Left Handed Girl avec Janel Tsai (Acteur), Nina Ye (Acteur), Tsou Shih-Ching (Réalisateur)

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Une mère célibataire et ses deux filles arrivent à Taipei pour ouvrir une petite cantine au cœur d’un marché nocturne de la capitale taiwanaise. Chacune d’entre elles doit trouver un moyen de s’adapter à cette nouvelle vie et réussir à maintenir l’unité familiale.

Avec Left Handed Girl, la réalisatrice Tsou Shih-Ching livre un film d’une grande délicatesse, à la frontière du drame social et du portrait intime, qui capte avec une précision rare les fragilités du lien familial face au déracinement. Ancré dans le tumulte sensoriel des marchés nocturnes de Taipei, le film raconte l’installation d’une mère célibataire et de ses deux filles dans une ville aussi vibrante qu’indifférente.

Dès les premières scènes, le décor devient un personnage à part entière. Les néons, les odeurs de friture, la foule compacte et le vacarme permanent contrastent avec la solitude intérieure des protagonistes. La petite cantine qu’elles ouvrent agit comme un fragile refuge, mais aussi comme un révélateur de tensions enfouies. Chacune des trois femmes affronte cette nouvelle vie à sa manière, entre désir d’émancipation, sentiment d’abandon et besoin vital de rester soudées.

La mise en scène de Tsou Shih-Ching se distingue par sa sobriété. Elle privilégie les gestes du quotidien, les silences, les regards qui s’évitent ou se cherchent. Le récit progresse sans effets appuyés, laissant au spectateur le soin de percevoir les micro-fractures qui menacent l’équilibre familial. Cette approche quasi documentaire donne au film une authenticité bouleversante, sans jamais tomber dans le misérabilisme.

Janel Tsai incarne la mère avec une retenue remarquable. Son jeu, tout en intériorité, traduit la fatigue d’une femme qui porte seule la responsabilité du foyer, tout en tentant de préserver ses filles de ses propres renoncements. À ses côtés, Nina Ye impressionne par la justesse avec laquelle elle exprime les contradictions de l’adolescence : le besoin de liberté face à la peur de trahir les siens. La cadette, plus silencieuse, agit comme un miroir sensible de cette cellule familiale en recomposition.

Au-delà de son récit intime, Left Handed Girl esquisse une réflexion plus large sur la place des femmes dans une société urbaine en perpétuel mouvement, où la réussite économique se paie souvent d’une grande solitude. Le film parle de transmission, de résilience et de cette capacité à réinventer une famille malgré les fractures.

Œuvre discrète mais profondément humaine, Left Handed Girl touche par sa douceur mélancolique et par la justesse de son regard. Un cinéma du sensible, qui s’attarde sur l’essentiel : la difficulté d’aimer et de rester ensemble quand tout pousse à la dispersion.

Rapport de forme ‏ : ‎ 2.35:1 Classé ‏ : ‎ Tous publics Dimensions du colis ‏ : ‎ 17 x 14 x 14 cm; 85 grammes Réalisateur ‏ : ‎ Tsou Shih-Ching Format ‏ : ‎ Blu-ray Durée ‏ : ‎ 1 heure et 48 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 22 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Blaire Chang, Huang Teng-Hui, Janel Tsai, Ma Shi-Yuan, Nina Ye Sous-titres : ‏ : ‎ Français Langue ‏ : ‎ Mandarin (DTS-HD 5.1) Studio  ‏ : ‎ Le Pacte ASIN ‏ : ‎ B0FWG3548W

L’Âme Idéale De Alice Vial | Par Alice Vial, Jean-Toussaint Bernard Avec Jonathan Cohen, Magalie Lépine Blondeau, Florence Janas

Elsa, 40 ans, célibataire, a renoncé aux histoires d’amour. Un don un peu spécial la garde à distance des autres : elle peut voir et parler aux morts.

