Havana Split – Tome 2 – Tropicana de BRREMAUD (Auteur), Vic Macioci (Illustrations)

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Cuba, 1958. Lily a assumé sa part du deal : kidnapper Concepción, la pépée d’un mafieux local, afin que l’un de ses rivaux accepte de libérer son père, détective accro au jeu.

Avec Havana Split – Tome 2 : Tropicana, Frédéric Brémaud et Vic Macioci confirment tout le potentiel de leur polar cubain aussi explosif que séduisant. Ce deuxième volet accélère le tempo, densifie les enjeux et plonge ses personnages dans un engrenage de violence et de faux-semblants, sur fond de fin de régime batististe.

Nous sommes toujours à La Havane, en 1958. Lily a tenu parole : elle a kidnappé Concepción, la fille chérie d’un parrain local, espérant ainsi sauver son père, détective rongé par le jeu. En planque avec John, ancien agent de la CIA aussi charismatique qu’insaisissable, et José, acolyte aussi encombrant que dangereux, la jeune femme pense avoir une longueur d’avance. Mais la mafia ne tarde pas à répliquer. Et lorsqu’El Torturador, tueur psychopathe incontrôlable, est lâché dans les rues de la capitale, la situation bascule dans une spirale de chaos.

Le scénario de Brémaud joue habilement avec les codes du polar et du film noir : alliances fragiles, trahisons permanentes, personnages aux motivations troubles. À cela s’ajoute une toile historique finement intégrée, où les tensions politiques, la révolution castriste naissante et les luttes d’influence de la CIA nourrissent constamment le récit. Chaque camp poursuit ses propres intérêts, brouillant les frontières entre héros et salauds dans une atmosphère où personne ne semble digne de confiance.

Mais la grande force de Tropicana réside dans son ton. Loin du réalisme pesant, l’album cultive un humour décalé savamment dosé, faisant cohabiter dialogues piquants, situations absurdes et violence sèche. Ce mélange donne au récit une identité très marquée, à la fois jubilatoire et tendue, où le danger peut surgir à chaque page sans jamais étouffer le plaisir de lecture.

Graphiquement, Vic Macioci livre une prestation remarquable. Son dessin sensuel et élégant magnifie la Havane nocturne, ses néons, ses clubs enfumés, ses ruelles moites et ses silhouettes fatales. La mise en scène, très cinématographique, évoque autant le film noir américain que le pulp latino. La couleur chaude et contrastée accentue l’atmosphère poisseuse d’une ville au bord de l’implosion.

Avec ce deuxième tome, Havana Split gagne en ampleur et en ambition. L’intrigue s’épaissit, les personnages s’assombrissent et la fresque historique prend de plus en plus de poids. Un polar d’aventure stylisé, rythmé et audacieux, qui confirme la série comme l’un des divertissements les plus élégants et efficaces de la bande dessinée contemporaine.

Une suite maîtrisée, explosive et irrésistiblement addictive.

Éditeur ‏ : ‎ DUPUIS Date de publication ‏ : ‎ 23 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 80 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2808512015 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2808512015

Dina et le millimonde – Tome 1 – Le peuple du grenier de Lapuss’ (Auteur), Dalena (Illustrations)

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La jeune Dina, dont le père a mystérieusement disparu depuis un an, vit seule avec sa mère.

Avec Dina et le Millimonde – Le peuple du grenier, Lapuss’ signe une entrée en matière aussi inventive que chaleureuse dans l’univers de la bande dessinée jeunesse d’aventure. À mi-chemin entre le conte initiatique, la fantasy miniature et la comédie familiale, ce premier tome déploie un monde foisonnant d’imagination et d’émotion.

Dina, jeune héroïne vive et attachante, voit son quotidien bouleversé lors de vacances chez sa grand-mère italienne. Un matin, elle se réveille réduite à une taille minuscule : cinq millimètres à peine. La voilà projetée dans le Millimonde, un village de lilliputiens caché dans le grenier, régi par ses propres lois, ses conflits internes et ses traditions aussi farfelues que mystérieuses.

À hauteur d’enfant, mais aussi d’insecte ou de chat devenu monstre, le récit transforme le moindre objet du quotidien en terrain d’aventure. Le danger est omniprésent, mais jamais gratuit : chaque obstacle devient une étape de l’apprentissage de Dina, confrontée à la peur, à la responsabilité et au poids du secret qui entoure la disparition de son père.

