I Know This Much Is True (OCS) : que vaut la mini-série sordide avec l’Avenger Mark Ruffalo ?

Diffusée sur OCS dès le 11 mai, I Know This Much Is True met en scène Mark Ruffalo dans la peau de jumeaux au passé trouble. Cette série tragique et sombre, adaptée d’un best-seller, vaut-elle le coup d’œil ?

DE QUOI ÇA PARLE ?

Le destin de deux frères jumeaux, Dominick et Thomas Birdsey, dans l’Amérique de la seconde moitié du XXème siècle.

I Know This Much Is True est en diffusion en US+24 sur OCS en France à partir du 11 mai. 6 épisodes vus sur 6.

ÇA RESSEMBLE À QUOI ?
I Know This Much Is True - saison 1 Bande-annonce VOST

ÇA VAUT LE COUP D’ŒIL ?

Adaptation du best-seller du même nom de Wally Lamb, publié en 1998 et présenté au Book Club d’Oprah Winfrey, I Know This Much Is True est la nouvelle mini-série HBO portée par Mark Ruffalo, qui campe Dominick et Thomas Birdsey, des jumeaux brisés par la vie. Toute sa vie, Dominick a tout fait pour aider son frère schizophrène tout en gérant ses propres problèmes personnels. Peu avant la mort de leur mère atteinte d’un cancer, Dominick récupère les mémoires de leur mystérieux grand-père italien. Lorsque Thomas, en pleine crise, se coupe la main droite en sacrifice pour mettre fin à la guerre du Golfe, Dominick se décide enfin à faire traduire le manuscrit du grand-père. Cette décision va bouleverser leurs vies et Dominick va alors faire un véritable travail d’introspection douloureux mais nécessaire.

La série, très sombre, aborde diverses thématiques autour de cette histoire tragique, telles que la maladie, la perte d’êtres chers, les violences conjugales et les secrets familiaux qui refont surface. Il est parfois difficile de s’y retrouver avec les nombreux flashbacks, qui amènent des éléments de réponse et renforcent la lourdeur du poids du passé, mais la construction narrative s’améliore et prend véritablement forme au fur et à mesure des épisodes. Sa mise en scène longue et plombante est à la fois une force pour la série dans les scènes de flashbacks mais souvent une faiblesse dans les dialogues car la série est une longue suite de « conversations avec Mark Ruffalo ». En effet, I Know This Much Is True repose beaucoup sur son acteur principal. Ce dernier porte la série sur ses épaules comme un poids très lourd à l’image de l’histoire sordide et tragique de ces jumeaux à la relation décousue au premier abord mais pourtant très solide, en témoigne le premier épisode où Dominic respecte le choix de Thomas lorsqu’il se coupe la main.

 

L’introspection de Dominick est intéressante et bouleversante mais on aurait aimé avoir un peu plus d’indices convaincants et percutants sur les traumatismes familiaux plus lointains et l’histoire du grand-père italien terrifiant parsemés dans les épisodes. Les premiers éléments de réponse n’apparaissent que dans la deuxième moitié de la série avec la réapparition magique du manuscrit traduit des mémoires du grand-père qui peine de surcroit à apporter de vraies révélations fracassantes. Là où I Know This Much Is True frappe fort c’est dans sa capacité à capter l’essence puissante et émouvante de la fragilité de cette jumélité en constante évolution et prétendument maudite en conséquence des actions des anciennes générations. Si la série ne se risque pas assez à approfondir la maladie mentale de Thomas, elle montre parfaitement les conséquences de celle-ci sur la relation entre Thomas et Dominick.

On ne peut s’empêcher de ressentir une profonde empathie pour Dominick qui essaie tant bien que mal de venir en aide à son frère et de gérer les souffrances du passé qui reviennent le hanter. La mise en scène criante de vérité, profonde et très (trop ?) intimiste du showrunner Derek Cianfrance (Blue Valentine, The Place Beyond The Pines) est un crève-coeur à regarder et à ressentir. Les épreuves traversées par les jumeaux sont cruelles et il est difficile de ne pas être pris d’une grande tristesse face au désespoir banal et obscur des personnages. Il vaut mieux ne pas binge-watcher cette mini-série mais plutôt prendre son temps pour la regarder et la digérer pour mieux apprécier toutes les émotions qui s’en dégagent. Malgré quelques défauts de structure et des épisodes souvent trop longs, I Know This Much Is True est un bon cru pour HBO porté par un Mark Ruffalo magistral, une mise en scène pointue et une photographie délicate.