Avec L’Âme Idéale, Alice Vial signe une comédie romantique singulière, teintée de fantastique, qui détourne avec finesse les codes du genre pour mieux interroger la solitude, le deuil et la peur de l’attachement. Le film suit Elsa, 40 ans, femme indépendante et désabusée, dotée d’un don encombrant : elle voit et parle aux morts. Une faculté qui, loin d’être un pouvoir, agit comme une barrière invisible entre elle et les autres.

Le scénario, coécrit avec Jean-Toussaint Bernard, installe d’abord une chronique douce-amère du célibat contemporain, avant de glisser progressivement vers une romance aussi séduisante que troublante. La rencontre avec Oscar, homme solaire et plein d’esprit, redonne à Elsa le goût du possible. Mais très vite, le film instille un doute : et si cette histoire d’amour reposait sur une illusion plus profonde qu’un simple malentendu sentimental ? Ce basculement narratif, mené avec délicatesse, confère au film une tonalité mélancolique inattendue.

Magalie Lépine Blondeau livre une interprétation tout en nuances. Son Elsa est à la fois ironique, fragile et profondément humaine. Elle évite l’écueil du personnage “à concept” pour incarner une femme blessée, qui s’est protégée du monde par lucidité autant que par peur. Face à elle, Jonathan Cohen surprend par une composition plus retenue qu’à l’accoutumée. Son Oscar, charmeur et sensible, apporte une vraie douceur au récit, tout en conservant une part d’étrangeté qui nourrit le mystère du film. Florence Janas complète le casting avec justesse, apportant un contrepoint émotionnel essentiel.

La mise en scène d’Alice Vial privilégie l’intime : plans resserrés, lumières douces, décors du quotidien qui contrastent avec l’irruption du surnaturel. Le fantastique n’est jamais spectaculaire ; il s’insinue discrètement dans le réel, à l’image des morts qui entourent Elsa. Le travail sonore, subtil, accompagne cette frontière floue entre présence et absence, réalité et projection affective.

Sous ses airs de romance décalée, L’Âme Idéale pose une question universelle : peut-on aimer pleinement quand on est hanté par le passé ? Le film parle moins des fantômes que de ce qui nous empêche de vivre : les regrets, les peurs, les histoires inachevées. Une œuvre sensible et originale, qui touche par sa sincérité et par sa capacité à faire cohabiter légèreté, émotion et réflexion existentielle.

Une place pour Pierrot De Hélène Medigue | Par Hélène Medigue, Stéphane Cabel Avec Marie Gillain, Grégory Gadebois, Patrick Mille

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Pierrot, 45 ans, est autiste et vit dans un foyer médicalisé. Déterminée à lui offrir une vie digne, sa sœur Camille le prend chez elle et se met en quête d’un endroit mieux adapté à sa différence. Le chemin est long mais c’est la promesse d’une nouvelle vie, au sein de laquelle chacun trouvera sa place.

Avec Une place pour Pierrot, Hélène Medigue signe un film profondément humain, d’une grande délicatesse, qui aborde l’autisme adulte sans pathos ni simplification. Le récit s’attache à Pierrot, 45 ans, autiste vivant en foyer médicalisé, et à sa sœur Camille, qui décide de le prendre chez elle pour lui offrir une existence plus digne et plus juste. Un geste d’amour, mais aussi un parcours semé d’obstacles administratifs, émotionnels et intimes.

La force du film réside dans son regard posé, respectueux, presque pudique. La mise en scène choisit la sobriété : peu d’effets, une caméra discrète, souvent à hauteur d’homme, qui accompagne les personnages sans jamais les enfermer dans un discours démonstratif. Le quotidien de Pierrot est montré dans sa complexité, entre routines nécessaires, fragilités, mais aussi désirs et élans d’autonomie. Le film rappelle avec justesse que l’inclusion ne se décrète pas : elle se construit, lentement, au prix d’efforts partagés.