Lapuss’, connu pour son sens du gag et du rythme, réussit ici un équilibre subtil entre humour et narration. Les situations comiques s’enchaînent sans jamais nuire à la progression du récit, tandis que les intrigues politiques du Millimonde, les luttes de pouvoir et l’étrange secret pâtissier apportent une profondeur inattendue à cet univers miniature.

Le dessin d’Antonello Dalena sublime l’ensemble. Son trait rond, expressif et lumineux donne vie à un monde débordant de détails, où chaque planche fourmille d’indices visuels et d’idées graphiques. L’influence du conte et de l’animation se ressent dans la lisibilité, le dynamisme et la chaleur des décors, rendant la lecture aussi immersive qu’accessible.

À travers cette aventure à taille réduite, Dina et le Millimonde aborde des thèmes universels : la perte, la transmission familiale, le courage face à l’inconnu et la capacité à grandir malgré l’absence. Un premier tome généreux, drôle et touchant, qui pose les bases d’une série prometteuse, aussi captivante pour les jeunes lecteurs que pour les adultes en quête d’évasion.

Une très belle surprise jeunesse, où l’imaginaire devient un refuge et l’aventure, une manière de se reconstruire.

Éditeur ‏ : ‎ DUPUIS Date de publication ‏ : ‎ 16 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 72 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2808512589 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2808512589

Les Chimères de Vénus T3 de Alain Ayroles (Auteur), Etienne Jung (Illustrations)

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Hélène Martin, a réussi à atteindre l’île magnétique et à y retrouver son fiancé, le poète Aurélien d’Hormont. Elle n’a à présent plus qu’une hâte : regagner la Terre avec lui. Seulement, il semblerait qu’une étrange énergie gorge l’île. Elle déraille le temps et attire irrésistiblement Aurélien…

Avec Les Chimères de Vénus – Tome 3, Alain Ayroles et Étienne Jung livrent un nouvel épisode d’une ampleur romanesque saisissante, où la science-fiction rétro flirte plus que jamais avec la tragédie amoureuse et le souffle de l’aventure feuilletonesque.

Nous sommes en 1874, sur une planète Vénus rêvée, fantasmatique, héritière directe des grands récits d’anticipation du XIXᵉ siècle. Hélène Martin a accompli l’impossible : atteindre la mystérieuse île magnétique et retrouver Aurélien d’Hormont, son fiancé poète, disparu dans les méandres de cette planète étrangère. Leur réunion, pourtant, ne marque pas la fin du périple. Elle en constitue au contraire le cœur le plus inquiétant.

Car l’île est imprégnée d’une étrange énergie, l’éthérite, capable de bouleverser les lois du monde. Le temps s’y dérègle, les perceptions se troublent, et Aurélien semble peu à peu happé par cette force invisible, comme si Vénus elle-même refusait de le laisser repartir. L’amour devient alors un combat contre l’irrationnel, contre une planète vivante qui agit telle une chimère insaisissable.

En parallèle, la tension politique atteint son paroxysme. Le sous-marin du général Mercadet, accompagné de l’ambitieux et manipulateur duc de Chouvigny, s’apprête à annexer l’île. La quête scientifique se transforme en conflit impérial, révélant la cupidité humaine face à une ressource dont la puissance dépasse toute compréhension. L’éthérite n’est plus seulement un mystère : elle devient un enjeu stratégique, capable de faire basculer l’équilibre des puissances terrestres.

Alain Ayroles poursuit ici son remarquable travail d’écriture : dialogues ciselés, ironie discrète, humanisme sous-jacent et sens aigu du rythme. Le récit entremêle avec une grande maîtrise romance, aventure, science et critique du colonialisme, dans une montée dramatique parfaitement orchestrée. Chaque personnage est tiraillé entre désir intime et ambition collective, donnant à l’ensemble une profondeur émotionnelle rare.

Le dessin d’Étienne Jung sublime cette fresque rétrofuturiste. Son trait élégant, précis et foisonnant évoque aussi bien la gravure scientifique que l’illustration vernienne. Les décors vénusiens fascinent par leur étrangeté organique, tandis que l’île magnétique semble presque douée de conscience. La mise en couleur, subtile et atmosphérique, accompagne la dérive temporelle et accentue la sensation de malaise progressif.

Avec ce troisième tome, Les Chimères de Vénus affirme pleinement son ambition : celle d’un grand récit d’aventure à l’ancienne, nourri d’une modernité thématique puissante. Derrière les dirigeables, les sous-marins et les savants barbus se dessine une réflexion vertigineuse sur le progrès, la possession et le prix à payer lorsque l’humanité prétend s’approprier l’inconnu.

