Après la guerre d’Hervé Le corre, Bordeaux dans tout ses états

Bien plus qu’un récit sur l’après-guerre, ce roman noir est aussi un pamphlet sur la guerre et sur les âmes qui s’y trouvent mêlées. À travers le portrait de trois personnages, l’auteur évoque trois parcours et trois manières de vivre durant la guerre, y participer, en profiter ou en être victime.

Commençons par le parcours de Daniel, celui qui m’a le plus posé problème. Non pas que la qualité ne soit pas présente mais je ne m’attendais pas à ce que la guerre d’Algérie soit aussi présente dans le récit. J’ai eu du mal à m’intéresser à l’enfer vécu par ce jeune homme, si jeune mais déjà si vieux mentalement. Il m’a fallu saisir le propos de l’auteur sur la guerre pour finalement appréhender cette partie du récit.

Ensuite il y a André, le survivant, celui qui a tout perdu et qui revient la rage au ventre, hanté par les souvenirs d’un autre enfer. L’auteur soigne le portrait de ce personnage complexe tout en nuances, un fantôme déshumanisé qui ne retrouve qu’une pâle lueur de clémence que trop tard pour lui-même.

Enfin vient le portrait le plus consistant. L’un des personnages les plus sombres, les plus abjects qu’il m’a été donné de lire. Une âme souillée par sa haine instinctive de son prochain, sa jalousie médiocre et sa rage meurtrière, j’ai nommé le commissaire Darlac. Un personnage qui, sous une plume moins travaillée et minutieuse, aurait pu être simplement détestable mais dont l’aura nauséabonde suinte des pages de l’ouvrage et constitue le pilier du récit. Un bloc de noirceur ciselé que l’on ne peut haïr tellement il est stupéfiant de cruauté.

Ces trois portraits sans concessions se trouvent encadrés par une description lugubre et souillée de la ville de Bordeaux, qui ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à une capitale régionale. Un sombre écrin pour un récit qui ne l’est pas moins.

Résumé :

Bordeaux dans les années cinquante. Une ville qui porte encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale et où rôde l’inquiétante silhouette du commissaire Darlac, un flic pourri qui a fait son beurre pendant l’Occupation et n’a pas hésité à collaborer avec les nazis. Pourtant, déjà, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a commencé : de jeunes appelés partent pour l’Algérie.

Daniel sait que c’est le sort qui l’attend. Il a perdu ses parents dans les camps et est devenu apprenti mécanicien. Un jour, un inconnu vient faire réparer sa moto au garage où il travaille. L’homme ne se trouve pas à Bordeaux par hasard. Sa présence va déclencher une onde de choc mortelle dans toute la ville. Pendant ce temps, d’autres crimes sont commis en Algérie…

Éditeur ‎Editions Payot & Rivages (12 mars 2014)
Langue ‎Français
Broché ‎523 pages
ISBN-10 ‎2743627263
ISBN-13 ‎978-2743627263

Les exfiltrés de Berlin d’Harald Gilbers, L’horreur ne disparaît jamais, elle change juste de nom.

La précédente enquête de l’inflexible commissaire Oppenheimer m’avait séduite par son réalisme historique mais déçu par son intrigue prévisible au possible. Il est rare qu’une saga policière se bonifie avec le temps mais cela semble être le cas ici avec un nouveau récit moins attendu.

Autant être clair d’entrée de jeu, les twists renversant ne seront jamais l’apanage de l’auteur. Ce dernier préfère tisser une atmosphère oppressante, une ambiance paranoïaque dans une ville de Berlin qui a du mal à se remettre de la Seconde Guerre mondiale.

À défaut d’une enquête qui enchaîne les révélations, le récit propose une intrigue solide, rythmée avec une dose d’espionnage et de politique anxiogène qui laisse se profiler la guerre froide. Il n’y a guère qu’une décision invraisemblable prise par les personnages vers la fin qui m’a fait lever les yeux au ciel.

Mais, encore une fois, c’est surtout par sa retranscription du quotidien du peuple berlinois que l’ouvrage fait merveille. L’auteur nous fait partager la misère, l’amertume et la fierté d’un peuple qui n’a pas encore pu tourner la page de sa sombre histoire. Le quotidien des Berlinois nous est conté avec un réalisme clinique, les privations, le désarroi mais aussi la peur de ne pas voir le bout de ce sombre tunnel. Le tout par le regard acéré du commissaire Oppenheimer qui nage constamment en eaux troubles, témoin privilégié du théâtre sanglant qu’est devenu sa ville.

