L’enfant du silence d’Abigail Padgett, la fureur d’une guerrière

C’est parfois dans les vieux récits que l’on fait les meilleures histoires. Les @editionsrivages ont eu l’excellente idée de rééditer ce polar sorti en 1993. Ne prenez pas ombrage de son âge ce polar est, par certains aspects plus modernes que d’autres productions plus récentes et qui se veulent tendance.

Un personnage décalé et légèrement bordeline est tout ce qu’il fallait à ce récit pour être une bonne lecture. Le personnage de Bo est un régal pour tous les passionnés de lecture, une âme altruiste qui traîne derrière elle le fantôme de sa sœur, son lourd traitement contre ses troubles mentaux et sa tendance à ne pas savoir quand fermer sa bouche. Une battante qui gère ses démons comme elle peut. Le genre de petit bout de femme que l’on préfère avoir avec soit que contre soit.

La plume de l’auteure, qui, de par son expérience personnelle, sait de quoi elle parle, est le second atout du récit. Lorsque l’esprit de Bo commence à dérailler la plume se fait frénétique, les mots pulsent comme une veine qui bat. Au contraire lorsque le brouillard de sa maladie l’embrume la plume ralentie et se fait vaporeuse sans que jamais le rythme du récit n’en pâtisse.

Ajoutons à cela une évocation de la culture amérindienne et une plongée dans la réalité quotidienne des travailleurs sociaux et vous obtiendrez une excellente lecture qui souffre juste d’une intrigue prévisible. Espérons que les prochaines aventures de Bo proposeront plus de surprises à ce niveau-là.

Une excellente lecture, portée par un personnage originale et un traitement tout en finesse d’un trouble mental encore assez méconnue à l’époque.

Résumé : Un enfant de quatre ans, de race blanche, a été retrouvé sur la réserve indienne des Barona, dans une bâtisse inhabitée, à cinq heures trente du matin. Il était attaché à un matelas par une corde à linge. Bo Bradley, du service de protection de l’enfant, a été chargée de son dossier.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (20 octobre 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎272 pages
ISBN-10 ‎274365466X
ISBN-13 ‎978-2743654665

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J. Ellory, God blesse america

Ellory fait partie de mes auteurs favoris. Sa plume dense et mélancolique donne corps à des personnages profonds, abîmés par la vie et des récits noirs où l’âme humaine se confronte à ses propres ténèbres.

La perspective de le voir se tourner vers la dystopie avec ce thriller journalistique qui imagine que l’attentat de 1963 à Dallas n’a pas coûté sa vie à JFK avait de quoi me réjouir. Finalement l’aspect dystopique reste très secondaire dans le récit et permet surtout à l’auteur de teinter son récit d’un cynisme mordant sur les coulisses de la politique américaine.

L’intrigue connaît des débuts laborieux. En effet, en une soixantaine de pages et une dizaine de chapitres, l’auteur introduit un nombre conséquent de personnages, dont certains que nous ne reverrons pas par la suite. Puis l’enquête de Mitch commence enfin et le récit trouve son rythme de croisière.

Le personnage de Mitch Newman est, encore une fois, une grande réussite. Un homme torturé par ses actions, hanté par l’image d’un amour maudit, pétri de regrets et de remords. Le suivre tout au long de son enquête est un réel plaisir et offre les meilleurs chapitres du livre. Une enquête qui se passe d’action mais reste palpitante si l’on aime lever, petit à petit, le voile de mystère qui entoure la mort de son ex-fiancée.

À côté les passages qui s’immiscent dans les rouages pervers de la politique américaine apportent un éclairage intéressant sur le personnage de JFK pour peu que l’on ne se soit jamais penché sur l’histoire de ce monument de l’histoire américaine.

La conclusion du récit s’est révélée trop classique aux vues des promesses initiales. Une déception qui ne doit pas entacher le fait que l’auteur a, encore une fois, livré un thriller de bonne facture mais à qui il manque peut-être un soupçon d’originalité pour un faire une référence dans le domaine du thriller politique.

Résumé : C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain…
Quand soudain, rien : le président ne mourra pas ce jour-là. En revanche, peu après, le photojournaliste Mitch Newman apprend le suicide de son ex-fiancée, Jean Boyd, dans des circonstances inexpliquées. Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Découvrant que Jean enquêtait sur la famille Kennedy, il s’aventure peu à peu dans un monde aussi dangereux que complexe : le cœur sombre de la politique américaine.