L’interprétation est l’un des grands atouts du long métrage. Grégory Gadebois incarne Pierrot avec une retenue admirable, loin de toute caricature. Son jeu repose sur les silences, les gestes, les regards, et donne au personnage une épaisseur bouleversante. À ses côtés, Marie Gillain compose une Camille crédible, tiraillée entre amour, fatigue, culpabilité et détermination. Leur relation fraternelle, au cœur du film, est traitée avec une rare justesse émotionnelle. Patrick Mille apporte quant à lui une présence secondaire mais précieuse, ancrant le récit dans une réalité sociale concrète.

Sur le plan de l’image et du son, Une place pour Pierrot privilégie le naturel. La photographie, douce et réaliste, accompagne les variations d’humeur sans les souligner excessivement. Le travail sonore est particulièrement soigné : les ambiances du quotidien, parfois envahissantes pour Pierrot, deviennent un outil de mise en empathie avec son ressenti, sans jamais basculer dans l’effet appuyé.

Sans angélisme ni misérabilisme, Une place pour Pierrot interroge la notion de “place” dans la société, la famille et le regard porté sur la différence. Un film sensible, nécessaire, qui touche par sa sincérité et par la dignité qu’il accorde à ses personnages. Une œuvre discrète mais profondément marquante.

Rapport de forme ‏ : ‎ 2.35:1 Classé ‏ : ‎ Tous publics Dimensions du colis ‏ : ‎ 19 x 14 x 1,4 cm; 85 grammes Réalisateur ‏ : ‎ Hélène Médigue Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 1 heure et 35 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 20 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Grégory Gadebois, Marie Gillain, Mathilde Labarthe, Patrick Mille, Vincent Elbaz Langue ‏ : ‎ Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Diaphana ASIN ‏ : ‎ B0FVRJY3P2

ALPHA avec Mélissa Boros (Acteur), Tahar Rahim (Acteur), Julia Ducournau (Réalisateur)

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Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule le jour où elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras.

Avec Alpha, Julia Ducournau poursuit son exploration radicale des corps, de la peur et de la filiation, dans un film à la fois intime et profondément dérangeant. Plus frontal que Grave, moins spectaculaire que Titane, Alpha s’inscrit dans une veine plus sourde, presque clinique, où l’horreur naît du réel et de l’incompréhension.

Alpha a 13 ans. Elle est nerveuse, abrasive, sur le fil. Elle vit seule avec sa mère, dans une relation déjà fragile, tendue par les non-dits et une inquiétude diffuse. Le récit bascule lorsqu’elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras. Un geste anodin en apparence, mais qui agit comme un déclencheur. Chez Ducournau, le corps parle toujours avant les mots. Ici, cette marque devient symptôme, menace, fracture. Elle ouvre une brèche où s’engouffrent la peur sociale, la transmission du traumatisme et l’angoisse parentale.

La mise en scène est d’une rigueur implacable. Plans serrés, cadres oppressants, lumière froide : la réalisatrice enferme ses personnages dans un espace mental autant que physique. Le film avance par sensations plus que par explications, laissant volontairement le spectateur dans l’incertitude. Cette ambiguïté, signature de Ducournau, nourrit un malaise constant, sans jamais céder à l’esbroufe.

La révélation du film est Mélissa Boros, impressionnante de justesse. Son Alpha est brute, instable, traversée de pulsions contradictoires. Elle impose une présence magnétique, capable de passer de la provocation à une vulnérabilité désarmante en un regard. Face à elle, Tahar Rahim incarne une figure adulte trouble, ambiguë, dont la seule présence fait planer un danger latent. Son jeu, tout en tension contenue, renforce le sentiment d’insécurité permanente.

Le travail sonore mérite une mention particulière : respirations, silences lourds, bruits étouffés composent une bande-son anxiogène qui amplifie la sensation d’étouffement. L’image et le son avancent de concert pour traduire l’état émotionnel des personnages, sans jamais expliciter inutilement.

