(Pas encore) Une histoire de sorcière de Christine Roussey

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Vous en avez assez des histoires de sorcières traditionnelles ? Parfait ! Car voici l’histoire de Scarrrmozzaaaa, la sorcière la plus nulle, la plus moche et la plus terrifiante de tous les temps !

Avec (Pas encore) Une histoire de sorcière, Christine Roussey s’amuse à dynamiter les codes du conte traditionnel pour mieux en révéler la tendresse cachée. Dès les premières pages, le ton est donné : Scarrrmozzaaaa – rien que son nom promet le pire – serait la sorcière la plus nulle, la plus moche et la plus terrifiante de tous les temps. Verrue proéminente, pieds malodorants, cabane perdue au fond des bois et chat au patronyme explicite – Gros Relou –, tout semble cocher les cases attendues du cliché.

Et pourtant, l’autrice joue précisément avec ces stéréotypes pour mieux les retourner. Le récit adopte une narration malicieusement complice, presque théâtrale, qui interpelle le lecteur et s’amuse à créer des attentes… pour les déjouer aussitôt. Les potions sont visqueuses, les formules magiques volontairement grotesques, les menaces tonitruantes ; mais derrière l’exagération comique perce une sensibilité inattendue.

Graphiquement, l’univers coloré et expressif renforce cette dynamique. Les traits appuyés, les postures caricaturales et les détails savoureux (grimaces, accessoires improbables, textures gluantes) participent à un humour visuel très efficace, particulièrement auprès du jeune lectorat. L’album assume une esthétique volontairement “too much”, en cohérence avec le caractère outrancier de son héroïne.

Mais le véritable cœur du livre réside dans son message : derrière l’apparence, derrière le rôle assigné, il y a toujours autre chose. Scarrrmozzaaaa n’est peut-être pas celle que l’on croit. L’album propose ainsi une réflexion légère mais pertinente sur l’identité, le regard des autres et la possibilité de se réinventer. La “grande vengeance” annoncée devient alors le moteur d’un récit qui parle, en filigrane, d’acceptation et de surprise.

Drôle, rythmé, accessible dès les premiers lecteurs autonomes, (Pas encore) Une histoire de sorcière réussit le pari d’être à la fois irrévérencieux et touchant. Un album qui détourne les codes du conte avec intelligence et prouve que, même chez les sorcières les plus effrayantes, il peut y avoir… une merveilleuse part d’humanité.

  • ASIN ‏ : ‎ B0FRR97KF2
  • Éditeur ‏ : ‎ MARTINIERE J
  • Date de publication ‏ : ‎ 13 février 2026
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 32 pages
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1040125631

Terre de sang – Le temps du déséspoir de Joann Sfar

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Nous vivrons était le livre de l’après-pogrom du 7 octobre,
Que faire des Juifs ? une réflexion sur l’histoire du judaïsme et de l’antisémitisme, avec une dimension à la fois historique, personnelle et charnelle. 

Avec Terre de sang – Le temps du désespoir, Joann Sfar poursuit son travail d’auteur engagé dans le tumulte du réel. Après Nous vivrons, écrit dans l’immédiateté du traumatisme du 7 octobre, et Que faire des Juifs ?, réflexion dense et personnelle sur l’histoire du judaïsme et de l’antisémitisme, Sfar change ici de focale. Il quitte la chronique à chaud comme l’essai didactique pour emprunter la voie plus fragile, plus risquée, du reportage dessiné.

Dans cet album, il circule. Venise, Paris, Ramallah, Naplouse, Hébron, Jérusalem, Tel-Aviv : des villes traversées comme autant de strates d’un monde fracturé. Sfar tend l’oreille aux voix palestiniennes, arabes, bédouines, aux paroles contradictoires, aux colères, aux fatigues. Il ne cherche pas l’équilibre artificiel ni la neutralité impossible, mais la complexité humaine. Les conversations, parfois abruptes, parfois bouleversantes, deviennent la matière première d’un livre qui se construit dans le doute et l’inconfort.