Harald Gilbers signe une honnête saga policière, habitée par un souci du réalisme historique et des personnages ambigus crédibles. La période complexe de l’après-guerre est une mine d’histoires idéales pour de sombres récits policiers.

Résumé : Berlin, 1947. Dans une capitale allemande divisée et affamée, le commissaire Oppenheimer est appelé sur le lieu d’un crime banal : un cambrioleur tué par le locataire de l’appartement dans lequel il est entré par effraction. Un cas d’autodéfense classique ? Oppenheimer en doute et découvre des zones troubles. Pendant ce temps, son collègue Billhardt disparaît en pleine enquête sur la mort d’un pickpocket retrouvé avec d’étranges documents sur lui. Oppenheimer comprend que les deux crimes sont liés et se retrouve bientôt confronté à un réseau secret d’exfiltration d’anciens nazis vers l’Argentine. Encerclé par les traîtres jusque dans les rangs de la police, il aura fort à faire pour ne pas sombrer.

Éditeur ‎Calmann-Lévy (26 mai 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎448 pages
ISBN-10 ‎2702182321
ISBN-13 ‎978-2702182321

Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andrea, Envole-moi

Certains auteurs n’ont pas besoin de s’emparer d’un sujet original pour nous ravir. Prenez Jean-Baptiste Andrea, des orphelins, un piano, un orphelinat lugubre et une rose inaccessible il ne lui en fallait pas plus pour engendrer un récit à l’émotion palpable.

La musique est tout ce qui reste au jeune Joseph qu’un tragique coup du sort va priver de sa famille. Dans la France des années 70 peu de place et laisser aux orphelins et Joseph va faire l’expérience de la solitude et de la cruauté du monde. Pourtant la musique, les sublimes mélodies que l’on peut enfanter à l’aide d’un piano, vont devenir la pierre angulaire de son univers. La seule chose qui ne le fera pas sombrer.

La musique comme moyen d’évasion, la musique comme relique d’un passé défunt mais dont les souvenirs s’avère salvateur mais aussi la musique comme passerelle entre les êtres, la musique qui rassemble et fait s’unir les âmes. Ce récit parle de ces notes qui embellissent la vie, aussi rude soit-elle.

C’est aussi un formidable ouvrage sur l’amitié, sur ces épaules desquelles on peut se reposer, sur ces mains qui se tendent, sur ces regards qui en disent long, sur ces rires intemporels qui marquent la mémoire, sur ces rivalités qui bâtissent un homme.

Ce roman est une ode à la liberté, à l’évasion le tout servi par une plume légère, nostalgique et empreint de mélancolie. Un magnifique roman.

Résumé : Qui prête attention à Joe ? Ses doigts agiles courent sur le clavier des pianos publics dans les gares. Il joue divinement Beethoven. Les voyageurs passent. Lui reste.
Il attend quelqu’un, qui descendra d’un train, un jour peut-être.
C’est une longue histoire. Elle a commencé il y a cinquante ans dans un orphelinat lugubre.
On y croise des diables et des saints.
Et une rose.

Éditeur ‎Iconoclaste (14 janvier 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎361 pages
ISBN-10 ‎2378801742
ISBN-13 ‎978-2378801748

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie, l’espoir gravé dans l’écorce

Cet ouvrage est bien plus qu’un énième récit post-apo brodant sur le thème éculé du déclin de l’humanité. C’est un ouvrage sur la notion de famille, sur la transmission de valeurs et aussi un formidable message d’espoir pour l’avenir.

Ce roman restera sans doute comme l’une de mes plus belles lectures de cette année. Tout simplement parce que l’auteur est parvenu à me faire changer d’avis sur ses choix de narration et sur mon ressenti concernant ses personnages, ce qui n’arrive que rarement.

