui a repris en main le manuscrit afin de narrer l’une des premières enquêtes de ce personnage dont j’ai fait la découverte avec cet ouvrage.

D’emblée on ne peut pas dire que ce fût le coup de foudre entre Laidlaw et moi. Ce personnage au fort caractère m’est apparu arrogant, prétentieux et acariâtre. Il ne cherche même pas à faire connaissance avec ses nouveaux collègues qu’il dénigre immédiatement.

Son rapport à la hiérarchie est simple, ses supérieurs sont des incapables qui ne possèdent pas sa vision des choses et ne méritent donc que son dédain. Son impertinence pourrait le faire passer pour un rebelle intransigeant, ce qui est sans doute le but des auteurs, mais ne fait que mettre en avant son ego agressif et son complexe de supériorité.

Difficile de savoir si Laidlaw est décrit comme ça dans la trilogie originale de McIlvanney ou s’il s’agit d’un apport de Rankin mais le fait est que, à part ses talents d’enquêteur solitaire, rien n’est fait pour le rendre sympathique.

En passant outre mon aversion pour le personnage principal j’ai tout de même apprécié cette enquête dans les bas fond de Glasgow. L’intrigue est d’un classicisme absolue mais solide. Une galerie de personnages peu recommandables, convaincante à défaut d’être originale, nous est dépeinte tout au long de cette intrigue où les loups sont sur le point de s’entredévorer.

Il ne me reste maintenant plus qu’à découvrir si Laidlaw est d’un naturel plus avenant sous la seule plume du regretté McIlvanney ou si vraiment, lui et moi, on n’est pas fait pour s’entendre.

Résumé : A sa mort, William McIlvanney, auteur de la trilogie Laidlaw a laissé un manuscrit inachevé. Sa compagne a demandé à l’écrivain Ian Rankin, grand admirateur de McIlvanney, de le remettre en forme et de le compléter. Le résultat est The Dark Remains, une aventure de jeunesse de l’inspecteur Jack Laidlaw.

Éditeur ‎Rivages (6 avril 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎288 pages
ISBN-10 ‎2743655720
ISBN-13 ‎978-2743655723

Capital du sud tome 2 trois lucioles, un festin pour les lecteurs

Le second volume de la trilogie de Capital du sud avait fort à faire pour consolider les promesses faites durant le premier volume. Nul souci à se faire de ce côté-là, l’auteur a passé le cap du second volume avec brio.

Trois lucioles est avant tout une lecture qui va solliciter tous vos sens. La plume de Guillaume Chamanadjian convoque nos 5 sens, enrobant son univers d’un charme irrésistible. Ainsi la ville de Gemina prend vie à chaque ligne avec ses ruelles tortueuses, son port animé qui sent le retour de pêche et les harangues des camelots des rues pendant que les murs en pierres se gorgent des rayons du soleil.

Sans oublier les multiples spécialités culinaires qui affolent le palais, gâteau au miel et aux amandes, pâtés et vins enrichissent le récit de leurs saveurs inoubliables. Comment ne pas céder à cette invitation à se plonger dans cet univers qui stimule tous les sens du lecteur ?

L’intrigue, quant à elle, se muscle dangereusement dans ce second volet. Fini les livraisons de denrées pour Nox. Notre brave épicier se retrouve au centre d’une toile d’intrigues dont chaque fil pourrait bien entraîner sa perte. Nox se voit obligé de prendre les devants s’il veut que lui et ses proches puissent s’en sortir vivant. Même s’il fait parfois preuve d’une grande naïveté, Nox a mûri et devient peu à peu le héros que l’on attend tous.

L’auteur n’oublie pas de développer son intrigue au-delà de la seconde enceinte de la bouillonnante Gemina, le spectre de la guerre s’invite dans l’univers de la tour de garde, ce qui laisse présager un récit tout aussi haletant pour la suite.

