La suite de la célèbre comédie musicale, adaptée au cinéma avec Ariana Grande !
Avec Son of a Witch, Gregory Maguire poursuit l’exploration littéraire du pays d’Oz en offrant une suite dense, sombre et profondément introspective à Wicked. Loin de la flamboyance musicale popularisée par Broadway et aujourd’hui adaptée au cinéma avec Ariana Grande, Maguire revient à ce qu’il maîtrise mieux que quiconque : une réécriture mature, politique et poétique d’un univers que l’on croyait connaître. Ici, Oz n’est plus un royaume de fantaisie enfantine, mais un territoire fracturé, instable, hanté par les erreurs du passé et les légendes qu’on se raconte pour survivre.
Le roman s’ouvre sur un adolescent, Liir, découvert agonisant et plongé dans le coma. Son identité est trouble, presque mythique : est-il vraiment le fils biologique de la redoutable Sorcière de l’Ouest, Elphaba ? Ou simplement l’orphelin d’une guerre de propagande ? Il ne possède que deux objets pour lier son existence à elle — la cape et le balai — mais aucun souvenir stable pouvant confirmer ou infirmer cet héritage. À son chevet, la jeune novice Candèle, dont la magie réside dans la musique, tente de raviver ses souvenirs en le guidant dans les méandres de sa mémoire meurtrie.
À mesure que Liir revient à lui, Maguire construit un roman de quête intérieure, où chaque souffle, chaque réminiscence révèle un morceau d’Oz tel qu’on ne l’a jamais vu : un pays déchiré par les tensions politiques, les complots, les luttes de pouvoir et les discriminations. Maguire n’oublie jamais de tisser un sous-texte critique : les systèmes oppressifs, les dérives autoritaires, les violences d’État et l’instrumentalisation du mythe sont omniprésents. Oz devient le miroir déformant mais terriblement lucide de nos sociétés contemporaines.
La force du roman réside dans la finesse émotionnelle de Liir. Contrairement à Elphaba, figure flamboyante et conceptuelle, Liir est un protagoniste vulnérable, hésitant, parfois passif, dont l’histoire se construit dans le doute, la solitude et le désir de trouver une place dans un monde qui ne cesse de se réinventer sans lui. Sa quête n’est pas héroïque au sens classique ; elle est avant tout intime, marquée par la recherche de sens, d’identité et d’appartenance. Maguire excelle dans cette nuance : il ne transforme jamais son personnage en symbole, il en fait un être humain avant tout, traversé par la confusion, l’envie, la honte, le courage fragile.
Le style de Maguire, toujours aussi ciselé, foisonnant et littéraire, donne au récit une profondeur mythologique. Ses descriptions, empreintes de lyrisme, transforment chaque lieu — des couloirs de Kiamo Ko aux routes instables d’un Oz post-magicien — en espace presque palpable. Sa vision du pays d’Oz, loin de la naïveté lumineuse de Baum, est une fresque d’ombres, de nuances politiques et de destins croisés. À travers la figure brisée de Liir, il interroge la nature de l’héritage, la responsabilité, la légitimité et les choix qui transforment un adolescent perdu en acteur malgré lui d’un pays qui vacille.
Son of a Witch est un roman ambitieux, lent et magistral, qui demande une véritable attention et récompense ses lecteurs par une réflexion rare sur l’identité et la mémoire. Loin de se contenter d’être une suite, le texte s’impose comme une œuvre à part entière, profonde, mélancolique et d’une intelligence narrative remarquable. Une continuation à la hauteur de Wicked, mais aussi une redéfinition de ce que peut être une fantasy politique moderne : dense, subtile, humaine.
ASIN : B0FGX6HYWK Éditeur : Bragelonne Date de publication : 13 novembre 2025 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 480 pages ISBN-13 : 979-1028127541
La légende d’une reine, la colère d’un peuple, la naissance d’un mythe.
Avec Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro signe l’un de ses textes les plus puissants : un roman de fantasy historique qui fusionne rigueur documentaire, souffle épique et sensibilité contemporaine. En s’emparant de la figure emblématique de la reine icène — celle qui, au Ier siècle, fit trembler l’Empire romain — l’auteur compose un récit vibrant où la détermination, la justice et la rage se mêlent aux élans poétiques de sa prose.