En commençant l’ouvrage je me faisais la réflexion que le sujet était intéressant, la narration claire, le propos passionnant mais j’avais l’impression de regarder les personnages à travers une vitre, ce que je trouvais dommage pour une saga familiale où l’attachement aux personnages est primordial. Comme si l’intrigue se déroulait à travers un filtre et que l’auteur nous maintenait à distance de ses personnages. C’était pour mieux nous emmener à la seconde partie.

La première partie du récit, celle où la narration rebrousse le temps, sert à enraciner les thématiques de chaque personnage, à nouer le contexte dans lequel ils évoluent et à planter leurs personnalités. Puis la seconde partie déploie ses trésors d’émotions, la distance s’efface et laisse place à une intensité émotionnelle que j’ai rarement eu l’occasion de lire. Le tout avec pudeur et sobriété.

Une fois le livre refermé on ne peut s’empêcher de saluer l’ingéniosité de l’auteur qui parvient à mêler l’émotion tout en mettant en parallèle les situations vécues par les personnages à des décennies d’écarts. Il parvient à nous faire adopter le point de vue de chaque membre de cette famille atypique, on réussit à adopter leurs choix, même les plus extrêmes. Une famille où chaque branche s’ignore mais se complète, une famille qui ne sait pas communiquer mais qui se transmet pourtant des valeurs fondamentales.

Plus j’y réfléchis, plus je suis persuadé que ce livre est la meilleure lecture que j’ai pu faire cette année, non seulement pour l’émotion qu’il dégage mais aussi pour la résilience dont il fait preuve, un message d’espoir pour notre avenir. Aussi fragile et incertain soit-il.

Résumé : « Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout – dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. »

D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.
2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire. Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse. Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

Éditeur ‎Albin Michel (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎608 pages
ISBN-10 ‎222644100X
ISBN-13 ‎978-2226441003

Notre part de nuit de Mariana Enriquez, en cette demeure gisent l’amour et les ténèbres

Imaginez une grande demeure percée de multiples couloirs, aux portes en bois massif dissimulant de sombres pièces mystérieuses. Un manoir ancien où il serait facile de se perdre. Ce livre est cette demeure.

Lire cet ouvrage c’est comme déambuler dans les couloirs plongés dans la pénombre et s’arrêter devant les veilles photographies jaunies qui parsèment les murs. On plisse les yeux pour tenter d’en saisir les moindres détails mais ceux-ci s’entêtent à rester dans l’ombre, vérités insaisissables.

Puis vous parvenez dans un salon vivement éclairé par la lumière du soleil argentin, de jeunes adolescents sont assis en cercle, riant, dansant, parlant de tout et de rien. Leur présence salvatrice allège l’atmosphère et fait espérer des lendemains meilleurs. Mais les ténèbres ont déjà jeté leur dévolu sur eux. Cruelles destinés.

Une large bibliothèque vous assaille au fond d’une pièce solitaire, trésors insoupçonnés de témoignages précieux sur l’Argentine et ses troubles incessants, sur des articles évoquant des charniers cachés dans la jungle, sur l’histoire d’une société secrète dont il vaut mieux taire le nom, sur des récits oubliés de voyage dans un lieu emplis de ténèbres dévorantes et de pendus décharnés. Vous n’avez pas envie d’en savoir plus mais une fièvre inconnue vous pousse à vous immerger dans cet océan de noirceur. Dangereux savoir.

Vous présentez que cette demeure est le réceptacle de la folie humaine, de sa cruauté implacable mais aussi de l’amour d’un père pour son fils, un amour qui s’exprime au-delà du bien et du mal, un amour qui ne s’embarrasse pas des conventions du tout venant.

Vous ressortez de la demeure d’un pas fébrile, le cœur battant, les yeux hagards, tentant désespérément de saisir ce que vous venez de vivre. Touché du doigt par une plume dantesque qui grave à jamais des images saisissantes dans votre esprit mais aussi bercé par la fougue de la jeunesse. Une visite dont on ne ressort pas indemne.

Résumé : Un père et son fils traversent l’Argentine par la route, comme en fuite. Où vont-ils ? À qui cherchent-ils à échapper ? Le petit garçon s’appelle Gaspar. Sa mère a disparu dans des circonstances étranges. Comme son père, Gaspar a hérité d’un terrible don : il est destiné à devenir médium pour le compte d’une mystérieuse société secrète qui entre en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle.