Un volume dense, somptueux et envoûtant, qui fait basculer la série vers une dimension plus tragique encore — et confirme Les Chimères de Vénus comme l’une des œuvres les plus brillantes du paysage de la bande dessinée contemporaine.

Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES Date de publication ‏ : ‎ 28 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 72 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2810202427 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810202423

Gardiens de fer – Tome 01 de Christophe Alliel

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Dans un monde asservi par les machines, un garçon et son chien pourraient bien rallumer l’étincelle de la révolte.

el réussit un équilibre subtil entre récit d’apprentissage, science-fiction post-apocalyptique et aventure populaire. La relation entre le garçon et son chien donne au récit une dimension affective forte, renforcée par un enjeu bouleversant lorsque Dumpling est grièvement blessé. Le choix de Soni — vendre son mécha pour sauver son compagnon — déclenche une spirale dramatique qui l’entraîne dans les bas-fonds d’une cité corrompue, entre gangs violents et arènes clandestines.

L’introduction du tournoi First Strike, où humains et Phantoms s’affrontent dans des combats de méchas titanesques, injecte une énergie spectaculaire au récit. Mais au-delà du pur divertissement, l’album interroge la domination, la propagande et la mémoire de la guerre. Derrière les affrontements d’acier se cache une question essentielle : que reste-t-il de l’humanité quand elle n’a plus le droit de choisir ?

Graphiquement, l’album impressionne par la lisibilité de l’action, la puissance des machines et la finesse accordée aux expressions des personnages. Les décors industriels, les carcasses de robots et les cités verticales composent un monde crédible, oppressant, parfaitement cohérent. Les scènes de combat, dynamiques et spectaculaires, n’éclipsent jamais la narration ni l’émotion.

Avec ce premier tome, Gardiens de fer s’inscrit dans la grande tradition de la SF d’aventure tout en affirmant une identité propre. Entre hommage assumé aux récits de méchas et regard sensible sur la survie et la loyauté, Christophe Alliel propose un album généreux, rythmé et déjà chargé de promesses.

Un lancement solide et captivant, qui donne envie de suivre Soni et Dumpling jusqu’au bout de cette révolte naissante — là où l’acier pourrait bien finir par céder face au courage.

  • Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD
  • Date de publication ‏ : ‎ 2 janvier 2026
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2344067132
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344067130

Mickey et le roi des pirates de Joris Chamblain (Scenario), Dav (Dessins)

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Entre Dickens et Pirates des Caraïbes !

Avec Mickey et le roi des pirates, Joris Chamblain et Dav livrent une relecture ambitieuse et résolument romanesque de l’univers Disney, mêlant aventure, mystère et souffle épique dans un album à la croisée de Dickens, du récit maritime et du conte fantastique.

L’intrigue s’ouvre dans un Londres de 1850 magnifiquement recréé, noyé de brume, de docks grouillants et de quartiers industriels menacés par l’effondrement économique. La disparition du légendaire sou-fétiche de Picsou ne provoque pas seulement la ruine du plus riche canard du monde : elle déséquilibre toute la ville, plongeant usines et habitants dans le chaos. Picsou, lui-même méconnaissable, dilapide sa fortune comme s’il avait perdu toute raison.

Face à cette catastrophe inexplicable, Mickey endosse le rôle d’un jeune reporter déterminé, animé par un sens aigu de la justice. Accompagné de Pluto, il se lance dans une enquête qui dépasse rapidement le simple vol pour révéler une toile de complots, de légendes oubliées et de pirates surgis du passé. Sur sa route se greffent Dingo, embarqué dans une mission mystérieuse outre-Atlantique, et Donald, fuyant un héritage dont il pressent le danger. Peu à peu, leurs destins s’entrelacent autour d’un secret ancien, bien plus vaste qu’ils ne l’imaginaient.

Le scénario de Joris Chamblain impressionne par sa construction dense mais limpide, alternant enquête, humour, action et révélations successives. Les personnages Disney sont respectés dans leur essence tout en gagnant une profondeur nouvelle : Mickey devient un véritable héros d’aventure, Donald un héritier tourmenté, Dingo un compagnon aussi imprévisible qu’essentiel. L’ensemble évoque les grands romans-feuilletons du XIXe siècle, avec un sens du rythme et du suspense particulièrement maîtrisé.