Le roman s’ouvre à l’an 1 de notre ère : la Gaule est tombée, et la Bretagne s’apprête à devenir le prochain territoire romain. Mais sur l’île, les peuples celtes refusent de s’incliner. Au centre de cette résistance surgit Boudicca, cheffe guerrière, stratège intuitive, femme déterminée à défendre son clan, sa terre et l’honneur des siens. Del Socorro la dépeint avec une intensité rare : ni icône figée, ni héroïne intouchable, mais une femme pleinement humaine, animée par l’amour, la colère, la loyauté et les failles qui font sa grandeur.
La force du roman tient autant à l’ampleur de son sujet qu’à sa structure ciselée : une narration polyphonique, nerveuse, qui alterne scènes d’action brutales, moments introspectifs et instantanés de grâce. L’auteur y glisse une réflexion profonde sur la mémoire, l’effacement culturel et la transmission — des thématiques qui résonnent d’autant plus aujourd’hui que l’historique et le politique se confondent dans les débats modernes.
Cette édition regroupe également deux nouvelles :
Elle est une légende,
D’ailleurs et d’ici,
deux textes qui prolongent et entourent la figure de Boudicca, enrichissant encore l’imaginaire et l’humanité du personnage.
La plume de Del Socorro, élégante et dense, porte ce récit avec une musicalité unique. Le roman se lit autant comme une fresque historique que comme un hommage incandescent aux combats féminins passés et présents.
Un livre puissant, nécessaire et profondément habité. Boudicca, chez Del Socorro, n’est pas seulement un personnage historique : elle devient la voix éternelle de celles qui se lèvent face à l’injustice. Une lecture incontournable pour les amateurs de récits historiques sensibles et épiques.
Éditeur : Albin Michel Date de publication : 29 octobre 2025 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 288 pages ISBN-10 : 2226495177 ISBN-13 : 978-2226495174
C’est une petite victoire pour les animaux : le dictateur Silvio a dû se résoudre à organiser un vote… et donc peut-être à remettre son mandat en jeu !
Avec Le Sang du Roi, Xavier Dorison et Félix Delep signent un final éblouissant à leur réinterprétation moderne de La Ferme des animaux. En quatre volumes, la série s’est imposée comme l’une des bandes dessinées les plus fortes de la décennie, un récit politique aussi limpide que bouleversant, où l’allégorie animale transcende son cadre pour toucher au cœur de notre époque.
Ce dernier tome s’ouvre sur une première fissure dans le règne du taureau-despote Silvio : contraint d’organiser un vote, il est pour la première fois obligé de jouer selon des règles qui ne sont pas les siennes. Bien sûr, rien n’est jamais simple au Château : intimidation, manipulation, coups bas… le tyran n’a pas l’intention de céder son pouvoir sans combattre. La campagne qui s’engage est aussi violente que déloyale, et rappelle avec une acuité glaçante la grande mécanique de toute dictature en bout de course.
En face, le Mouvement des Marguerites rassemble ses forces. Miss B, César et Azélar incarnent trois figures essentielles de la résistance : la détermination, la justice et le courage moral. Dorison met en scène avec une finesse rare la stratégie de la désobéissance civile : comment se révolter sans se renier ? Comment résister quand l’ennemi maîtrise la peur, les armes et la propagande ? Comment rallier un peuple brisé ?
Le scénario livre un récit tendu, profondément humain — ou plutôt profondément animal — où l’émotion et la politique avancent main dans la patte. Rien n’est manichéen, tout est juste.
Côté dessin, Félix Delep atteint des sommets. Son trait, d’une expressivité stupéfiante, transforme chaque regard en combat, chaque silence en cri. Les scènes de foule, les moments d’intimité, la rage et l’espoir… tout est d’une puissance visuelle rare. Les planches débordent de vie, d’instinct, d’énergie. Un prodige, tout simplement.
Le message du diptyque final s’impose alors avec force : la liberté ne s’arrache pas par la violence, mais par la persévérance, l’unité et la dignité retrouvée.