Alternant les points de vue, les lieux et les époques, leur périple nous conduit de la dictature militaire argentine des années 1980 au Londres psychédélique des années 1970, d’une évocation du sida à David Bowie, de monstres effrayants en sacrifices humains. Authentique épopée à travers le temps et le monde, où l’Histoire et le fantastique se conjuguent dans une même poésie de l’horreur et du gothique, Notre part de nuit est un grand livre, d’une puissance, d’un souffle et d’une originalité renversants. Mariana Enriquez repousse les limites du roman et impose sa voix magistrale, quelque part entre Silvina Ocampo, Cormac McCarthy et Stephen King.

Éditeur ‎Sous-Sol (19 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎768 pages
ISBN-10 ‎2364684668
ISBN-13 ‎978-2364684669

Dragons et mécanismes d’Adrien Tomas, l’inventivité de la plume, la puissance du conte

Adrien Tomas est pour un auteur aussi talentueux que J.K. Rowling. Entendez par là qu’il est capable d’immerger les lecteurs dans son univers riche en quelques pages à peine. Une capacité envoûtante qui se vérifie avec ce nouvel ouvrage.

Plutôt que de mettre en scène une saga à suivre tome après tome, l’auteur a opté pour des opus interdépendants se déroulant dans le même univers. Au lecteur de piocher ce qu’il désire dans cet univers vaste et passionnant. Clins d’œil et références sont légion mais sans jamais gêner la lecture pour ceux qui n’auraient pas lu les ouvrages précédents.

C’est une aventure épique qui attend le lecteur, digne des meilleurs récits d’exploration. Le départ de cette quête intense résonne comme les plus grands classiques du genre, un duo de personnages antinomiques mais complémentaires, un monde sauvage et exotique, et des péripéties vitaminés. L’auteur insuffle suffisamment de dynamisme et d’humour pour que le récit se dévore tout seul.

Le fait qu’il s’intègre dans un schéma d’aventure classique n’empêche pas le récit de se montrer original dans le développement de ses personnages, notamment dans leurs sentiments amoureux, l’occasion pour l’auteur d’évoquer des orientations sexuelles encore trop peu abordé dans la littérature jeunesse. Les autres thèmes centraux du récit sont modernes et terriblement actuels, l’épuisement des ressources naturelles, l’aveuglement des gouvernements, des sujets qui parleront à la jeune génération.

Aussi riche et foisonnant soit le récit, il reste maîtrisé du début jusqu’à la fin. Le dénouement aurait peut-être mérité plus de développement ainsi que certaines intrigues secondaires mais force est de reconnaître que l’auteur est parvenu à livrer un récit épique et consistant. Un festin pour les amateurs de fantasy.

Résumé : Dague est voleur et espion. Il vit de cambriolages et de petits larcins. Alors qu’il est en mission de surveillance, il assiste à l’agression de Mira, une étrangère qui a fui son pays suite à un coup d’Etat. L’adolescente est archiduchesse, poursuivie par un tyran qui veut l’épouser et s’accaparer ses talents. Car elle fait partie des mécanomages, des sorciers capables de combiner leurs pouvoirs à de savants montages d’ingéniérie mécanique. En sauvant Mira, Dague est blessé, et les deux jeunes gens sont d’abord contraints de se cacher. Mais l’aristocrate est déterminée. Pour échapper à son ennemi et – accessoirement – tenter de récupérer le trône d’Asthénocle auquel elle peut prétendre, elle est résolue à s’enfoncer au cœur de la jungle. Un territoire hostile, quasi inexploré, et peuplé de dragons sanguinaires.

Éditeur ‎Rageot Editeur; Illustrated édition (24 février 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎640 pages
ISBN-10 ‎2700275470
ISBN-13 ‎978-2700275476
Âge de lecture ‎12 années et plus

En chaussettes d’Hugo Cétive, vis ma vie de tox

Ce court roman auto-édité est une véritable plongé en enfer. En chaussettes d’Hugo Cétive ou comment les choix que l’on fait peuvent nous précipiter en enfer.