Graphiquement, Dav signe un travail remarquable. Son trait expressif s’adapte parfaitement à l’ambiance sombre et fantastique du récit. Les décors — docks londoniens, clubs de milliardaires, tavernes des Açores — regorgent de détails et plongent le lecteur dans une atmosphère riche, presque cinématographique. Les jeux d’ombres, la dynamique des scènes d’action et la lisibilité des planches renforcent l’immersion.

À travers cette aventure haletante, l’album interroge subtilement la notion de richesse, de pouvoir et de responsabilité. Un simple sou peut-il réellement décider du destin d’un homme… ou du monde entier ? Entre trahisons, révélations et légendes maritimes, la course contre la montre devient aussi une quête morale.

À la fois hommage à l’univers Disney et récit d’aventure mature, Mickey et le roi des pirates s’impose comme une réussite majeure de la collection. Un album généreux, sombre juste ce qu’il faut, accessible à tous les publics mais suffisamment riche pour séduire les lecteurs adultes. Une aventure palpitante qui prouve que Mickey peut, lui aussi, voguer vers des territoires narratifs audacieux sans jamais perdre son âme.

  • Éditeur ‏ : ‎ Glénat Disney
  • Date de publication ‏ : ‎ 2 janvier 2026
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 80 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2344051112
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344051115

La Nouvelle Cheffe de clan – tome 6 de Roah Kim (Auteur), Mon (Auteur), Antstudio (Auteur)

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Une jeune femme décide de changer son destin et devient cheffe de famille.

e course contre la montre, rythmée par l’urgence médicale, les pressions politiques et les manœuvres en coulisses. Chaque décision compte, chaque retard peut être fatal. Astira n’est plus seulement une héritière brillante : elle s’impose comme une cheffe en devenir, capable de prendre des risques, d’assumer ses choix et de porter sur ses épaules la vie des autres.

La relation avec Perez gagne ici en profondeur. Leur alliance, faite de respect, de confiance et de non-dits, apporte une dimension humaine bienvenue au récit. Leurs échanges, souvent sobres mais chargés de sens, renforcent l’émotion et donnent toute sa densité au combat qu’ils mènent ensemble.

Graphiquement, Antstudio continue d’impressionner par la clarté de la mise en scène et l’élégance des décors. Les visages, expressifs, traduisent avec finesse la pression, la fatigue et la détermination qui traversent les personnages. Les scènes de laboratoire comme celles de confrontation politique bénéficient d’un découpage fluide, renforçant la sensation d’urgence permanente.

Ce sixième tome marque ainsi une étape essentielle dans la série : le pouvoir ne se conquiert plus seulement par l’intelligence ou l’anticipation, mais par le courage de choisir, même lorsque tout peut s’effondrer. Entre drame familial, stratégie de clan et montée en puissance d’une héroïne déterminée à réécrire son destin, La Nouvelle Cheffe de clan confirme son statut de référence du webtoon de fantasy politique.

  • Éditeur ‏ : ‎ Kotoon
  • Date de publication ‏ : ‎ 22 janvier 2026
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 272 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2494102944
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2494102941

Les Cités obscures – La Théorie du grain de sable: Intégrale de BENOIT PEETERS / FRANCOIS SCHUITEN

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Brüsel, 21 juillet 784. Constant Abeels répertorie avec patience les pierres qui se matérialisent mystérieusement dans les différentes pièces de son appartement.

Avec La Théorie du grain de sable – Intégrale, Benoît Peeters et François Schuiten livrent l’un des chapitres les plus vertigineux et fascinants de la mythique série Les Cités obscures. Œuvre à part dans ce cycle majeur de la bande dessinée européenne, cet album concentre tout ce qui fait la singularité et la puissance de cet univers : une rigueur quasi scientifique, une poésie métaphysique troublante et une réflexion profonde sur l’équilibre du monde.

À Brüsel, cité rationnelle par excellence, de minuscules anomalies surgissent : des pierres identiques apparaissent dans des appartements, du sable s’accumule inexorablement, des corps perdent du poids sans s’altérer. Des phénomènes infimes, presque absurdes, mais dont la répétition vient fissurer la logique même de la ville. Comme souvent chez Peeters et Schuiten, l’étrangeté s’infiltre par le détail, jusqu’à provoquer un effondrement global des certitudes.

L’enquête menée par Mary Von Rathen, figure emblématique de la saga, agit comme un fil conducteur entre science, politique et mysticisme. La quête rationnelle se heurte à l’inexplicable, tandis que les fondations idéologiques de Brüsel — cité du contrôle, de la norme et de la planification — vacillent face à l’irruption du chaos. À travers le personnage énigmatique de Gholam Mortiza Khan, c’est la confrontation entre cultures, croyances et visions du monde qui se joue.