Éditeur ‎Sonatine (4 juin 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2355847959
ISBN-13 ‎978-2355847950

Traverser la nuit de Hervé Le Corre, la nuit je mens

Une rencontre, cette lecture fût une rencontre. La rencontre d’un style qui vous assaille comme une averse hivernale. Chaque mot est une goute glacée qui va glisser le long de votre nuque, trempé votre cuir chevelu et inondez vos chaussures de sa sombre poésie glacée.

Une averse glauque et sordide. On ne peut pas dire que la ville de Bordeaux sorte resplendissante de ce récit sans concessions, pourtant l’auteur évite l’écueil du polar glauque vide de sens et juste gore grâce à une atmosphère morose, des dialogues ciselés et une narration à la troisième personne qui permet de s’imprégner des personnages et de leur vision délétère du monde qui les entoure.

L’auteur a invoqué en sa plume tout ce qu’il contient d’amertume, de désespoir résigné et de colère contenue pour les rassembler en trois personnages qui chacun à leur manière vont ébranler le lecteur dans ses illusions. Louise, de sa détresse de femme battue, et l’incarnation d’une précarité sociale qui hurle en silence. Le commandant Jourdan est le témoin impuissant d’une société qui se délite sous ses yeux comme une falaise érodée par les flots dont il se tiendrait trop près du bord. Enfin Christian est la rage inaudible, la fureur enchaînée qui frappe mortellement au cœur de la nuit. Des portraits fulgurants qui imprègnent le lecteur comme l’éclair imprègnent la rétine.

Ne commettez pas l’affront de croire, qu’une fois l’ouvrage refermé, vous allez pouvoir passez à autre chose. Ce polar fait partie de ceux qui vous hante, dont le destin des personnages résonne dans votre esprit comme une complainte meurtrie, dont le style vous empoigne le temps d’un brusque instant, juste le temps d’apercevoir toute la détresse du monde.

Résumé : Louise a une trentaine d’années. Après la mort accidentelle de ses parents, elle a dérivé dans la drogue et l’alcool. Aujourd’hui elle vit seule avec son fils Sam, âgé de 8 ans, sa seule lumière. Elle est harcelée par son ancien compagnon qui, un jour, la brutalise au point de la laisser dans un état grave. Il blesse aussi grièvement la meilleure amie de Louise. L’enquête est confiée au groupe dirigé par le commandant Jourdan, qui ne reste pas insensible à Louise. Parallèlement un tueur de femmes sévit, pulsionnel et imprévisible, profondément perturbé.

Au cœur de ces ténèbres et de ces deux histoires, Jourdan, un flic, un homme triste et taiseux, qui tente de retrouver goût à la vie…

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (20 janvier 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎320 pages
ISBN-10 ‎2743651733
ISBN-13 ‎978-2743651732

Du sang dans la sciure de Joe R. Lansdale, Calamity Jane version burlesque

Lansdale n’est pas un écrivain, c’est un peintre. De sa plume imagée, il va dépeindre une région, une époque, en l’occurrence le Texas des années 30 frappé par la grande dépression, le tout avec une énergie et un réalisme saisissant.

Ce nouveau tableau invoque des images  qui prennent immédiatement vie dans l’imagination du lecteur, les immenses tempêtes de poussières (ou dust bowl en V.O.), ou encore les hobos, vagabonds victimes des vicissitudes du rêve américain. Grâce à sa palette d’écriture riche et pétillante l’auteur rend hommage à cet Amérique disparue à la manière de la photographe Dorothea Lange, sans misérabilisme ni apitoiement. Juste en peignant la dure réalité d’une époque féroce.

Ces portraits de personnages sont encore une fois une grande réussite. Parfois à la limite du cliché, comme le terrifiant Two qui fait office de croque-mitaine, ou du grotesque, comme ce fielleux McBride qui règne sur son monde avec perruque et tablier à fanfreluches. Pourtant grâce à un ton qui oscille entre le western spaghetti et le comique de boulevard le tout reste juste et crédible.

Alors d’où vient ce sentiment de déception ? Tout simplement mon incapacité à accepter certains comportements et mentalités de personnages même après avoir compris que le ton se voulait burlesque.