Le Château des Animaux ne se contente pas de rendre hommage à Orwell — il le prolonge, le réinvente, le rend brûlant d’actualité. Une BD politique, sensible, nécessaire, qui rappelle que les contes sont parfois le miroir le plus honnête de nos sociétés.
Éditeur : CASTERMAN Date de publication : 12 novembre 2025 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 96 pages ISBN-10 : 2203235276 ISBN-13 : 978-2203235274
Stranger Things est enfin de retour avec la saison 5, volume 1, après plus de trois ans d’attente. Et wow… quelle fin pour ce premier volume. On a eu plusieurs intrigues éclatées entre l’Upside Down et le monde réel, des connexions qui remontent à la saison 1, et les frères Duffer qui nous ont fait croire que Vecna était retenu par l’armée alors qu’en réalité… ils riaient bien de nous, puisqu’ils ont ramené un personnage que l’on traitait de “inutile” depuis des années. Les frères étaient en train de mijoter quelque chose, et ce qu’ils nous ont servi était absolument délicieux.
Ce que signifie la fin pour Will
La fin du dernier épisode est l’une des scènes les plus fortes et révélatrices que la série ait offertes.
Elle confirme l’une des plus grandes théories : Will est en quelque sorte le Henry Creel de sa génération. Mais surtout, elle révèle que Will possède des pouvoirs, exactement comme Eleven — et elle n’est plus la seule à avoir des saignements de nez.
Vecna ciblait les enfants de Hawkins parce qu’il les considérait comme faibles d’esprit et de corps, mais surtout malléables. Faciles à briser. Faciles à remodeler. Faciles à contrôler. Selon lui, ils pouvaient devenir le matériau pour reconstruire le monde.
C’est pour cela que Holly Wheeler a été enlevée : il suffisait à Henry de se faire passer pour “Monsieur Watson”, un nom totalement improvisé, pour la manipuler. Cela montrait à quel point un enfant pouvait être influençable.
Quand Vecna arrive sur la base militaire après avoir massacré tout le monde de façon brutale — honnêtement, quand il enfonce sa main dans la tête du soldat, c’est dégueu au point où j’ai frappé ma table — il attire Will vers lui et lui explique pourquoi il a choisi les enfants : Will fut le premier qu’il a brisé. Et il l’a brisé facilement.
Depuis le début de la série, Will est ce personnage mal à l’aise dans sa peau, qui n’a jamais vraiment trouvé sa place. Mais après sa conversation avec Robin dans cet épisode — où elle lui explique que la seule façon d’avancer dans la vie est de chercher en soi ce qui nous rend heureux — Will parvient finalement à accéder à ses pouvoirs… dont il ignorait l’existence.
Les Démogorgons étaient sur le point de tuer tous ceux qu’il aime, et il était hors de question pour lui de laisser faire. Son lien avec l’esprit-ruche (hive mind), montré dans les cinq premières minutes de la saison, mais aussi lorsqu’il peut littéralement voir à travers les yeux des Démogorgons ou de Vecna, le pousse à franchir le cap.
On avait même vu Mike se demander si Will pouvait contrôler les créatures, lorsqu’une d’entre elles refuse d’attaquer Joyce.
Et c’est précisément ce qu’il fait : Il les arrête et les tue de la même manière que Vecna a tué Chrissy et Fred : membres brisés et tordus. Will est donc la même chose que Vecna.
Cela montre que Will est aussi profondément connecté à l’Upside Down que Vecna lui-même. Mais contrairement à avant, il ne se laissera plus briser.
Il y a même des parallèles avec la saison 2 : ses “flashs” n’étaient pas des visions mystérieuses, mais les perspectives des Démogorgons et l’emprise de Vecna. Et lorsque l’esprit-ruche était brûlé, Will réagissait comme il l’avait fait à l’époque.
Avec ces pouvoirs, Will pourrait désormais entrer en contact plus profondément avec l’esprit-ruche et partir à la recherche de la cachette secrète de Vecna, l’endroit où il se régénère et où il garde les enfants enlevés.
Le retour du Numéro 008
Numéro 8 est de retour. Et honnêtement… je n’arrive toujours pas à y croire.
C’était un vrai moment “je tape la table”. Ce personnage et cette intrigue que tout le monde jugeait inutile — et dont Internet a fait des tonnes de memes — pourrait finalement devenir l’un des plus importants de toute la série.