The Eddy / la mini-série jazzie de Netflix

On aura beau critiquer Netflix pour sa propension à produire tout et n’importe quoi il faut reconnaître que la plateforme a parfois le nez creux et permet de mettre en avant des productions que l’on aurait difficilement imaginées être financées les canaux habituels. La mini-série The Eddy est de celle-ci, une excellente surprise supervisée par Damien Chazelle, réalisateur de La la land, et du scénariste Jack Thorne qui était déjà aux manettes de la récente série His dark materials.

Avec deux premiers épisodes réalisés en 16 mm par Damien Chazelle en personne le microcosme du bar de jazz parisien acquiert une identité visuelle indéniable et un charme qui accroche le regard dès les premières minutes. Même si la caméra numérique fait son apparition au troisième épisode, l’équilibre visuel est tout de même conservé. Le casting est international autant devant que derrière la caméra, on y parle français, anglais, arabe et même polonais. The Eddy est une tour de Babel moderne dans laquelle les membres se retrouvent autour d’un langage commun, le jazz.

Un groupe réuni par une seule passion : le jazz

JAZZ MOI UNE HISTOIRE

En plus de mettre sur le devant de la scène un style de musique absent de la plupart des shows télévisés, le jazz structure la narration de la série avec ses répétitions de groupe, ses prestations scéniques portées par l’envoûtante Joanna Kulig. La musique est la raison de vivre des protagonistes, ça pulse, ça vibre, ça improvise et surtout cela permet d’unifier la série autour d’une passion commune, la musique. Une unification nécessaire étant donné la narration décousue.

Laissez vous captiver par la ravissante Joanna Kulig

CHŒURS ET ÂMES

En effet chacun des huit épisodes se concentrent sur un membres de ce groupe hétéroclite. Ces tranches de vie se révèlent inégales mais dans l’ensemble elles constituent l’âme de la série, on suit les peines et les déboires de ces musiciens un peu paumés et broyés par le système avec plaisir. Évidemment certains personnages sont plus mis en avant que d’autres en l’occurence c’est le trio Elliot, Julie et Amira qui occupent le plus de temps à l’écran. Ces personnages sont respectivement interprétés par Andre Holland, dont l’écriture maladroite va finalement plomber le récit, Amanda Stenberg, épuisante au début mais qui se révélera plus profonde au fil du récit et enfin Leila Bekhti, qui livre là une composition sans fausse note.

Éblouissante Leila Bekhti

NOTES CRIMINELLES

L’intrigue générale s’articule autour d’une enquête criminelle et des problèmes de gestion du club. Si cela permet de propulser la série avec un final choc lors du premier épisode, il faut reconnaître que cette enquête tire en longueur et sa résolution sera en demi-teinte. Alors qu’elle devrait dynamiser le récit elle finit par plomber le rythme du show. C’est d’autant plus regrettable qu’elle empêche d’apporter un véritable arc narratif au personnage d’Elliot qui fait preuve d’un comportement aberrant au fur et à mesure que la pression se révèle intenable. D’abord déterminé à prendre sur lui et à régler lui-même la menace pesant sur le club avant de finir par demander de l’aide à ses proches sans que cela ne soit pertinent.

Si l’on parvient à faire abstraction de cette partie de l’intrigue, on aura le plaisir d’assister à une lettre d’amour au jazz mais également au monde cosmopolite nocturne. Sans oublier ces portraits touchants de musiciens à fleur de peau.

Un duo père fille qui joue à je t’aime moi non plus

Depuis 2020 / 60min / Drame, Comédie musicale, Musical

Chaîne d’origine Netflix

Defending Jacob : le thriller haut de gamme par Apple TV+

Chris Evans défend son fils accusé de meurtre dans cette mini-série Apple.

Le pitch

Procureur adjoint d’une petite ville du Massachusetts, Andy Barber est confronté à un terrible dilemme lorsque son propre fils de 14 ans est accusé du meurtre d’un camarade de classe. Alors qu’il tente d’innocenter son garçon, le procureur découvre certains secrets, qui sèment le doute. Acculé, quel choix fera-t-il face à cet insoluble dilemme entre son devoir de défendre la justice et son amour inconditionnel pour son enfant ?

La critique

Les débuts de Defending Jacob sont encourageants, même si déjà vus : la série traverse tous les passages obligés du polar et ses scènes clés depuis la découverte du corps jusqu’aux scènes les plus procédurales. Chris Evans est réellement le pilier de tout le récit dans son rôle de procureur qui subit pour la première fois un processus qu’il connait par coeur. Defendind Jecob propose donc de premiers épisodes efficaces, qui même s’ils reposent sur des poncifs, présentent un concept émotionnel fort, celui du doute s’immisçant dans l’esprit de ces parents. La série s’intéresse donc à l’origine du mal comme a pu le faire Mindhunter dans l’une de ses sous-intrigues en saison 2.