Certaines décisions m’ont paru invraisemblables, à commencer par le pitch de départ qui voit notre héroïne, la flamboyante Sunset, devenir constable alors qu’elle vient d’assassiner son mari, l’ancien constable. Puis un autre personnage féminin prend une décision radicale qui m’a paru incohérente avec la mentalité et les mœurs de l’époque. La volonté de dépeindre une Amérique rurale féministe est louable mais manque de réalisme par rapport au reste du tableau.

Comme souvent avec l’auteur l’intrigue manque d’ampleur mais se conclut dans un règlement de compte infernal et réserve un ultime twist final doux amer qui achève de livrer une toile aux couches multiples, tantôt brûlot féministe burlesque, tantôt western et tantôt chronique historique. Un tableau qui imprègne la rétine quoiqu’il en soit.

Résumé : Dans les années 1930, en pleine dépression, une petite ville texane aux rues pleines de boue sur grâce à une scierie qui domine tout. Les bagarres y sont aussi fréquentes que les disparitions. On y meurt d’un coup de feu, sous le tranchant d’une bêche ou broyé par une grume. C’est dans ce monde brutal que Sunset, femme de toute beauté une énième fois violée par son shérif de mari, abat ce dernier d’une balle dans la tête. La notion même de violence conjugale n’existe pas. Aussi l’étonnement est-il à son comble lorsque la jeune femme est acquittée et se voit en plus confier le poste laissé vacant par la mort de son époux. La découverte du cadavre d’une femme enceinte l’oblige immédiatement à faire ses preuves. De simple menace pour ne pas être restée à sa place elle devient une cible; une femme partie, à tort croit- on, à la recherche de son indépendance…

Éditeur‎Folio (21 janvier 2010) Langue‎Français Broché‎496 pages. ISBN-10‎2070395898 ISBN-13‎978-2070395897

La part du démon de Mathieu Lecerf, la part du vide…



Une narration fragmentée, originale mais pas non plus complètement inédite, a suffi à propulser ce roman sur le devant de la scène. Intrigué je me suis penché dessus, grand mal m’en a fait car la déception fût abyssale, au niveau de la qualité de ce polar français sans grande ambition.

On va commencer par le style. Je sais bien qu’une plume élaborée n’est pas forcément ce que l’on attend d’un polar mais le problème c’est que l’auteur a cru bon de vouloir étoffer ses personnages avec un style dépourvu d’emphase, purement factuel comme lorsqu’il tente de créer de l’empathie pour Christian, échouant lamentablement dans sa tentative d’épaissir son personnage par son manque flagrant de style. Quant au seul personnage féminin de l’intrigue il accumule tellement de poncif et de comportements incohérents que je vais éviter de m’attarder dessus.

Un style lourd, pataud, sans nuances aucune et qui n’oublie pas de souligner grassement les détails pour éviter que le lecteur étourdi ne passe à côté des énormes ficelles de l’intrigue. Une intrigue qui, en plus d’être une enquête bien pauvre, se révèle complètement incohérente et invraisemblable.

La part du démon c’est un peu le burger de fast food. Celui que vous avez achetez sur le pouce et qui dégage des senteurs appétissantes mais qui ne recèle au final qu’une fine tranche d’une mixture qui pourrait s’apparenter à de la viande de bœuf, un cornichon rabougri et un peu de ketchup. Pas de quoi vous rassasier.

Résumé : Une religieuse sauvagement assassinée et mutilée, à Paris, ça n’arrive jamais. Pourtant, c’est la première affaire du lieutenant Esperanza Doloria à son arrivée au 36, rue du Bastion.
Au couvent où enquêtent Esperanza et le capitaine Manuel de Almeida, la religieuse est décrite comme un ange. Et qui voudrait tuer un ange ? Mais un mystère plane autour d’elle. À l’orphelinat où elle enseignait, les enfants semblent terrorisés… Certains prétendent même subir de terrifiantes expériences médicales. Disent-ils la vérité ou sont-ils manipulés ?
Esperanza se jette corps et âme dans cette enquête. Manuel, lui, est persuadé que seuls le sang-froid et la raison permettront de la résoudre. Se trompe-t-il ? Le grand patron de la brigade criminelle en est convaincu. Et bientôt Esperanza se retrouvera seule face à un complot démoniaque que le diable lui-même renierait…

Éditeur‎Robert Laffont (4 mars 2021) Langue‎FrançaisBroché‎432 pages ISBN-10‎2221240537 ISBN-13‎978-2221240533

Sarah Jane de James Sallis, À la dérive…

Ma rencontre avec Sarah Jane avait tout pour se passer sous de bon auspices. La plume de l’auteur s’avère très vite être un véritable régal. Métaphores bien trouvées, dialogues percutants et un ton teinté d’ironie. Tout ce que j’aime retrouvé dans mes lectures. L’essence même du roman noir américain. Une plume qui se rapproche de celle de Joe R. Lansdale en moins cru et plus littéraire mais tout aussi attachante.