Résumé : Nox, l’ancien commis d’épicerie, est désormais seul maître à bord de l’échoppe Saint-Vivant. Il a pris ses distances avec la maison de la Caouane qui, enfant, l’avait recueilli. Mais personne n’est à l’abri des intrigues de la Cité. Dès la fin de l’hiver, tout ce que la ville compte d’opposants au duc Servaint s’est mis en tête que le duc devait mourir, et que la main qui le frapperait serait celle de Nox. Celui-ci consentira-t-il à tuer l’homme qui l’a élevé ? De sa décision dépendra le destin de Gemina.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN (8 avril 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎416 pages
ISBN-10 ‎2373051095
ISBN-13 ‎978-2373051094

Shuggie Bain de Douglas Stuart, Chère Shuggie

Chère Shuggie

J’aurais tant de choses à te dire sur le récit de ta vie. Un tourbillon d’émotions s’empare de moi au souvenir de tout ce que tu as dû traverser. Je doute de trouver la force d’exprimer tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ton destin tragique.

Un ciel lourd barre ton avenir et assombrit ton quotidien. Il faut dire qu’il n’était pas bon de vivre du mauvais côté de la barrière sociale en 1980 dans l’Angleterre rigide de Margaret Thatcher. Tu vas subir de plein fouet la misère, la maltraitance, l’alcoolisme, la violence, le mépris, le harcèlement et la malnutrition, le tout sans jamais te départir de ton optimisme et de ton regard d’enfant désarmant de naïveté et d’innocence.

Le récit de ton enfance est aussi celui de ta mère, Agnes, ou plutôt de sa déchéance dans le puits sans fond d’une canette de special brew. Le récit parvient à se focaliser sur l’empathie envers le sort cruel que vous réserve le destin, à toi et à ta famille, sans jamais que l’on ressente un quelconque mépris envers le personnage complexe qu’est ta mère.

J’ai été surpris je l’avoue de voir que l’on s’attardait autant sur le sort de ta génitrice, à tel point que je ne comprenais pas pourquoi le récit porte ton nom alors que l’on te voit si peu, avant de comprendre qu’il s’agit d’une chronique sociale intime et bouleversante et pas uniquement des mémoires d’un enfant de la classe ouvrière.

La description minutieuse de ton quotidien miséreux entre brimades de la part de tes camarades, violences psychologiques et lutte incessante pour conserver le peu de dignité qu’il reste à ta mère est poignante. Tu ne nous épargne rien de ce que tu as subi, et alors que l’on pensait qu’il ne pouvait plus rien t’arriver de pire, le sort s’acharne encore. Pourtant, seulement armé de ton courage et de ton abnégation, tu affrontes les démons qui la dévorent, déchiré par l’amour que tu portes à ta mère.

Voilà que j’arrive au bout du temps qu’il m’est imparti pour t’exprimer tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ton récit Shuggie et j’ai l’impression de n’avoir qu’effleurer la surface des émotions que tu provoques en moi. Adieu Shuggie ton calvaire restera gravé dans ma mémoire.

Résumé : Glasgow, années 1980, sous le règne de fer de Margaret Thatcher. Agnes Bain rêvait d’une belle maison bien à elle, d’un jardin et d’un homme qui l’aime. A la place, son dernier mari la lâche dans un quartier délabré de la ville où règnent le chômage et la pauvreté. Pour fuir l’avenir bouché, les factures qui s’empilent, la vie quotidienne en vrac, Agnes va chercher du réconfort dans l’alcool, et, l’un après l’autre, parents, amants, grands enfants, tous les siens l’abandonnent pour se sauver eux-mêmes. Un seul s’est juré de rester, coûte que coûte, de toute la force d’âme de ses huit ans. C’est Shuggie, son dernier fils. Il lui a dit un jour : « Je t’aime, maman. Je ferai n’importe quoi pour toi ». Mais Shuggie peine d’autant plus à l’aider qu’il doit se battre sur un autre front : malgré ses efforts pour paraître normal, tout le monde a remarqué qu’il n’était pas « net ». Harcèlement, brimades, injures, rien ne lui est épargné par les brutes du voisinage. Agnes le protégerait si la bière n’avait pas le pouvoir d’effacer tous ceux qui vous entourent, même un fils adoré. Mais qu’est-ce qui pourrait décourager l’amour de Shuggie ?