Graphiquement, Sfar reste fidèle à son trait vibrant, nerveux, presque fiévreux. Le dessin, souvent jeté à l’encre avec une urgence assumée, épouse la tension du sujet. Les visages sont saisis dans leur fragilité, les paysages urbains paraissent instables, comme si le monde lui-même tremblait. La couleur, parfois éclatante, parfois assombrie, traduit cette coexistence permanente entre beauté du quotidien et violence du contexte. Cette esthétique du mouvement et de l’inachèvement donne au livre une dimension profondément incarnée.

Mais Terre de sang ne se contente pas d’accumuler les témoignages. L’album interroge les mécanismes de la haine, les logiques d’idéologies qui enferment, la tentation du simplisme. Sfar ne propose pas de solution, n’offre aucune consolation facile. Ce qu’il oppose aux massacres et aux certitudes meurtrières, c’est le dialogue — même lorsqu’il semble impossible. Parler, écouter, rester présent à l’autre devient un acte politique en soi.

Ancré dans la tradition de la BD du réel, à la fois poétique et frontale, l’ouvrage assume sa part de désespoir tout en refusant le renoncement. Sfar ne prétend pas sauver quoi que ce soit. Il choisit simplement de ne pas abandonner les êtres humains qu’il rencontre, ni les lecteurs qu’il invite à affronter cette complexité.

  • ASIN ‏ : ‎ B0FR15P7JF
  • Éditeur ‏ : ‎ Les Arènes BD
  • Date de publication ‏ : ‎ 5 février 2026
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français

Maudite du cul ? de Sara Forestier (Auteur), Jeanne Alcala (Dessins)

Sara est-elle  » maudite du cul  » comme elle le prétend ?

Avec Maudite du cul ?, Sara Forestier signe une bande dessinée aussi frontale qu’introspective, portée par le trait sensible et expressif de Jeanne Alcala. À mi-chemin entre l’autofiction, le récit générationnel et la confession intime, l’ouvrage explore sans détour les relations amoureuses et sexuelles à l’ère contemporaine, en questionnant la place du désir, du consentement et des maladresses émotionnelles dans la construction de soi.

À travers son alter ego, Sara, l’autrice revisite une succession d’expériences sentimentales et sexuelles marquées par l’inconfort, les incompréhensions et les situations parfois absurdes, souvent douloureuses. Derrière le ton volontairement provocateur du titre se cache en réalité une réflexion plus profonde : pourquoi certaines relations semblent-elles vouées à l’échec ? Sommes-nous victimes du hasard ou prisonniers de schémas inconscients que nous reproduisons malgré nous ? Le récit navigue ainsi entre humour cru, autodérision et moments de vulnérabilité sincère.

La force de l’album réside dans sa capacité à mêler légèreté apparente et véritable analyse émotionnelle. Sara Forestier aborde sans filtre les injonctions sociales liées à la sexualité féminine, la pression de la performance affective et les contradictions d’une génération tiraillée entre liberté revendiquée et fragilités intimes. Le propos ne cherche jamais la provocation gratuite : il s’agit plutôt d’un regard lucide sur les ratés du désir et sur l’apprentissage parfois chaotique de l’intimité.

Graphiquement, Jeanne Alcala accompagne parfaitement cette démarche. Son dessin, à la fois spontané et expressif, privilégie les émotions et les attitudes plutôt que le réalisme strict. Les corps y sont imparfaits, vivants, crédibles — loin des représentations idéalisées — renforçant le sentiment d’authenticité qui traverse tout l’album. La mise en scène alterne moments comiques et séquences plus introspectives, créant un rythme fluide qui épouse les fluctuations émotionnelles du personnage.

Au final, Maudite du cul ? s’impose comme une œuvre personnelle et courageuse, qui utilise l’humour et la franchise pour aborder des sujets encore rarement traités avec autant de sincérité en bande dessinée. Un récit générationnel à la fois drôle, inconfortable et profondément humain, qui interroge moins la malchance amoureuse que notre manière d’aimer — et de nous comprendre nous-mêmes.