Alpha est un film exigeant, parfois inconfortable, mais d’une cohérence remarquable. Julia Ducournau y ausculte l’adolescence comme un territoire de métamorphose et de danger, et interroge la peur de l’autre, du corps qui change, de ce qui échappe au contrôle. Une œuvre radicale, organique, qui confirme la singularité d’une cinéaste désormais incontournable du cinéma contemporain.

Rapport de forme ‏ : ‎ 2.35:1 Classé ‏ : ‎ 12 ans et plus Dimensions du colis ‏ : ‎ 19 x 14 x 1,4 cm; 85 grammes Réalisateur ‏ : ‎ Julia Ducournau Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 2 heures et 3 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 6 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Emma Mackey, Finnegan Oldfield, Golshifteh Farahani, Mélissa Boros, Tahar Rahim Langue ‏ : ‎ Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Diaphana ASIN ‏ : ‎ B0FVRYSW1F

En première ligne Leonie Benesch (Acteur), Sonja Riesen (Acteur), Petra Biondina Volpe (Réalisateur)

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Floria est une infirmière dévouée qui fait face au rythme implacable d’un service hospitalier en sous-effectif.

En première ligne s’impose comme un film d’une justesse rare, tendu et profondément humain, qui plonge le spectateur au cœur d’un service hospitalier à bout de souffle. En première ligne, réalisé par Petra Biondina Volpe, adopte un point de vue resserré, presque en temps réel, pour raconter une journée – et surtout une nuit – où tout peut basculer.

La mise en scène privilégie l’immersion : caméra à hauteur d’épaule, cadres serrés, déplacements incessants dans les couloirs, tout concourt à faire ressentir l’épuisement physique et mental du personnel soignant. Volpe évite tout pathos inutile pour s’en tenir à une observation précise, presque documentaire, de la surcharge de travail, du manque de moyens et de la violence sourde que génère l’urgence permanente.

Au centre du film, Leonie Benesch livre une performance remarquable. Son interprétation de Floria, infirmière à la fois solide, empathique et progressivement débordée, repose sur une palette de micro-émotions : un regard qui vacille, une respiration qui s’accélère, une fatigue qui s’inscrit dans les gestes. À ses côtés, Sonja Riesen apporte un contrepoint tout en retenue, renforçant la crédibilité et la densité humaine du récit.

Sur le plan de l’image, la photographie froide et réaliste épouse parfaitement le décor hospitalier : néons implacables, couleurs désaturées, absence de toute esthétisation superflue. Le film trouve sa force dans cette sobriété visuelle, qui accentue le sentiment d’urgence et d’enfermement. Le travail sonore est tout aussi essentiel : bips des machines, appels incessants, voix qui se superposent, silences trop courts… Le mixage crée une pression constante, presque oppressante, plaçant le spectateur dans le même état de tension que l’héroïne.

En première ligne n’est pas seulement un film sur l’hôpital, c’est un film sur le soin comme combat quotidien, sur l’impossibilité de « bien faire » quand tout manque, et sur la dignité de celles et ceux qui tiennent malgré tout. Un cinéma engagé, mais jamais démonstratif, qui touche par sa précision, son humanité et sa lucidité.

Rapport de forme ‏ : ‎ 1.85:1 Classé ‏ : ‎ Tous publics Réalisateur ‏ : ‎ Petra Biondina Volpe Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 1 heure et 29 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 16 janvier 2026 Acteurs ‏ : ‎ Alireza Bayram, Leonie Benesch, Selma Adin, Selma Jamal Aldin, Sonja Riesen Sous-titres : ‏ : ‎ Français Langue ‏ : ‎ Allemand (Dolby Digital 5.1), Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Wild Side Video

Picsou Magazine Hors-Série HS02. Souvenirs du Klondike Une BD de Corrado Mastantuono

Contient les 6 épisodes de la série « Blue Peaks Valley » + une interview de l’auteur.