Introspectif d’une part et témoignage glaçant du quotidien d’une épave dont le seul objectif est de trouver un moyen de se procurer une nouvelle dose de crack. L’auteur ouvre une lucarne crédible et effrayante sur ce qui constitue la vie d’un homme à la dérive, entre les agressions, l’exclusion sociale et la perte d’humanité. De manière paradoxale, c’est durant cette partie que le narrateur est le plus touchant, en noyé qui s’enfonce dans les profondeurs de la dépendance.

L’autre partie du récit s’attarde sur les souvenirs d’Alex, le narrateur, sur cette vie consumée alors qu’elle avait à peine commencé. L’auteur parvient à faire de son personnage un Icare aux ailes brûlées convaincant. Un jeune homme victime de ses propres errances et de ses choix irréfléchis. Un être complexe, coincé entre haine de soi et fuite en avant.

Le récit en lui-même s’achève de manière abrupte sans que lui puisse assimiler de manière convaincante l’évolution psychologique du personnage principal. Une fin qui se veut comme une nouvelle aube après d’interminables ténèbres mais qui apparaît tel un flash éblouissant qui déconcerte plus qu’il ébahit.

Malgré cette fin précipitée et peu convaincante, le récit offre un parcours glauque et sidérant du quotidien d’un junkie.

Résumé : C’est l’histoire d’un fumeur de crack à Paris. Il ne dort pas. Il vit dans un hôtel « le petit Génie ».
Il a 25 ans. Il était chauffeur VTC. Il avait une femme et une fille.
Un jour, on lui pique ses chaussures.

ASIN ‎B09CRNPWRB
Éditeur ‎Independently published (19 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎157 pages
ISBN-13 ‎979-8459929812

Si ça saigne de Stephen King, si on s’ennuie…

Dispensable. Voilà le mot qui me reste après la lecture de ce recueil de nouvelles de Stephen King. Pas désagréable mais vraiment pas mémorable. Voyons ça dans le détail.

La première histoire, « le téléphone de M. Harrigan, est très classique dans son traitement. Quiconque connais l’auteur ne ressentira aucune surprise, et encore moins d’effroi, face à cette histoire d’un personnage équilibré et bienveillant et de téléphone hanté. Rien de désagréable mais c’est du vu et revu.

Je suis resté complètement hermétique à la seconde histoire, qui a le mérite d’être originale et loufoque mais cela n’a pas suffi à capter mon attention.

Quant à la troisième nouvelle, qui a sans doute constituée l’attrait principal du recueil pour nombre de lecteurs, elle remet en scène le personnage passionnant d’Holly Gibney dans une intrigue qui n’est qu’une pâle resucée de l’ouvrage précédent de l’auteur, l’outsider, mais sans rien apporter de neuf à la mythologie de cet univers. Retrouver Holly est toujours un plaisir mais cela ne suffit pas à faire de Si ça saigne un récit inoubliable.

Seul la dernière nouvelle, un huis clos sur fond de pacte faustien, déploie une véritable atmosphère. L’auteur renoue avec l’un de ses sujets favoris, la création littéraire et les affres délétères qu’elle peut entraîner. L’auteur a eu la bonne idée d’aller à l’essentiel pour ce dernier récit.

Ces quatre nouvelles sans aucune thématique commune entre elles forment un recueil bancal, pas inintéressant dans l’absolu, à condition d’être fan inconditionnel du King

Résumé : Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain béni dans le monde des news en continu. Holly Gibney de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, le journaliste qui couvre les événements attire son attention…
Quatre nouvelles magistrales, dont cette suite inédite au thriller L’Outsider, qui illustrent, une fois de plus, l’étendue du talent de Stephen King.

Éditeur ‎Albin Michel (10 février 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎464 pages
ISBN-10 ‎2226451056
ISBN-13 ‎978-2226451057

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, les enfants meurtris de la patrie

Il était plus que temps que je parte à la découverte de Pierre Lemaitre, auteur reconnu et maintes fois primé mais que je n’avais encore jamais lu.

L’auteur adopte un ton ironique pour narrer son histoire. Ce qui constituera sa plus grande force mais aussi sa plus grande faiblesse. Le début du récit nous montre l’enfer des tranchées par le regard naïf du soldat Maillard tout en brisant le quatrième mur. Une technique qui permet d’instaurer une certaine distance ironique avec la situation vécue par les personnages. Une distance qui se rompt brutalement lorsque la réalité de la guerre se rappelle aux yeux du lecteur.