L’opération militaire dirigée par le Dr K avait installé une base dans l’Upside Down, et pendant tout le volume, on nous fait croire qu’ils ont capturé Vecna et qu’ils l’empêchent d’agir grâce à un “kryptonite sonore”.
C’est pour ça que Hopper et Eleven veulent absolument pénétrer dans la base : c’est leur chance de le détruire.
Mais au moment où Hopper se sacrifie presque pour tuer Vecna, il rouvre la porte pour Eleven… Parce qu’il comprend que ce qu’il a vu n’était pas Vecna, mais être Numéro 8, Callie, la “sœur” d’Eleven.
La vraie question devient alors : Comment l’armée s’est procuré Numéro 8 ? Et pourquoi ?
Elle vivait avec des marginaux, dormait dehors, commettait de petits délits… elle a peut-être été arrêtée simplement comme ça. Ou bien l’armée savait déjà qu’elle existait et l’a traquée.
Lorsque Dr K dit à Hopper : “Pourquoi risquer sa vie pour l’autre ?” — en parlant d’Eleven — cela semblait logique si Vecna était derrière la porte. Mais maintenant, cela prend un sens beaucoup plus littéral : c’était l’une contre l’autre.
Hopper, dont l’arc dans cette saison tourne autour du rôle de père protecteur, ne peut pas revivre la perte de Sarah. Il ne laissera pas Eleven mourir.
Avec Numéro 8, Eleven et Will tous dotés de pouvoirs — et Will probablement le plus fort, car aussi connecté à l’Upside Down que Vecna — Vecna est clairement surpassé.
Max, les cavernes et la peur de Vecna
Quand Holly est emmenée dans les souvenirs de Vecna, Henry lui dit : “Ne va pas dans les bois.” Car ils mènent aux cavernes. Et s’il la perd là-bas, il ne pourra pas la récupérer.
Quand Holly reçoit une lettre lui disant d’y aller, elle suit l’instruction : elle veut être “Holly la Héroïque”, le personnage créé par son frère.
Et dans ces cavernes, elle trouve… Max.
Max est piégée dans les souvenirs de Vecna, car sa malédiction ne disparaît jamais. Elle a été prise, ouvrant le quatrième et dernier portail, et elle est morte quelques instants — mais elle a ressenti quelque chose l’appeler.
Ce quelque chose est le massacre du laboratoire d’Hawkins, et elle comprend alors qu’elle revit les souvenirs d’Henry Creel, ce qui la ramène en 1959 — une époque clé expliquant pourquoi Henry a peur des cavernes.
Lorsqu’elle tente de s’échapper grâce à la musique de Kate Bush, tout tourne mal : elle est ramenée au moment précis où Vecna l’a maudite, puis dans tous les souvenirs traumatisants suivants.
En fuyant, elle trouve refuge dans les cavernes — un lieu que Henry / Vecna refuse catégoriquement d’approcher.
Pourquoi ?
Parce que lorsqu’il était enfant, Henry a exploré ces cavernes et activé accidentellement un équipement scientifique. Cela l’a transporté dans l’Upside Down, où il a vu des créatures étranges et rencontré le Mind Flayer, qui lui a donné ses pouvoirs et l’a profondément transformé.
Ce qui signifie que : Vecna pourrait ne pas être le big boss final. Il est peut-être juste… le bras armé du Mind Flayer.
Dustin, Nancy, Jonathan et Steve
Ces quatre personnages ont eu l’intrigue la moins cruciale du volume.
Ils vont dans l’Upside Down, tentent de traquer un Démogorgon jusqu’à la tanière de Vecna, et… se disputent.
Steve et Jonathan essaient de se montrer plus “mecs” l’un que l’autre pour impressionner Nancy. Steve est rude avec Dustin, encore en plein deuil d’Eddie.
Et honnêtement, tout donne l’impression que Jonathan va mourir. Son intention de demander Nancy en mariage… ça sent le drame classique avant une mort tragique.
Critique du volume 1
Le délai d’attente était long, mais ce volume valait clairement le coup.