Éditeur ‏ : ‎ Iconoclaste Date de publication ‏ : ‎ 5 février 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 153 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2378805314 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2378805319

Louane à l’Accor Arena : le passage à l’âge scénique

Une soirée hautement symbolique, marquée par le tout premier « Bercy » de Louane. Plus qu’une simple étape de tournée, ce concert à l’Accor Arena apparaissait comme un véritable moment charnière dans le parcours de l’artiste : la confirmation d’une maturité scénique acquise au fil des années et la démonstration qu’elle peut désormais porter seule un spectacle d’une telle ampleur, face à plus de 15 000 spectateurs.

La soirée s’ouvre avec Ebony, chargée d’assurer la première partie. En cinq titres courts et efficaces, la chanteuse installe rapidement une énergie pop assumée, portée par « Unforgettable », son nouveau morceau « Mon paradis » et l’efficace « Rage », accueillis avec enthousiasme par un public déjà pleinement engagé dans la soirée.

Seule en scène, Louane choisit la sobriété maîtrisée plutôt que la démesure. Piano, claviers, guitare : l’artiste circule d’un instrument à l’autre avec une aisance désormais familière, révélant une approche plus musicale que spectaculaire du concert. La scénographie — écrans immersifs, lumières finement synchronisées et effets visuels ponctuels — accompagne sans jamais écraser la performance, laissant la place centrale à l’interprétation et à l’émotion. Si la structure de la setlist demeure proche des précédentes dates du Solo Tour, cette ultime escale parisienne se distingue par une série d’apparitions pensées comme autant de respirations narratives.

Héléna rejoint ainsi Louane sur scène pour interpréter « Summer Body », titre récemment récompensé aux Victoires de la Musique. Au-delà du simple duo, la séquence prend des airs de transmission générationnelle, prolongée par un moment spontané lorsque la salle entière entonne « Joyeux anniversaire » pour la jeune artiste.

Plus intime encore, l’apparition de P3gase sur « Soleil » installe une parenthèse presque domestique, en écho à la dimension autobiographique qui traverse désormais le répertoire de Louane. Quelques morceaux plus tôt, la chanteuse avait dédié « Secret » à leur fille, présente dans la salle, brouillant volontairement la frontière entre sphère privée et récit artistique. La tradition de la reprise surprise trouve, elle aussi, un écho particulier lorsque « La Seine » se transforme en moment événementiel avec l’arrivée inattendue de -M-, déclenchant une réaction immédiate du public.

Au fil du concert, les titres emblématiques s’enchaînent, repris par une audience mêlant générations et sensibilités. Cette adhésion collective souligne la place singulière occupée par Louane dans le paysage musical français : celle d’une artiste populaire au sens plein du terme, capable de conjuguer accessibilité et sincérité sans renoncer à une forme d’intimité. Cette proximité atteint son point culminant lorsqu’elle traverse la salle pour interpréter « Jour 1 » au milieu des spectateurs, abolissant symboliquement la distance entre scène et public.

Avec cette ultime date à l’Accor Arena, Louane ne signe pas seulement la fin d’une tournée. Elle confirme son évolution vers une artiste de scène accomplie, dont la force réside moins dans la démonstration que dans la capacité à créer un lien direct, presque fragile, avec son public.

Le Fil de notre histoire de Fabian Negrin (Auteur), Kalina Muhova (Illustrations)

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Un voyage extraordinaire à travers le temps : l’histoire d’une famille racontée à rebours, jusqu’à ses origines les plus lointaines…

Avec Le Fil de notre histoire, Fabian Negrin et Kalina Muhova proposent un album d’une grande élégance narrative et visuelle, qui transforme la mémoire familiale en véritable voyage à travers l’histoire de l’humanité. À la croisée du récit intime, du conte historique et de la réflexion universelle, l’ouvrage se distingue par une construction originale : raconter une vie en remontant le temps.

