L’homme aux lèvres de saphir de Hervé Le Corre

Maldoror, mon amour

Lorsque que l’un des meilleurs auteurs du roman noir français s’empare du genre littéraire du thriller cela donne l’un des meilleurs représentants du genre.

Hervé Le Corre s’amuse avec le genre, si populaire, du thriller pour livrer un récit dense, imprégné d’une puissance narrative rare. L’intrigue de base se résume à une impitoyable chasse à l’homme mais l’arrière-plan historique ainsi que la matière littéraire dans lequel baigne le récit le dote d’une aura qui l’éloigne du tout venant de la production.

Car la plume d’Hervé Le Corre ne fait pas que raconter une histoire, elle immerge le lecteur dans une ambiance, une atmosphère que peu d’auteurs parviennent à retranscrire. Avec Le Corre on entend le bruit des sabots sur les pavés, on sent la crasse d’un Paris du 19ème siècle, on comprend la douleur et la colère de ces personnages qui rêvent d’un monde plus juste. 

Les dialogues ne font que renforcer cette immersion, le Paris communard de Le Corre vibre de ressentiments, grouille de vice et de misère mais il vit sous les yeux du lecteur. Bien plus qu’un simple thriller, le récit se transforme en leçon d’histoire. Un cri d’amour en faveur de la liberté et de la justice.

Loin des étiquettes et des cases dans lesquelles on essaie de faire rentrer les auteurs, Hervé Le Corre bâtit patiemment une œuvre qui fait de lui l’un des meilleurs auteurs français contemporains. 

Résumé : Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfié la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage a celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu. Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin. Nul ne sortira indemne de cette redoutable rencontre.

Éditeur ‎Rivages (1 octobre 2004)
Langue ‎Français
Poche ‎512 pages
ISBN-10 ‎2743613092
ISBN-13 ‎978-2743613099

Après la guerre d’Hervé Le corre, Bordeaux dans tout ses états

Bien plus qu’un récit sur l’après-guerre, ce roman noir est aussi un pamphlet sur la guerre et sur les âmes qui s’y trouvent mêlées. À travers le portrait de trois personnages, l’auteur évoque trois parcours et trois manières de vivre durant la guerre, y participer, en profiter ou en être victime.

Commençons par le parcours de Daniel, celui qui m’a le plus posé problème. Non pas que la qualité ne soit pas présente mais je ne m’attendais pas à ce que la guerre d’Algérie soit aussi présente dans le récit. J’ai eu du mal à m’intéresser à l’enfer vécu par ce jeune homme, si jeune mais déjà si vieux mentalement. Il m’a fallu saisir le propos de l’auteur sur la guerre pour finalement appréhender cette partie du récit.

Ensuite il y a André, le survivant, celui qui a tout perdu et qui revient la rage au ventre, hanté par les souvenirs d’un autre enfer. L’auteur soigne le portrait de ce personnage complexe tout en nuances, un fantôme déshumanisé qui ne retrouve qu’une pâle lueur de clémence que trop tard pour lui-même.

Enfin vient le portrait le plus consistant. L’un des personnages les plus sombres, les plus abjects qu’il m’a été donné de lire. Une âme souillée par sa haine instinctive de son prochain, sa jalousie médiocre et sa rage meurtrière, j’ai nommé le commissaire Darlac. Un personnage qui, sous une plume moins travaillée et minutieuse, aurait pu être simplement détestable mais dont l’aura nauséabonde suinte des pages de l’ouvrage et constitue le pilier du récit. Un bloc de noirceur ciselé que l’on ne peut haïr tellement il est stupéfiant de cruauté.

Ces trois portraits sans concessions se trouvent encadrés par une description lugubre et souillée de la ville de Bordeaux, qui ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à une capitale régionale. Un sombre écrin pour un récit qui ne l’est pas moins.

Résumé :

Bordeaux dans les années cinquante. Une ville qui porte encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale et où rôde l’inquiétante silhouette du commissaire Darlac, un flic pourri qui a fait son beurre pendant l’Occupation et n’a pas hésité à collaborer avec les nazis. Pourtant, déjà, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a commencé : de jeunes appelés partent pour l’Algérie.

Daniel sait que c’est le sort qui l’attend. Il a perdu ses parents dans les camps et est devenu apprenti mécanicien. Un jour, un inconnu vient faire réparer sa moto au garage où il travaille. L’homme ne se trouve pas à Bordeaux par hasard. Sa présence va déclencher une onde de choc mortelle dans toute la ville. Pendant ce temps, d’autres crimes sont commis en Algérie…

Éditeur ‎Editions Payot & Rivages (12 mars 2014)
Langue ‎Français
Broché ‎523 pages
ISBN-10 ‎2743627263
ISBN-13 ‎978-2743627263

Traverser la nuit de Hervé Le Corre, la nuit je mens

Une rencontre, cette lecture fût une rencontre. La rencontre d’un style qui vous assaille comme une averse hivernale. Chaque mot est une goute glacée qui va glisser le long de votre nuque, trempé votre cuir chevelu et inondez vos chaussures de sa sombre poésie glacée.

Une averse glauque et sordide. On ne peut pas dire que la ville de Bordeaux sorte resplendissante de ce récit sans concessions, pourtant l’auteur évite l’écueil du polar glauque vide de sens et juste gore grâce à une atmosphère morose, des dialogues ciselés et une narration à la troisième personne qui permet de s’imprégner des personnages et de leur vision délétère du monde qui les entoure.

L’auteur a invoqué en sa plume tout ce qu’il contient d’amertume, de désespoir résigné et de colère contenue pour les rassembler en trois personnages qui chacun à leur manière vont ébranler le lecteur dans ses illusions. Louise, de sa détresse de femme battue, et l’incarnation d’une précarité sociale qui hurle en silence. Le commandant Jourdan est le témoin impuissant d’une société qui se délite sous ses yeux comme une falaise érodée par les flots dont il se tiendrait trop près du bord. Enfin Christian est la rage inaudible, la fureur enchaînée qui frappe mortellement au cœur de la nuit. Des portraits fulgurants qui imprègnent le lecteur comme l’éclair imprègnent la rétine.

Ne commettez pas l’affront de croire, qu’une fois l’ouvrage refermé, vous allez pouvoir passez à autre chose. Ce polar fait partie de ceux qui vous hante, dont le destin des personnages résonne dans votre esprit comme une complainte meurtrie, dont le style vous empoigne le temps d’un brusque instant, juste le temps d’apercevoir toute la détresse du monde.

Résumé : Louise a une trentaine d’années. Après la mort accidentelle de ses parents, elle a dérivé dans la drogue et l’alcool. Aujourd’hui elle vit seule avec son fils Sam, âgé de 8 ans, sa seule lumière. Elle est harcelée par son ancien compagnon qui, un jour, la brutalise au point de la laisser dans un état grave. Il blesse aussi grièvement la meilleure amie de Louise. L’enquête est confiée au groupe dirigé par le commandant Jourdan, qui ne reste pas insensible à Louise. Parallèlement un tueur de femmes sévit, pulsionnel et imprévisible, profondément perturbé.

Au cœur de ces ténèbres et de ces deux histoires, Jourdan, un flic, un homme triste et taiseux, qui tente de retrouver goût à la vie…

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (20 janvier 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎320 pages
ISBN-10 ‎2743651733
ISBN-13 ‎978-2743651732