La Chanson de Lala T1 de Sui Kohno

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Le Clan de la mémoire a pour mission de recueillir les souvenirs des humains décédés et de les accompagner vers l’au-delà au travers de rituels chantés.

Avec La Chanson de Lala – Tome 1, Sui Kohno propose une œuvre singulière et profondément mélancolique, à la croisée du fantastique, du thriller et du récit initiatique. Dès les premières pages, le manga installe une atmosphère feutrée, presque suspendue, où la mort n’est ni brutale ni spectaculaire, mais intime, ritualisée, chargée de mémoire et d’émotion.

Le concept du Clan de la mémoire, chargé d’accompagner les âmes des défunts par le chant, est d’une grande richesse symbolique. Le chant devient ici un acte sacré, un passage entre les mondes, mais aussi un outil de contrôle, régi par des règles strictes que nul ne doit remettre en question. C’est précisément dans cette tension que s’inscrit Lala, héroïne curieuse et sensible, dont le regard neuf fissure peu à peu l’ordre établi. Face à sa sœur Aridela, figure déjà intégrée au système, Lala incarne le doute, la désobéissance et le désir de comprendre ce qui se cache derrière les traditions.

Narrativement, le manga avance avec retenue, préférant la suggestion à l’explication frontale. Les révélations autour du clan des Kalm et de la véritable nature de la mort s’insinuent progressivement, créant un suspense discret mais constant. Cette lente montée en tension renforce l’impact émotionnel et donne au récit une profondeur rare, où chaque souvenir collecté semble résonner avec les interrogations existentielles de l’héroïne.

Graphiquement, le trait de Sui Kohno accompagne parfaitement le propos : délicat, épuré, parfois presque fragile. Les visages expriment beaucoup avec peu, les silences pèsent autant que les dialogues, et les scènes rituelles dégagent une beauté sombre, presque hypnotique. Le travail sur la lumière et les regards accentue ce sentiment d’entre-deux, de frontière floue entre la vie et la mort.

La Chanson de Lala s’impose ainsi comme un premier tome remarquable, aussi introspectif que captivant. Un manga qui interroge notre rapport à la mémoire, à la perte et à l’humanité, tout en posant les bases d’un univers original et profondément émouvant. Une œuvre à part, qui séduira les lecteurs en quête de récits sensibles, mystérieux et chargés de sens.

  • Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES
  • Date de publication ‏ : ‎ 7 janvier 2026
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 228 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2810208603
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810208609

Arsène et la sorcière de Michaël Escoffier (Auteur), Clotilde Perrin (Illustrations)

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En ce premier jour de neige, Arsène et Bartoli sont d’humeur querelleuse.

Avec Arsène et la sorcière, Michaël Escoffier signe un récit d’hiver à la fois tendre et inquiétant, magnifiquement porté par les illustrations foisonnantes de Clotilde Perrin. Derrière une simple querelle fraternelle se cache une véritable aventure initiatique, où la colère laisse place à l’inquiétude, puis à la solidarité. Le froid, la neige et la forêt deviennent des territoires d’émotions, peuplés de mystère et de dangers feutrés, où l’imaginaire enfantin se déploie pleinement.

Le texte, à hauteur d’enfant, explore avec finesse les thèmes de la dispute, de la séparation et du regret, sans jamais alourdir le propos. Les images, riches en détails et en atmosphères, prolongent le récit en installant une tension douce, presque magique. Ensemble, texte et illustrations composent un album sensible, parfait pour aborder la fratrie, la peur de perdre l’autre et la force du lien familial, tout en offrant une véritable expérience visuelle.

  • Éditeur ‏ : ‎ KALEIDOSCOPE
  • Date de publication ‏ : ‎ 7 janvier 2026
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 104 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2378883072
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2378883072

La Grande Histoire de Picsou – Tome 01 de Don Rosa (Auteur)

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L’œuvre de Don Rosa dans un nouveau format !