Le ton sombre rappelle la saison 2, ce qui fonctionne vraiment bien. L’intrigue centrée sur Will est la meilleure, et les Démogorgons sont plus terrifiants que jamais.
Les thèmes profonds — accepter qui on est (Will), la parentalité protectrice (Hopper), l’amour maternel (Karen Wheeler) — donnent une vraie puissance émotionnelle.
Les performances sont fantastiques : Millie Bobby Brown, Noah Schnapp, Jamie Campbell Bower en particulier.
La première apparition de Vecna dans le volume, après quatre épisodes de montée en tension, est magistrale. Le plan-séquence de destruction totale, avec Vecna littéralement au-dessus de Hopper… c’était parfait.
Vecna pourrait être le Voldemort de cette génération. Dommage que les longues pauses entre saisons affaiblissent un peu son impact.
Mais après cette apparition brève et intense, il s’impose comme un antagoniste inoubliable.
Je suis impatient de voir ce qu’il préparera pour le 25 décembre, lors de la sortie du volume 2.
Bugonia est sorti au cinéma le 26 novembre 2025, et son final compte parmi les plus sidérants de l’année. Le film confirme certaines théories farfelues de son protagoniste… tout en révélant une vérité beaucoup plus tragique. Voici l’explication complète de la fin.
Michelle est bien une extraterrestre — et pas n’importe laquelle
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la fin de Bugonia n’est ni un rêve ni une hallucination. Tout est réel dans l’univers du film. Michelle, incarnée par Emma Stone, est bel et bien une extraterrestre — l’Impératrice des Andromédiens, une espèce venue de la galaxie d’Andromède.
Elle révèle que les humains ont été créés à l’image de son peuple, mais qu’un gène caché, ajouté lors d’expériences en laboratoire, a rendu l’humanité agressive. Ce défaut génétique a entraîné guerres, violences et désastres écologiques. Les Andromédiens ne sont donc pas venus pour nous éliminer, mais pour corriger notre ADN. La mère de Teddy faisait partie des travaux visant à retirer ce gène… mais tout a échoué.
Le geste fatal de l’Impératrice
Au moment où Teddy (Jesse Plemons), persuadé d’emprunter un téléporteur, se tire une balle dans la tête, Michelle s’échappe discrètement et rejoint son vaisseau — identique à celui que Teddy imaginait dans ses théories.
Là, elle constate l’échec total du projet : seuls deux sujets humains restaient testables, et l’humanité ne montre aucun signe d’évolution positive. Sa conclusion tombe comme une sentence :
« Nous croyons que c’est fini. Ils ont eu leur temps. »
Elle perce alors la bulle qui protège la Terre (présentée comme plate sur leur interface). Dans la séquence finale, tous les humains meurent instantanément, sans violence ni sang. À l’inverse, les animaux survivent : chiens, chats, oiseaux… et surtout les abeilles, filmées en train de butiner dans le jardin de Teddy.
Le véritable sens du film Bugonia
La fin de Bugonia ne se contente pas de choquer : elle porte un message profond et ambigu.
Teddy, avatar des complotistes modernes
Teddy incarne un phénomène bien réel : la radicalisation en ligne, nourrie par les forums, podcasts et vidéos conspirationnistes. Sa fixation sur les Andromédiens et sur la disparition des abeilles lui permet d’éviter d’affronter ses traumatismes : – les abus subis dans son enfance, – la maladie de sa mère, fragilisée par son passé d’addiction et aggravée par les dérives pharmaceutiques.
Il cherche un grand responsable — un « ennemi invisible » — plutôt que d’accepter la complexité des causes réelles de la crise écologique.
L’ironie cruelle
Teddy avait (presque) raison : les Andromédiens existent, et Michelle est leur cheffe. Mais c’est sa propre violence, son comportement paranoïaque et son acharnement contre Michelle qui ont renforcé sa conviction que l’humanité était irrécupérable. En d’autres termes : il a accéléré la fin du monde qu’il prétendait vouloir éviter.
Un message sur le collectif et la nature
Les Andromédiens parlent en « nous », admirent les abeilles pour leur sens du devoir et leur cohésion. À l’inverse, les humains vivent trop souvent dans le « je » et l’individualisme. Le film questionne notre capacité à survivre en tant que groupe : étions-nous déjà en train de vivre notre propre « effondrement de colonie » ?