Avec Picsou Magazine Hors-Série HS02 – Souvenirs du Klondike, Corrado Mastantuono livre un hommage vibrant et profondément incarné aux grandes heures de la ruée vers l’or, en s’inscrivant dans la plus pure tradition des récits fondateurs de l’univers de Picsou.

Réunissant les six épisodes de la série Blue Peaks Valley, ce hors-série séduit par son souffle romanesque et son approche plus réaliste, presque mélancolique, du Klondike. Mastantuono y déploie un dessin somptueux, ample et expressif, qui donne toute sa densité aux paysages enneigés, à la rudesse du froid et à la solitude des chercheurs d’or. Le trait, très cinématographique, privilégie les atmosphères, les silences et les regards, renforçant la dimension humaine de l’aventure.

Loin de l’or clinquant, Souvenirs du Klondike s’attache à la mémoire, à l’effort et au prix à payer pour les rêves de fortune. Le récit explore la naissance des mythes et la part d’ombre de l’épopée, dans un équilibre subtil entre aventure, introspection et tragédie. L’interview de l’auteur, incluse en fin d’ouvrage, éclaire avec intelligence ses choix artistiques et son rapport à l’héritage de Carl Barks et Don Rosa.

Un hors-série élégant et ambitieux, qui s’adresse autant aux amateurs de Picsou qu’aux lecteurs sensibles aux grands récits d’aventure humanistes, et qui confirme Corrado Mastantuono comme l’un des auteurs majeurs du canard milliardaire contemporain.

L’Addiction s’il vous plait: Les confessions d’un alcoolique qui se soigne de Terreur Graphique

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Né sur Instagram, L’Addiction, s’il vous plaît est bien plus qu’un témoignage : c’est une plongée sans filtre dans le combat de Terreur Graphique contre l’alcool.

Avec L’Addiction, s’il vous plaît, Terreur Graphique livre une œuvre d’une puissance brute et d’une honnêteté désarmante, qui dépasse largement le cadre du simple témoignage. Né sur les réseaux sociaux, le projet trouve ici une forme aboutie, cohérente et profondément littéraire, où le dessin devient un outil de survie autant qu’un moyen de compréhension.

L’auteur y raconte son combat contre l’alcool sans fard ni posture héroïque. Tout est montré : les rechutes, les justifications, les mensonges à soi-même, la honte, mais aussi l’humour comme bouclier, la lucidité comme arme et l’autodérision comme respiration. Terreur Graphique ne cherche jamais à édulcorer son récit ni à donner des leçons. Il expose, frontalement, ce que signifie vivre avec une addiction qui s’insinue partout : dans l’héritage familial, les relations amoureuses, le rapport au travail, à la fête, à la création et au regard des autres.

La force de l’ouvrage réside dans sa capacité à articuler l’intime et le collectif. À travers son histoire personnelle, l’auteur interroge la place de l’alcool dans notre société, sa banalisation, son omniprésence culturelle et la violence silencieuse qu’elle engendre. La pop culture, les codes de la virilité, la pression sociale et la quête de reconnaissance sont autant de fils que le livre tisse pour montrer que l’addiction n’est jamais un simple problème individuel.

Graphiquement, le style de Terreur Graphique, immédiatement reconnaissable, accompagne parfaitement le propos. Le dessin, volontairement brut, parfois presque agressif, traduit l’urgence, la colère et la confusion intérieure. Les pages alternent entre fulgurances visuelles, silences lourds et punchlines implacables, créant un rythme qui épouse celui de la dépendance elle-même : chaotique, obsessionnel, épuisant.

Mais L’Addiction, s’il vous plaît n’est pas un livre désespéré. Il parle aussi du soin, de la lente reconstruction, de la difficulté à se regarder en face et de la fragilité du chemin vers la sobriété. Sans promettre de miracle, Terreur Graphique rappelle que le combat est quotidien, imparfait, et profondément humain.