Tout commence avec Lucie, âgée de quatre-vingt-dix ans, dont les souvenirs se déploient comme une pelote que l’on déroule à rebours. Chaque réminiscence ouvre une porte vers une génération antérieure, révélant peu à peu une succession de destins entremêlés, d’amours improbables et de rencontres façonnées par les mouvements du monde. Des plages italiennes des années 1960 aux ports lointains du début du XXe siècle, de Londres à Shanghai, jusqu’aux croisades et aux civilisations antiques, le récit traverse les siècles avec une fluidité remarquable.

L’écriture, volontairement épurée, privilégie l’évocation plutôt que l’explication. En quelques phrases seulement, chaque époque prend vie, laissant au lecteur l’espace nécessaire pour imaginer, ressentir et compléter les silences du texte. Cette économie de mots renforce la portée émotionnelle du récit, qui repose avant tout sur la transmission : celle des souvenirs, des objets — symbolisée par la bague familiale — mais surtout des liens invisibles qui relient les générations entre elles.

Le travail graphique de Kalina Muhova joue un rôle essentiel dans cette expérience de lecture. Les illustrations accompagnent le mouvement du temps avec finesse, variant les ambiances et les palettes pour traduire les époques traversées. La mise en page, inventive et dynamique, épouse la logique du souvenir et crée une lecture presque sensorielle, où passé et présent dialoguent constamment.

Au-delà de l’histoire d’une famille, l’album élargit progressivement son propos jusqu’à une dimension universelle. En remontant toujours plus loin dans le passé, le récit rappelle que nos origines sont multiples, métissées, partagées. La révélation finale — reliant la narratrice à Lucy, l’australopithèque — agit comme une évidence poétique : derrière chaque généalogie individuelle se cache une histoire commune, celle de l’humanité entière.

À la fois accessible et profondément réfléchi, Le Fil de notre histoire est un album sensible et lumineux qui célèbre la transmission, la diversité des racines et la fraternité humaine. Une œuvre délicate et intelligente, capable de toucher autant les jeunes lecteurs que les adultes, et qui rappelle avec douceur que nous sommes tous les héritiers d’une même histoire.

ASIN ‏ : ‎ B0FRR1GGGZ Éditeur ‏ : ‎ MARTINIERE J Date de publication ‏ : ‎ 20 février 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1040124320

The Last Ship : Sting transforme La Seine Musicale en fresque ouvrière bouleversante

Avec The Last Ship, présenté à La Seine Musicale, Sting ne livre pas simplement une comédie musicale : il propose une œuvre profondément intime, presque autobiographique, où la mémoire collective rencontre la puissance du rock et du théâtre musical.

Dès les premières minutes, le spectacle impose une atmosphère singulière. Exit le musical spectaculaire à l’américaine : ici, tout repose sur une émotion brute. Inspirée de l’enfance du musicien dans les chantiers navals du nord-est de l’Angleterre, l’histoire raconte la lutte d’une communauté ouvrière confrontée à la fermeture de son chantier, cœur économique et identitaire de toute une ville.

⚓ Une comédie musicale profondément humaine

Le récit suit le retour de Gideon Fletcher dans sa ville natale, Wallsend, alors que les ouvriers tentent de sauver leur dernier navire — symbole d’un monde en train de disparaître. Entre colère sociale, nostalgie et solidarité, The Last Ship parle avant tout de dignité et d’appartenance.

Contrairement aux grandes machines musicales actuelles, Sting privilégie la sincérité. Les thèmes — transmission, amour perdu, fierté ouvrière — résonnent avec une actualité sociale étonnante. Le spectacle devient alors une ode aux oubliés de la mondialisation, portée par une écriture musicale mêlant folk britannique, rock et chants choraux puissants.

🎤 Sting, présence magnétique

L’un des grands événements reste évidemment la présence de Sting lui-même sur scène, incarnant Jackie White, contremaître du chantier naval. À 70 ans passés, l’artiste impressionne par sa sobriété et son engagement. Il ne cherche jamais à voler la vedette : il s’intègre au collectif, comme un membre parmi les autres.