Quatrième de couverture
BOOKER PRIZE 2020 – Glasgow, années 1980, sous le règne de fer de Margaret Thatcher. Agnes Bain rêvait d’une belle maison bien à elle, d’un jardin et d’un homme qui l’aime. À la place, son dernier mari la lâche dans un quartier délabré de la ville où règnent le chômage et la pauvreté. Pour fuir l’avenir bouché, les factures qui s’empilent, la vie quotidienne en vrac, Agnes va chercher du réconfort dans l’alcool, et, l’un après l’autre, parents, amants, grands enfants, tous les siens l’abandonnent pour se sauver eux-mêmes. Un seul s’est juré de rester, coûte que coûte, de toute la force d’âme de ses huit ans. C’est Shuggie, son dernier fils. Il lui a dit un jour : « Je t’aime, maman. Je ferai n’importe quoi pour toi. » Mais Shuggie peine d’autant plus à l’aider qu’il doit se battre sur un autre front : malgré ses efforts pour paraître normal, tout le monde a remarqué qu’il n’était pas « net ». Harcèlement, brimades, injures, rien ne lui est épargné par les brutes du voisinage. Agnes le protégerait si la bière n’avait pas le pouvoir d’effacer tous ceux qui vous entourent, même un fils adoré. Mais qu’est-ce qui pourrait décourager l’amour de Shuggie ? Shuggie Bain est un premier roman fracassant qui signe la naissance d’un auteur. Douglas Stuart décrit sans détour la cruauté du monde et la lumière absolue.

Éditeur ‎EDITEUR GLOBE (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎496 pages
ISBN-10 ‎2383610003
ISBN-13 ‎978-2383610007

Mon pays réinventé d’Isabel Allende, étrangère en terre natale

Certaines personnes portent en elles une histoire, un destin qu’elle s’efforce de partager avec un public de bien des manières. Isabel Allende porte en elle tout un pays, le Chili, terre natale qu’elle a dû fuir dans la tourmente. De par ses mots elle invoque le désert d’Atacama, la terre de feu, Santiago, la capitale tentaculaire. Une invitation au voyage immanquable.

L’ouvrage n’est pas un récit fictionnel, pas de personnage principal, hormis le Chili, qui verra sa géographie, son ethnographie et son histoire être minutieusement exposée. Les Chiliens, peuple d’immigrés et multiethniques, n’échappent pas à une étude de ses mœurs, de sa mentalité paradoxale empreinte d’un esprit de classe. Un portrait d’un pays détaillé qui vaut tous les cours d’histoire.

L’ouvrage n’en est pas moins pourvu d’une part fictionnelle.  Afin de panser sa mémoire d’exilée, Isabel livre ses souvenirs doux-amers sur son enfance. Elle porte un regard malicieux sur son pays et ses concitoyens, une nostalgie se dégage de sa plume chaude lorsqu’elle évoque ce pays si cher à son cœur, si présent dans sa tête mais si loin de son regard. Terre de mystère meurtri par la folie des hommes.

L’histoire tragique récente du Chili et la manière dont Isabel et sa famille l’ont vécu occupent une place importante. Le récit se fait alors analyse politique, débarrassé de l’affect auquel elle pourrait prétendre l’autrice narre le tourbillon sanglant qui a marqué son pays au fer rouge.

Un récit à la croisée des genres, entre récit historique et autobiographique. Peut-être le point d’entrée idéal pour découvrir Isabel Allende et sa plume ronde de conteuse.