La mise en scène de Defending Jacob coche aussi elle toutes les cases du polar de prestige télévisuel : si la réalisation reste dans la retenue, comparée par exemple à The Night Of ou The Outsider, la photographie semble surjouer sa morosité avec des couleurs volontairement ternes et une lumière constamment sous-exposée. Morten Tyldum, réalisateur de The Imitation Game, ne choisit pas la voie du spectaculaire et propose une oeuvre visuellement convaincante, mais au style très codifié et donc sans vraiment de surprise.

Comme bon nombre de polars modernes, Defending Jacob n’est pas qu’un simple whodunnit (pour “Who [has] done it?“), mais plutôt un “Did he do it?”, la série s’efforçant de lancer des pistes contradictoires de manière régulière pour laisser planer le doute. Mais en étirant son récit sur 8 épisodes, cette mécanique narrative l’empêche paradoxalement de creuser ses personnages. Et c’est là le vrai problème : aussi convaincante puisse-t-elle être dans son exécution, on se demande constamment pendant son visionnage si un film n’aurait-il pas suffit. Car sa longueur dessert totalement son efficacité thématique en proposant pourtant des questionnements intéressants sur l’impact de la génétique sur le comportement, les déviances d’internet pour toute une génération ou encore les limites de la responsabilité parentale dans des situations extrêmes. Mais tous ces sujets sont abordés en surface malgré la longueur de la série.

Davantage un film de 7h qu’une oeuvre serialisée, Defending Jacob reste une intrigue à mystère qui tient en haleine et plutôt généreuse en twists. Cependant, elle n’arrive pas à trouver sa propre voie dans le genre très concurrentiel des thrillers de prestige trusté par HBO.

Into the night (Netflix) : que vaut la série apocalyptique belge ?

Un soleil qui tue, les passagers d’un avion qui le fuit… un survival apocalyptique qui vaut le détour ?

De quoi ça parle ?

Lorsque le soleil commence soudain à tout tuer sur son chemin, les passagers d’un vol de nuit en partance de Bruxelles tentent de survivre par tous les moyens, coincés dans un avion condamné à faire le tour de la Terre…

Disponible sur Netflix.

Into The Night - saison 1 Bande-annonce VF

C’est avec qui ?

Servie par une distribution internationale francophone, Into the night peut notamment compter sur les talents des Belges Pauline Etienne, remarquée notamment dans La Religieuse, la série Ennemi Public et présente dans deux saisons du Bureau des légendes; Laurent Capelluto, vu dans Zone Blanche; Astrid Whettnall, inconditonnelle alliée du héros de Baron Noir; et Jan Bijvoet croisé dans Peaky Blinders. On retrouve également la Française Alba Gaïa Bellugi, révélée dans 3X Manon, sa suite Manon 20 ans et vue récemment dans Une île; le Turc Mehmet Kurtulus; l’Italien Stefano Cassetti et bien d’autres.

ça vaut le coup d’oeil ?

Pour sa toute première création originale belge, Netflix n’a pas choisi la facilité avec Into the Night, série de science-fiction apocalyptique façon survival au pitch extrêmement accrocheur, qui doit donc à la fois surprendre, tenir la route visuellement et tenir la distance aussi une fois les enjeux posés. En choisissant un format de 6 épisodes de 40 minutes, c’est de toute évidence l’efficacité qui a été privilégiée, quitte à faire l’impasse sur la vraisemblance et l’écriture des personnages. On comprend ainsi assez rapidement qu’il ne faudra pas chercher ici un sous-texte philosophique et politique, ni une étude sociologique et encore moins une vérité scientifique. La série s’impose en divertissement captivant où tout va à 100 l’heure.

Le premier épisode est déstabilisant à deux égards : on a d’abord assez peu l’habitude que ce genre soit exploré dans les fictions de nos contrées, il faut donc accepter que nos moyens modestes ne permettent pas de rivaliser avec ceux des américains et qu’Into the Night, tournée entre la Belgique, la Bulgarie et les Pays-Bas, aura un aspect légèrement cheap, ce qui est compensé par le fait qu’il s’agit à 80% du temps d’un huis clos dans l’avion; ensuite, écrite en anglais puis adaptée en français, elle souffre de dialogues peu naturels, avec lesquels des acteurs dont le français n’est pas toujours la langue d’origine doivent se débrouiller comme ils peuvent. Il faut donc composer avec des jeux approximatifs et des phrases pas toujours compréhensibles. Ce problème a toutefois tendance à s’effacer à mesure que les comédiens prennent pleine possession de leurs personnages, des comédiens par ailleurs tous plutôt bons individuellement, comme on a pu le constater dans leurs projets précédents. La cohésion de groupe se fait petit à petit.