Avec La Grande Histoire de Picsou, Don Rosa signe bien plus qu’une simple série d’aventures : il bâtit une véritable mythologie autour de l’un des personnages les plus emblématiques de l’univers Disney. Ce premier tome pose les fondations d’un récit ample et ambitieux, retraçant la jeunesse de Balthazar Picsou et donnant enfin une profondeur historique, émotionnelle et psychologique à un personnage souvent réduit à sa légendaire avarice.

Héritier direct de l’œuvre de Carl Barks, Don Rosa ne se contente pas de rendre hommage : il prolonge, éclaire et structure un univers foisonnant, en reliant entre elles des décennies d’histoires. Chaque épisode s’inscrit dans une continuité rigoureuse, nourrie par une érudition impressionnante et un profond respect du matériau original. Picsou y apparaît tour à tour aventurier, migrant, bâtisseur, parfois dur, souvent obstiné, mais toujours animé par une volonté farouche de s’élever par son travail.

Graphiquement, le trait dense et expressif de Don Rosa regorge de détails, de gags visuels et de références cachées qui enrichissent la lecture à plusieurs niveaux. Son dessin, plus anguleux que celui de Barks, apporte une énergie particulière aux scènes d’action comme aux moments plus intimes, renforçant la dimension épique et parfois mélancolique du récit.

Ce premier volume impose ainsi La Grande Histoire de Picsou comme une œuvre fondatrice, capable de séduire aussi bien les lecteurs de longue date que ceux qui découvrent le personnage. À la croisée du récit d’aventure, de la fresque familiale et du conte moderne sur l’ambition et le prix du succès, Don Rosa offre à Picsou une profondeur rarement atteinte dans la bande dessinée grand public. Un classique incontournable, enfin présenté dans un format à la hauteur de son importance.

  • Éditeur ‏ : ‎ Glénat Disney
  • Date de publication ‏ : ‎ 3 décembre 2025
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 208 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2344072578
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344072578

Les Fleurs du mal (Ledroit) de Olivier Ledroit (Auteur), Charles Baudelaire (Auteur original)

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Au-delà des mots, une rencontre picturale et sensorielle avec Charles Baudelaire

Olivier Ledroit ne se contente pas d’illustrer Les Fleurs du mal : il en propose une véritable réincarnation visuelle. Loin de l’exercice académique ou décoratif, l’artiste s’immerge dans l’univers mental de Charles Baudelaire pour en restituer la fièvre, les obsessions et la sensualité trouble. Chaque image semble naître d’un même vertige que celui du poète, entre spleen urbain, fascination pour la beauté et attirance pour la chute.

Le livre se présente comme un objet d’art à part entière. Le grand format à l’italienne permet à Ledroit de déployer toute la richesse de son trait, d’une précision presque baroque. Femmes fatales, corps languissants, visages hallucinés, monuments parisiens et symboles macabres s’entrelacent dans des compositions foisonnantes, où l’érotisme côtoie la mort avec une grâce vénéneuse. La couleur, tantôt éclatante, tantôt assombrie par des teintes sépulcrales, accompagne les variations émotionnelles du texte baudelairien.

Ce qui frappe surtout, c’est la cohérence entre le fond et la forme. Ledroit ne cherche pas à illustrer chaque poème de manière littérale, mais à recréer l’atmosphère culturelle, artistique et spirituelle dans laquelle Baudelaire a plongé. Paris devient un théâtre fantasmé, les figures féminines incarnent tour à tour l’idéal inaccessible, la tentation et la damnation, tandis que les motifs récurrents — chats, crânes, visions oniriques — agissent comme des échos visuels aux thèmes majeurs de l’œuvre.

Cette adaptation est aussi une rencontre entre deux artistes séparés par un siècle et demi mais unis par une même sensibilité : le goût de l’excès, la recherche d’une beauté absolue et la lucidité cruelle sur la condition humaine. Les Fleurs du mal version Ledroit n’est ni une bande dessinée classique ni un simple livre illustré : c’est une expérience sensorielle, presque immersive, qui invite le lecteur à redécouvrir Baudelaire à travers un prisme résolument contemporain.