Sa voix, intacte, donne aux chansons une gravité nouvelle. Chaque intervention semble chargée d’histoire personnelle, renforçant la sensation d’assister à quelque chose de profondément authentique plutôt qu’à une simple performance musicale.

🎭 Une mise en scène immersive et élégante

La scénographie joue intelligemment avec l’espace de La Seine Musicale : structures métalliques, projections vidéo et lumières industrielles recréent l’univers des docks sans tomber dans le réalisme lourd. La mise en scène privilégie le mouvement de groupe, soulignant l’idée centrale du spectacle : une communauté avant tout.

Les chœurs constituent d’ailleurs l’un des moments les plus marquants. Puissants, presque liturgiques, ils transforment certains passages en véritables hymnes collectifs.

❤️ Un musical à contre-courant

Là où beaucoup de comédies musicales misent sur la démesure, The Last Ship choisit la mélancolie et la retenue. Ce parti pris peut surprendre — le spectacle est plus contemplatif qu’explosif — mais c’est précisément ce qui fait sa singularité.

On en ressort avec l’impression d’avoir assisté à une histoire racontée de l’intérieur, comme une lettre d’amour de Sting à ses racines et à une classe ouvrière trop rarement célébrée sur scène.

🎬 Verdict

Puissant, sincère et profondément émouvant, The Last Ship n’est pas seulement un spectacle musical : c’est une fresque sociale portée par un artiste qui transforme son histoire personnelle en récit universel.

👉 Une expérience rare, entre concert intimiste et théâtre engagé, qui confirme que Sting n’est pas seulement une légende du rock… mais aussi un véritable conteur.

Et la joie de vivre de Gisèle Pelicot

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« Cette histoire ne m’appartient plus totalement. Elle a réveillé une douleur muette et profonde, montée de la nuit des temps. Elle a suscité la sidération.

Avec La joie de vivre, Gisèle Pelicot livre un témoignage d’une puissance rare, à la fois intime, politique et profondément humain. Écrit avec la romancière Judith Perrignon, ce récit dépasse le simple cadre autobiographique pour devenir une parole nécessaire, presque historique, sur la reconstruction après l’impensable.

Dès les premières pages, le livre frappe par sa sobriété. Le ton n’est jamais spectaculaire ni accusateur : il est celui d’une femme qui cherche à comprendre, à mettre des mots sur ce qui semblait indicible. Gisèle Pelicot raconte le basculement, la sidération, puis le long chemin pour reprendre possession d’elle-même. L’écriture, claire et maîtrisée, refuse toute complaisance dans la douleur ; elle privilégie au contraire la lucidité et la dignité, donnant au texte une force émotionnelle d’autant plus saisissante.

L’un des aspects les plus marquants de l’ouvrage réside dans la décision centrale de son autrice : rendre public le procès de ses agresseurs. Ce choix, loin d’être présenté comme un geste héroïque, apparaît comme un acte profondément réfléchi, presque nécessaire. En exposant la violence au grand jour, Gisèle Pelicot inverse le rapport de honte et de silence qui pèse trop souvent sur les victimes. Le livre devient alors un espace de transmission, un appel à déplacer la culpabilité vers ceux à qui elle appartient réellement.

Au fil du récit, la reconstruction s’impose comme le véritable cœur du texte. Il ne s’agit pas seulement de survivre, mais de réapprendre à vivre, à habiter son corps, à retrouver une forme de liberté intérieure. La « joie de vivre » évoquée par le titre n’a rien d’abstrait : elle se reconstruit pas à pas, fragile mais réelle, née d’un combat intérieur autant que collectif.

Plus qu’un témoignage, l’ouvrage s’inscrit dans une réflexion plus large sur la justice, la parole des femmes et la capacité humaine à se relever. Par sa sincérité et son courage, Gisèle Pelicot transforme une histoire personnelle en récit universel, offrant un texte bouleversant qui résonne bien au-delà de son expérience individuelle.