Cette plume empreinte d’humour et de légèreté va progressivement se laisser envahir par un ton désabusé à mesure que le récit dévoile toute l’ampleur de la médiocrité française, sans jamais toutefois se départir de son ton naïf, notamment grâce au personnage d’Albert, éternel grand enfant perdu dans un monde d’adultes cyniques.

Pourtant cette plume, si elle permet au récit d’être porté par une cadence plaisante qui fait que le récit se dévore tout seul, limite aussi l’ouvrage dans sa portée dramatique. Jamais je n’ai tremblé pour les personnages tant la narration semblait prévisible. De plus la caractérisation des personnages se contente d’image d’Épinal pour construire ses personnages ce qui est dommage.

Ainsi les personnages ne s’extraient jamais du carcan dans lequel l’auteur les a enfermés. Il en résulte un manque de nuances et de profondeur qui devient lassant.

Cela n’empêche pas l’ouvrage d’être un récit extrêmement agréable à lire. Pour ma prochaine lecture de cet auteur je vais peut-être être me diriger vers l’un de ses romans policiers pour saisir toute l’ampleur de sa plume.

Résumé : Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe…

Éditeur ‎Le Livre de Poche (22 avril 2015)
Langue ‎Français
Poche ‎624 pages
ISBN-10 ‎2253194611
ISBN-13 ‎978-2253194613

Le rêve des chevaux brisés de William Bayer, dites moi tout

Voilà un polar comme on aimerait en lire plus souvent. Un récit dense qui met à l’honneur des personnages fouillés, une intrigue solide qui emprunte à la tragédie antique et à Shakespeare.

William Bayer est considéré, à raison, comme un maître du roman noir. Sa narration introspective est la meilleure manière de découvrir les mystères de la ville de Callista et les méandres du double meurtre non résolu du Flamingo hotel. Il tisse lentement, mais avec brio, une intrigue dense où chaque personnage verra son portrait être ciselé par une plume aguerrie.

À commencer par son personnage principal, David Weiss, en quête de réponse avant tout pour lui-même et dans l’espoir de trouver une forme de rédemption. Hanté par une culpabilité enfouie et miné par l’idée que son père a pu être impliqué dans cette sanglante affaire. C’est un plaisir que de le suivre durant sa plongée dans les plus noirs secrets de Callista.

On a également droit à un portrait saisissant de l’une des victimes. Rarement un personnage défunt aura eu droit à une psychologie aussi travaillée, aussi détaillée. Un régal de lecture qui passe par des passages un peu plus sec en matière de narration.

Car l’auteur a fait le choix de l’exhaustivité pour donner corps à son récit. Certains chapitres, en plus d’être long, peuvent paraître arrides à la lecture. David lit tout simplement des rapports d’enquête dans l’un et un troublant dossier de thérapie dans l’autre. Mais cela sert le récit, il faut donc se montrer patient  et consciencieux dans la lecture.

l’air de rien le récit soulève de nombreux thèmes fort intéressants, tel que la quête d’une image paternelle, la culpabilité  imprescriptible, la sexualité débridée, le traitement médiatique des affaires criminelles et tant d’autres encore.

Bien plus qu’un énième polar, le rêve des chevaux brisés est un formidable récit d’un fils en quête de réponse, d’un homme en quête de rédemption enrichi par un traitement psychologique fascinant des personnages.

Résumé : Dans une ville du Midwest, par un après-midi torride, un homme et une femme sont en train de faire l’amour dans une chambre de motel quand, soudain, la porte s’ouvre. Une silhouette se profile. Suit une double détonation… Les deux victimes sont Barbara Fulraine, égérie de la haute société, et son amant Tom Jessup, modeste professeur. Comment cette grande bourgeoise a-t-elle pu finir d’une façon aussi sordide ? Qui a tué les deux amants ? Vingt-six ans après les faits, le dessinateur judiciaire David Weiss revient dans cette ville où il a grandi, à l’occasion d’un procès. Il va tenter de trouver une réponse à ces questions qui n’ont cessé de le hanter. Une quête dont il ne sortira pas indemne.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (8 février 2017)
Langue ‎Français
Poche ‎496 pages
ISBN-10 ‎2743638737
ISBN-13 ‎978-2743638733