Le personnage de Sarah, alias mignonne, est une réussite. Complètement larguée mais doté d’un esprit combatif, un lourd passé qui lui permet d’affronter les épreuves sans sourciller, un instinct imparable pour jauger les gens qui se présentent à elle. Un concentré d’action rafraîchissante. L’auteur a parfaitement dressé le portrait de son héroïne.

Alors pourquoi est-ce que je ressors quelque peu mitigé de la lecture ? La narration, tout simplement. Je n’ai pas vraiment compris où l’auteur voulait m’emmener avec ce récit court mais qui empile les évènements sans grand rapport entre eux. Même après avoir compris que le but n’était pas d’écrire un récit d’enquête classique je ne suis pas pour autant parvenu à me plonger dans l’ambiance de cette petite ville de Farr.

La narration m’a paru décousue, j’avais parfois du mal à savoir où on se situait dans le récit. J’ai même dû revenir en arrière pour être bien sûr de saisir le contexte. Ce qui est dommage pour un ouvrage aussi court. L’auteur enchaîne les sauts temporels et une narration non linéaire qui ne facilite en rien la compréhension de l’intrigue.

Cette pauvre Sarah m’aura donc perdu en cours de route, avec son bagout elle aura tout fait pour me retenir dans le véhicule avec elle derrière le volant, mais cela n’a pas suffi pour me passionner à ce récit à l’atmosphère trop clairsemé pour me happer.

Résumé : Surnommée « Mignonne », ce qui ne lui va pas comme un gant, Sarah Jane Pullman a déjà trop vécu pour son jeune âge : famille dysfonctionnelle, fugue à l’adolescence, crimes, petits boulots dans des fast-food… on se demande comment elle parvient à redresser la barre. Elle y arrive et, à sa grande surprise, est engagée comme agent au poste de police de la petite ville de Farr. Lorsque le shérif titulaire disparaît, c’est elle qui prend sa place. Mais Sarah Jane ne se satisfait pas de la situation. Cet homme, Cal, était son mentor, son appui, et elle ne peut accepter qu’il se soit évanoui dans la nature. Elle va découvrir des choses qu’elle ne soupçonnait pas…

Éditeur‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (8 septembre 2021) Langue‎Français. Broché‎208 pages ISBN-10‎2743653655 ISBN-13‎978-2743653651

L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi, quand le charme n’opère qu’à moitié

Quand le charme ne fonctionne qu’à moitié.

Je n’avais pas d’attente particulière en débutant la lecture de ce polar italien. Aussi je fût le premier surpris lorsque que je me rendis compte que j’étais tombé sous le charme. Le charme de cette plume qui nous transporte en Sardaigne dans une ambiance mystique digne de Dolores Redondo. Un charme qui va nous faire découvrir une région, ses paysages, son histoire, ses habitants. Cette première partie introductive s’est découlé sous mes yeux de lecteurs hypnotisés par la plume de l’auteur. Je trouvais que pour une fois un thriller était doté d’un véritable style.

Mais ce charme s’évapore lors de la seconde partie. L’auteur délaisse la plume au profit de dialogues classiques mais sans éclat. Les événements s’enchaînent sans que l’on puisse s’impliquer réellement dans chacun d’entre eux. L’enquête manque de consistance et ne prend jamais l’ampleur que l’on soupçonne pourtant derrière les non dits et les pistes effleurées. L’intrigue secondaire sur la famille Ladu souffre d’un développement trop sommaire et erratique.

L’écriture des personnages a fini de rompre le charme. Cette pauvre Mara est victime d’une écriture bipolaire qui la décrit tantôt comme une forte tête sarcastique mais sympathique et tantôt comme une harpie agressive et antipathique. Ce qui fait que l’on ne sait jamais si le duo qu’elle forme avec Eva est complice ou à couteaux tirés.

