Diffusée sur France 2, Anaon s’impose dès ses premiers épisodes comme une proposition singulière dans le paysage des séries françaises. En mêlant thriller surnaturel et drame familial, la minisérie ancre son récit dans une Bretagne contemporaine où le réel dialogue avec l’invisible, sans jamais céder à l’esbroufe spectaculaire.
Au cœur de ces six épisodes, Max, major de gendarmerie interprété par Guillaume Labbé, tente de se reconstruire après la mort de sa femme dans un incendie. Chargé d’enquêter sur la disparition inexpliquée d’une lycéenne dans le village de Harz, il se heurte à une réalité qui dépasse peu à peu le cadre rationnel. En parallèle, sa fille Wendie (Capucine Malarre), adolescente en rupture et en quête de repères, voit émerger en elle des capacités surnaturelles incontrôlables. Avec ses amis, elle est confrontée à des visions inquiétantes liées aux anaon, ces âmes errantes issues du folklore breton.
Une révélation intime plutôt qu’un monstre à abattre
La fin de la saison 1 révèle que l’entité qui terrorise Harz n’est pas un ennemi extérieur à vaincre, mais la manifestation collective d’âmes en peine piégées par un rituel ancien mal refermé. Ces anaon ont été réveillés par des deuils non résolus, des douleurs enfouies, dont celle de Max, encore prisonnier de la perte de sa femme.
Wendie comprend alors qu’elle est devenue, malgré elle, le réceptacle de cette fracture entre les mondes. Dans un climax tendu au cœur des Monts d’Arrée, elle accomplit un sacrifice symbolique : elle ne meurt pas, mais renonce à une part d’elle-même afin de refermer la brèche. Guidant les âmes vers l’apaisement avec l’aide de ses amis et de Sarah, figure druidique du groupe, elle libère les victimes plongées dans un étrange coma — y compris l’adolescente disparue au début de la série.
Un deuil transformé, pas effacé
Confronté de plein fouet au surnaturel, Max abandonne enfin son déni. Ayant frôlé la mort, il accepte l’existence de l’invisible et rejoint sa fille dans cette réalité nouvelle. Leur étreinte finale scelle une réconciliation silencieuse : le deuil demeure, mais il n’est plus un obstacle entre eux.
La série s’achève sur une note douce-amère. Wendie conserve une trace infime de ses pouvoirs — un éclat furtif dans son regard face à la mer — laissant entendre que la frontière entre les mondes reste fragile. Le rituel final, enveloppé par la brume de Huelgoat, privilégie l’intime au spectaculaire : aucun affrontement grandiloquent, mais un geste de transmission et de réparation.
La dernière image, celle de Max et Wendie marchant côte à côte sur une plage bretonne au crépuscule, résume parfaitement l’esprit de Anaon. Une fin ouverte, mélancolique et lumineuse à la fois, où le deuil se transforme en lien plutôt qu’en poison. Une conclusion élégante, fidèle à l’ADN de cette fable fantastique ancrée dans les terres et les silences de la Bretagne.