Un livre essentiel, poignant sans jamais être voyeuriste, qui rappelle avec force qu’après la nuit peut exister un chemin vers la lumière — et surtout vers la vie retrouvée.

Éditeur ‏ : ‎ FLAMMARION Date de publication ‏ : ‎ 17 février 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 320 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 208049726X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2080497260

Un Petit Tour de Simon Howe

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Un souriceau et son papa se promènent dans la nature. Ils flânent le long d’un ruisseau, admirent les insectes, les nuages…Mais où vont-ils tous ainsi ?

Avec Un Petit Tour, Simon Howe propose un album jeunesse d’une grande douceur, presque méditatif, qui célèbre la beauté des instants ordinaires. À travers la promenade d’un souriceau et de son papa, l’auteur construit un récit minimaliste où l’action importe moins que le regard posé sur le monde. Le long d’un ruisseau, au rythme des insectes, des nuages et des petits détails de la nature, l’album invite le lecteur à ralentir, à observer et à ressentir.

Le texte, volontairement épuré, laisse toute la place à la contemplation. Chaque page devient une respiration, un moment suspendu où l’enfant découvre que l’aventure peut naître d’une simple balade. Cette simplicité narrative permet une lecture accessible aux plus jeunes tout en offrant aux adultes une dimension presque poétique, tournée vers l’attention portée au présent et au lien parent-enfant.

Le travail graphique accompagne parfaitement cette intention. Les illustrations, délicates et chaleureuses, privilégient les atmosphères naturelles et les couleurs apaisantes. Simon Howe compose des images ouvertes, pleines d’espace et de lumière, qui encouragent l’observation et renforcent la sensation de calme qui traverse l’ouvrage. Le regard circule librement dans les paysages, comme lors d’une véritable promenade.

Mais derrière cette balade se cache une émotion plus profonde : celle du retour, du foyer comme point d’ancrage rassurant. Sans jamais appuyer son propos, l’album évoque la sécurité affective, la transmission et le plaisir simple d’être ensemble. Un Petit Tour s’impose ainsi comme un livre du soir idéal, à lire lentement, presque à voix basse, pour partager un moment de sérénité.

Un album tendre et contemplatif qui rappelle avec justesse que les plus grands voyages sont parfois les plus proches de chez soi.

Éditeur ‏ : ‎ KALEIDOSCOPE Date de publication ‏ : ‎ 18 février 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 40 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2378883366 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2378883362

Les mâchoires de la peur, les coulisses d’un tournage mythique de Wybon Jérôme (Auteur), Cittadini Toni (Illustrations)

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Été 1974. Sur l’île paisible de Martha’s Vineyard, un tournage chaotique va bouleverser l’histoire du cinéma.

Les mâchoires de la peur, les coulisses d’un tournage mythique propose bien plus qu’un simple making-of dessiné : Jérôme Wybon et Toni Cittadini signent un véritable récit d’aventure consacré à la naissance d’un film qui allait transformer durablement l’histoire du cinéma. À travers le tournage chaotique de Jaws en 1974, l’album plonge le lecteur au cœur d’une création devenue légendaire, lorsque Steven Spielberg, alors jeune réalisateur encore fragile à Hollywood, se retrouve confronté à un projet qui menace à chaque instant de sombrer.

Le scénario adopte un rythme presque thriller, fidèle à l’esprit du film lui-même. Pannes techniques à répétition, requins mécaniques inutilisables, météo hostile, pression des studios et tensions humaines composent un récit haletant où l’on comprend peu à peu que le véritable suspense ne se situe pas seulement à l’écran, mais bien derrière la caméra. Wybon documente minutieusement les événements tout en conservant une narration fluide et accessible, rendant passionnante une histoire pourtant largement connue des cinéphiles.

Graphiquement, Toni Cittadini privilégie un trait nerveux et expressif qui restitue parfaitement l’énergie du plateau. Les décors marins, les visages fatigués des équipes et la nervosité croissante du tournage traduisent visuellement la montée de la pression. Le choix d’une mise en scène dynamique rappelle parfois le découpage cinématographique, renforçant l’immersion dans cette aventure artistique et humaine.