Œuvre à la fois drôle, violente et bouleversante, ce livre s’impose comme le travail le plus abouti de son auteur. Un récit nécessaire, courageux, qui touche par sa sincérité et laisse une empreinte durable, bien au-delà de la dernière page.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 7 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 144 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 220329793X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203297937

Nos accords imparfaits de Cécile Dupuis (Dessins, Rédacteur), Gilles Marchand (Scenario)

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Face A. Anton et Hélène vivent ensemble, dansent ensemble, écoutent de la musique ensemble, font tout ou presque ensemble : ils s’aiment.

Avec Nos accords imparfaits, Cécile Dupuis et Gilles Marchand livrent une bande dessinée délicate et profondément sensible, qui explore la fragilité des liens amoureux et la difficulté de communiquer lorsque les mots viennent à manquer. Construit comme un disque vinyle, avec une Face A et une Face B, l’album joue brillamment sur cette structure pour raconter à la fois une histoire intime et une traversée presque onirique.

Dans la première partie, le récit s’ancre dans le quotidien d’Anton et Hélène, un couple uni par l’amour et la musique. Elle est violoncelliste, lui livreur, et leur relation semble d’abord harmonieuse, rythmée par les gestes partagés et les silences complices. Mais peu à peu, un autre silence s’installe, plus lourd, plus inquiétant. Anton perd les mots, se replie sur lui-même, incapable d’exprimer ses sentiments. Cette disparition du langage devient le symptôme d’un malaise plus profond : la perte de sens, dans le couple comme dans la vie professionnelle. La Face A capte avec une grande justesse cette lente dérive, faite de non-dits, de solitude à deux et de musique comme dernier refuge.

La Face B bascule dans une dimension plus symbolique. Une panne, un dernier colis à livrer, une adresse qui n’existe sur aucune carte : le récit quitte le réalisme pour emprunter les chemins du conte et de l’errance intérieure. La ville étrange dans laquelle Anton s’enfonce agit comme un miroir de son état émotionnel, un labyrinthe mental où se mêlent culpabilité, espoir et désir de réparation. Ce voyage devient une quête, non seulement pour retrouver Hélène, mais aussi pour se retrouver lui-même et renouer avec ce qui a été perdu.

Le dessin de Cécile Dupuis accompagne magnifiquement cette double narration. Son trait, à la fois doux et expressif, sait se faire intimiste dans les scènes du quotidien et plus déroutant dans les passages oniriques. La musique, omniprésente, est rendue visible par le rythme des planches, la composition des pages et les silences graphiques, qui disent parfois plus que les dialogues.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 7 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 220329566X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203295667

Les Moribonds de Florence Dupré la Tour

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Gabriel erre dans les décombres d’un monde contemporain ravagé par une épidémie de morts-vivants.

Avec Les Moribonds, Florence Dupré la Tour s’empare des codes du récit post-apocalyptique et du mythe du vampire pour livrer une bande dessinée aussi mordante qu’intelligente, où l’humour noir sert une réflexion politique et sociale d’une redoutable efficacité.

Dans un monde contemporain ravagé par une épidémie de morts-vivants, Gabriel erre parmi les ruines. Il a faim, il est seul, et surtout, il est un vampire. Or dans cet univers où les humains ont presque disparu, cette condition autrefois dominante devient une malédiction. Le sang se raréfie, la survie devient incertaine, et Gabriel se retrouve confronté à une angoisse inédite : celle de manquer de ressources, d’être inutile, dépendant, vulnérable.