Une fois tout cela digéré, Into the Night vous attrappe et ne vous lâche plus grâce à son rythme effrené, sa mise en scène redoutable d’efficacité, ses rebondissements et cliffhangers bien pensés, ses personnages dont le sort nous importe finalement véritablement, jusqu’à une dernière scène qui donne furieusement envie d’une saison 2 puisque l’aventure ne semble que commencer. Cette série aurait pu être une catastrophe, elle déjoue les pronostics en jouant la carte de la modestie et du divertissement à tout prix. Elle aurait sans aucun doute eu sa place sur une grande chaîne en prime-time.

Une vie cachée De Terrence Malick Avec August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon

Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

VOD:https://www.filmotv.fr/film/une-vie-cachee/17067.html

Chronique : Ils ne furent pas nombreux, ceux qui, en Allemagne comme en Autriche, eurent l’audace de dire non, d’une manière ou d’une autre, à Hitler et au nazisme. Oser faire cela, il est vrai, c’était, fatalement, le payer de sa vie. En Allemagne, du côté de Munich, il y eut Sophie Scholl, son frère Hans et leurs autres compagnons de la Rose Blanche. En Autriche, il y eut le parcours exemplaire de Franz Jägerstätter, un paysan du village de Sainte Radegonde qui fut guillotiné le 9 août 1943 à la prison de Brandebourg à Berlin. Il faut observer que celles et ceux qui s’opposèrent à Hitler le firent toutes et tous au nom de leur foi chrétienne. Franz Jägerstätter a d’ailleurs été béatifié le 26 octobre 2007 à la cathédrale de Linz. C’est donc de cet homme-là que Terrence Malick a choisi de raviver le souvenir. Après sa série de films plus ou moins expérimentaux conçus à la manière de poèmes, de méditations, voire de prières, films sublimes mais qui pouvaient déconcerter certains spectateurs, le réalisateur de The Tree of Life renoue avec une narration beaucoup plus classique, mais sans se délester pour autant de son style, reconnaissable entre tous. On retrouve donc, dans Une Vie cachée, le goût du cinéaste pour les voix off, sa propension à filmer la nature, ainsi que de nombreux gros plans sur les acteurs qui semblent presque filmés avec une focale trop courte (mais c’est, évidemment, un effet voulu), etc. Le début est on ne peut plus caractéristique. Comme dans la plupart de ses films, Malick commence par filmer la nature d’une manière quasi édénique. En quelques plans, nous sommes conviés à goûter la vie à la montagne du fermier Franz Jägerstätter (August Diehl), de sa femme Fani (Valerie Pachner) et, bientôt, de leurs trois filles, ainsi que de quelques autres personnages, dont la belle-sœur de Franz qui est venue vivre avec eux. La vie de paysan est rude, certes, mais, au départ, tout est filmé dans une sorte d’innocence première, comme s’il fallait ainsi souligner d’autant plus, par contraste, l’irruption du mal absolu, qui ne tarde pas à paraître. Nous en avions déjà été averti, il est vrai, dès l’ouverture, par des films d’archives montrant avec quel empressement de nombreux Autrichiens accueillirent l’hitlérisme. On pouvait espérer, néanmoins, que le petit village de Sainte Radegonde resterait préservé de cette folie. Il n’en est rien. Personne ne peut se targuer ni d’être neutre ni d’être indifférent. Franz, lui, ne tergiverse pas. Il fait d’abord ses classes, puis, de retour chez lui, ne peut ignorer qu’on va exiger de lui, comme de tout homme en âge de combattre, un serment d’allégeance au Führer. Mais, au nom de sa foi comme de son humanité, il lui est impossible de se résoudre à un tel engagement. Dans son village, il se fait aussitôt remarquer et ostraciser. Quand des nazis passent par là pour réclamer à chaque habitant sa contribution à l’effort de guerre, il est le seul à refuser. Dès lors, sa détermination est telle que rien ne peut l’en détourner. C’est bien l’itinéraire d’un martyr que filme Malick, il n’y a pas de doute, mais sans ostentation, sans prêchi-prêcha, comme certains se plaisent à le reprocher au cinéaste, à la sortie de chacun de ses films, de manière totalement fallacieuse. Au contraire, il y a dans cet homme, tel qu’il est ici filmé, une sorte d’évidence ou de simplicité, comme si la sainteté allait de soi.