Un ouvrage somptueux, exigeant et envoûtant, destiné autant aux amateurs de bande dessinée qu’aux passionnés de poésie et d’art, et qui confirme Olivier Ledroit comme l’un des grands passeurs visuels de l’imaginaire littéraire.

  • Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD
  • Date de publication ‏ : ‎ 19 novembre 2025
  • Édition ‏ : ‎ Illustrated
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 248 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2344066780
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344066782
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 2,49 Kilograms
  • Âge de lecture ‏ : ‎ Dès 16 ans

Le vent noir de Serge Brussolo

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Le pays du Temps ? C’est là qu’on fabrique les minutes, les heures, les années.

Serge Brussolo livre avec Le Vent noir un roman d’une puissance imaginaire rare, où le fantastique se mêle à une angoisse presque métaphysique. Fidèle à son art du dérèglement et des mondes impossibles, l’auteur transforme ici le Temps lui-même en matière narrative, fragile, instable et profondément menaçante.

Le récit s’appuie sur une idée vertigineuse : le Temps ne serait pas une abstraction, mais une substance tangible, fabriquée quelque part, conservée dans un sablier gigantesque aujourd’hui brisé. Dès lors, le sable du Temps se répand, se disperse, provoquant des phénomènes inquiétants et incontrôlables. Brussolo joue avec cette hypothèse comme avec une bombe conceptuelle, laissant le lecteur mesurer peu à peu les conséquences d’un monde où les repères temporels vacillent.

L’écriture, dense et sensorielle, installe une atmosphère oppressante, presque suffocante. Le Vent noir devient une entité à part entière, à la fois rumeur, mythe et menace réelle. Comme souvent chez Brussolo, la frontière entre légende et réalité se brouille, et ce qui semblait n’être qu’un conte pour enfants révèle une vérité bien plus sombre. Le roman ne cherche pas à rassurer : il cultive l’inquiétude, l’étrangeté, et une forme de fatalisme fascinant.

Au-delà de son intrigue, Le Vent noir interroge notre rapport au temps, à la mémoire et à la peur de l’effacement. Que reste-t-il de l’humanité lorsque le temps se dérègle ? Peut-on survivre dans un monde où le passé, le présent et l’avenir se mélangent sous l’effet d’une tempête invisible ? Brussolo ne donne pas de réponses simples, préférant confronter le lecteur à un imaginaire dérangeant, presque cruel.

Roman sombre, poétique et profondément original, Le Vent noir s’inscrit parmi les œuvres les plus marquantes de Serge Brussolo. Une lecture troublante, qui confirme son talent unique pour transformer une idée abstraite en cauchemar littéraire, et pour faire du fantastique un miroir anxieux de nos propres peurs.

ASIN ‏ : ‎ B0DQGSN63S Éditeur ‏ : ‎ H&O

Loumi T01 L’Odyssée du poisson pané par Guillaume Meurice ; Loic Senan ; Cyril Jegou

Achat : Loumi T01 L’Odyssée du poisson pané par Guillaume Meurice ; Loic Senan ; Cyril Jegou

Mais qu’y a-t-il dans le poisson pané servi à Loumi par son tonton Marco ? Elle décide d’enquêter, envers et contre tous, auprès de pêcheurs désemparés, d’activistes déterminés et de lobbyistes retors… Une nouvelle héroïne en colère contre le monde tel qu’il est, dans une série d’humour documentaire.

Dans Loumi – L’Odyssée du poisson pané, Guillaume Meurice, Loïc Sénéan et Cyril Jégou inventent une forme aussi réjouissante qu’intelligente : la bande dessinée d’enquête politico-alimentaire, menée tambour battant par une héroïne jeune, lucide et furieusement déterminée.