Malgré la dissipation progressive du charme il faut reconnaître que cette île des âmes est un thriller honnête qui n’a pas su tenir toutes ses promesses mais qui offre son lot de divertissement et de dépaysement.

Résumé : Depuis plusieurs décennies, la Sardaigne est le théâtre de meurtres rituels sauvages. Enveloppés de silence, les corps de jeunes filles retrouvés sur les sites ancestraux de l’île n’ont jamais été réclamés. Lorsque les inspectrices Mara Rais et Eva Croce se trouvent mutées au département des « crimes non élucidés » de la police de Cagliari, l’ombre des disparues s’immisce dans leur quotidien. Bientôt, la découverte d’une nouvelle victime les place au centre d’une enquête qui a tout d’une malédiction. De fausses pistes en révélations, Eva et Mara sont confrontées aux pires atrocités, tandis que dans les montagnes de Barbagia, une étrange famille de paysans semble détenir la clé de l’énigme. La première enquête de Mara Rais et Eva Croce nous plonge dans les somptueux décors de la Sardaigne, au coeur de ténèbres venues du fond des âges.

Éditeur ‎GALLMEISTER (1 avril 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎544 pages
ISBN-10 ‎2351782496
ISBN-13 ‎978-2351782491

L’arbre à bouteilles de Joe R. Lansdale, les monstres se cachent sous le soleil du Texas

Cette première enquête de l’inénarrable duo d’Hap et Léonard réunit déjà tous les ingrédients qui feront des récits de Lansdale de véritables petites pépites acidulées et piquantes.

Sa plume imagée, que d’aucuns qualifieront à tort de grossière, est la plus adaptée pour rendre compte du tableau misérable et poussiéreux qu’offre sa représentation d’un Amérique rurale sclérosé par le racisme et la pauvreté. Ses dialogues percutants sont autant de parties de punching-ball qui retranscrivent à merveille le caractère bourru de ses habitants.

Les deux trublions principaux forment déjà un duo implacable, bien rodé. Les rôles sont déjà distribués entre les deux compères qui s’échangent des répliques comme l’on respire. Les voir agir comme deux boules de démolition que rien n’arrête est toujours aussi jouissif. Ces deux-là se fichent de la bienséance et gare à ceux qui se dresseront sur leur chemin.

Comme souvent avec l’auteur l’enquête manque d’une véritable envergure et se révèle prévisible. Peu importe car toute la saveur du récit se trouve dans la garniture qui le compose et non dans la pâte.

Une lecture idéale pour se rappeler du visage d’une Amérique fracassée par les coups de poing assénés par les crises sociales et raciale qui gangrène la première démocratie mondiale.

Résumé : Hériter de cent mille dollars et d’une petite bicoque dans un quartier délabré n’est pas si mal et l’oncle Chester a fait un beau cadeau à son neveu Leonard… Même s’il faut tout nettoyer, que le plancher est pourri et que les voisins sont ce que l’on pourrait craindre de pire. Même si retaper une maison pour la vendre et abattre des murs, c’est prendre le risque de découvrir des squelettes cachés…

Éditeur‎Folio (25 novembre 2004) Langue‎FrançaisBroché‎ 368 pages ISBN-10‎2070300595ISBN-13‎978-2070300594 Poids de l’article‎200 g Dimensions‎11 x 1.5 x 18 cm

L’enfant de février d’Alan Parks, Regardez-moi sombrer…

Au-delà d’un simple polar urbain ce second volume de la saga d’Alan Parks publié chez rivages est surtout le portrait d’un homme fracassé, au bord du gouffre. Un officier de police chargé de faire respecte la loi mais qui franchit la ligne rouge si souvent qu’il ne doit même plus la voir. Un homme qui est la proie d’un passé qui a planté ses serres et qui le comprime plus fort de jour en jour. Alors pour échapper à ce passé dont il ne veut plus se souvenir mais qui ne cesse de le hanter il s’engouffre dans un tunnel autodestructeur fait d’alcool et de paradis artificiels.

C’était déjà perceptible dans le premier volet, Janvier noir, mais cela prend une ampleur démesurée dans cette suite. L’inspecteur McCoy s’effondre sous les yeux du lecteur. Ce n’est pas que la carapace se fend, c’est qu’il y en a plus de carapace. Ce polar est avant tout la déchéance d’un homme qui en apparence à tout pour réussir alors même que son âme s’enfonce dans un marasme sans fond.