Résumé : Isabel Allende se confie : « Presque toute ma vie, j’ai été une étrangère, condition que j’accepte car je n’ai pas d’alternative. Plusieurs fois, je me suis vue obligée de partir en brisant des liens et en laissant tout derrière moi, pour recommencer ma vie ailleurs. » Ayant choisi l’exil après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 au Chili, Isabel Allende s’est engagée sur le chemin de la littérature. Aujourd’hui, sur un ton léger et émouvant, elle nous livre son Chili mythique, imaginé dans l’exil, territoire de sa nostalgie, seul pays où elle ne se sente pas une étrangère.
Ce portrait contrasté du Chili, où sont évoquées sa géographie, son histoire, sa culture ou ses mentalités, est entremêlé de souvenirs et de pensées personnelles qui retracent tout le chemin d’une vie. La famille extravagante, l’enfance, les rencontres, les voyages. Isabel Allende dévoile les origines et donne les clés des personnages et des lieux qui sont la matière de son œuvre romanesque.

Éditeur ‎Le Livre de Poche (1 juin 2005)
Langue ‎Français
Poche ‎288 pages
ISBN-10 ‎2253113557
ISBN-13 ‎978-2253113553

Mégapoles tome 1 Genèse de la cité de N.K. Jemisin, Super big apple

Mon premier est une ville mythique, Babylone moderne aux lumières éblouissantes, mon second est un univers, celui de N.K. Jemisin, foisonnant et dense. Mon tout forme un récit ambitieux tant dans son récit que dans le portrait de ses personnages.

Cette nouvelle saga s’abreuve à la source de deux genres très populaires sur divers médias de nos jours, les comics de super-héros d’un côté, avec ces êtres dotés de super-pouvoirs et le fantastique hérité d’un auteur reconnu par les amateurs du genre. L’autrice s’empare de ces genres pour les inscrire dans un récit qui, sous des faux airs de blockbuster à l’intrigue simple, cache de nombreuses interrogations métaphysiques et sociales en plus d’être une déclaration d’amour à la ville qui ne dort jamais.

New York prend vie sous la plume de Jemisin. Personnage à part entière du récit, nous allons faire connaissance avec les coins les plus reculés de son histoire mais aussi avec ses habitants, ses quartiers, véritables villes dans la ville. Rarement on aura autant eu l’impression d’être en plein milieu de ses gigantesques avenues.

Les protagonistes portent le récit sur leurs épaules et apportent une complexité psychologique qui fait tout l’intérêt du récit. Emportés par une destinée qu’ils n’ont pas choisie, ils vont devoir faire face à leurs contradictions, leurs doutes tout en tentant d’empêcher la destruction de leur ville. Leurs errements intérieurs sont minutieusement décrits, on plonge dans leur psyché comme dans un bassin sans fond. 

Toutes une série de thèmes sont portés par la voix des personnages. Des thèmes modernes qui secouent notre société actuelle avec tout un tas de mots en phobe mais l’autrice introduit aussi une réflexion sur notre place de l’univers, les conséquences de l’expansion de l’humanité et ce qui fait l’identité d’une ville, d’un quartier.

Ce premier volume nécessite d’être apprivoisé tant il est parfois dense, pour un résultat qui résonne comme une ode à la grosse pomme en plus d’être un récit fantastique divertissant.

Résumé : En descendant du train à Penn Station, le jeune homme se rend compte qu’il a tout oublié : son nom, son passé, son visage… Une seule certitude : quoiqu’il n’ait jamais mis les pieds à Manhattan, il est ici chez lui. Rien d’anormal, donc, à ce qu’un vieux taxi jaune à damiers s’arrête devant lui au moment où il en a le plus besoin. Il doit impérativement se rendre sur FDR Drive ; il ignore pourquoi, mais cela a sans doute un rapport avec les tentacules qui sèment le trouble à chaque coin de rue. La ville, sa ville est en danger, et lui seul semble être en mesure de la défendre. Lui seul ? Non, ils sont cinq, un pour chaque arrondissement de New York…

Éditeur ‎J’ai lu (3 février 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎384 pages
ISBN-10 ‎2290232513
ISBN-13 ‎978-2290232514

Le chat qui ne pouvait pas tourner d’Anne Dhoquois, Un flic dans la brume

Paris, des femmes retrouvées sauvagement poignardées, un flic désabusé et alcoolique, un résumé qui fait penser à des centaines d’autres polars déjà présents en librairie et c’est bien le problème de ce premier polar.

