Ce court roman auto-édité est une véritable plongé en enfer. En chaussettes d’Hugo Cétive ou comment les choix que l’on fait peuvent nous précipiter en enfer.
Introspectif d’une part et témoignage glaçant du quotidien d’une épave dont le seul objectif est de trouver un moyen de se procurer une nouvelle dose de crack. L’auteur ouvre une lucarne crédible et effrayante sur ce qui constitue la vie d’un homme à la dérive, entre les agressions, l’exclusion sociale et la perte d’humanité. De manière paradoxale, c’est durant cette partie que le narrateur est le plus touchant, en noyé qui s’enfonce dans les profondeurs de la dépendance.
L’autre partie du récit s’attarde sur les souvenirs d’Alex, le narrateur, sur cette vie consumée alors qu’elle avait à peine commencé. L’auteur parvient à faire de son personnage un Icare aux ailes brûlées convaincant. Un jeune homme victime de ses propres errances et de ses choix irréfléchis. Un être complexe, coincé entre haine de soi et fuite en avant.
Le récit en lui-même s’achève de manière abrupte sans que lui puisse assimiler de manière convaincante l’évolution psychologique du personnage principal. Une fin qui se veut comme une nouvelle aube après d’interminables ténèbres mais qui apparaît tel un flash éblouissant qui déconcerte plus qu’il ébahit.
Malgré cette fin précipitée et peu convaincante, le récit offre un parcours glauque et sidérant du quotidien d’un junkie.
Résumé : C’est l’histoire d’un fumeur de crack à Paris. Il ne dort pas. Il vit dans un hôtel « le petit Génie ». Il a 25 ans. Il était chauffeur VTC. Il avait une femme et une fille. Un jour, on lui pique ses chaussures.
ASIN B09CRNPWRB Éditeur Independently published (19 août 2021) Langue Français Broché 157 pages ISBN-13 979-8459929812
Ce polar norvégien, qui s’inscrit dans la tradition du page-turner, met en scène le personnage d’enquêteur le plus amoral que j’ai eu l’occasion de lire, et donc le plus plaisant à suivre au cours de la lecture. Pourtant il contient également nombre d’éléments que je ne souhaite plus retrouver dans mes lectures.
Durant ce polar dense mais dont les pages se tournent toutes seules vous serez invité à suivre Thorkild doit sa mission de la dernière chance. Il est en effet sommé par son psy d’accompagner la célèbre auteure de polar Milla Lind dans ses recherches pour son prochain ouvrage pour lequel elle a décidé d’enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Rapidement Thorkild va se rendre compte qu’on lui cache des éléments, la mission s’avère plus compliquée que prévu.
Commençons par la grande réussite de cet ouvrage, le personnage de Thorkild Aske. Cet ancien policier est au fond du trou, mais le genre de trou que l’on a continué à creuser après avoir chuté au fond du gouffre. Il a franchi la ligne rouge depuis tellement longtemps qu’il ne la voit même plus. L’auteur a peaufiné son personnage jusqu’à faire de lui un être ravagé par ses démons, hanté par ses erreurs passées, en décalage complet avec les attentes de son entourage et capable de tout pour obtenir sa dose d’anti-douleur auxquels il est devenu accro. Un personnage tout en nuances de gris, amoral et cynique mais épris de justice pour les innocents, empêtré dans la haine qu’il se voue à lui-même mais sauvé par l’amour inconditionnel que lui vouent ses proches, doté d’un esprit acéré qui lui permet d’avoir une vision douce-amère sur sa situation. Ce personnage est une grande réussite.
Malheureusement son charisme a tendance à phagociter les autres personnages qui pâtissent de son ombre corrosive et son verbe incisif. Au mieux ils sont transparents, comme ce brave Iver, au pire ils sont insupportables de clichés comme cette pauvre Milla qui ne sait pas faire grand-chose d’autres que sangloter sans pouvoir finir ses phrases ou écarter les jambes. Elle sera d’ailleurs complètement écartée du final, n’aura même pas droit à une ligne de dialogue. Un personnage consternant, à l’utilité toute relative et pour lequel il est difficile de ressentir la moindre empathie tellement son portrait est maladroitement dressé. À moins que ce portrait à la limite du sexisme ne soit volontaire de la part de l’auteur, si c’est le cas c’est dommage.
Les seuls personnages qui parviennent à briller sont Ulf, le psychiatre de Thorkild et Gunnar son ancien patron à la police. Encore faut-il noter qu’ils ne brillent qu’en présence de ce cher Thorkild, qui est de tous les chapitres. La relation faite d’amour et de haine qui lie Gunnar et Thorkild donne lieu à des dialogues savoureux mais également à des passages perclus d’invraisemblances qui m’ont fait lever les yeux au ciel.
Deux passages m’ont véritablement exclu du récit. Difficile d’en parler dans la chronique sans révéler des éléments cruciaux de l’intrigue. Je me contenterais juste de vous signifier que l’auteur a cru bon d’utiliser le bon vieux cliché de l’escapade en milieu reculé sans aucune préparation, ni armes, ni moyen de communication pour instaurer une certaine tension vers la fin du récit. Un périple qui va bien évidemment se retourner contre nos deux compères, qui sont censés pourtant être aguerris et méfiants mais qui vont se jeter gentiment dans la gueule du loup. Un ressort scénaristique usé jusqu’à la corde que je ne veux plus retrouver dans mes lectures.
Ajoutons à ces déceptions que l’auteur a tenu à insérer des chapitres flashback focalisé sur les deux fugueuses. Des chapitres trop courts pour que ces deux personnages endossent une réelle personnalité. En l’état ces passages tiennent plus lieu d’interlude de remplissage que de réel apport narratif. Là encore c’est un cliché récurrent dans la littérature policière que je ne veux plus voir.
Une criante déception que ce rendez-vous au paradis au final. J’ai lu le livre à un rythme si effréné que j’ai dû louper une ou deux incohérences dans l’intrigue mais c’est le principe des page-turner, on les dévore sans même sans rendre compte. J’ajouterais pour conclure que ce n’est pas avec ce polar que vous voyagerez en Norvège mais ce n’est pas le but du récit qui est centré sur le parcours chaotique du personnage principal au détriment de tout le reste.