Tout part d’un détail du quotidien, presque anodin : un poisson pané servi par le tonton Marco. Mais derrière cette panure dorée se cache un monde opaque, fait de surpêche, d’industries prédatrices, de discours rassurants et de silences organisés. Loumi décide de comprendre ce qu’elle mange — et, ce faisant, de questionner un système entier. L’album épouse alors les codes du reportage : rencontres avec des pêcheurs démunis, activistes engagés, experts alarmants et lobbyistes à la rhétorique bien huilée.

Le scénario de Guillaume Meurice fait mouche par sa capacité à mêler humour mordant et information rigoureuse, sans jamais tomber dans le didactisme pesant. Le rire devient une arme critique, un outil de dévoilement. Le dessin, vif et expressif, accompagne parfaitement cette dynamique : clair, lisible, souvent ironique, il donne chair aux débats et rend accessibles des enjeux complexes.

Mais Loumi ne se contente pas d’informer. L’album capte une colère générationnelle, celle d’une jeunesse qui refuse l’héritage empoisonné qu’on lui prépare et qui réclame des comptes. Loumi n’est pas une héroïne idéale : elle doute, s’emporte, se heurte aux murs du réel. Et c’est précisément ce qui la rend si actuelle et attachante.

Avec ce premier tome, la série pose les bases d’un projet ambitieux : faire de la BD un espace de réflexion politique populaire, drôle et percutant. L’Odyssée du poisson pané est à la fois une lecture divertissante et un salutaire électrochoc, qui donne envie de rire, de comprendre… et surtout de ne plus avaler n’importe quoi sans poser de questions.

Éditeur ‏ : ‎ Delcourt Date de publication ‏ : ‎ 22 octobre 2025 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2413091106 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2413091103

The Mysterious Gentleman par Maelle Poe

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Et si le plus grand danger n’était pas ce qu’elle a vu… mais ce qu’elle a oublié ?

Avec The Mysterious Gentleman, Maelle Poe signe un roman à la croisée du thriller psychologique, de la romance sombre et du roman d’héritiers, où la mémoire, le traumatisme et l’attraction deviennent des moteurs narratifs puissants.

Le récit s’ouvre sur un choc fondateur : le regard d’une adolescente confrontée à un meurtre lors d’un gala new-yorkais, dans un univers de luxe et de pouvoir où tout semble lisse — jusqu’à ce que le sang coule. Ce prologue, tendu et visuel, installe immédiatement les thèmes centraux du roman : le silence imposé, la manipulation, et les cicatrices invisibles laissées par la violence. Sept ans plus tard, Charlize est devenue Pauline, une femme en fuite permanente, vivant sous une identité reconstruite mais jamais apaisée. L’autrice dépeint avec justesse cette existence fragmentée, marquée par l’obsession de la vérité et la peur d’être reconnue.

Le retour dans le cercle fermé de la jeunesse dorée new-yorkaise est l’un des grands atouts du livre. Maelle Poe excelle à décrire ce monde d’apparences, de privilèges et de faux-semblants, où chaque sourire peut cacher une menace. L’arrivée d’Aleksander Marek Junior, figure centrale du récit, fait basculer l’histoire dans une tension plus intime. Personnage ambigu, à la fois glaçant et magnétique, il incarne parfaitement cette frontière trouble entre danger et attirance. La relation qui se noue entre lui et Charlize repose sur une alchimie maîtrisée, nourrie de non-dits, de souvenirs refoulés et d’un pacte moral instable.

L’écriture, fluide et immersive, privilégie une progression psychologique plus qu’un simple enchaînement de rebondissements. Le suspense se construit dans les silences, les regards, les fragments de mémoire qui émergent peu à peu. Le roman interroge ainsi la fiabilité des souvenirs et la façon dont le traumatisme peut altérer la perception du réel. L’enquête devient autant intérieure qu’extérieure, renforçant l’impact émotionnel du récit.

Sans jamais céder à la facilité, The Mysterious Gentleman explore la question du choix : jusqu’où est-on prêt à aller pour connaître la vérité, et que risque-t-on de perdre en la découvrant ? Entre romance électrique, tension psychologique et critique feutrée des élites, Maelle Poe livre un roman efficace et élégant, qui séduira autant les amateurs de romantic suspense que les lecteurs en quête d’histoires sombres et émotionnellement chargées.