La première enquête de David Sterling, bien que de facture honnête dans son ensemble, souffre de deux défauts qui ne sont en rien rédhibitoires mais qui empêcheront tout amateur de polar de lui trouver un quelconque intérêt. Dès les prémices de l’enquête, le lecteur comprend qu’il est face à un polar d’un classicisme absolu. Un classicisme qui n’a rien de déméritant en soi mais dont il aurait fallu parvenir à se détacher afin de proposer quelque chose de plus original, qui aurait permis au récit de se démarquer du reste de la production littéraire policière.

Le second défaut tient surtout au portrait du capitaine Sterling trop scolaire pour être vraiment convaincant. Un flic solitaire, à la belle gueule fatigué, désabusé par la société dans laquelle il ne fait que passer pour ramasser les pires horreurs, captif d’une colère dont il ignore l’origine et légèrement alcoolique. Une description qui, sans être honteuse, correspond à des dizaines d’autres personnages de roman et à laquelle l’autrice ne parvient pas à donner une réelle consistance malgré ses efforts louables.

Ces défauts n’empêchent pas de passer un bon moment. L’intrigue se suit sans déplaisir à travers des chapitres rythmés, des suspects et des fausses pistes jusqu’à un final malheureusement prévisible. La conclusion est à la hauteur du récit, sans originalité mais honnête dans sa proposition.

Un polar à réserver aux lecteurs curieux de découvrir le genre. Mais dont le côté classique et scolaire empêchera tout autre lecteur plus assidu d’y trouver son compte.

Résumé : David Sterling est capitaine de police au 3e DPJ de Paris. Chef d’enquête pour le meurtre d’une jeune femme tuée à l’arme blanche sur les berges de la Seine, il pressent dès le départ une affaire hors du commun. La suite des événements va lui donner raison. Les meurtres de femmes s’enchaînent, tous commis dans des arrondissements de la rive gauche, le territoire du 3e DPJ. Est-ce un hasard ? Au capitaine et à ses lieutenants de percer le mystère, de fausses pistes en rebondissements, qui mettront Sterling à rude épreuve. Enquêteur renommé, instinctif, séducteur et torturé…et si le chat qui ne pouvait pas tourner, c’était lui ?

ASIN ‎B09NPDYHCR
Éditeur ‎Les Arènes (17 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎317 pages
ISBN-13 ‎979-1037505859

Blackwing tome 3 La chute du corbeau de Ed McDonald, désert, démences et démons

Sur une base narrative peu originale, des êtres anciens veulent dominer le monde et asservir l’humanité, l’auteur Ed McDonald est parvenu à bâtir une trilogie solide malgré une conclusion qui souffre des défauts habituels de ce genre de saga.

L’univers imaginé par l’auteur reste l’atout majeur de la saga. À mi-chemin entre Western et récit post-apocalyptique, Blackwing s’intègre parfaitement dans le genre de la dark fantasy. Le désespoir et la folie règnent en maîtres sur une humanité qui se raccroche à ses dernières illusions dans des villes fortifiées poussiéreuses pendant que des forces qui la dépassent s’agitent en coulisses. 

Le personnage principal, Ryhalt hante chaque page du récit. Anti-héros parfait, il aime ou il déteste, pas de juste milieu avec lui. L’auteur tisse des relations entre lui et les différents protagonistes qui lorgnent parfois vers la caricature. Tous les personnages secondaires sont définis par leur relation avec Ryhalt, ils n’existent et servent l’intrigue que par le biais de la relation qui les unit à ce dernier, heureusement que ce brave capitaine des ailes noires est charismatique car sinon cela pourrait être lassant.

Passé une première partie qui relance les enjeux de l’intrigue principale et rabat les cartes du jeu mortel que se livrent les puissances innommables, le récit s’enlise dans une narration qui enchaîne les scènes d’action stérile et la redondance d’informations. L’auteur peine à conclure son récit de manière convaincante. Le final est particulièrement brouillon et maladroit par moments.

Même si la conclusion est en demi-teinte, l’univers poisseux que propose cette saga mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour la vision désespérée de l’humanité qu’elle propose.