Le fait est que le contexte social ne se prête pas à ce que notre ”héros” s’épanche sur ses traumatismes. L’action se déroule toujours à Glasgow durant les années 70 et à l’époque on ne parlait pas de ça. On serrait les dents et on avançait parce qu’il fallait être un homme pas le choix, pas de place pour les sentiments. Glasgow est toujours aussi effroyable dans ce récit. Un royaume de béton et d’asphalte où l’alcool et la drogue règnent en maîtres. Préparez vous à faire la tournée des grand ducs, du misérable troquet poussiéreux jusqu’au splendide bar avec clientèle prestigieuse, l’auteur nous a concocté une visite touristique de Glasgow bien particulière.

Ce tableau sombre, glauque et désespérée aurait été parfait s’il avait été complété par une enquête plus palpitante et moins prévisible. Il ne faut pas se lancer dans cette saga en espérant découvrir des intrigues renversantes. Le propos de l’auteur est ailleurs et il faut dire que son portrait de l’inspecteur McCoy est suffisamment percutant pour faire oublier ce défaut.

Un polar âpre et violent dont il me tarde de découvrir le troisième volet.

Résumé : Deuxième opus d’une série mettant en scène l’inspecteur McCoy et son adjoint Wattie dans le Glasgow des années 1970, sur fond de musique, drogues et gangs, dans la lignée de William McIlvanney.

  • Éditeur ‏ : ‎ EDITIONS PAYOT & RIVAGES (5 février 2020)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 410 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2743649496
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2743649494
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 500 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.5 x 2.8 x 22.5 cm

Vierge de cuir de Joe R. Lansdale, redoutables innocence


Encore un excellent récit écrit par Joe R. Lansdale. Cet auteur parviens à nous immergé dans une région, une époque en quelques pages. Ici on se retrouve au Texas au lendemain de la guerre d’Irak. Cason, vétéran un peu largué, revient à Camp Rapture, sa ville natale dans l’espoir de prendre un nouveau départ. Il a réussi à trouver un poste de chroniqueur au journal local et va tout tenter pour reconquérir son amour perdu. Bien évidemment rien ne va se passer comme il a prévu.

Si vous aimez les personnages à l’éloquence très personnel qui s’attirent des ennuis dès qu’ils ouvrent la bouche alors vous aimerez Cason. Impertinent, insolent, provocateur, alcoolique et légèrement traumatisé par son expérience militaire Cason est tout cela et bien plus. Avec son langage outrancier il va réveillée la poussièreuse ville de son enfance dans laquelle s’agite toujours les mêmes tensions séculaires. Un personnage haut en couleurs qui donnent au récit toute sa saveur, avec l’aide bien mérité de l’imprévisible Booger.

Pour rendre le récit encore plus savoureux il aurait fallu que l’auteur se donne la possibilité d’écrire une histoire un peu plus ambitieuse. On a l’impression que des pan entier de son intrigue ont été volontairement écarté afin de se focaliser sur Cason et son parcours chaotique. Un choix qui accorde au récit son côté nerveux mais l’empêche dans le même temps de prendre de l’ampleur afin de s’élever au delà du simple récit divertissant. C’est d’autant plus rageant que tout les éléments sont réunis pour bâtir un polar plus dense et complexe.

Résumé: Houston, le journaliste Cason Stalter, vétéran de la guerre du Golfe et sélectionné pour le prix Pulitzer, retourne dans sa petite ville natale de l’est du Texas, Camp Rapture. Cason est au fond du trou : il boit trop, harcèle son ex-petite amie qui refuse de le voir, et jalouse la réussite de son frère aîné. Pour remonter la pente, il se fait engager comme chroniqueur dans le journal local et tente de s’occuper l’esprit en s’intéressant à une vieille affaire de meurtre non résolue : Caroline Allison, une jeune étudiante en histoire à la beauté fascinante, s’est évanouie dans la nature, sans laisser de traces. A cours de son enquête, Cason découvre que ce meurtre est lié à une série d’événements étranges et dérangeants survenus récemment à Camp Rapture. L’affaire impliquerait des personnes prêtes à dépasser toutes les limites.

  • Éditeur ‏ : ‎ Folio (2 mars 2011)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Poche ‏ : ‎ 448 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 207040174X
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2070401741
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 222 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 10.8 x 1.8 x 17.8 cm