Un livre qui confirme une voix prometteuse, capable de conjuguer intrigue, profondeur psychologique et intensité romanesque.

Éditeur ‏ : ‎ Hachette Lab Date de publication ‏ : ‎ 21 janvier 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 512 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2017335398 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2017335399

La Gardienne par Sonja Delzongle

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Dans ce qui devait être leur havre de paix, le danger guette…

Dans La Gardienne, Sonja Delzongle installe une tension sourde et implacable au cœur d’un décor en apparence protecteur. La forêt du Morvan, le lac sombre, la maison de bois : tout concourt à créer l’illusion d’un refuge, d’un retour à une forme de pureté originelle. Mais très vite, le roman démonte cette promesse pour révéler un huis clos inquiétant, où la nature ne protège pas, elle enferme.

L’autrice explore avec finesse les mécanismes de l’isolement familial, nourri ici par la peur du monde extérieur. Le père Olsen, figure autoritaire et ambiguë, impose sa vision de la sécurité au nom de l’amour et de la survie. En cherchant à soustraire ses filles à la violence sociale, il les place sous une emprise plus insidieuse encore, où les règles se durcissent et les libertés s’effacent. Cette tension entre protection et domination constitue l’un des axes les plus puissants du roman.

Le personnage de Rune, élevée comme un garçon après une agression traumatisante, incarne à lui seul les contradictions de cette fuite en avant. Delzongle interroge avec justesse la construction de l’identité, la violence faite aux corps et aux rôles imposés, sans jamais tomber dans le didactisme. Les points de vue, subtilement travaillés, donnent au récit une densité psychologique remarquable, où chaque silence devient suspect, chaque geste lourd de sens.

Maîtrisant parfaitement les codes du thriller psychologique, Sonja Delzongle distille une angoisse progressive, presque organique. Le danger n’est jamais frontal ; il se glisse dans le quotidien, dans la routine, dans les non-dits. La Gardienne s’impose ainsi comme un roman tendu et profondément dérangeant, qui questionne la frontière fragile entre protection et enfermement, et rappelle que les pires menaces ne viennent pas toujours de l’extérieur.

Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions Date de publication ‏ : ‎ 5 février 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 432 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2265159220 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265159228

Altermonde de Harry Bozino (Avec la contribution de), Paolo Antiga (Dessins)

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2112. La Terre est ravagée par le réchauffement climatique. Seuls quelques privilégiés vivent encore décemment, abrités derrière un Mur qui les sépare des migrations de masse et des conditions extrêmes du Sud…

Altermonde s’inscrit dans la grande tradition des récits d’anticipation post-apocalyptiques tout en y injectant une dimension profondément humaine. Situé en 2112, l’album décrit un monde ravagé par le dérèglement climatique, où une élite a cru pouvoir se protéger derrière les murs d’une Cité fortifiée, laissant le reste de l’humanité survivre dans la précarité. Lorsque cette illusion de sécurité s’effondre brutalement, le récit bascule et révèle toute la fragilité de ce système fondé sur l’exclusion.

Harry Bozino construit un scénario sobre et efficace, qui évite le sensationnalisme pour se concentrer sur l’essentiel : la fuite, la survie et la remise en question morale. Le cœur du récit repose sur la relation entre un père et sa fille, contraints de quitter leur monde privilégié pour affronter la réalité qu’ils avaient jusque-là ignorée. Ce duo fonctionne comme un puissant moteur émotionnel, incarnant à la fois la culpabilité d’un ancien confort et l’espoir ténu d’une reconstruction possible.

Le dessin de Paolo Antiga renforce cette tension permanente. Son trait précis et expressif donne corps à des paysages dévastés, faits de cendres, de ruines et d’horizons brûlés, tout en accordant une grande attention aux visages et aux silences. La mise en scène, souvent contemplative, laisse respirer le récit et accentue le contraste entre la grandeur déchue de la Cité et la dureté du monde extérieur.