Une vie cachée : Photo August Diehl, Valerie Pachner

Pour le détourner de sa voie, certains reprochent à Jägerstätter son orgueil, alors que c’est son humilité qui, au contraire, nous interpelle. Plusieurs interlocuteurs interviennent pour le faire changer d’avis, y compris l’évêque du lieu qui se réfère à saint Paul affirmant qu’il faut se soumettre aux autorités. Le maire du village, lui, affirme à Franz qu’il est plus coupable que les ennemis du pays, puisqu’il agit comme un traître. Plus tard, quand il est emprisonné, il est sournoisement invité à signer son acte d’allégeance à Hitler, quel que soit son sentiment profond, même si celui-ci est contraire à la déclaration écrite. On ne lui demande pas d’aimer le Führer, mais de parapher un document. « Ce n’est qu’un bout de papier, lui dit-on. En ton for interne, tu peux penser ce que tu veux. » Mais Jägerstätter ne peut se résoudre à cette hypocrisie. Terrence Malick film l’obstination d’un homme dont la droiture morale est sans faille et qu’aucun raisonnement, aucune intimidation, aucune torture ne font plier. En cet homme, tout comme d’ailleurs en sa femme Fani, il y a une bonté qui semble naturelle et qui se traduit, entre autres, par une absence de jugement d’autrui. Même ses bourreaux, Franz ne les juge pas. Le cinéaste réussit le tour de force de filmer la bonté sans maniérisme, sans mièvrerie d’aucune sorte. Car la force de l’accusé, ce qui lui permet de tenir jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie, cette force, il la puise dans sa foi chrétienne, sans nul doute, mais aussi, c’est évident, dans l’amour qui l’unit à Fani.

Une vie cachée : Photo August Diehl, Valerie Pachner

Leurs échanges épistolaires, superbes, interviennent en voix off, à plusieurs reprises au cours du film. Malgré les épreuves, le mépris des villageois, la séparation du couple, la dureté des travaux de ferme en l’absence de Franz, malgré l’issue fatale qui se profile, l’amour ne faiblit pas. Ceux qui affirment à Franz que son sacrifice ne sert à rien, qu’il ne modifiera en rien le cours de l’histoire, qu’il ne sera connu de personne, qu’il n’aura d’autre effet que de faire du mal à ses proches, ceux-là ne savent rien de la grandeur de l’amour. « L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L’amour ne passera jamais… », écrit saint Paul dans sa Première Lettre aux Corinthiens (13, 7-8). Les bourreaux de Jägerstätter avaient tout prévu, sauf cela. Une phrase de George Eliot, tirée du roman Middlemarch, phrase projetée sur l’écran à la fin du film, le dit aussi à sa manière et l’éclaire de sa douce lumière : « Si les choses ne vont pas aussi mal pour vous et pour moi qu’elles eussent pu aller, remercions-en pour une grande part ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée ».

Note : 10/10

Une vie cachée : Affiche

Outer Banks saison 1 / Netflix

C’est peu dire que le public adolescent est chouchouté sur la plateforme Netflix. Tous les mois environ une nouvelle série prenant pour cible ce public friand mais versatile s’ajoute au catalogue déjà bien rempli du géant du streaming. On a donc droit à des péripéties d’adolescents dans toutes les situations et univers imaginables, dans un monde sans adultes, avec ou sans magie. Le genre peut s’adapter à bien des genres mais c’est bien souvent les mêmes codes qui se répètent inlassablement donnant à toutes ces séries un aspect fade et impersonnel. Lorsque outer banks débarqua je ne pensais pas autrement, pour tout vous avouer chers lecteurs je l’ai lancé afin de bénéficier d’un bruit de fond pendant que je rédige des chroniques sur le blog, quelle ne fût pas ma surprise en constatant que la série parvenait à capter mon attention.

Mettons-nous d’accord tout de suite la série ne casse pas trois pattes à un canard mais si on la compare aux autres séries du même genre présentes sur Netflix elle relève du chef-d’oeuvre. On évite les sous-intrigues sentimentales bancales et lassantes. La série tient plus du récit d’aventure que du teen drama, elle remplit donc tout à fait son rôle de divertissement léger.

L’action est censée se situer près de la ville de Wilmington, dans l’archipel de outer banks mais en raison d’une loi discriminatoire en Caroline du Nord concernant les citoyens transgenre la production a pris la décision de déménager en Caroline du sud, dans des décors qui tienne de la carte postale. Ce qui apporte une plus-value face à toutes ces autres séries qui utilisent des lycées génériques qui se ressemblent tous. L’aspect social sert de toile de fond à un récit moins léger qu’il n’y paraît, il faut dire qu’entre misère social, alcoolisme, lutte des classes, ouragan, sans oublier toutes les bestioles qui vous guettent lorsque vous mettez un pied dans l’eau, on ne s’ennuie pas au pays des « pogues ».