Résumé : Un cataclysme a frappé le Cordon, l’ultime ligne de défense séparant la civilisation des Rois des profondeurs. Des pluies rouges accablent sans cesse la terre, de nouvelles monstruosités se nourrissent de terreur dans l’ombre et le pouvoir des Sans-Nom, les dieux qui protègent la république, demeure inutilisable. Les capitaines des Ailes noires qui les servent sont éliminés un par un, et même les immortels ont fini par apprendre ce que mourir signifiait. Entretemps, le pouvoir des Rois des profondeurs n’a fait que croître ; ils sont sur le point d’assener le coup final.

Ryhalt Galharrow se tient à l’écart de tout cela.

Il s’est aventuré plus loin que jamais dans ce désert appelé la Désolation. Celle-ci l’a changé. Mais tous les pouvoirs ont un prix, et à présent les fantômes de son passé, jusqu’alors confinés dans ces terres perdues, l’accompagnent partout. Ils le suivront même, ainsi que les quelques capitaines des Ailes noires encore en vie, pour son ultime mission dans les ténèbres.

ASIN ‎B08YP2H4LD
Éditeur ‎Bragelonne (7 juillet 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎552 pages
ISBN-13 ‎979-1028118808

Avis de grand froid de Jérôme Charyn, Don Quichotte à la maison blanche

Douzième et ultime volet de la saga d’Isaac Sidel, ce roman envoie son personnage de flic juif, à la tête du plus puissant pays du monde dans une suite d’aventures rocambolesques.

Le ton employé par l’auteur a été une agréable découverte, une plume qui retranscrit à merveille la gouaille de son personnage principal. Le ton est familier mais jamais vulgaire, un côté burlesque et satirique enrobe le roman d’une aura de fausse légèreté qui fait oublier les enjeux élevés de l’histoire.

La personnalité de Sidel joue une grande part dans l’appréciation du roman. À la fois cynique et empreint d’une naïveté bienveillante qui le fait parfois agir au gré du bon sens. Son côté grand enfant, ajouté à son anticonformisme, tranche avec la galerie de protagonistes plus sérieux et fait tout le sel du récit.

Malheureusement ce ton enjoué et ce personnage en décalage complet avec son rôle de président entraîne une discordance avec l’intrigue, dont les enjeux ne sont rien de moins que la vie du président des États-Unis. L’aspect burlesque voulu par l’auteur prend l’avantage sur une intrigue à tiroirs à laquelle on a du mal à s’intéresser tant même le personnage principal semble s’en moquer complètement.

On enchaîne donc les péripéties dont est victime Sidel sans y croire vraiment, en attendant la prochaine punchline ou la prochaine description satirique. On passe d’une rencontre explosive avec le président de la République Tchèque à une émeute au pénitencier de Rykers sans que jamais le récit ne s’empare de la dramaturgie de son intrigue. Au final on finit par ne plus croire à ce que nous raconte l’auteur.

Reste une exploration minutieuse de la maison blanche et de ses protocoles. Un méandre administratif que l’auteur parvient à rendre intéressant par le regard néophyte de son personnage principal qui, en bon cow-boy solitaire, refuse les carcans que l’on lui impose. Pas suffisant malheureusement pour maintenir l’intérêt sur l’ensemble du récit.

Je retiendrai de ma rencontre avec Charyn un style inimitable, entre la comédie et le thriller politique mais j’aurais apprécié un peu plus d’équilibre entre les deux.

Résumé : Ultime volume dans la saga du héros de Charyn Isaac Sidel. Depuis Marilyn la Dingue, roman dans lequel il était inspecteur à la Criminelle de New York, Isaac a fait son chemin. Il est devenu commissaire principal de la police, puis maire de New York. Et voilà que par un concours de circonstances, il se retrouve… à la Maison-Blanche, le candidat élu n’ayant pu être intronisé.

Éditeur ‎Editions Payot & Rivages (16 mars 2022)
Langue ‎Français
Poche ‎400 pages
ISBN-10 ‎2743655917