Au-delà de l’anecdote, l’album montre surtout comment les contraintes techniques et les accidents de production ont paradoxalement façonné le génie du film : l’absence du requin à l’écran, imposée par les défaillances mécaniques, devient ainsi une leçon de cinéma sur la puissance de la suggestion et du hors-champ. C’est aussi le portrait touchant d’un Spielberg obstiné, encore loin du statut de légende, qui apprend à transformer le chaos en création.

Accessible aux passionnés de cinéma comme aux lecteurs curieux d’histoire culturelle, Les mâchoires de la peur réussit le pari délicat de conjuguer rigueur documentaire et souffle narratif. Une bande dessinée aussi instructive que captivante, qui rappelle qu’un chef-d’œuvre naît parfois d’un tournage… au bord du naufrage.

Éditeur ‏ : ‎ HUGINN MUNINN Date de publication ‏ : ‎ 5 décembre 2025 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 192 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2386400662 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2386400667

Zebraska – Tome 1 – Un garçon pas comme les autres T1/2 de Corbeyran (Auteur), Isabelle Bary (Auteur), Borecki (Illustrations)

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Dans un monde apaisé après la « Grande Bascule », le jeune Marty vit confortablement malgré l’absence de livres, même s’il sent bien qu’en son âme se percutent mille sentiments complexes…

Zebraska – Tome 1 : Un garçon pas comme les autres marque une entrée sensible et ambitieuse dans une bande dessinée à la croisée du récit d’anticipation et du témoignage intime. Adapté du roman d’Isabelle Bary, ce premier volet du diptyque scénarisé par Éric Corbeyran et mis en images par Ludo Borecki propose une réflexion accessible et profondément humaine autour de la différence, et plus particulièrement du haut potentiel intellectuel (HPI).

L’action se situe en 2055, dans un monde pacifié après la « Grande Bascule », une société en apparence harmonieuse mais paradoxalement privée de livres et donc de mémoire culturelle. Marty, adolescent sensible et introspectif, évolue dans cet univers aseptisé où quelque chose semble pourtant manquer. La découverte d’une bande dessinée autoéditée par sa grand-mère agit alors comme un déclencheur : à travers le personnage de Thomas — son propre père enfant — il découvre ce que signifie grandir avec une pensée différente, trop rapide, trop intense pour les normes sociales.

Le récit fonctionne sur un jeu de miroirs particulièrement efficace entre passé et futur, fiction et transmission familiale. Corbeyran privilégie une narration fluide et émotionnelle, évitant tout didactisme lourd pour privilégier l’expérience vécue : solitude, hypersensibilité, sentiment d’inadéquation mais aussi créativité et richesse intérieure. Le choix d’une dystopie douce renforce le propos en soulignant combien une société prétendument équilibrée peut encore échouer à accueillir pleinement la singularité.

Graphiquement, Ludo Borecki adopte un trait clair et expressif, accessible aux jeunes lecteurs tout en conservant une réelle finesse émotionnelle. Les visages, très lisibles, traduisent avec justesse les états intérieurs des personnages, tandis que les variations d’ambiances entre le monde futuriste et les souvenirs d’enfance apportent une véritable respiration visuelle.

L’ajout d’un dossier pédagogique en fin d’ouvrage constitue un prolongement pertinent, transformant l’album en véritable outil de dialogue, aussi bien familial que scolaire. Sans jamais sacrifier la narration, l’ouvrage ouvre des pistes de compréhension sur les profils HPI et les enjeux liés à l’inclusion.

Avec ce premier tome, Zebraska s’impose comme une bande dessinée intelligente et profondément empathique, capable de toucher autant par son regard sociétal que par son émotion sincère. Un récit sensible sur la différence et la transmission, qui parle autant aux adolescents qu’aux adultes.

#Zebraska #NetGalleyFrance

Éditeur ‏ : ‎ DUPUIS Date de publication ‏ : ‎ 13 février 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 72 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2808504853 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2808504850