Une destination de vacances pour certains, le quotidien pour d’autres

L’alchimie entre les quatre personnages qui composent le groupe d’amis en quête d’un trésor légendaire est palpable. Leurs interactions semblent naturelles et on ressent une complicité touchante entre chacun d’eux. Les jeunes acteurs sont tous charismatiques et déroulent une partition honnête. Leur groupe accorde à la série un petit côté club des cinq sympathiques et dynamique. Les scénaristes tentent d’apporter un background à chacun des personnages, à part pour Kiara qui se contente du rôle de love interest. Ces apports, entre foyer dysfonctionnel et avenir incertain, sont de factures classiques mais s’avèrent solides et crédibles. À ce quator originel viendra s’ajouter une cinquième aventurière sans que cela ne soit forcé, les showrunners parvenant à créer un équilibre entre tension dramatique et moments de complicité.

On a peut être pas de bus mais on des bateaux

L’intrigue se déroule gentiment sur les six premiers épisodes, avec tout de même de grosses ficelles, avant de se transformer en une chasse à l’homme bête et méchante. J’ai largement préféré la chasse au trésor des premiers épisodes plutôt que fuite en avant qui fait surtout du surplace. Les deux antagonistes principaux sont soit stupide, soit schizophrène mais le fait est que la menace qu’ils représentent n’est guère crédible. Les deux n’auront pas besoin ni de la police, incompétente, ni de la bande de héros pour se tirer une balle dans le pied.

Un quator touchant et unis

Malgré une fin de saison qui se contente de jouer la carte de l’action un peu vaine, Outer banks se révèle être un honnête divertissement qui tranche singulièrement avec les autres séries à destination des adolescents.

Synopsis: En déterrant un secret enfoui depuis longtemps, des ados déclenchent une série d’événements malencontreux qui les entraînent dans des aventures inoubliables.

Depuis 2020 / 49min / Drame
Nationalité U.S.A.

Chaîne d’origine Netflix

Les Vétos De Julie Manoukian Avec Noémie Schmidt, Clovis Cornillac, Carole Franck

Au cœur du Morvan, Nico, dernier véto du coin, se démène pour sauver ses patients, sa clinique, et sa famille. Quand Michel, son associé et mentor, lui annonce son départ à la retraite, Nico sait que le plus dur est à venir. « T’en fais pas, j’ai trouvé la relève. » Sauf que… La relève c’est Alexandra, diplômée depuis 24 heures, brillante, misanthrope, et pas du tout d’accord pour revenir s’enterrer dans le village de son enfance. Nico parviendra-t-il à la faire rester ?
Chronique : Le film, bien documenté, a le mérite de décrire le quotidien des vétérinaires ruraux (à Mhère, dans le Morvan), à la vie de famille compliquée, sans horaires, à la clientèle (animaux de rente) aux revenus modestes, ce qui les empêche, parfois, de facturer leurs actes au coût réel et à la recherche d’un remplaçant depuis 5 ans. Clovis CORNILLAC est crédible dans son rôle de vétérinaire surmené qui doit gérer le départ impromptu en retraite de son associé [Michel JONASZ, caricatural et jouant mal] et accueillir Alexandra, la nièce (Noémie SCHMIDT) de ce dernier, jeune vétérinaire de l’école d’Alfort, major de sa promotion, venant de soutenir sa thèse d’exercice sur les virus influenza et se destinant à une carrière de chercheur à l’Institut Pasteur. La moitié du film est une succession de scènes assez justes, lui donnant un aspect documentaire fidèle.
Les Vétos : Photo Clovis Cornillac, Lilou Fogli
La ruralité comme fil conducteur avec ses problèmes spécifiques, ses conditions de vie, ses espoirs de survie, la crainte de l’abandon. Une histoire de retour à la terre, pas spécialement voulue ici, de désertification médicale encore (même s’il s’agit ici de médecine vétérinaire) et de difficulté à se faire accepter quand on vient de la ville ou même simplement de ce manque d’envie de se faire accepter dans un environnement qui, après de longues années d’études, n’est plus vraiment le sien. Un scénario avec de multiples ressorts et une interprétation juste qui raviront un large public. Clovis Cornillac est vraiment magnifique dans son rôle , un grand acteur ! le film est réaliste avec de beaux moments ( la naissance difficile d ‘ un veau par exemple ! ) , l ‘ humour ne manque pas ni l ‘ émotion , les paysages sont magnifiques , j ‘ ai eu un peu de mal au début à me projeter sur l ‘interprète féminine principale mais finalement Noémie Schmidt est excellente ! Un film français de qualité, les plans sont magnifiques, les acteurs sont géniaux, et le travail de la réalisatrice pour son premier long métrage est juste extraordinaire. Un bon moment à passer en famille, entre ami. Pour vraiment tout le monde. Je recommande ce fil et j’espère que la réalisatrice Julie Manoukian ne s’arrêtera pas là. Merci pour ce moment.
Les Vétos : Affiche