Graphiquement, François Schuiten atteint ici des sommets. Son dessin monumental, d’une précision architecturale saisissante, transforme Brüsel en un organisme vivant, oppressant et fragile à la fois. Chaque planche est un tableau, chaque façade, chaque intérieur raconte la démesure d’une ville qui croyait maîtriser son destin. La mise en page, le noir et blanc nuancé et les perspectives vertigineuses renforcent la sensation d’un monde sur le point de basculer.

Cette édition intégrale permet d’apprécier toute la cohérence et la profondeur de ce récit majeur, où la science-fiction se mêle à la philosophie, à la politique et à l’onirisme. La Théorie du grain de sable n’est pas seulement une enquête fantastique : c’est une méditation sur la fragilité de nos systèmes, sur l’illusion du contrôle et sur la façon dont une simple anomalie peut révéler la faillite d’un monde entier.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 21 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 128 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203300000 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203300002

Les Sept Rejetons du dragon de RYOKO KUI

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Un nid de dragons apporte une trêve longtemps espérée, un jeune loup-garou peine à communiquer, un peintre sans-le-sou est bien décidé à faire vivre ses créations, mais dans tout ce remue-ménage, quelle place pour les sirènes ?

Les Sept Rejetons du dragon marque un nouveau retour éclatant de Ryoko Kui, autrice devenue incontournable de la fantasy contemporaine grâce à son imagination foisonnante et à son sens unique du décalage. Après L’École des dragons sur la montagne et Le Terrarium dans mon tiroir, elle poursuit son exploration d’univers parallèles avec ce troisième recueil, composé de sept histoires courtes indépendantes, toutes reliées par un même goût pour la magie du quotidien et l’humanité des créatures fantastiques.

Dragons, loups-garous, sirènes, peintres fauchés ou royaumes en quête de paix : chaque récit installe en quelques pages un monde crédible, drôle et souvent touchant. Ryoko Kui excelle dans l’art de suggérer des univers immenses à partir de situations simples, parfois absurdes, toujours profondément humaines. Derrière les dragons et les sortilèges, ce sont surtout des histoires de communication, de coexistence, de création artistique et de solitude qui se dessinent.

Son écriture se distingue par une fantasy intimiste, loin des grandes batailles épiques. L’autrice préfère les instants suspendus, les malentendus, les détails du quotidien et les relations entre individus — humains ou non. L’humour, omniprésent, n’empêche jamais la mélancolie de s’infiltrer subtilement, donnant à l’ensemble une tonalité douce-amère particulièrement séduisante.

Graphiquement, le trait de Ryoko Kui reste immédiatement reconnaissable : expressif, chaleureux, faussement simple mais d’une précision redoutable. Les créatures sont inventives, les décors vivants, et chaque planche respire la générosité visuelle. On retrouve ce sens rare du rythme et du regard, capable de faire exister une émotion en quelques cases.

Avec Les Sept Rejetons du dragon, Ryoko Kui confirme son talent exceptionnel de conteuse. Un recueil lumineux, drôle et profondément inventif, qui démontre une fois encore que la fantasy peut être à la fois magique, accessible et bouleversante — un véritable bijou pour les amateurs d’imaginaire comme pour les lecteurs curieux de récits hors normes.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 21 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 272 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203293780 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203293786 Poids de l’article ‏ : ‎ 286 g

Le Chemin derrière la maison de Jérémie Gasparutto

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Jérémie Gasparutto offre avec cet album une pérégrination hallucinée au fil de ses pensées.

Le Chemin derrière la maison de Jérémie Gasparutto est une œuvre singulière, profondément sensorielle, qui se lit comme une traversée intérieure autant que comme un voyage à travers les paysages du monde. L’auteur y déploie une pérégrination hallucinée, portée par le fil libre de la pensée, où chaque page semble surgir d’un souffle, d’un souvenir ou d’une émotion. Des plages ouvertes aux forêts profondes, des tempêtes aux naufrages, des courses effrénées aux silences apaisants, le récit avance sans frontières nettes, suivant le mouvement même de la vie.

L’album se distingue par une narration presque instinctive, qui refuse les cadres classiques pour privilégier l’expérience. Le lecteur est invité à se laisser guider, à accepter de perdre ses repères pour mieux entrer dans l’imaginaire foisonnant de Gasparutto. Les générations se croisent, la nature devient mémoire, et le monde se transforme en terrain de jeu poétique où le réel dialogue constamment avec le rêve.