Toute la force de l’album réside dans ce renversement des rapports de domination. En détournant la figure classique du vampire — traditionnellement associée à l’aristocratie, à la rente et à l’exploitation — Florence Dupré la Tour propose une satire sociale brillante. Les anciens prédateurs se retrouvent à la merci des plus fragiles, les hiérarchies s’effondrent, et la question du travail, de la valeur et de l’interdépendance entre les êtres devient centrale. Que devient celui qui vivait du travail et du sang des autres lorsque ce système disparaît ?

Le ton oscille avec une grande justesse entre tragédie existentielle et comédie absurde. Gabriel est un anti-héros profondément attachant, pathétique parfois, lucide souvent, dont les errances font naître autant de rires grinçants que de moments de mélancolie. L’autrice parvient à traiter de thèmes lourds — exploitation, fin d’un modèle social, survie collective — sans jamais alourdir le récit, grâce à une écriture précise et un sens aigu du décalage.

Graphiquement, le dessin de Florence Dupré la Tour accompagne parfaitement cette atmosphère de fin du monde désenchantée. Le trait, expressif et nerveux, donne une vraie personnalité aux personnages et aux décors en ruine, tandis que la mise en scène privilégie le rythme et l’efficacité narrative. Le monde dévasté n’est jamais spectaculaire : il est sale, banal, presque ordinaire, ce qui renforce la portée satirique de l’ensemble.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 7 janvier 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 96 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203300019 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203300019

The O.D.D. Squad: Captain Bad Vs Captain Worse (English Edition) de Stuart Heritage (Auteur), Vincent Batignole (Illustrations)

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Discover the newest book in this brilliant full-colour, illustrated series. Perfect for reluctant readers aged 6+, and for fans of Bunny vs Monkey, Dog Man and The Investigators.

Avec The O.D.D. Squad: Captain Bad Vs Captain Worse, Stuart Heritage et Vincent Batignole signent un nouvel épisode aussi déjanté qu’efficace de cette série illustrée pensée pour les jeunes lecteurs… et tous ceux qui aiment l’humour absurde bien mené. Dès les premières pages, le ton est donné : ici, l’aventure rime avec non-sens, rythme effréné et imagination sans limites.

Dans Justice City, Quack Attack, Detective Octopus et Invisidog forment une équipe de super-héros aussi improbables qu’attachants. Leur force ? Une dynamique de groupe jubilatoire, portée par des dialogues ciselés et un sens du comique qui joue autant sur le visuel que sur la situation. Lorsque leur ennemi juré, Captain Bad, décide de se cloner pour vaincre définitivement l’O.D.D. Squad, l’histoire bascule dans une surenchère savoureuse : la naissance accidentelle de Captain Worse, version encore plus dangereuse et incontrôlable de lui-même, redistribue totalement les cartes.

Le scénario, volontairement excessif, fonctionne comme une mécanique comique parfaitement huilée. Stuart Heritage maîtrise l’art du gag tout en conservant une véritable progression narrative, ce qui rend la lecture addictive. Les illustrations en couleurs de Vincent Batignole jouent un rôle central : expressives, dynamiques, pleines de détails loufoques, elles accompagnent idéalement le texte et renforcent l’accessibilité de l’ouvrage, notamment pour les lecteurs réticents.

Sous ses airs de pur divertissement, le livre valorise aussi la coopération, l’acceptation des différences et l’idée que même les pires adversaires peuvent, parfois, devenir des alliés inattendus. Une approche intelligente, jamais moralisatrice, qui explique le succès de la série auprès des enfants dès 6 ans.

Drôle, inventif et visuellement très séduisant, Captain Bad Vs Captain Worse s’impose comme une lecture idéale pour donner le goût des livres, dans la lignée de séries cultes comme Dog Man ou Bunny vs Monkey. Un concentré d’humour et d’énergie, parfaitement calibré pour le jeune public d’aujourd’hui.

  • Éditeur ‏ : ‎ Puffin
  • Date de publication ‏ : ‎ 28 août 2025
  • Langue ‏ : ‎ Anglais
  • Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 208 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 0241731550
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-0241731550
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