The Midnight Gospel (Netflix) : un trip existentiel ambitieux mais inégal

Des séries adaptées de podcasts, on a pu en voir passer ses dernières années (au hasard, Homecoming), mais The Midnight Gospel se place comme l’un des projets les plus originaux du genre. Pendleton Ward, créateur de la désormais culte série animée Adventure Time, est un fan de l’humoriste Duncan Trussell et de son podcast The Duncan Trussell Family Hour. Au fil de ses 381 épisodes, Duncan reçoit des invités qui lui parlent de leur vision du monde à travers leurs philosophies ou pratiques de méditation. Des discussions profondes que Ward a voulu retranscrire à l’écran avec The Midnight Gospel.

À la croisée des mondes

Le projet est ambitieux, car la série raconte elle aussi une histoire : celle de Clancy, un personnage qui parcourt des univers parallèles à l’aide d’un simulateur de mondes afin d’interviewer leurs habitants pour son « Spacecast ». Ainsi, il se retrouvera en pleine invasion zombie à interviewer le président des États-Unis sur les drogues psychédéliques, ou encore à converser avec chien-cerf sur la mort pour ensuite discuter avec La Mort elle-même.

Ces conversations-fleuves sont au cœur de la série : les personnages discutent ainsi de concepts philosophiques au cours d’une fuite en avant qui fera la part belle aux situations plus surréalistes les unes que les autres. L’animation est d’une créativité hallucinante, très portée sur le psychédélisme. Alors que l’objectif semble être de lier ces dialogues existentiels à la profusion visuelle, qu’en est-il vraiment ?

Un pari à moitié réussi

Le discours est très souvent dissocié de l’image, alors que l’objectif avoué de Ward était bien de réunir deux opposés. La faute à un dialogue en grande partie non narratif décorrélé de ce qu’on voit à l’écran. Il ne faut donc pas s’attendre (sauf à quelques occasions) à ce que l’image rencontre l’écrit, alors que l’animation fait parfois office d’une visualisation Winamp (OK boomer) extrêmement bien conçue des podcasts d’origine. La série nécessitera donc plusieurs visionnages afin de capter la synergie voulue, qui s’applique à des niveaux plus abstraits et conceptuels.

Cependant, une fois la série terminée, on comprend réellement son intention : celle d’être une méditation existentielle sur la mort qui, même si elle frise parfois avec le livre de développement personnel, offre de vrais moments de grâce. C’est notamment le cas avec ce dernier épisode qui met en visuel des concepts puissants de manière vertigineuse. On ne boude donc pas notre plaisir quand une telle générosité visuelle sert efficacement des réflexions aussi universelles.

À première vue, The Midnight Gospel a tout l’air d’un dérivé de Rick & Morty avec cette histoire de mondes simulés teintée d’existentialisme. Et même si elle montre à certains moments des similarités avec la série d’Adult Swim, elle offre une proposition bien différente dans sa folie formelle et son discours à visée transcendantale. C’est une œuvre singulière, difficile d’accès, qui se perd parfois dans sa propre ambition, mais qu’on a envie de revisiter une fois le voyage terminé.

«Devils» (OCS) : le monde impitoyable de la finance

Que vaut le nouveau thriller financier de OCS avec Patrick Dempsey ?

Le thriller financier est un genre éminemment cinématographique. Après Wall Street en 1987 et Le Loup de Wall Street en 2013, on a eu le droit à des films traitant de la crise des subprimes, comme le fantastique Margin Call et le très pop The Big Short de Adam McKay. Mais à la télévision, le genre se fait plus discret avec cependant des productions notables comme Billions, Bad Banks ou encore Succession. La situation est peut-être sur le point de changer avec Devils, la dernière co-production européenne entre Orange Studio, Lux Vide et la chaine Sky Italia.

La série est adaptée de best-seller Diovali de Guido Maria Bera et raconte l’histoire d’un trader d’origine italienne, Massimo Ruggiero, travaillant pour une banque d’investissement américaine basée à Londres. Alors qu’il convoite la position de vice-président, la mort suspecte d’un de ses collègues va poser tous les soupçons sur lui et son ambition dévorante. Il devra compter sur la confiance de son mentor et supérieur, Dominic Morgan (Patrick Dempsey), pour élucider ce complot sur fond de crise économique.