Graphiquement, l’ouvrage impressionne par sa richesse et son énergie. Les planches débordent de détails, de couleurs et de textures, oscillant entre explosion visuelle et délicatesse contemplative. Chaque image semble animée d’un mouvement propre, comme si le dessin respirait au même rythme que les pensées de l’auteur.

À la fois étonnant, parfois déroutant, mais toujours habité, Le Chemin derrière la maison est un livre qui ne se contente pas de se regarder : il se ressent. Un hommage vibrant à la vie, au temps qui passe et à la puissance de l’imaginaire, qui invite à ralentir, à rêver et à renouer avec ce chemin intime que chacun porte en soi.

Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES Date de publication ‏ : ‎ 21 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 152 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2810205469 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810205462

Le Serment de Mathieu Gabella (Avec la contribution de), Mathieu Mariolle (Avec la contribution de), Mikaël Bourgouin (Dessins)

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Et si soigner, c’était dominer ?

Avec Le Serment, Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle livrent un thriller fantastique d’une redoutable efficacité, où la médecine devient un instrument de pouvoir, et le serment d’Hippocrate un champ de bataille moral. Porté par le dessin âpre et nocturne de Mikaël Bourgouin, l’album plonge le lecteur dans un huis clos aussi clinique qu’angoissant, à la frontière du polar urbain et du récit de science-fiction.

Alexandre, ancien médecin radié de l’Ordre, exerce désormais dans l’ombre. Il soigne ceux que personne ne veut voir : braqueurs blessés, criminels en fuite, trafiquants à l’agonie. Dans ce monde souterrain, il n’est plus un homme, mais une fonction : « le Docteur ». Anonyme, méthodique, protégé par des protocoles stricts, il a compris une vérité dérangeante — celui qui soigne détient un pouvoir absolu sur celui qui souffre.

Ce fragile équilibre vole en éclats lorsqu’un inconnu s’introduit sans difficulté dans son sanctuaire médical. Zacharie affirme être victime d’une morsure vampirique et prévient : à la tombée de la nuit, il se transformera. Alexandre dispose d’une seule journée pour empêcher l’inévitable.

Ce point de départ, volontairement spectaculaire, sert de déclencheur à un récit bien plus profond qu’un simple thriller surnaturel. Très vite, Le Serment délaisse le folklore vampirique pour s’aventurer sur un terrain bien plus troublant : celui de la manipulation du vivant, de la mutation génétique et du vertige scientifique. Les analyses médicales révèlent des anomalies crédibles, inquiétantes, presque plausibles. Le fantastique se teinte alors d’un réalisme glaçant.

L’un des grands succès de l’album réside dans son questionnement éthique. Alexandre n’est pas un héros traditionnel. Cynique, pragmatique, parfois glaçant, il assume pleinement son rapport de domination sur ses patients. Le soin n’est plus altruiste : il devient une monnaie d’échange, un moyen de contrôle, parfois même une arme. En posant une question simple — soigner, est-ce sauver ou posséder ? — le récit ouvre un vertigineux débat moral.

La narration, tendue et parfaitement rythmée, exploite à merveille le huis clos. Les heures s’égrènent, la nuit approche, et chaque décision prise par Alexandre repousse un peu plus la frontière entre médecine et transgression. Les dialogues sont précis, souvent acérés, et la tension ne faiblit jamais.

Graphiquement, Mikaël Bourgouin livre un travail d’une grande cohérence. Son trait réaliste, presque brut, s’appuie sur des jeux d’ombres marqués, une palette sombre et une mise en scène très cinématographique. Les corps, les visages et les lieux transpirent la fatigue, la peur et la violence contenue. Le lecteur est enfermé dans ce laboratoire clandestin comme dans une salle d’opération sans issue.

Mais Le Serment ne se contente pas d’un suspense efficace. À mesure que l’intrigue progresse, les auteurs déploient une dimension historique et politique inattendue, interrogeant l’évolution de la médecine, ses dérives potentielles et la tentation de dépasser l’humain au nom du progrès. Le vampire devient alors moins un monstre qu’un symptôme.

Thriller nerveux, récit fantastique intelligent et réflexion philosophique sur la science et le pouvoir, Le Serment impressionne par son ambition maîtrisée. Rarement la bande dessinée de genre aura su conjuguer aussi efficacement tension narrative, profondeur thématique et impact visuel

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 2 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 136 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 234404521X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344045213