Une fin sombre… mais porteuse d’espoir
Yorgos Lanthimos assume cette ambiguïté. Il explique que certains trouvent la fin presque optimiste, car la nature, elle, survit. Le titre Bugonia renvoie à un ancien rituel grec consistant à créer des abeilles à partir d’une carcasse — symbole de renaissance.
L’humanité disparaît, mais le vivant reprend son souffle. Les abeilles — instrument et métaphore de la vie collective — recommencent à polliniser.
En résumé, la fin de Bugonia est un avertissement : ce n’est pas une menace extraterrestre qui détruit l’humanité, mais sa propre incapacité à briser le cycle de violence, d’égoïsme et de destruction.
Deux destins de femmes éprouvées par la souffrance et l’injustice, réunies dans un souffle de vie.
Rose, marquée dès l’enfance par la perte brutale de son père et des douleurs inexpliquées à partir de l’adolescence, cherche dans chaque éclat de bonheur une lueur d’espérance.
Avec Sur nos chemins…, Laëtitia Milot signe un roman profondément humain, où s’entremêlent deux destins de femmes marqués par l’épreuve, l’injustice et le besoin vital de comprendre ce qui leur arrive. À travers Rose et Laëtitia, l’autrice livre un récit double, miroir de vécu et de fiction, qui résonne avec une force rare.
D’un côté, Rose, enfant blessée par la perte brutale de son père, grandit avec des douleurs muettes, inexplicables, qui envahissent peu à peu son adolescence puis sa vie d’adulte. Elle cherche dans les moments de joie les éclats d’un avenir possible, mais son corps continue de lui opposer un refus silencieux. De l’autre, Laëtitia elle-même — lumineuse, combative — avance malgré la souffrance, malgré les verdicts médicaux qui tardent, malgré un corps qui souffre en secret. Les deux parcours, fictionnel et autobiographique, se répondent avec une justesse bouleversante.
Au cœur du roman, une révélation commune : l’endométriose, maladie encore trop méconnue, minimisée ou invisibilisée, qui broie le quotidien des femmes qui en souffrent. Milot parvient à en parler sans pathos, avec cette sincérité qui la caractérise : des mots simples, poignants, qui racontent la fatigue, l’humiliation parfois, mais aussi les victoires du quotidien, et la joie intacte de ne pas renoncer.
Ce qui frappe, c’est la tendresse du regard, la manière dont l’autrice célèbre les liens du cœur, l’importance des soutiens, la puissance des sororités qui se tissent dans la douleur. Le roman devient alors plus qu’une histoire : un geste, un partage, un souffle. Une invitation à reconnaître, à nommer, à comprendre ce que trop longtemps on a fait taire.
Écrit avec une grande délicatesse, un sens du rythme émotionnel et un réel talent pour faire vibrer le lecteur, Sur nos chemins… est un roman bouleversant, mais aussi porteur d’espoir. Une ode à la résilience, à la lutte intime, à la force de celles qui refusent de plier malgré les larmes
Éditeur : Robert Laffont Date de publication : 16 octobre 2025 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 240 pages ISBN-10 : 222127606X ISBN-13 : 978-2221276068
C’est la fin des vacances. Céa et le Petit Voleur d’ombres ont le coeur lourd à l’idée de se quitter.
Avec ce huitième tome, Marc Levy poursuit la série du Petit voleur d’ombres en offrant une aventure qui célèbre à la fois l’amitié, l’imagination et surtout… les livres. Un opus tendre et envoûtant, magnifiquement accompagné des illustrations sensibles et expressives de Fred Bernard.
Alors que les vacances touchent à leur fin, le Petit Voleur d’Ombres et Céa s’apprêtent à se séparer, le cœur lourd. Mais, comme souvent dans cette série, la magie surgit quand on ne l’attend plus : les ombres apparaissent pour confier une mission urgente au garçon. Cette fois, direction sa ville natale, où un étrange phénomène inquiète tout le monde : la bibliothécaire a perdu son ombre… et avec elle, l’équilibre même de la bibliothèque semble vaciller.