Un monde après la crise

Car Devils se déroule en 2011 alors que le monde se remet à peine de la crise des subprimes de 2008 et que des pays comme la Grèce sont au plus bas de leur santé économique. S’il semblait de prime abord que la série n’allait exploiter ces thématiques qu’en surface au profit du thriller, ce n’est pas le cas : elle aborde frontalement l’impact du trading des banques d’investissements dans l’équilibre économique mondial. Chaque épisode se focalise, au travers des flashbacks, sur un pan de cette crise au long court, comme la récession de la Grèce ou bien le scandale des PIGS, cet acronyme utilisé en 2008 par les médias anglo-saxons pour désigner des pays à la faible santé financière.

Tout comme son nom l’indique, Devils est donc une série qui diabolise les requins de la finance et de la bourse, avec une intrigue principale construite sur un complot international. Cela passe notamment par Subterranea, les lanceurs d’alertes fictifs de la série se posant en successeurs de Wikileaks en voulant dénoncer les actes répréhensibles des banques et de la finance.

Les traders ont-ils une morale ?

La mise en scène fait la part belle aux effets de style avec un montage extrêmement nerveux et l’usage de flashbacks à outrance pour appuyer la psychologie de ses personnages. On regrette cette recherche du sensationnel dans la réalisation, avec une complaisance à l’américaine parfois un peu excessive. Car au-delà de ça, il y a une vraie intention de traiter des impacts moraux d’un tel pouvoir, celui qu’offre la mondialisation des marchés financiers. Comme une sorte d’effet papillon, un simple bouton peut avoir des conséquences humaines désastreuses à l’autre bout du monde.

La relative complexité technique de la série rencontre des enjeux moraux qui ne semblent pas affecter tous les personnages de la même manière. Ce mode de vie exubérant a-t-il réduit la moindre once de moralité chez ces banquiers ? Ou cette sombre histoire de suicide les mettra-t-elle sur le chemin de la rédemption ? En ça, le personnage de Patrick Dempsey est constamment sur la brèche, prenant sous son aile Massimo en mettant tout en oeuvre pour le protéger sans abattre pleinement ses cartes.

En s’inspirant de faits et personnes réels, à travers des images d’archives et de journaux télévisés, Devils veut donc insuffler de la crédibilité à son récit tout en proposant un thriller haletant à travers une intrigue à suspense plutôt prenante, et bien incarnée, qui saura combler votre manque de série financière sur le petit écran.

Devils est diffusée tous les samedis sur OCS Max (2 épisodes par soir).

Critique : La Terre et le sang De Julien Leclercq Avec Sami Bouajila, Sofia Lesaffre, Eriq Ebouaney sur Neflix

Après sa fille de 18 ans Sarah, sa scierie familiale représente toute la vie de Said. Pendant des années, il a difficilement maintenu à flot son entreprise, principalement pour ses employés, tous des anciens détenus et jeunes en réinsertion ; jusqu’au jour où l’un d’eux se sert de la scierie pour cacher une voiture bourrée de drogue. Lorsque le cartel auquel elle appartient débarque dans la scierie, Saïd et Sarah vont devoir tout faire pour la protéger. Ils ont un avantage : cette scierie c’est leur terre, ils en connaissent les moindres recoins…
Chronique : La Terre et le sang, un titre parfaitement appropriée à une œuvre granitique, décapée de certaines fioritures qui empoisonnent quelque peu le genre action. Dans sa volonté de dépouillement, le film de Julien Leclercq rappelle un peu les polars hard-boiled signés Richard Stark. On en revient à une idée d’abstraction, d’émotion brute. Chose rendue d’autant plus limpide que l’intrigue va converger vers un énorme morceau d’action dans la forêt, symbole de la nature dans sa plus parfaite bestialité. De prime abord, ça fonctionne. La mise en scène est plutôt soigneuse, éloignée des standards privilégiant le nombre de plans à la tension pure. Leclercq a l’intelligence de poser l’ambiance, de l’exalter avant de lâcher les moteurs en fin de parcours. Ce qui rend les accès de sauvagerie assez efficaces. Quoique la séquence la plus réussie selon moi est celle où la réalisation adopte le handicap de Sarah (la fille du héros), en nous faisant partager son incompréhension. D’accord, on ne peut pas dire que le film est pas très malin. C’est même plutôt limité, voire rétrograde. Je tique également sur la bande-son, parfois balourde dans les moments forts. Cela dit, La Terre et le sang a une patine grisâtre parfaitement raccord avec le récit, belle allégorie de personnages empêtrés dans une réalité sans espoir. Et les comédiens sont parfaits. En tête de file Sami Bouajila, toujours merveilleux. Et de belles révélations, parmi lesquelles la touchante Sofia Lesaffre, seul rai de lumière au milieu d’un environnement contaminé par la cendre et le violence.
Note : 5/10
La Terre et le sang : Affiche