Au-delà de son intrigue, Altermonde interroge frontalement notre présent. Il questionne les notions de responsabilité collective, d’inégalités sociales et de choix politiques face à la crise climatique. Sans jamais tomber dans le discours didactique, l’album agit comme un miroir sombre mais lucide de nos sociétés contemporaines.

Œuvre engagée et maîtrisée, Altermonde est une bande dessinée de science-fiction intelligente et poignante, qui conjugue réflexion, émotion et puissance visuelle. Un récit d’anticipation qui marque durablement par sa résonance actuelle et son humanité.

Éditeur ‏ : ‎ Les Humanoïdes Associés Date de publication ‏ : ‎ 7 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 104 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2731626836 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2731626834

Nos femmes sous la mer de Julia Armfield

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Après une mission dans un sous-marin Leah revient étrangement changée. Un roman d’amour et de mystères au succès viral.

Julia Armfield signe avec Nos femmes sous la mer un roman d’une rare puissance émotionnelle, à la croisée du récit intime, du fantastique diffus et de la science-fiction psychologique. Sous ses allures de huis clos domestique, le livre déploie une tension sourde et persistante, nourrie par l’incommunicabilité, la transformation des corps et la peur de perdre l’autre sans pouvoir le nommer.

Le récit s’ouvre sur un retour : celui de Leah, biologiste marine, après une mission prolongée dans un sous-marin. Elle rentre vivante, mais profondément altérée. Face à elle, Miri, son épouse, tente de reconnaître la femme qu’elle aime, tout en affrontant une évidence glaçante : quelque chose est resté là-bas, sous l’eau, ou quelque chose en est revenu. Julia Armfield construit cette inquiétude par petites touches, dans une écriture précise, sensorielle, presque clinique, qui refuse les effets spectaculaires pour mieux installer un malaise durable.

L’un des grands atouts du roman réside dans sa structure alternée, qui entremêle le présent de Miri, marqué par l’attente, l’épuisement et l’amour obstiné, et le passé de Leah, enfermé dans les profondeurs métalliques du sous-marin. Cette double temporalité permet d’explorer à la fois l’expérience extrême du confinement sous-marin et les ravages silencieux qu’elle provoque dans l’intimité du couple. La mer n’est jamais seulement un décor : elle devient une force métaphorique, un espace de mutation, d’effacement et de dérive identitaire.

Armfield interroge avec finesse les thèmes du deuil anticipé, de la maladie inexpliquée, du corps qui échappe et de la peur de ne plus être compris par ceux que l’on aime. Le fantastique, volontairement ambigu, n’est jamais nommé frontalement : il se glisse dans les silences, les gestes décalés, les détails organiques troublants. Cette retenue donne au roman une profondeur singulière, laissant au lecteur la liberté – et l’angoisse – de combler les zones d’ombre.

Mais Nos femmes sous la mer est avant tout un roman d’amour. Un amour confronté à l’altération, à la patience, à la loyauté mise à l’épreuve. Miri n’est pas une simple spectatrice de la transformation de Leah : elle en est la victime collatérale, la gardienne, parfois la dernière ancre à la surface. Julia Armfield capte avec une justesse remarquable ce que signifie aimer quelqu’un qui s’éloigne sans partir, qui devient autre sans disparaître.

Avec ce texte dense, élégant et profondément mélancolique, Julia Armfield s’impose comme une voix majeure de la littérature contemporaine anglophone. Nos femmes sous la mer est un roman qui s’insinue lentement, qui laisse des traces longtemps après la dernière page, et qui prouve que le véritable vertige ne vient pas toujours des profondeurs océaniques, mais de ce qui se transforme au cœur même des relations humaines.

Éditeur ‏ : ‎ La Croisée Date de publication ‏ : ‎ 22 janvier 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 272 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2413093192 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2413093190