Ce point de départ offre un récit à la fois mystérieux et profondément bienveillant. Levy explore encore une fois cette idée si poétique : chaque ombre a une histoire, un secret, une émotion à transmettre. En aidant la bibliothécaire, le Petit Voleur d’Ombres plonge dans un univers où les livres respirent, où les récits s’échappent, où la mémoire vacille — un terrain parfait pour développer une intrigue douce-amère sur le pouvoir des mots et l’importance des lieux de savoir.
Le rythme est fluide, les dialogues sonnent juste, et l’ensemble dégage une grande chaleur humaine. Fred Bernard enrichit ce monde de ses dessins délicats, capables de saisir tant la magie que la mélancolie d’un personnage.
Un tome poétique, lumineux et profondément attachant, qui parle d’amitié, d’au revoir… mais aussi de transmission et de l’amour infini des livres. Les jeunes lecteurs y trouveront une aventure captivante, les adultes y sentiront une déclaration délicate à la lecture.
Éditeur : Robert Laffont/Versilio Date de publication : 13 novembre 2025 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 112 pages ISBN-10 : 2221278925 ISBN-13 : 978-2221278925
Avec Le cri des profondeurs, Kalie Cassidy plonge ses lecteurs dans un univers original et envoûtant où se mêlent magie ancienne, royaumes ennemis et passions interdites. L’autrice revisite la figure mythique de la sirène en lui offrant une dimension plus sombre, plus sauvage, et terriblement humaine.
Imogène, héroïne à la fois fragile et puissante, vit cachée au royaume de Seraf, loin de l’océan qui l’a vue naître. Son secret — sa nature de sirène — pourrait la condamner dans un pays où son peuple est considéré comme l’ennemi absolu. Mais le contrôle lui échappe, et lorsqu’un déferlement d’émotions libère malgré elle ses longues ailes noires, le voile tombe : elle doit fuir, ou mourir.
Cassidy excelle à mettre en scène cette bascule brutale, ce moment où l’héroïne cesse de dissimuler ce qu’elle est. L’urgence, la panique, la douleur sont rendues avec une intensité quasi physique. C’est alors qu’apparaît la deuxième force de ce roman : la rencontre explosive avec un roi rival, mystérieux, puissant, aux intentions ambiguës. Pour survivre, Imogène n’a qu’un choix : sceller avec lui le pacte des sirènes, un lien indissoluble où chaque battement de cœur rapproche autant qu’il enchaîne.
Ce « sceau », véritable prouesse narrative, devient le centre émotionnel du récit :
l’autre devient indispensable,
la distance devient douleur,
le rapprochement devient tentation.
Cassidy maîtrise parfaitement cette tension romantique, tout en gardant un récit profondément ancré dans la construction d’un monde riche, inspiré par les mythes marins, la géopolitique des royaumes, et les secrets engloutis.
Les descriptions sont somptueuses :
l’appel du large, presque organique,
la magie des abysses,
les paysages de montagne qui enferment l’héroïne loin de son élément,
les scènes nocturnes où les émotions font vibrer l’eau comme un miroir vivant.
Le duo central, électrique et tourmenté, entraîne le lecteur dans une danse entre méfiance, attachement et destin tragique. C’est une romantasy où la passion est aussi dangereuse que salvatrice, où l’amour ne peut éclore qu’au prix du sacrifice.
Un roman dense, atmosphérique, superbe dans sa mythologie et bouleversant dans ses émotions, qui impose Kalie Cassidy comme une voix essentielle de la romantasy francophone.
Éditeur : Robert Laffont Date de publication : 13 novembre 2025 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 432 pages ISBN-10 : 2221281675 ISBN-13 : 978-2221281673 Poids de l’article : 505 g
Qui n’a jamais perdu foi en l’existence ? Qui n’a jamais été épuisé – voire écoeuré – au point de douter de la valeur même de la vie ?
Avec La Compagnie des Heureux Hasards, Gilles Legardinier revient à ce qu’il maîtrise mieux que personne : raconter l’humain avec une douceur désarmante, un humour subtil et une tendresse qui n’exclut jamais la lucidité. Au centre du roman, Lily, épuisée par les épreuves, ne croit plus vraiment en la vie. Une rupture, des désillusions successives… Legardinier ne s’attarde pas sur le mélodrame, mais sur ce qui vient après : le moment où une existence cabossée cherche une direction.
C’est alors que Mère-Grand et le Petit Poucet — non pas les personnages des contes, mais deux êtres bien réels et étonnants — entrent dans son quotidien. À partir de là, Lily se retrouve embarquée dans une renaissance inattendue, loin des faux-semblants, dans un monde où les gestes discrets, les petites attentions et les rencontres imprévues deviennent autant de bornes lumineuses sur son chemin.
L’auteur explore ici la façon dont le hasard, ou plutôt les hasards heureux, nous rattrapent lorsqu’on cesse d’y croire. Il révèle une face cachée de la vie : celle que l’on ne regarde plus, celle que l’on oublie de montrer, mais qui existe bel et bien, tapie dans les interstices du quotidien. Avec son écriture chaleureuse et profondément humaine, Legardinier signe un roman qui console, qui relève et qui redonne foi en ce qu’il y a de plus simple : la possibilité d’être surpris par la beauté.
Un livre qui fait du bien, sans naïveté, et qui touche juste
Éditeur : FLAMMARION Date de publication : 1 octobre 2025 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 480 pages ISBN-10 : 2080461907 ISBN-13 : 978-2080461902
Hiver 1989. La disparition de Tracie, 17 ans, affole la paisible banlieue australienne de Camp Hill. Tom Witter, professeur de lycée, décide de mener sa propre enquête avec l’aide du père de l’adolescente et du groupe de surveillance de quartier. Alors qu’ils suivent la piste de rituels sataniques, la police est persuadée qu’il s’agit d’une fugue.
Avec Sous l’œil des voisins, Christian White confirme son statut de nouvelle voix majeure du polar australien. Le romancier explore une banlieue tranquille en apparence — Camp Hill, hiver 1989 — et en dévoile méthodiquement les failles, les non-dits, les obsessions et les mensonges. Le résultat est un thriller psychologique sous haute tension, aussi réaliste qu’implacable.
La disparition de Tracie, 17 ans, agit comme une déflagration. En quelques heures, le quartier bascule : le père de l’adolescente s’écroule, les voisins se regroupent, et un climat de suspicion commence à ronger lentement mais sûrement la communauté. Au centre de cette agitation se trouve Tom Witter, professeur de lycée, qui s’improvise enquêteur. Ce personnage, pourtant discret et apprécié, révèle rapidement une zone d’ombre : son implication frôle l’obsession, et son investissement à “aider” l’enquête semble cacher davantage qu’un simple élan de solidarité.
Christian White excelle dans la description des dynamiques de voisinage :
les regards qui s’attardent trop longtemps,
les rumeurs qui prennent vie,
les amitiés qui se fissurent,
les peurs irrationnelles qui se propagent.
Le tout est porté par un contexte social fort : la fin des années 80, l’influence médiatique croissante, la panique moraliste autour des rituels sataniques et la méfiance vis-à-vis des autorités. Alors que la police penche pour une fugue, Tom et le groupe de surveillance de quartier s’enfoncent dans une spirale de croyances, de fantasmes et d’hypothèses qui vont les entraîner bien plus loin qu’ils ne l’avaient imaginé.
Le roman joue subtilement sur l’ambiguïté morale. Chacun a ses secrets, chacun ment un peu. Camp Hill se transforme en caisse de résonance de la paranoïa collective, et lorsque Tom franchit les limites de la légalité, le lecteur comprend que ce qui se joue dépasse la disparition d’une adolescente : il s’agit de dévoiler la part sombre d’une communauté qui se pensait irréprochable.
Christian White signe un polar d’une efficacité redoutable, où l’angoisse monte par petites touches, jusqu’à devenir suffocante. Narration maîtrisée, personnages ciselés, tension psychologique constante : Sous l’œil des voisins est un thriller brillant, troublant, qui interroge le vernis des banlieues tranquilles et la fragilité de nos certitudes.
Un roman noir d’une lucidité glaçante, où chaque voisin devient un suspect — et où personne n’est tout à fait innocent.
Éditeur : Albin Michel Date de publication : 29 octobre 2025 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 352 pages ISBN-10 : 2226476857 ISBN-13 : 978-2226476852